CHENIER
Sous les auspices du Club Chénier, le 29 Janvier 1905.
OUS ne sommes plus au temps où les homme: .- savaient rien
que par la tradition, où les vieillards avaient pour fonctions
sociales d'emmagasiner et de transmettre ensuite les connaissances
qu’ils avaient reçues des générations précédentes, avec ce qui s’y était ajouté de leur vivant.
L'écriture, puis l'imprimerie, en donnant un corps aux idées en dehors du cerveau, sont devenues le répertoire universel et perpétuel des connaissances humaines. Le livre, ce merveilleux révélateur, nous permet de tout prendre, de tout apprendre, de comprendre, de tout savoir en un mot, sans avoir rien vécu. Appuyé par ce précieux auxiliaire, j'ai l'honneur de me présenter devant vous, Mesdames et Messieurs, pour vous entretenir de choses dont je n'ai pas eu connaissance personnellement, car je ne suis que d'hier au seuil de la vie réelle. Mais j'ai reçu le jour à St-Benoit, patrie des Girouard, des Dumouchel et des Masson, paroisse historique, au cœur d’un comté
qui fut toujours une des serre-chaudes du patriotisme que possède notre bonne province de Québec.
Enfant, l'on me fit chrétien, écolier, l'histoire de mon pays m'apprit le dévouement de mes compatriotes, étudiant, j’appris à les aimer, et citoyen Britannique, je les admire ; c'est sous l'effet de cet amour et de cette admiration que Je-me suis rendu ce soir à votre aimable invitation et que j'ai accepté, l'agréable, mais difficile tâche de vous parler quelques instants, du héros de ‘37; du patron de votre digne Club, du Dr. Chénier.
Je compte Mesdames et Messieurs sur votre bienveillance, des plumes plus habiles que la mienne ont rappelé au peuple Canadien, ce que fut Chénier, l’histoire, l'éloquence et la littérature de notre pays ont depuis soixante et huit ans, chanté la gloire du héros de la fête de ce soir, et ce que vous voulez bien appeler une conférence ne sera qu’un récit aussi exact que possible de ce que votre patrivtisme sait déjà.
C'est en 1608 que quelques Français, sous la conduite de Samuel de Champlain, fondaient à Québec une colonie, longtemps appelée la Nouvelle-France, soumise à un &ouverneur ayant seul, haute juridiction civile et militaire pendant 40 ans. De 1648 à 1663, un Conseil de cinq meinbres, sous la® présidence du gouverneur, possèdait les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. En 1663, nos ancêtres ne comptaient que 25,000 âmes, environ, Puis nous voyons apparaître un Conseil Souverain, composé du Gouverneur, de l'Evêque et de l'Intendant, ayant juridiction dans les causes civiles et criminelles pour les juger en dernière instance, d’après la coutume de Paris et les édits et ordonuances du royaume de France, ce Conseil Souverain posséda le pouvoir de règ'er l'emploi des deniers publics, de décider les affaires de police, les affaires publiques et particulières jusqu’en
De 1608 à 1760 la Nouvelle-France a subi les invasions réitérées d’une puissance jalouse de son bonheur, malgré les féroces tracasseries des Iroquois.
En 1628, la colonie tombe entre les mains des frères Kirk, trois ans après, le Canada est rendu à ses premiers possesseurs.
Lutte formidable en 1690, Frontenac défit l'amiral Phipps.
Nos pères, quoique peu nombreux et laissés à leurs propres forces, ne se contentérent pas de se défendre dans leur pays, ils allérent, par bandes commandées par d’Ailleboust, Le Moine, Hertel, de Portneuf (en 1695) porter l’épouvante sur le sol des colonies voisines. En 1694 97, le célèbre d’Iberville se signalait à l'entrée du St-Laurent et à la Baie d'Hudson, et assurait à la France la possession de la Louisiane (1697 à 1706.)
Mais la terrible guerre de 7 ans entre les deux peuples décida de la victoire, après avoir été témoin de la valeur des batailles Françaises,
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Québec était tombé, sans honte et sans mystère, un Bourbon nous avait livrés a l'Angleterre. :
. Par la capitulation de Montréal et le traité de 1763, nos ancêtres obtinrent des conditions libérales que tout le monde sait. A cette époque malheureuse, ils étaient au nombre de 65,000, et ruinés, la plupart d’entre eux. :
Le lendemain même de la victoire, l'arbitraire et le despotisme s’abattent sur la colonie que la France avait possédée deux siècles. Contrairement aux traités, nos pères sont privés de leurs coutumes et de leurs lois les plus chères, ils sont contraints de subir une juridiction inconnue à eux, ils sont éloignés de toute participation aux affaires publiques, leur langue est proscrite et leur religion n’est que tolérée. La justice est administrée par des hommes obscurs, ignorant la langue Française,
Et maintes et maintes fois, dans le cours des années suivantes, les Canadiens manifestérent à la Métropole leurs nombreux griefs, en réclamant, en hommes de cœur, le rétablissement de leurs anciennes lois et coutumes, sur la foi des traités.
