LA RE
DU
Messieurs,
Le but de cette conférence est d'énoncer les idées générales que nous avons été des premiers à exposer et que nous continuons à défendre, de montrer les moyens d’action que nous avons mis au service de ces idées, el les résul-
tats qu'ils nous donnent.
Il ya fort longtemps que l'éducation du mouvement est l’objet des préoccupations des thérapeutes et des éducateurs. Les uns ont cherché à enrayer l'apparition des défauts d’attitude, de prononciation, de geste, qui peuvent frapper l'enfant d’une facon définitive ; les autres ont cherché à corriger, à faire disparaître les troubles de la locomotion, de la station, de la respiration, de la phonation, etc., que des lésions du système nerveux, des muscles ou du squelette ont
pu déterminer.
La thérapeutique éducatrice du mouvement est si voi-
sine de l'éducation physique en général, qu'à chaque instant,
MO
les méthodes se confondent. En Suède, toute la gymnastique est si bien réglée, si précise, a un but si physiologique, qu’elle réunit de la façon la plus complète et la plus heureuse tous les moyens de prévenir ou de guérir les déformations motrices, el tous les moyens d’assurer, de conserver, de développer ces mêmes fonctions. Et c’est là, précisément, la double tâche de l'éducateur et du médecin. Aussi, ne peut-il y avoir de bon éducateur physique qui ne soit quelque peu médecin, ou du moins physiologiste ; pas plus qu'il ne peut y avoir de bon médecin d'éducation motrice, qui ne connaisse aussi les sports
et ne soit quelque peu capable de les enseigner.
En France, Ja gymnastique est restée trop athlétique, et la médecine est restée trop attachée au laboratoire et à la chaire. La gymnastique éducatrice ne doit pas viser à former des acrobates, mais des hommes ; et la médecine a d’autres
buts que de chercher à neutraliser des virus par des toxiques.
Parler des maladies, les classer, enseigner leurs signes, est ulile ; mais perfectionner l'animal humain en vue de la lutte contre la mort quil entreprend le jour de sa naissance,
est une œuvre meilleure encore.
Depuis quelques années, ces idées pénètrent, peu à peu, dans l’enseiguement pédagogique et dans l’enseignement médical français. L'enfant n’est pas seulement un cerveau : il est un être complet, auquel il faut apprendre à respirer, à digérer, à se mouvoir, dont il faut, enfin, utiliser tous les organes dans la-plus large mesure, avec le minimum d'efforts et d'usure. Pour l’accomplissement de cette tâche, l'idée: directrice appartient au médecin, et l'exécution échoit au
pédagogue.
Celui-ci ne doit donc être ni un maître d'études trop
exclusif, n'ayant en vue que le développement cérébral de
LS Re | #
son élève, ni un maître de gymnastique ignorant de la physiologie et n'ayant en vue que le développement acrobatique de son élève. L'élève, et surtout l'enfant, ne doit pas être traité dans le but de former un prodige, soit parle cerveau, soit par la force motrice. Il est un tout compiet, etil n’a pas d’organe
négligeable, ni de fonction accessoire.
Ainsi, les écoles de gymnastique françaises, et surtout celle de Joinville, se préoccupent actuellement de régler leurs techniques, d'accord avec l’enseignement médical!. Lenouveau manuel de gymnastique militaire est très netlement inspiré par ces idées. De plus en plus, les agrès, la gymnastique dans l’espace, ont un rôle réduit, et la gymnastique de plancher, les mouvements d’'assouplissement, augmentant l'amplitude de la cage thoracique, le Jeu des articulations, favorisant les fonc- Lions des organes abdominaux et pelviens, y ont pris une part prépondérante.
Réciproquement, les jeux de plein air, les mouvements méthodiques, pénètrent, de plus en plus, dans les écoles d'enseignement classique. On a compris que le soin du corps était indispensable pour obtenir des caractères fermes, des intelligences saines, des esprits actifs ? : car le plus sûr
moyen d’avoir un cerveau solide est encore de se constituer
1 M. le professeur DEMENY, chargé de cours à l'Ecole de Joinville, et Directeur d’un enseignement d'Education Physique fondé par la Ville de Paris, s'est efforcé, depuis 20 ans, de montrer combien l'enseignement gymnastique français était éloigné d’une éducation physique méthodique. Il a réussi à modifier, dans un sens heureux, la plupart des enseignements athlétiques, et notamment celui des Écoles militaires et des Sociétés de gymnastique. M. le professeur DEMENY est donc un des initiateurs du mouvement considérable qui s’accomplit aujourd'hui.
