PRONONCE DAXS LA CATHEDRALE DE VALLEY FIELD, LK JOUR DE
LA ff:te patron'ale, 22 novembre 1892.
Fnrt'S ut mors dilertio ; dura xicul infernns cemuhitio.
L'amonr est fort comme la mort, et le zèle de l'amour est inflexible comme l'enfer.
Ca>-t.,8.C.
Me-^seigneurs, <" mes Frères,
Cette parole est une des dernières du Cantique des cantiques. En la jetant dans une des strophes finales de ce mystique poème, l'Esprit de Dieu a voulu, ce semble, résumer en elle le sens et la portée de sou œuvre, et laisser un encouragement suprême aux âmes éprises des charmes divins du Christ et ayant à souffrir dans leur amour pour Lui.
" Ne craignez point, semble-t-il leur dire ici par sa parole écrite, comme le leur répétera plus tard, avec une irrésistible autorité, le Verbe incarné, ne craignez point ceux qui ont liouvoir sur le corps et sur la vie mortelle. Ne redoutez point la mort qu'ils vous peuvent donner, ni l'enfer qui combat ])0ur eux. Car l'amour que j'allumerai dans vos cœurs est plus fort que la vie qu'ils peuvent vous arracher; et le zèle
(1) Mgr Fabre, archevêque de Montréal; Mgr Eaiard, évêque .le Vallevfield.
de cet amour est inflexible comme la haine de l'enfer, armée contre lui. Son ardeur est une ardeur de feu, une flamme soufflée par les lèvres de l'Eternel. Les grandes eaux de la tribulation se précipiteront sur elle sans l'éteindre, et les fleuves des passions humaines pousseront contre elle leurs flots impétueux et pressés, sans réussir à l'étouffer. Un homme offrirait, en échange de cet amour, tous les biens de la terre, qu'il ne mériterait pour son offre que le mépris."
Ainsi chantait, mes Frères, en son divin cantique, le poète inspiré de l'amour mystique. Ainsi chante après lui le chœur des apôtres du Christ, hérauts intrépides de son amour (qu'ils ont porté aux quatre coins de la teiTe. Ainsi chante le chœur des vierges, libres et heureuses victimes de l'amour du céleste Epoux. Ainsi chante le chœur des martyrs, vainqueurs, par l'amour, de la mort et de l'enfer. Ainsi chante, avec ces trois célestes chœurs, la vierge Cécile, apôtre et martyre, car sa gloire est une part de leur gloire ii tou.s, l'amour du Christ l'ayant faite tour à tour vierge, apôtre et martyre ; et je ne sais personne, au sein des glorieuses phalanges, qui prêche avec plus de charme et d'éclat la fécondit(' merveilleuse de l'amour de Jésus, son charme exquis, ses incomparables victoires !
En cette fête de la vierge romaine, céleste reine de l'harmonie et patronne de votre jeune cathédrale, ])ounais-ie mieux faire, mes frères, que de vous retraeei', dans un très simple et très pille récit, ([ui la fera revivre et parler devant vous, les traits héroïques et charmants de son ainuible physionomie. Vous verrez briller d'un rare éclat, dans an vie et •lans sa mort, l'œuvre et le triomphe de la divine charité. Vous en aimerez peut-être mieux le Christ, sa doctrine, son
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esprit et ses lois. Vous y puiserez, je l'espère, ou du moii;s vous y renouvellerez, à l'égard de la séduisante patronne qut; la Providence a donnée à votre paroisse et à ce jeune et 1)eau diocèse, une de ces affections pures, profondes et fidèles qui s'expriment, en cette vie, par des hommages attendris et d<^s élans d'ardente confiance, et dont le plein épanouissement sera, dans l'éternelle vie, une des joies secondaires, mais non les moins délicates de notre inexprimable félicité. C'est là toute mon ambition, et ce sera, si j'y réussis, ma plus douce récompense.
A Rome, dans le quartier populaire qui couvre aujourd'hui la surface du Champ de Mars antique, s'élève une modeste église, reconstruite au siècle dernier par la piété du pape Benoît XIII. Elle s'appelait, au moyen âge, Sancta. C'Œcilia de Domo, Sainte-Cécile de la Maison, parce qu'elle s'ékvait sur les ruines du palais de famille de la vierge vénérét;. Mais elle était, depuis longtemps, plus communément et, ajouterai-je, plus affectueusement connue de la piété populaire sous le nom d'église du Divin Amour.
Le pape Benoit XIII a confirmé cette appellation expressive en la consacrant à nouveau sous le titre de Sainte- Marie du divin Auiuur.
A l'intérieur de la sacristie, sur un cippe antique, on lit, en caractères moyen âge, cette insciiption latine : Hœc t->i domiis in qua orabat sancta Cœcilia : "C'est ici la maison où priait sainte Cécile."