De leur côté, les Anglais demandaient une forme de Gouvernement d’où les Canadiens seraient exclus.
Cependant, la crainte du danger rend sage, |’ gleterre se voyant menacée de perdre ses colonies d'Amérique qu’elle avait irritées et les taxant malgré elles, songca à ménager les Canadiens, La Charte
de 1774, appelée ‘‘ Acte de Québec,” fut accordée à nos ancêtres. Cet acte leur garantissait le libre exercice de leur religion, les dispensait de prêter le serment du test, rétablissait les lois Françaises en
matière civile, et laissait en force les lois criminelles Anglaises, Il instituait un Conseil Législatif, nommé par la Couronne et composé en premier lieu d’un tiers de Canadiens. Cette générosité fut récompensée par nos pères avec dignité, en
leur concours aux Américains dans leur
Britannique, nos gens demeurèrent indiffére
séductions d’un peuple qui venait de blâmer l'Angleterre de nous avoir octroyé la liberté de notre religion.
Les Américains assiègent même le Général Carleton dans Québec et à la suite d’un combat sanglant qui vit tomber le général Montgomery, la ville fut délivrée de ses ennemis, grâce à la bravoure des miliciens Canadiens et des soldats Anglais,
Ce premier acte de loyauté, portant le sceau sacré du sang, ne contribua cependant en rien à nous assurer le respect de l'élément britannique, une rivalité regrettable entre les deux races ne fit qu'augmenter avec le temps, rivalité rendue encore plus désasireuse sur le champ constitutionnel, entre la chambre d’assemblée et le Conseil Législatif composé uniquement des créatures du pouvoir exécutif.
Nos pères, malgré les luttes politiques et nationales qu'ils eurent à
subir, scellérent encore de leur sang leur attachement sincère à la Métropole en 1812, ils prodiguërent leur sang à côté des bataillons Anglais, remportérent une victoire éclatante à Châteauguay, sous le commandement du brave ‘colonel de Salaberry, et, par leur bravoure et leur fidelité, contribuèrent beaucoup à repousser une invasion qui aurait éloigné pour toujours l'autorité Anglaise du sol Canadien. Ce dévouement aveugle à l'Angleterre, passa inaperçu aux yeux de nos ennemis implacables. Après 1812, les animosités recommencérent de plus belle entre les deux partis, dit l'historien Turcotte ! La’ Chambre d’assemblée où dominait les Canadiens, combattit avec une ardeur soutenue contre les abus criants que l'on commettait envers elle, elle fit des efforts inouis pour sortir de l'état humiliant où la tenait l'oligarchie Anglaise et demanda sans cesse des r ‘formes justes et nécessaires à son existence. Elle réclamait le contrôle exclusif des subsides des employés publics des deux chambres, la réformation du Conseil Législatif, elle revendiquait les propriétés nationales, voulait la réforme judiciaire et administrative, et la responsabilité à la législature des membres du gouvernement. Le parti Anglais lutta avec éga- Je activité pour conserver la prépondérance sur la population Française, refusant les demandes de justice qu’elle réclamait à bon droit, paralysant enfin tous les efforts qu’elle faisait pour améliorer la condition politique du pays. Le bureau colonial soutenait ce parti et l’en- Courageait dans cette voie d'iniquités, qui devait amener finalement de si tristes résultats.
Il y avait 50 ans passés que les Canadiens-Français luttaient constitutionnellement pour les droits religieux, politiques et nationaux qui leur avaient été garantis par les traités quand on vit briller sur le Champ constitutionnel des hommes remarquables par leur intelligence et leurs lumières, entre’autres: MM. Papineau fils, Dr. Nelson, Dr. Côté, Dr. O’Callaghan, Vallières de St. Réal, Bourdages, Bédard, D. B. Viger, Marchesseau, H. Lafontaine, Rodier, etc.
Les requêtes signées de 87,000 personnes en 1827, furent pour eux une source intarissable de patriotisme pour les soutenir dans la lutte contre les abus sans nombre d'alors existant sans adoucissement ni mitigation, au grand mépris des recommandations données par le Comité de la Chambre des Communes Anglaises au sujet de ces requêtes. Disons en passant que ce furent MM. Viger, Nelson et Cuvillier, qui furent chargés de porter ces pétitions en Angleterre. 5
Comme conséquence de ce qui précède, l’année r8 34 vit naître les 92 résolutions, adoptées par la Chambre d'assemblée, évènement politique remarquable qui fit connaître, constitutionnellement toujours, les maux, les souffrances, les besoins et les aspirations d’un peuple systématiquement opprimé.
Cet évènement fit sensation en Angleterre, mais ce fut tout. Lord Stanley, ministre des Colonies, obtint en avril 1835, la formation d’un
Comité spécial qui devait s'enquérir pour savoir si on avait à rémédier aux griefs énoncés dans les requêtes ‘signées de 87,000 personnes et présentées en 1828.
Le 3 juill:t suivant (1835) le comité spécial fit un rapport ne contenant aucune suggestion et demandant l'exclusion de témoins importants qui avaient déjà été entendus, et qui étaient Sir James Kempt, MM. Viger, Morin, Ellie, Stuart, Gillespie et McKennan.