2 On sait avec quel talent le maître HuGuESs LE Roux s’est appliqué à répandre en France, par la conférence et le livre, des idées analogues a celles que nous exprimons.
un corps bien portant. De longs siècles d'une éducation trop spiritualiste. subordonnant le corps à l'esprit, opposant l'intelligence à la force physique, n'ont pu faire disparaître les traces lumineuses de la culture antique mieux équilibrée, qui, loin d’opposer le développement de l'esprit à celui du corps. faisait, de l'intelligence, une des fonctions principales de
l'organisme vigoureux et pondéré.
Il suffit, en effet, d'examiner de près l'état mental des Jeunes générations de ces trente dernières années pour cons- Later que ces enfants, issus d'une race déjà décimée par une guerre terrible, élevés à l'étroit dans des logis sans air, absorbés par des études abstraites, énervés par une littérature sentimentale, ont abouli, souvent, à l'impuissance dans le domaine de l’action, et à des productions littéraires et artistiques dont le caractère morbide et la médiocrité sont évidents.
Ce n’est pas lout d'aller répétant que la dépopulation fait des progrès et que les citoyens français se désintéressent trop volontiers du repeuplement dont ils ont la responsabilité, L'effravante mortalité infantile, qui vient des infections etdes intoxications, dont les classes pauvres sont accablées ; la difficullé d'amener des enfants à l’âge adulte, alors que l'art de les élever n'est pas encore une science qu'on enseigne à lous; le surmenage intellectuel et sensiif dont ces enfants sont la proie, parce que l’émulalion et la lutte sociale se sont établies sur ce seul terrain : tout cela fait que l'effort, déja minime, pour la repopulalion, est neutralisé, et que la difficulté de développer les êtres dans ce milieu défavorable rebute ceux qui les ont conçus et qu'il faudrait encourager. Ce n’est pas tout de faire naître des enfants, ce n’est pas tout de les instruire : 1l faut encore les empêcher de mourir, leur apprendre
à vivre el les élever ensuite dans la hiérarchie des êtres.
La tâche de l'éducateur et du médecin est de développer l'enfant, de lui enseigner à se défendre contre la maladie ; elle est aussi d'apprendre aux adultes comment on améliore
l'espèce.
Pour remplir cette mission, l’entente de ces deux maîtres est indispensable, parce qu'il faut unir la connaissance de la physiologie et l'intuition de la maladie qui appar- Uennent au médecin, à la précision de technique que l’édu-
cateur physique professionnel peut seul avoir.
Il faut voir, dans l’enseignement gymnastique suédois, avec quel respect de la technique, avec quel soin minutieux de l'exécution, est conçu et ordonné le mouvement médical. Ce qu'on demande au médecin, ce n'est pas, comme en France, la prescription, l'ordonnance, qu’on exécutera ensuite loin de sa surveillance et n’imporle comment. C'est le mouvement lui-même que le malade vient demander au médecin, sachant que la vertu curative n’est pas dans le geste, mais dans la
main de celui qui lexécute.
Beaucoup d’entre nous, qui n’ont jamais appris à distinguer un mouvement d’un autre mouvement, dont l'œil n’a pas subi cette éducation spéciale qu'ont seuls les instructeurs d'hommes et ceux que leur propre goût a poussés à l'étude des sports, ne verront point quelles nuances multiples séparent le mouvement médical, exécuté par le gymnaste compétent, d’un mouvement identique, exécuté par celui que sa culture et son entraînement n'ont pas minutieusement préparé à la compréhension et à l'exécution du geste qui guérit. Et loute la question est là, cependant, car il y a entre ces deux
gestes la différence d’un succès et d’un échec thérapeutiques.
Il faut que le gymnaste médical se forme une intelli-
gence motrice qui perçoive des nuances impercepübles à d’autres, qu'il arrive, en quelque sorte, à prolonger sa sensibilité musculaire dans le membre malade qu'il manie, et à y percevoir, à des signes inexprimables, la résistance, la faute, ou la fatigue. Ainsi, le fleuretliste habile, le chirurgien délicat, ne sentent plus vraiment au bout de leurs doigts, mais prolongent leur tact jusqu'aux limites de l'instrument qu'ils
manient, el qui fait corps désormais avec leur personne.