Le nom de l'église et cette inscription, mes Frères, résument éloquemmeut la jeunesse de notre sainte; car l'aninur divin et la jirièrc la renii)lirent et la vivifièrent tout entière.
Fille de l'antique et illustre famille des Cœcilii, elle portait un nom glorieux entre tous les noms romains. Sa race réclamait pour premier représentant dans l'histoire cette fameuse Caïa Ciecilia Tanaquil, épouse du roi Tarquin l'Ancien, demeurée, dans la mémoire et l'admiration séculaires du peuple romain, comme le type achevé de la matrone ] indique et laborieuse, et honorée des éloges d'un père de l'Eglise. Ses ancêtres, aux diverses époques de la RépubUque, avaient illustré les armes, la magistrature, toutes les grandes fonctions de l'Etat, et sa famille occupait encore un des premiers rangs du patriciat romain, déchu de son antique suprématie par l'avènement des Césars.
Quand donc naquit, dans la seconde moitié du deuxième siècle, l'enfant prédestinée qui devait porter sur les autels <h'. l'Eglise, le nom déjà si glorieux des Ca^cilii, elle voyait ouverte sous ses pas la voie fleurie des richesses, des honneurs et de tous les plaisirs exquis. Mais à ces périssables avantages ne devait ])oint s'attacher son cœur, épris d'un amour ])lus haut, ni s'attarder son âme, entraînée par une vocation )»lus grande; et toute jeune encore, elle pourra dire, avec les âmes captivées par le charme divin du Christ: "J'ai dédaigné les couronnes de ce monde et toutes les vaines pompes du siècle, pour l'amour de mon Seigneur Jésus-Christ, qiu' j'ai vu, qut', j'ai aimé, en qui j'ai cru et à t\\n je me suis donnée."
Par <|uels soins, à la faveur de quelles circonstances cette fille de patriciens païens connut-elle le nom et la personne aimables du divin Crucifié, et fut-elle marquée du signe de .s(in baptême ? Ses Actes ne nous le révèlent point, mais ils iKius apprennent, par son propre témoignage, que sa plus hridn* (jnfance fut éclairée des lumières de la Révélation chré-
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tienne, qui avait lui déjà pour quelques membres de sa famille, et ils nous laissent supposer que ses parents ne la gênèrent point dans l'accomplissement des devoirs et des pratiques de sa foi. Elle pouvait donc fréquenter librement les assemblées des chrétiens, participer avec eux aux sacrés mystères, et communiquer discrètement, par l'entremise des pauvres, soulagés par ses aumônes, avec le saint évêque Urbain, qui abritait, en ces jours mauvais, sa tête vénérable et précieuse dans l'ombre sacrée du cimetière souterrain de Prétextât, sous la voie Appienne.
Tout entière à l'amour du Dieu Eédempteur, détachée des Joies et des divertissements du siècle, auxquels la mêlaient forcément sa naissance et son rang, son tune, nous disent les Actes, jour et nuit s'épanchait dans la prière et le commerce de l'Epoux céleste. Elle portait constamment sur sa poitrine la lettre des saints Evangiles, dont l'esprit remplissait et animait son cœur, et, non contente de rendre à l'Epoux des vierges l'hommage de sa prière et de ses bonnes œuvres, elle lui avait fait un don plus complet et plus précieux dans l'offrande et le vœu de sa virginité.
Mais comment, au sein de cette profane cité de Eome, Babylone nouvelle, une pauvre enfant sans force et sans défense conservera-t-elle au Christ un trésor si fragile, exposé k tant d'attaques et de séductions ? La volonté arrêtée de ses parents, du reste, l'élévation de sa naissance, ses charmes et .ses vertus personnels, la vouent irrévocablement à une alliance aussi honorable suivant le monde que redoutable à son cœur virginal. Quelles seront donc sa protection et sa défense, dans un milieu qui tout entier conspire contre son vœu ? Dieu lui-même, mes chers Frères, dont la main pater-
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uelle protège la colombe contre la serre du vautour, garde la blanche corolle du lis de la déchirure des épines et veille avec un soin jaloux sur l'innocence de ses vierges, au milieu des passions et des scandales du monde.
Dieu accorde à Cécile, par une singulière faveur, la vue de son ange gardien, et celui-ci l'assure que sans cesse il veillera à ses côtés, prêt à frapper de son bras vengeur le téméraire qui oserait convoiter le trésor du ciel.
Mais, non contente de cette réconfortante promesse et de cette sauvegarde extérieure, la vierge prudente veut en outre munir et armer son âme contre les ennemis intérieurs, ce cœur et ces sens, si prompts à trahir la volonté la plus droite et la plus ferme, quand ils échappent aux rigueurs d'une austère discipline. Elle meurtrit par le cilice sa chair innocente. Elle s'inflige des jeûnes de deux et de trois jours. Elle multiplie ses prières et ses larmes, convaincue que la chasteté, don de Dieu, n'est bien gardée que par Dieu. Elle recommande au Christ, divin époux de son choix, l'heure des noces terrestres qu'elle appréhende. Elle implore tour à tour les anges, les apôtres, les saintes légions dos serviteurs du Christ, pour qu'ils sollicitent de leur roi la protection de sa pureté.