“ La discussion qui eut lieu à la présentation du rapport, dit l’historien T. P. Bédard, fit voir avec quelle partialité on considérait les affaires du Canada’.
M. Stanley alla jusqu’à dire que tout ces griefs exposés par les Canadiens dans leurs adresses n'étaient qu'un tissu de mensonges, qu’il n’y avait aucune malversation commise par l'exécutif provincial. ‘Il est bien vrai, dit il, que sur 204 fonctionnaires, 47 seulement sont Canadiens-Français, mais cet état de choses est juste si l’on considère que bientôt les deux Canadas seront réunis, et qu’alors la majorité de toute la population sera Anglaise. ””
“Alors O’Connell indigné s’écria ! “ Si c’est ainsi que vous entendez la justice, le Canada n'aura bientôt plus rien à envier à l'Irlande, ””
Durant la même année Lord Gosford, possédant l’entière confiance de Sa Majesté, fut nommé Commissaire royal pour remplacer les gouverneurs généraux.et il nous arriva le 23 août avec ses deux assistants. Leur commission datée à Westminster, le premier’ juillet, 1835, nommait le dit Archibald, comte de Gosford, Sir Chs. Edouard Grey et Sir Georges Gipps, commissaires Pour s’enquèrir des griefs affectant les sujets de Sa Majesté, dans le Bas-Canada, quant à ce qui regarde l'administration de cette province, faire des enquêtes spéciales sur les griefs, de manière de permettre à Lord Gosford de faire un rapport détaillé de l'état des esprits en Canada et de l'envoyer à Londres.
M. Papineau, dès le jour du discours du trône, déclare que la commission royale était une insulte à la Chambre d’assemblée et aux représentants. C'était un démenti formel des représentations faites au gouvernement impérial. Que signifiaient alors les 92 résolutions ?
Pouvait-on imaginer, dit-il, un plan plus défectueux que celui d’envoyer trois commissaires qui ne s'étaient jamais vus, avec chacun
leurs communications et leurs correspondances secrètes? p. 388 de Turcotte,
Peut-on voir dans cette combinaison quelque: trait de sagesse? Aussi les résultats ne se sont pas fait attendre.
Pouvait-en espérer qu’il y aurait entre eux, unañimité sur nos diffcultés politiques, et que la diversité commune de leurs opinions sur la politique de leur pays, ne cesserait pas le prélude à la même diversité d'opinions sur la politique de notre pays? Âussi les a-t on vus se'jeter
surles ‘ Fils de la Liberté, ”
de la maison de M. Papinea “ Vindicator. ??
dans les sociétés les plus opposées, et la presse An, retenti d’injures Contre celui qu’elle appelait radic..., celui qu’elle appelait tory. O, i
eur que promet un rêve trompeur et es jouissances et des réalités ff
serment qu'ils avaient prêté. Ils suggéraient Encore de faire une nouvelle loi d'élection d il
responsables, Ce rapport malheureux, fu
avec une majorité écrasante,
le programme poli assémblées, le thème fécond qui inspira les défenseurs de nos droits.
Le mois de septembre (5) vit naître l'association des « FILS DE LA LIBERTÉ,”
Les Anglais avaient une association secrète des ‘ Fils de Ja Liberté’? et le 6 Novembre, ses membres u et saccager
qui répondait à celle vers midi, elle se 1ua allèrent briser les vitres ensuite les presses du
uelques jours après cette rencontre, les chefs des ‘* Fils de la
Liberté” sont jetés en‘ prison sur accusation de haute trahison, et * les Canadiens, €yaspérés prennent les armes Pour s'opposer à l'exécution des mandats d’arrestation.
Le recours aux armes était alors inévitable. Les premiers coups de feu ont lieu sur le chemin de Chambly, le 22 novembre, ‘: 37," et sont le premier triomphe des patriotes sur les bureaucrates, autrement dits, “ CHOUAYENS. £
Le jour suivant à lieu la bataille de St-Denis où les troupes du Colonel Gore se font battre à plate couture par nos gens, dont un bon nombre armés de faulx et de fourches !
Pendant que les patriotes de St-Denis mettaient les Anglais en déroute, ceux de St-Charles se Préparaient à repousser les trour:: du Colonel Witherall. Le 25 fut un désastre pour les patriotes. En deux jours, quel changement ! Nelson vainqueur à St-Denis, Brown battu à St-Charles. Glorieux début et triste fin de l'insurrection sur les bords du Richelieu, séparés d’un jour seulement.
Cet échec n'eut pas d’échos dans le Nord, St-Benoit et St-Eustache Y étaient deux foyers ardents d'insurrection. t: Les habitants de ces deux paroisses avaient Pour les stimuler, dit M. David, l’exemple d'hommes dont Ja position, ie jugement et Je patriotisme leur inspiraient la plus grande confiance. ’?
À St-Benoit, c’étaient les Girouaïd, les Dumouchel, les Masson, et le curé de la par”isse, M. Chartier, le prêtre patriote. A St-Eustache, c'était