Et cette éducation du tact n’est pas la seule indispensable : il faut encore l'éducation du geste. Le gymnaste qui donne le mouvement ou qui le démontre, doit l’exécuter avec une telle précision de technique, de telles délicatesses, quil puisse, dans un mouvement unique en apparence,
trouver des nuances applicables à chaque sujet.
Selon la simplicité ou la complexité des cas qu'il faudra traiter, on aura recours à des techniques simples ou complexes, qui peuvent êlre quelquefois confiées à des gymnastes ordinaires, voire même à des machines, mais qui, le plus souvent, exigent l'intervention d'un médecin entraîné à pratiquer ces opérations. De même, dans l'exercice de la ch1rurgie, certaines interventions peuvent être confiées à des élèves ou à des aides, mais la plupart exigent la main de
l’'ouvrier ou même du maître.
La thérapeutique du mouvement est une branche de la médecine qui commence à se spécialiser nettement et qui subit la même évolution que là chirurgie. L'histoire de leurs origines est d’ailleurs semblable. Le premier chirurgien ne fut pas le médecin, mais le barbier ou le rebouteur possé-
dant une certaine habileté manuelle et l'habitude clinique ;:
de même, les premiers qui conçurent et pratiquérent la thérapeutique du mouvement ont été, non des médecins, mais des gymnastes et des masseurs. Et de même que des médecins, et non des moindres, ont peu à peu absorbé la chirurgie, en la perfectionnant ; de même, des médecins revendiquentaujourd'hui la thérapeutique motrice et lenlèvent aux empiriques, par la supériorité de la culture et de Ja
technique.
Il est des cas simples, où l'intervention est élémentaire : ainsi, les raideurs, les demi-immobilisations qui succèdent au traumatisme articulaire ou juxta-articulaire. S'il y a fracture, l'immobilisalion, plus ou moins prolongée, dans un appareil rigide, est de règle. Cette immobilisation diminue la douleur, mais aussi les mouvements possibles, et lorsque le malade sort de lappareil, s’il est réduit à ses seules ressources, il ne peut recouvrer que fort lentement le jeu complet de son articulation. Ce sont des faits connus de tous. C’est dans ces cas que le massage, les mouvements passifs, rendent des services si grands que, même entre les mains de masseurs empiriques et de gymnastes d'occasion, les résultats thérapeutiques peuvent être bons. Ce sont ces cas que l’on peut aussi confier aux machines que ZANDER, et d’autres après lui, ont admirablement réglées pour accom-
plir la thérapeutique motrice.
Les machines sont inintelligentes, mais d'une habileté consommée, c'est-à-dire que, dans ces cas simples, où le désordre moteur est restreint, et où, par conséquent, l'indication du mouvement guérisseur est bien limitée, ces machines réussissent, en accomplissant exactement le mouvement
prescrit, et rien que celui-là. C'est pourquoi les accidents du
MUR Pur travail fournissent le recrutement ordinaire des Instituts de Mécanothérapie, et c’est pourquoi aussi, à La Malou, où les désordres moteurs sont principalement dus à des lésions beaucoup plus complexes, la machinerie ne peut être que d’un
emploi très restreint.
Et, suivant que le cas est plus ou moins difficile, l'erreur ou l'insuffisance de technique se traduit, soit par un résultat incomplet, soit par un échec, soit par un résultat contraire à celui que l’on avait cherché. Voilà pourquoi, si l'intervention de quiconque, conduit et autorisé par le médecin, peut être permise dans certains cas, il en est d’autres, où seule l’intervention du médecin peut être acceptée, et d’autres encore, où le médecin ne suffit pas, et où il faut le spécialiste, comme, dans certaines opérations, 1l faut le chirurgien. Le mouvement curateur n'a pas, en effet, en lui-même une action inévitable, comme le cachet ou la potion renfermant le médicament ; l’action du mouvement est subordonnée à celui qui le donne, c’est-à-dire que, suivant l'opérateur, le même
mouvement peut être nul, excellent, ou dangereux.
Comme type des effets incalculables qui peuvent résulter de l’application de mouvements simples bien donnés, étu-
dions la Gymnastique respiratoire.