Enfin, le jour tant redouté arrive pour elle. Valérien, snn fiancé, jeune, beau, de grande naissance comme elle, digne, autant qu'un jeune païen pouvait l'être par ses belles qualités et ses vertus naturelles, de devenir l'époux de cette vierge accomplie, va recevoir .sa nuiin et contracter avec la fille des Ciêcilii une alliance vivement désirée ])ar les deux maisons, lié mariage se célèbre au palais paternel, et le soir, à la chute rapide d'un jour d'hiver, à la clarté des torches et des tlani-
beaux, le cortège nuptial va conduire l'épouse au palais de l'époux, sur l'autre rive du Tibre.
La foule applaudit, sur son passage, aux grâces pudiques de l'épousée, tandis qu'elle, absorbée dans un pieux recueillemeiit, " converse dans son cœur avec le Dieu puissant qui préserva des flammes les enfants de la fournaise et sauva Daniel de la fureur des lions."
Sous le portique du palais de ses aïeux, orné de blanches tentures et de guirlandes de fleurs et de verdure, Valérien attend Cécile, pour l'introduire dans la demeure où elle va exercer sa jeune et douce souveraineté.
Des rites symboliques, un dialogue antique, consacrés par une vieille tradition, précèdent et accompagnent son entrée dans le palais conjugal. Le souper de noces est servi dans le triclinium. On y chante l'épithalame, et le son harmonieux des instruments charme la durée du festin. Mais Cécile, étrangère à ce profane concert, chante seule en son cœur au Seigneur, et son chant lui répète ces paroles du Psalmiste : " Que mon cœur et mes sens, ô ! mon Dieu, restent purs de toute atteinte, et que mon espoir en vous ne soit pas confondu! " L'Eglise, en son oftice, répète les paroles de ce mystérieux cantique, et la chrétienté tout entière en a glorifié la mémoire, en saluant pour jamais Cécile patronne de la musique sacrée.
Le banquet est terminé; la foule des convives s'est écoulée ; les accents profanes se sont tus. Mais le cœur de la vierge chante encore aux cieux. Que dis-je, dans quelques lieures, les cieux mêmes vont descendre dans cette fortunée demeure et y faire éclater leurs merveilles '.
Ecoutez, mes Frères, ce récit, que j'emprunte presque mot
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pour mot au moderne et savant auteur de la vie de sainte Cécile, qui l'a scrupuleusement transcrit de ses Actes (1). Je ne connais point, dans toutes les annales de la jeunesse de l'Eglise, de page plus suave et plus touchante.
Cécile est maintenant seule en présence de son époux, dans le silence solennel de la chambre nuptiale, où les matrones ont guidé ses pas tremblants ; et la grâce de Dieu, qu'elle a si instamment implorée, la remplit de force et d'onction. S'adressant à Valérien par ces confiantes et naïves paroles: "Jeune et temlre ami, lui dit-elle, j'ai un secret à te confier; mais jure-moi que tu sauras le respecter. "
Valérien jure avec ardeur qu'il gardera le secret de Cécile et que rien au monde ne pourra forcer sa bouche à le révéler.
— " Ecoute, reprend la vierge : j'ai pour ami un ange de Dieu qui veille sur mon corps avec sollicitude. S'il voit que, <lrtns la moindre chose, tu oses agir avec moi par l'entraînement d'un amour sensuel, soudain sa fureur s'allumera contre toi, et sous les coups de sa vengeance, tu succomberas dans la fleur de ta brillante jeunesse. Si, au contraire, il Voit que tu m'aimes d'un cœur sincère et d'un amour sans tache, si tu gardes entière et inviolable ma virginité, il t'aimera comme il m'aime et te prodiguera ses faveurs. "
Troublé jusqu'au fond de son âme par cet étrange langage, le jeune homme, que la grâce maîtrise déjà h. son insu, répond : " Cécile, si tu veux que je croie à ta parole, fiiis-moi voir ton ange. Lorsque je l'aurai vu, si je le reconnais pour l'ange • le Dieu, je ferai ce que tu me demandes; mais si tu aimes un autre homme, sache que je vous i)ercerai tous les deux de mon glaive. "
(l) Don Gn^'ranger, Sainfe Cênlc et la société roninhie (itw trois prrmirrs siècles.
La vierge reprend avec uue ineffable autorité : " Vak'rien, si tu veux suivre mon conseil, si tu consens à être purifié dans les eaux de la fontaine qui jaillit éternellement, si tu veux croire au Dieu unique, vivant et véritable, qui règne dans les cieux, tu pourras alors voir l'ange qui veille à ma garde. "
— "Et quel est celui qui me purifiera, afin que je voie ton ange ? " reprit Valérien.
