‹ Conférence sur Corneille et son œuvreChapitre 6 sur 19 · LYSANDRE · texte numérisé non relu

LYSANDRE

Beaucoup font bien les vers, et peu la comédie.

DORIMANT

Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie ?

Pas n'est besoin, je suppose, de vous faire remarquer à qui le jeune Normand appliquait ce dernier vers.

Corneille a toujours eu et aura toujours de ces naïvetés de contentement de soi-même largement compensées, il faut le reconnaître, par la sincérité et la sévérité de ses examens littéraires qui sont de véritables examens de conscience.

Nous ne quitterons pas La Galerie du Palais sans constater que c'est là que le fécond novateur aintroduitpour la première fois, aux lieu et place de l'antique personnage de nourrice toujours joué par un homme, la jeune et jolie soubrette Florice, souche incontestable de toute la joyeuse et souriante lignée des Dorino, des Marinette et

des Toiiion de Molière, sans compter les Lisette et les Suzanne de Marivaux et de Beaumarchais.

Toute différente dans sa conception était l'autre comédie représentée la même année sur le même théâtre du Marais.

Sous ce vocable : La Suivante, Corneille désigne une demoiselle de bonne naissance réduite par la misère à entrer en condition.

Rivale de sa maîtresse Daphnis, Amarante, courtisée, aimée même mais non épousée par le jeune et intéressé Clarimond, maudit non sans raison son manque de fortune et son infortune.

Daphnis me le ravit non par son beau visage, Non par son bel esprit et son doux entretien. Non que sur moi sa race ait aucun avantage, Mais par le seul éclat qui sort d'un peu de bien.

A côté de cette curieuse et douloureuse figure féminine l'auteur a tracé de main de maître la silhouette haïssable d'un riche vieillard en quête d'une jeune épouse. Géraste, c'est son nom, supplie sa voisine Célie de parler pour lui à l'objet de sa flamme surannée.

CÉLÎE

Eh bien ! je parlerai ; mais songez qu'à votre âge Mille accidents fâcheux suivent le mariage : On aime rarement de si sages époux,

Et leur moiadre malheur, c'est d'être un peu jaloux. Convaincus au dedans de leur propre faiblesse, Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse ; Et cet heureux hymen qui les charmait si fort, Devient souvent pour eux un fourrier de la mort.

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