Vous savez en quoi elle consiste. Beaucoup d'enfants, d'adolescents, et même d'adultes, n’ont jamais su respirer. Les uns, parce que, depuis leur enfance, ils ont eu les fosses nasales obstruées ; les autres, parce que, pour quelque raison que ce soit, ils ont négligé d'utiliser les mouvements de leur thorax. Chez tous, Famplitude de la cage thoracique est considérablement diminuée par rapport au volume Lolal du
corps, elles mouvements respiratoires sont restreints,
Par des exercices appropriés, et qui ont élé soigneusement réglés dans l'enseignement de l'Ecole de Stockholm, on aboutit, en peu de temps, à l'utilisation plus complète, plus habile, de l'appareil respiratoire. Et, après quelque temps, cet appareil Iui-même a augmenté de force, de dimensions et de
rendement.
Mon collaborateur et ami, le D'C. ReymonD!, ancien Directeur de l'Institut mécanothérapique de Genève, qui dirige ici même le Service de Gymnastique Médicale avec tant de compétence, a montré, par des mensurations très précises, exécutées sur 23 sujels, d’âges différents, pendant un traitement de 3 mois, :3 séances par semaine), que le périmètre thoracique élait augmenté, en moyenne, de 3 à 4 centimètres, et la contenance du thorax d'environ 200 centimètres
cubes, à la fin du traitement.
Plus important encore est le résultat suivant : à l'état normal, entre l'inspiration et l'expiration, il y a une différence de contenance thoracique. qui est, d'environ, un demi-litre, el qui correspond au courant aérien, animé du flux et du reflux. On peut concevoir qué le volume de ce courant aérien est, en quelque sorte, indépendant du volume même de la poitrine. On peut imaginer un sujet ayant un vaste thorax el ne sachant pas le mouvoir assez librement pour faire de grandes différences entre la capacité à la fin de l'inspiration et la capacité à la fin de l’expiration.Réciproquement, un sujet ayant un petit thorax peut, en s'en servant habilement, faire
de grandes différences entre ces deux mêmes quantités.
1 Le docteur REYMOND est l’auteur de plusieurs travaux sur la Gymnastique Médicale, parus dans la Revue médicale de la Suisse Romande, et à la Société médicale de Genève en 1896, qui lui ont assuré une des premières places dans l’étude documentaire des questions que nous exposons.
Eh bien, les calculs de Reymonp ont établi quele volume du courant d'air, que chaque sujet fait passer dans sa poitrine par le mouvement de soufflet qu'exécute le thorax, était augmenté, environ, d'un cinquième à un quart, après 3 mois de traitement. Et, si nous cherchons à évaluer chimiquement le bénéfice obtenu par le sujet dont la capacité respiratoire a élé augmentée dans ces proportions, nous constalons que ce bénéfice équivaut à l'absorption de près de 100 litres d'oxygène, par jour. Get oxygène est fixé, presque tout entier, par l’hémoglobine. On sait que l’'hémoglobine peut fixer beaucoup plus d'oxygène qu'elle n’en fixe dans la respiration ordinaire, et qu'en quelque sorte, plus on lui en donne, et plus elle en prend. Ilest facile de s'apercevoir, en exécutant soi-même quelques mouvements de gymnastique respiratoire, qu'on ne tarde pas à ressentir une sensation particulière, analogue à celle produite par l'absorption d’un ballon d'oxy-
gène. C’est l'ivresse oxygénique.
Or, le rôle joué par l'oxygène dans la nutrition des tissus, dans les combustions qui produisent la chaleur et le travail de l'organisme, est lellement important, que la fixation de 100 litres, en plus ou moins, par l’hémoglobine, en 24 heures, ne peut aller sans modifications profondes de la nutrition
générale et du rendement de l'organisme ainsi traité.
Dans une Revue récente, mon distingué ami le D' Georges RosENTHAL, qui s’est spécialisé dans l'étude des affections respiratoires, attirait l'attention du public français sur l'importance des bénéfices thérapeutiques qu'une telle méthode peut donner dans le traitement de certaines affections
de l'enfance. Depuis, dans un discours prononcé à l’inau-
t Journal de Physiothérapie, Août 1903.
ta M
CURE Se guration du Dispensaire antitubereuleux des 1° et 2e Arrts, Georges RoseNTHAL insistait sur les applications de la même médication. chez l'adulte !. En 1893, Dereco a fait intervenir, avec des succès surprenants, la gymnastique respiratoire dans le traitement des enfants tuberculeux d'Ormesson?. Ces faits
ne peuvent plus être ignorés aujourd hui de personne.