Cécile répondit : " Il est un vieillard qui purifie les hommes, après quoi ils peuvent voir l'ange de Dieu."
— "Ce vieillard, où le trouverai-je ? "
— "Sors de la ville par la voie Appienne. Va vers la troisième colonne milliaire. Là, tu trouveras des pauvres qui demandent l'aumône à ceux qui passent. Ces pauvres sont l'objet de ma constante sollicitude, et mou secret leur est connu. Quand tu seras près d'eux, tu leur donneras mon salut de bénédiction et tu leur diras : " Cécile m'envoie vers vous, afin que vous me fassiez voir le saint vieillard Urbain ; j'ai un message secret à lui transmettre. Admis auprès de lui, tu lui répéteras les paroles que je t'ai dites. Il te purifiera et te revêtira d'habits nouveaux et blancs. A ton retour, rentré dans cette chambre où je te parle, tu verras le saint ange, devenu aussi ton ami, et tu obtiendras de lui tout ce que tu lui demanderas."
Le jeune païen, ému d'un langage si nouveau, et avide d'ouvrir son âme aux révélations étranges qu'il lui promet, part sans tarder, dans la nuit. Aux premiers feux du jour, il arrive au lieu indiqué et trouve toute chose conforme à l'annonce de Cécile. Il est conduit à la retraite obscure du saint évêque Urbain, qui le reçoit avec bonté. Il lui raconte
l'entretieu de la chambre nuptiale. Le vieillard est ravi de joie. Il tombe à genoux et, levant les bras au ciel, il s'écrie, les yeux pleins de larmes: " Seigneur Jésus-Christ, auteur des chastes résolutions, recevez le fruit de la divine semence que vous avez déposée au cœur de Cécile. Bon Pasteur, Cécile, votre servante, comme une éloquente brebis, a rempli la mission que vous lui aviez confiée. Cet époux, qu'elle avait reçu semblable à un lion impétueux, elle en a fait en un instant le plus doux des agneaux. Si Valérien ne croyait pas déjà, il ne serait pas venu jusqu'ici. Ouvrez, Seigneur, la porte de son cœur à vos paroles, afin qu'il reconnaisse que vous êtes son créateur, et qu'il renonce au démon, à ses pompes et à ses idoles."
Urbain pria longtemps, et Valérien l'écoutait et le contemplait dans une inuette émotion. Tout à coup apparaît à leurs regards un vieillard vénérable et d'un auguste aspect, couvert de vêtements blancs comme ]a neige et tenant à la main un livre écrit en lettres d'or. C'est le grand Paul, l'apôtre des gentils ! A sa vue imposante, Valérien, saisi de terreur, tombe comme mort, la face contre terre. Le mystérieux vieillard le relève avec bonté et lui dit : " Lis les paroles de ce livre et crois : tu mériteras d'être purifié et de contemi)ler l'ange dont la très fidèle vierge Cécile t'a promis la vue."
Valérien relève les yeux et lit en silence ce passage de la lettre de S. Paul aux Ephésiens : " Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baj^tême ; un seul Dieu, Père de toutes choses, qui est au-dessus de tout et en nous tous." Quand il eut achevé de lire, le vieillard lui dit: "Crois-lu (|n'il en est ainsi?"
Valérien s'écria avec force : " Pien de plus vrai s(»U8 le <.iel ' rien qui doive être cru plus fermement ! " Comme il
achevait ces paroles, le vieillaid du ciel disparut, laissant Valérien seul avec Urbain. Le saint pontife s'empresse de donner au jeune homme le baptême qu'il désire maintenant de toute la force de son âme, il lui impose la blanche tunique des néopliytes, l'admet à participer aux augustes mystères des chrétiens et le renvoie vers sa demeure, où Cécile l'attend dans l'espoir et la prière.
Mais elle n'est pas seule, uu du moins les yeux de >r)n é}.oux, miraculeusement dessillés, lui montrent, au moment où il touche le seuil de la chambre nuptiale, debout à ses côtés, le mystérieux défenseur dont elle lui a promis la vue. Le visage rayonnant d'une céleste lumière, les ailes diaprées des plus riches couleurs, il tient à la main deux couronnes entrelacées de roses et de lis, qu'il dépose sur leurs têtes. " Méritez, leur dit-il, de conserver ces couronnes par la pureté de vos cœurs et la sainteté de vos corps ! C'est du jardin du ciel que je vous les apporte. Ces fleurs ne se faneront jamais, leur parfum sera toujours aussi suave ; mais personne ne les pourra voir qu'il n'ait mérité comme vous, par sa pureté, les complaisances du ciel. Maintenant, Valérien, parce que tu as acquiescé au désir pudique de Cécile, le Christ, Fils de Dieu, m'a envoyé vers toi pour recevoir toute demande que tu aurais à lui adresser. "
Le jeune homme alors, prosterné et suppliant, implore la conversion de Tiburce, frère de son cœur autant que de son sang. L'auge la lui promet et lui assure qu'il cueillera bientôt avec lui la palme du martyre. Puis il s'élève aux cieux, laissant les deux époux aux douceurs d'une conversation toute céleste, dans laquelle Cécile achève de dérouler aux yeux de Valérien l'harmonieux enchaînement des vérités de notre foi.