Supposons, par exemple, un enfant atteint de végétations adénoïdes, on de toute autre cause d’obstruotion naso-
pharyngée.
Îl n’a jamais respiré d’une façon normale, c'est-à-dire que le volume d'air qui pénètre dans son thorax est très inférieur à celui qui devrait y pénétrer. Même si une interventuon chirurgicale le débarrasse de l'obstacle mécanique, le développement de son thorax reste par la suite au-dessous de la normale, et l’amplilude de la respiration demeure inférieure à ce quelle devrait être. C'est dans ce cas que la gymnastique respiratoire va faire merveille, et c’est là aussi que vous pourrez vous rendre compte de l'imporlance, même
de la nécessité d’une bonne technique gymnastique.
En effet, si cetenfant rencontre un médecin quelque peu chercheur, celui-ci pressentira le rôle que peut jouer lexer- | cice dans l'élevage de cet être délicat. Mais, ignorant des recherches faites presque loutes hors.de France, il conseillera seulement une gymnastique ordinaire. EE le gymnasle, mal instruit de son rôle véritable, enseignera des exercices
acrobatiques, des pendaisons par les bras et les Jambes,
1 Depuis cette Conférence, Georges Rosenthal a précisé ses idées et sa technique dans un nouveau mémoire du Journal de Physiothérapie Nov. 1903), et dans un article des Annales de Laryngologie (Déc. 1903).
2 Dereca; Voir Fevue de Rosenthal, loc. cit.
NN NA OP TETE 2 a
— 16 — | durant lesquels l'acte respiratoire est gêné et ralenti. De la sorte, augmentant les combustions musculaires et, par conséquent, le besoin d'oxygène, sans augmenter la quantité d'air inhalé, le gymnaste ira précisément à l'encontre du but
qu'on lui avait proposé.
Mais, placons ce même enfant dans les mains de ceux qui, faisant de la culture physique le but de leurs recherches scientifiques et de leur enseignement, sauront lui indiquer les manœuvres qui, dans peu de jours, lui permettront de mieux respirer, d'augmenter la capacité du thorax, le volume d'air courant, l'oxygène absorbé, etc. Et alors, outre un changement très appréciable dans la forme du thorax et sa valeur respiratoire, nous allons voir apparaître une série de phéno-
mènes qu'il est ulile d’énumérer.
Dans ce thorax imtnobile et retréci, dans ces organes torpides, toutes les infections proliféraient à l'aise. L'enfant avait des végétaiions adénoïdes, de l'hypertrophie des amygdales, de l'adénopathie trachéo-bronchique. Il était sujet aux angines, à la fièvre ganglionnaire, à la coqueluche: sa première Jeunesse élail exposée à la rougeole, aux bronchites et aux bioncho-pneumonies, voire même à la diphtérie el à la scarlatine, c’est-à-dire à toutes les maladies à point de départ respiratoire. Plus tard, devenu un adolescent malinore, un adulte insuffisant, il élait destiné aux coryzas chroniques, aux bronchites à répétition, peut-être à la tubereulose, et sûrement à la faligue précoce, à l'usure rapide, à la neurasthénie et à tous les troubles qui accompagnent une mau-
vaise nutrition.
Mais, depuis que l'enfant a appris à respirer, toutes ces affections disparaissent, cessent de récidiver ou dele menacer
el, sans sortir du domaine de la pathologie des voies respira-
nr toires, on peut dire que l’éducation respiratoire a changé l'orientation de cette vie.
Et si nous regardons au delà de la pathologie des voies respiratoires, les résultats sont plus nombreux et plus frappants encore : les déviations du rachis, les scolioses, l’insuffisance des muscles du thorax, seront prévenues ou corrigées. L'acte respiratoire amélioré entraînera des modifications heureuses dans la structure des poumons et de la poitrine ; respirant mieux, l'enfant se nourrira davantage et pourra aborder des exercices physiques qui développeront ses muscles, fortifieront son squelette, et enrichiront tous ses organes. La consommation nouvelle d'oxygène augmente nécessairement les combustions, active les échanges, fait disparaître les déchets. Elle influe puissamment sur tous les ralentis, sur ceux qui sont issus de parents arthritiques ou goutieux, sur ceux qu'une mauvaise hygiène a conduits à des troubles de la nutrition et de Pélimination.
Chez les affaiblis, les débilités, les surmenés, surtout chez ceux dont la fatigue vient de l'abus du travail cérébral vu des sensations; chez ceux qui ont tout subordonné à l'exercice ou à l’abus du cerveau et de la moëlle, les fonctions qui souffrent le plus sont les fonctions motrices. Sous l'influence de la fatigue cérébro-spinale, le système musculaire s’étiole, la respiration devient insuffisante, la digestion paresseuse ; secondairement, les sécrétions glandulaires se font mal, le foie, le rein, les glandes des muqueuses et de la peau remplissent incomplètement leurs fonctions. Dans ce cas, les exercices méthodiques, la gymnastique médicale, en augmentant promptement la respiration, en rétablissant la digestion, | en réalisant des combustions musculaires qui débarrassent
Forganisme de déchets toxiques, en produisant du travail et
ELA de la chaleur, ont vile fait de ranimer les organes affaiblis, d’élever la température et la vigueur, et de permettre, par là même, le repos et la restauration du système nerveux que la
fatigue avait déséauilhibré, et qui désharmonisait tout le reste. (a) d ;
La gymnastique des muscles de l'abdomen, des muscles lombaires, aboutit également à des modifications heureuses des fonctions digestives. Les muscles de la ceinture et du bassin, lorsqu'ils ne savent pas se contracter avec force et opportunité, améênent les ploses viscérales, les hernies, les stases intestinales, les dilatalions, les fermentations et l'empoisonnement qui en résulle. Là encore, l'influence des exercices systématiques et des manœuvres mécaniques est si sûre et si rapide, et le retentissement sur l'état général du sujet, sa santé, son humeur, si évident, que beaucoup de malades sont stupéfaits qu'on ait pu les laisser si longtemps dans l’igno-
rance de manœuvres si simples et si logiquement efficaces.
En résumé, de même que les exercices méthodiques prescrits par les athlètes aboutissent à augmenter, inévitablement pour ainsi dire, le volume et Ja force des muscles exercés !; de même, les exercices méthodiques prescrits par le médecin doivent aboutir à l'augmentation inévitable de la respiration et de la digestion, et à la modification profonde de la nutrilion des tissus musculaires. Or, la quantité de ces
issus dans un organisme est si considérable, le rôle de leur
: SANDOW enseigne qu'il n’est pas nécessaire de naïtre athlète pour le devenir, et que tout individu normalement constitué peut, par l'exercice seul, aboutir au développement athlétique. SANDOW se cite lui-même comme un exemple remarquable de l'exactitude de sa théorie. Aprés avoir été un adolescent malingre jusqu’au Jour où il a com mencé à s'exercer, il est devenu, méthodiquement et volontairement, un
des premiers athlètes du monde.
chimie intime si important dans la fabrication de la chaleur et de l'énergie, que l'on comprend qu'une méthode habile puisse obtenir, par l'exercice musculaire, un changement
complet, physique et chimique, de l'être traité.
Le système circulatoire n'est-il pas aussi musculaire? Les mouvements n'agissent-ils pas puissamment sur la circulation périphérique, et par conséquent sur la pression sanguine et sur le cœur?.... Quelles modificalions de l'orga-
nisme ne peut-on pas oblenir en modifiant la circulation ?
Nous ne pouvons poursuivre trop longuement l'exposé de ces idées, qui ne sont aujourd’hui qu'au début de leurs applications. I faut lire les œuvres si remarquables de F. La- GRANGE !, qui, lé premier, apprit en France à liver d'un mouvement localisé une action médicatrice générale, et répandit parmi nous la connaissance et le raisonnement de la thérapeutique mécanique. La voie de recherches, d'une portée impossible à prévoir, nous est ouverte. Ici même, avec la collaboration de mon distingué confrère et ami le D' Harax- CHIPY, NOUS avons poursuivi, avec succès, la recherche d’une technique capable de rétablir et de régler des fonctions, dont les troubles paraissent bien échapper à l’action de la volonté motrice : l'incontinence et la rétention de la vessie et du
rectum ; la toux et le spasme laryngé, etc.?.