Le pinceau d'un artiste a tracé sur les murs de votre abside le pâle souvenir de cette nuit fameuse, qui vit un des plus touchants triomphes de la virginité chrétienne.
Je voudrais, mes Frères, poursuivre par le détail la suite de ce récit d'une si pure et si naïve poésie. Je m'y suis attardé avec complaisance, parce qu'il fait bon, en ce siècle de tendance dominante au bien-être matériel, de calculs rigoureux, d'esprit raisonneur et sceptique, de relire avec la foi simple et docile de nos pères quelques-unes de ces merveilleuses pages de la vie de nos saints et de nos martyrs, qui nous révèlent, dans ces visites du ciel à la terre, la réalité et la splendeur de cette vie future pour laquelle les premiers soldats du Christ savaient tout dédaigner, tout sacrifier et tout abandonner.
Vous venez de voir l'amour divin triomphant, dans le cœur de Cécile et de Valérien, de son plus redoutable ennemi, l'amour sensuel, qui lui livre, dans la plupart des cœurs, des batailles incessantes et si souvent, hélas ! victorieuses. Vous allez le voir tout à l'heure, chez Cécile, Valérien et Tiburce, s'épancher dans les conquêtes de l'apostolat, livrer le combat suprême au monde et à l'enfer, armant contre eux la puissance publique, et remporter la victoire promise par l'Esprit- Saint à la force invincible de son ardeur : Fortis ut morts dilectio; dura sicut inferiius œmulatio. "L'amour est fort comme la mort, et son zèle est inflexible comme l'enfer ! "
Une semaine a suivi la nuit dont les surnaturelles splendeurs ont illuminé et sanctifié la demeure et l'àme des jeunes époux.
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ïiburce est maintenant chrétien, comme son frère et sa sœur nouvelle. Cécile lui à ouvert le champ radieux de nos croyances, dans un discours digne d'un apologiste et d'un docteur de l'Eglise. Urbain a complété son instruction chrétienne et l'a plongé dans l'eau purifiante du baptême. Le jeune homme a vécu sept jours entiers auprès du saint vieillard, dans l'ombre des cryptes sacrées, près de ces tombeaux héroïques dont les inscriptions et les symboles convient son âme à la gloire du martyre. Eendu à la vie extérieure, il devient avec son frère l'émule de Cécile, dans l'amour du Christ, dans la piété, dans le soin des pauvres, dans le zèle et le courage à fortifier la foi et la vertu des frères. Leur maison est un ardent foyer de vie surnaturelle, qui rayonne sur toute la communauté chrétienne.
Ils sèment à pleines mains, dans le rayonnement de leur riche printemps, la moisson de mérites qu'ils vont être bientôt appelés à récolter au ciel. Car la persécution, toujours suspendue sur la tête des disciples du Christ, se réveille dans la ville des Césars. On multiplie contre eux les sentences iniques et les tourments cruels, et l'on interdit à leurs frères de donner la sépulture à leurs cadavres mutilés et sanglants.
Valérien et Tiburce se portent partout à leur secours. Ils encouragent les timides ; ils consolent et soulagent les orphelins et les veuves; ils ensevelissent pieusement les suppliciés.
Mais leur courage et leur zèle sont dénoncés h ïurcius Almachius (1), chargé de juger les causes intentées aux chrétiens.
Il) Turcius Almacbius — corruption probablf^ (WEmachns ou
Les deux frères sont cités à son tribunal. Tous deux, tour à tour, avec l'assurance de vétérans vieillis au service du Christ, et un enthousiasme de foi qui n'appartient qu'à la jeunesse, confessent la vérité de la religion qu'ils viennent d'embrasser et dénoncent la vanité du culte des idoles. En vain le magistrat s'efforce, par les détours et les ménagements de son interrogatoire, de soustraire à la fatale sentence ces jeunes et beaux patriciens, qu'il n'ose confondre dans la multitude plébéienne de ses précédentes victimes. La sainte hardiesse de leur langage, qui bra^'e la toute-puissance des invincibles empereurs et va jusqu'à prédire au paganisme sa fin inévitable et prochaine ; leur ferme refus d'éluder la rigueur de la loi, en offrant aux dieux une simple libation, qui pourrait passer inaperçue de la foule des assistants ; la cupidité du magistrat à qui on laisse entrevoir une part des dépouilles, dans la confiscation de leurs biens : tout concourt à faire prononcer contre eux la sentence capitale, portée par les rescrits impériaux contre ceux qui refusent leur culte aux dieux do l'Empire.