Et si l’on peut admettre que tout le monde, pendant l'enfance, ne s'astreigne point à suivre l’enseignement athlé-
tique qui ne doit Imtéresser, dans l'avenir, qu'un très petit
1 Collection Librairie Alcan Lévy, boulevard Saint-Germain.
? Traitement mécanique des troubles viscéraux chez les tabétiques (Crises laryngées, Troubles de la respiration, de la digestion, de la miction, de la défécation). Communication au Congrès de Neurologie de Bruxelles, 1e: août 1903.
ET nombre d'individus, on ne peut comprendre pourquoi personne, ou à peu près, ne se préoccupe de l'éducation de fonctions, indispensables à tous. En effet, si nous pouvons nous désintéresser, dans une certaine mesure, de la force et de l’habileté de nos bras, il est évident que l'énergie et l’activité de nos muscles respiratoires, circulatoires, digestifs, elc., sont d’une importance qui domine toute notre vie.
Plus pressant encore est le besoin des sujets qu’un accident, ou une maladie, a profondément troublés dans l'exercice d’une fonction motrice importante. Déjà, dans la première partie de cette conférence, nous avons eu à faire, plusieurs fois, allusion aux malades, aux blessés, aux infirmes. Nous allons étudier maintenant, dans la deuxième partie, comment l'éducation motrice, ou plutôt la Reéducation peut pallier aux pertes subies par l'organisme, ou même restaurer ses fonctions, lorsqu'une lésion les a compromises ou détruites d’une manière grave, quelquefois même considérée comme irréparable.
Les Paraplégies. — Dans un traité de pathologie médicale, la séméiologie de la paraplégie paraît simple et constante : c’est une paralysie des deux membres inférieurs, intéressant aussi, généralement, la partie inférieure du tronc, les sphincters et l'abdomen. Lorsque les muscles sont rigides, la paraplégie est dile spasmodique ; lorsqu'ils sont mous et
atoniques, la paraplégie est dite flasque.
Dans la pratique, les symptômes de la paraplégie sont beaucoup plus variés. En effet, dans une paraplégie spasmodique, il peut y avoir quelques groupes musculaires flasques. Dans une paraplégie flasque, 1} y a des groupes muscu-
laires plus flasques que les autres, d'où il résulte que l’action
| — 21 — des groupes de muscles les plus forts ou les moins paralysés prédomine, et que le membre dévie dans le sens que lui commande cette action.Delà, une attitude vicieuse, et, comme cetle attitude est permanente, les muscles qui s'v trouvent allongés restent tels et ne peuvent plus reprendre leur dimension primitive ; les muscles qui s’y trouvent raccourcis, se rétractent et opposent une résistance invincible aux efforts faits ensuite pour replacer le membre dans une attitude normale ; dans l'articulation immobilisée par ces paralysies et ces rétractions musculaires, 1l se forme des adhérences, des épanchements, une véritable arthrite, à laquelle on ne peut imprimer le moindre mouvement sans douleur : cette douleur devient, à. son tour, une occasion de contracture pour les muscles périarticulaires restés partiellement actifs, et cette contrac-
ture augmente encore l'immobilité et la raideur.
Enfin, de l’inaction prolongée, de l'atlitude vicieuse,
résultent l’'atrophie musculaire, lamaigrissement du membre,
lémaciation des tissus, et tous ces symptômes sont l’occasion
d'indications thérapeutiques multiples que nousallons essayer
de saisir,
Pour vaincre la contracture et le spasme, il faut employer la mobilisation méthodique par les mouvements passifs. On comprend que, tant que ces éléments ne sont pas vaincus, ou tout au moins diminués de puissance, 1l faut renoncer à enseigner au malade aucun mouvement utile. Il y a donc, dans le traitement des paraplégiques, une période préparatoire, pendant laquelle le malade n’a point à faire de mouvements volontaires. Durant ce temps, il reçoit du gymnaste des mouvements calculés et progressifs, dont le résultat est d'augmenter, peu à peu, l’amolitude de la mobilité
ariculaire.