Après avoir fait battre de verges Valérien, qui, pendant ce supplice, se réjouit d'être jugé digne de souffrir pour Jésus- Christ et exhorte les chrétiens à persévérer dans la foi, Almachius les condamne tous deux à avoir la tête tranchée et, pour
d'Amachiui', — que les Actes de sainte Cécile donnent comme préfet de Rome, n'était probablement pas investi decette haute fonction, qu'on ne confiait d'habitude qu'à des personnages honorés au moins une fois déjà do la dignité consulaire. Or, ce nom ne figure pas dans les fastes consulaires des trois premiers eiècles. Il ne pouvait donc être (}u'un magistrat inférieur, préteur, peut-être, ou délégué spécial du préfet aux causes religieuses. — Voir Don (xuéranger, Mainte Cécile et la Société romaine aux deux premiers siècle», éJit. 1890, p. 293.
ménager à la faiblesse de leur dernière heure une suprême amorce d'apostasie, il fixe le lieu de leur supplice aux portes du temple de Jupiter hospitalier, sur la voie Appienne, tout près de la mystérieuse retraite où ils ont reçu la grâce d'une vie nouvelle. Là, au dernier moment, ils pourront encore, s'ils se ravisent, racheter leur vie, en brûlant un grain d'encens au nez de pierre de l'inerte idole. Illusion vaine pour qui connaît le cœur intrépide de ces héros !
En route, au greffier du tribunal, Maxime, qui s'étonne de leur joie et de leur mépris de la vie, ils répondent : " Crois-tu donc que nous montrerions à cette heure tant d'allégresse, sans l'assurance où nous sommes de revivre pour l'éternité ? "
Leurs discours font sur Maxime une si vive impression, que, la nuit suivante, dans sa propre maison transformée pour quelques heures en sanctuaire, il reçoit le baptême avec toute sa famille et tous les soldats de son escorte, et abrite de son hospitalité les adieux de Cécile et ses entretiens avec cet époux et ce frère qui vont lui devoir leur éternelle gloire.
Le lendemain matin, au soleil levant, la vierge apôtre adresse aux deux héros cette vaillante invitation: "Allons, soldats du Christ, rejetez les œuvres de ténèbres et revêtezvous des armes de la lumière ! Vous avez dignement combattu, vous avez achevé votre course, vous avez gardé la foi. Marchez à la couronne de vie : le juste Juge vous la donnera, à vous et à tous ceux qui se réjouissent de son avènement."
Quelques heures plus tard, leurs têtes tombaient sous le glaive, et Maxime, le néophyte, en versant des larmes, répétait avec serment : " Au moment où le glaive frappait les martyrs, j'ai vu les anges de Dieu resplendissants comme des
soleils! J'ai vu l'âme de Valérien et celle de Tiburce sortir de leurs corps, semblables à de jeunes épouses parées pour la fête nuptiale ! Les anges les recevaient dans leur sein et, s'envolant vers le ciel, les emportaient avec eux." L'heureux Maxime, quelques jours plus tard, rejoignait dans la même mort ces frères de sa foi, et Cécile couchait pieusement son corps à côté de ceux de Valérien et de Tiburce, qu'elle avait ensevelis de ses propres mains dans le cimetière de Prétextât.
Cinq mois plus tard, c'est au tour de Cécile de rendre au Christ le témoignage du sang et d'aller retrouver dans la gloire les saints martyrs qu'elle a précédés dans la foi.
Elle a employé tout ce temps à distribuer aux pauvres sa fortune, afin d'envoyer devant elle ses trésors au ciel. Et quand pour elle sonne l'heure de hi dernière lutte, elle la trouve prête, calme et courageuse.
Les officiers d'Almachius se présentent chez elle pour l'inviter à sacrifier aux faux dieux, dans le secret de sa demeure, ou à se préparer à la mort. Elle leur répond qu'elle ne redoute pas la mort, puisque la mort, c'est la vie. Ils s'attendrissent sur sa jeunesse et la supplient de ne point la sacrifier avec un tel aveuglement. La vierge leur prêche une jeunesse qui ne se flétrira point, une vie qui ne finira jamais, seule digne de l'estime et des désirs de l'homme. Sa parole les trouble et les émeut profondément ; la grâce de Dieu la féconde en leurs cœurs, et la conviction leur arrache cet aveu : " Nous croyons que le Christ, Fils de Dieu, qui possède une pareille servante, est le Dieu véritable. " — " Allez donc,
leur dit-elle, et dites au malh*3ureux Almachius que je le prie de différer de quelques jours l'heure où j'aurai à eomj)araîtr« devant lui. Dans l'intervalle, vous reviendrez ici, et j'aurai fait venir quelqu'un qui vous rendra participants de la vie éternelle." Ils vont et portent sa prière au magistrat, qui y accède, et elle s'empresse de faire venir chez elle le saint vieillard Urbain, pour le prier de cueillir de ses propres mains la riche moisson qui mûrit pour le Christ. L'évêque fixe pour quelques jours sa demeure dans son palais. Il y reçoit avec bonté les officiers du préfet et la foule des catéchumènes et des fidèles qui viennent baiser ses mains et se nourrir de sa parole, et il administre, dans la plus grande pompe, le sacrement de la régénération à quatre cents catéchumènes.
Forte de ces nouvelles conquêtes, œuvre, en partie, de sou zèle, munie de la bénédiction du pontife, Cécile comparaît avec confiance devant le meurtrier de son époux et de sou frère. Charmante de jeunesse et de grâce pudique, admirable de force et de foi, elle répond à toutes les questions du magistrat par autant d'affirmations de sa foi, et met fin à son interrogatoire par ce cri d'invincible espérance : " Le Christ seul peut sauver de la mort et délivrer du feu l'homme coupable ! "
Elle est condamnée à mort, mais le juge n'ose livrer au scandale d'un supplice public une dame de cette noblesse. Il ordonne en conséquence qu'elle soit enfermée dans la salle d«s bains chauds de son palais et qu'elle y périsse, suffoquée par les ardeurs d'une atmosphère dévorante et les tourbillous d'une brûlante vapeur. Mais cette fin obscure nuirait à l'édification publique que Dieu veut attacher à son trépas. Sa main toute-puissante la protège au milieu des ardeurs de la
salle, transformée en humide fournaise, et l'entoure d'une agréable fraîcheur. Elle y passe le reste du jour et toute la nuit, sans souffrance et sans malaise, et ses bourreaux voient l'aurore se lever sur sa paisible prière. Almachius, irrité du prodige qui lui dispute sa victime, envoie aussitôt un licteur, avec ordre de lui trancher la tête sur les lieux. Mais trois fois le glaive s'abat sur le cou délicat de la vierge, et trois fois son bras incertain le retire, sans avoir pu abattre sa tête charmante. La loi romaine lui défendait de frapper un quatrième coup pour achever sa victime, et il s'enfuit éperdu, la laissant couchée et baignant dans son sang sur les dalles de l;i salle, semblable à l'agneau frappé sur la table du sacrifice. KUe passe ainsi trois jours entiers., entourée de la foule des fidèles, qui la contemple avec une tendre pitié et recueille avec le même soin pieux le sang qui s'échappe de sa blessure et les paroles qui découlent de ses lèvres : paroles de réconfort pour ces chrétiens d'hier, martyrs probables de demain, d'espérance et de consolation pour ces pauvres de tous les jours, qui perdent en elle leur mère et leur providence. Un miracle continu suspend au-dessus d'elle la couronne ([ue sa propre prière éloigne de son front: car elle ne veut pas mourir avant d'avoir fait à Urbain un dernier lej^s, avant d'avoir reçu de sa main bénissante le signal du suprême départ.
Il vient enfin, le saint évêque qui a été le père de son enfance et de sa jeunesse chrétienne, dire le mot d'adieu à sa fille glorieuse. " Père, lui dit la vierge martyre, j'ai demandé au Seigneur ce délai de trois jours pour remettre aux mains de votre béatitude mon <lernier trésor ; ce sont les pauvres <|ue je nourrissais et auxquels je vais manquer. Je vous
lègue aussi cette maison que j'habitais, afin qu'elle soit par vous consacrée comme église pour toujours."
Ce furent ses dernières paroles. Après les avoir prononcées, elle se recueillit profondément pour ne plus penser qu'à l'Epoux céleste, à qui elle allait s'unir dans la douceur des noces éternelles. Couchée sur le côté droit, les genoux modestement réunis, ses deux bras s'affaissèrent l'un sur l'autre, sa tête s'inclina vers la terre, " comme pour cacher le secret du dernier soupir qu'elle envoyait à l'unique objet de son amour; " et son âme se détacha de son corps. C'était le 16 septembre.
Au ciel, sans doute, les âmes de Valérien, de Tiburce et de Maxime, les saintes légions des apôtres, des vierges et des martyrs, les chœurs des anges et des archanges durent porter son âme, en un triomphal cortège, jusqu'au pied du trône de l'Agneau qu'elle suivra, " partout où il va ", pendant les siècles des siècles.
Sur la terre, son double vœu s'est accompli. Les pontifes romains ont reçu dans leur sein les pauvres qu'elle aimait, et son palais du Transtévère est devenu un temple consacré à l'Epoux des vierges et dédié à sa vierge fidèle. Les siècles ont défilé tour à tour sous sa colonnade, apportant l'hommage de la piété des fidèles et de la munificence des prélats et des pontifes. C'est aujourd'hui l'une des plus gracieuses et des plus riches des basiliques moindres de la Ville éternelle.
Lt3 corps de la sainte martyre y repose depuis le neuvième siècle. A cette épo(][ue, le pape saint Pascal, guidé par une apparition de la vierge, reprit dans le cimetière de Calliste des fouilles, jusque-là restées infructueuses, et découvrit sa précieuse dépouille, que des soins prévoyants avaient su
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dérober aux recherches des barbares saccageant les catacombes, sans laisser aux fidèles Romains de signe qui leur permît d'en retrouver la retraite. Les mains sacrées du pontife purent toucher avec un pieux respect ce corps virginal, préservé des outrages de la tombe, portant au cou la cicatrice de cette plaie qui avait si longtemps retenu sa vie prête à s'échapper, ayant à ses pieds les linges imbibés de son sang desséché, revêtu de la robe brodée d'or décrite par les Actes, et gardant, dans le cercueil de cyprès où l'avait dépotée la piété d'Urbain et de ses diacres, la touchante attitude où l'avait laissé la mort. Pascal se borna à le recouvrir d'un voile léger et i)récieux, avant de le placer, au milieu du concert d'allégresse de Rome accourue toute entière, dans un sarcophage de marbre, sous le maître-autel, à côté des restes et d'Urbain, de son époux et de son frère, et non loin de ceux de Maxime transportés avec les siens dans la basilique rajeunie.
Sept siècles et demi plus tard, en 1599, Rome émue et transportée, jouissait du même spectacle. Le corps de l'aimable vierge, exhalant un doux parfum, révélait, dans son cercueil ouvert, aux yeux attendris de Clément VIII l'attitude, les vêtements et les linges sanglants qu'avaient vus et décrits Pascal. L'émotion pieuse du pontife put même véririer, sous les ornements d'or de la robe patricienne, la présence du dur cilice ([ui alîligeait, au témoignage des Actes, la chair virginale de la fiancée du Christ.
Une précieuse châsse d'argent, don magnilique de Clément, recouvrit pour la troisième fois cette auguste dépouille, et (le|iuis lors on n'a ))oint brisé le sceau de sa tombe. Mitis, pour consoler les yeux du pèlerin séculaire, (^ui pourmit envier le bonheur des contemporains de Pascal et de Clé-
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ment, un marbre, taillé par un artiste de génie, reproduit lidèlement, dans la pureté de ses lignes et la délicatesse de ses proportions, le corps de la sainte, couchée sous le tombeau de l'autel, dans l'attitude de sa mort et de son dernier repos.
Vous l'avez contemplée, Monseigneur, la gracieuse et touchante image, en ce jour de pieux concours où les étudiants du monde catholique, mêlés à la foule romaine, rapportent leur annuel hommage à cette tille glorieuse et toujours aimée de la Cité des martyrs. Je ne sais si alors le Christ, au sein de sa gloire, a désigné à la vierge triomphante, au milieu des jeunes prêtres agenouillés autour de sa tombe, celui qu'il destinait dès lors à s'asseoir dans une chaire promise à l'aimable patronage de Cécile. Mais il me semble qu'aujourd'hui du haut de la même gloire des mêmes cieux, la vierge martyre contemple avec une souriante complaisance, au milieu de l'allégresse et de l'harmonie du même jour de la terre, celui qui priait jadis, ému et fervent, sur les dalles de son sanctuaire. Il me semble, Monseigneur, que la pieuse émotion qui agitait votre cœur de prêtre auprès de son tombeau, émeut liieu doucement aujourd'hui votre cœur d'évêque, sur ces parvis et sous ces voûtes gracieuses dont vous avez la garde et qui ne sont point indignes d'une sainte à qui tous les arts ont dédié des chefs-d'œuvre.
Complaisance de la sainte là-haut, culte ancien et renouvelé de votre cœur pour elle ici-bas, j'en vois l'égal et touchant témoignage dans l'éclat de cette première célébration de la fête patronale, dans cette couronne de prêtres qui vous vénèrent et vous aiment, et cet affectueux concours de fidèles, qui, en répondant à votre voix pastorale, forment avec elle l'harmonie du jour.
Puisse la sainte Patronne accueillir avec faveur l'hommage (lu pasteur et du troupeau!
Puisse, Monseigneur l'archevêque, votre bénédiction deux fois paternelle confirmer et consacrer les religieuses impressions de cette fête dans des cœurs qui n'ont pas cessé d'être à vous, puisque vous n'avez pas cessé d'être le père de \euT père.
Et vous. Mes frères, puissiez-vous n'oublier jamais que vous avez au ciel pour patronne une sainte, une héroïne qui fut en sa vie et en sa mort le parfait modèle de cet amour du Christ, généreux, vaillant et fidèle, qui fait ici-bas les vierges, les apôtres et les martyrs, là-haut les élus triomphants !