En même temps, le massage coinibaltra l'amaigrissement, l'émaciation des lissus; rétablira la nutrition, diminuera les douleurs et les gonflements articulaires ; enfin contribuera à assouplir, à nourrir, à forlifier le membre affaibli, immobilisé, atrophié. L’électrisation, dirigée avec précautions contre les muscles paralytiques, flasques et atrophiés, ramènera peu à peu, dans ces muscles, des contractions, et y fera reparaître des fibres musculaires saines et la possibililé d’un travail efficace,
Mais supposons que cette électrisation ne soit pas élective ; supposons qu’elle se diffuse dans des muscles voisins qui ont conservé une nutrition importante et qui sont contracturés; elle aura alors pour résullat d'augmenter la contraclure, De même, supposons une mobilisation imprudente, ou seulement trop longue ou forte : elle varompre des adhérences articulaires, üirailler des rétractions tendineuses, provoquer la douleur et, par conséquent, la défense musculaire, l’'exagération des raideurs, et le refus du malade de con-
tinuer le traitement.
Un massage mal conduit excilera l'éréthisme musculaire, au lieu de le calmer : il meurtrira les tissus flasques, au lieu de les nourrir. Bref, sans qu’il soit possible, par la parole ou par l'écriture, de dire à quelles nuances tient le succès, ce succès est tout entier dans ces nuances du diagnostic journalier, et dans les détails de la technique qui cherche à saisiret à exécuter les ordres du diagnostic.
Lorsque le paraplégique est assoupli et fortifié le gymnaste peut lui faire exéculer des mouvements d'amplitude suffisante. C’est alors que le malade commence à faire des mouvements volontaires, d'abord restreints el ralentis ; la tâche de la reéducation est préparée, el la deuxième période
du trailement du paralylique commence,
LesHémiplégies.— J'ai dit: « du paralytique »,parce que ce que nous avons dit du paraplégique s'applique au:si à
d’autres paralytiques.
L'hémiplégique, par exemple, présente exactement les mêmes troubles, mais, en outre, chez lui, plus encore que chez le paraplégique, il y a un danger à éviter : le réveil du
foyer morbide,
Parfois, les mouvements d’un territoire excitent les centres nerveux moteurs de ce territoire, qui réagissent à leur tour sur les centres nerveux voisins, C'est ainsi que la gymnastique, même passive, d’un membre, peut réveiller des douleurs d’origine centrale, chez l'ataxique, par exemple ; comme elle peut calmer ces douleurs, momentanément, par une différence de technique et de quantité. Cette même gymnaslique peut également ranimer des lésions mal éteintes, et augmenter les accidents qui en sont la conséquence. Parfois, les mouvements délicats {principalement les mouvements de la main), chez un hémiplégique contracturé, augmentent momentanément la paralysie el la conlracture, par réflexe, non seulement du centre excilé, mais quelquefois ‘aussi des centres voisins. Il faut donc, chez ces malades, graduer les mouvements avec précaulion et tâter la susceplibilité individuelle, qui indiquera la dose et le mode opéra-
toires.
Malgré cette difficulté, il faut mobiliser de bonne heure l'hémiplégique. Comme le paraplégique, il est, dans la pratique ordinaire, généralement abandonné à lui-même, et les arthrites, surtout celle de l'épaule, les contractures de la main, les déviations du pied, sont, chez lui, précoces et graves. D'autre part, la mobilisation est quelquefois si difficile,
qu'elle rebute vite le malade et le médecin. C’est assurément
AS AE dans certaines formes d'hémiplégies, que la tâche de la Reéducation motrice est la plus délicate ; c’est aussi dans ce cas qu'elle est le plus complexe, car on a souvent, dans les hémiplégies droites, à reconstituer à la fois : la marche, la préhen-
sion, l'écriture et la parole.
Les Myélites diffuses. — Voici le résumé d’une observation qui peut être prise comme exemple de la multiplicité des accidents moteurs et des indications de thérapeulique motrice qu'il faut savoir saisir :
Atteint d’une myélite infectieuse, relativement légère, mais d'évolution longue et diffuse, M. X... a pu être considéré d'abord comme un paraplégique. Il avait, en effet, de véritables paralysies, des immobilisations, des attitudes vicieuses,
des rétractions des muscles des membres inférieurs.
Il a pu, aussi, être considéré comme un tabétique. II présentait, en effet, certains signes non douteux de tabès, explicables par ceci: que ses lésions médullaires avaient atteint ses racines el ses cordons postérieurs, et avaient,
par suite, fait naître les symptômes du tabès.
À cet ensemble symplomatique, se joignaient des accidents d'un autre ordre : ce malade, atteint d’une ostéite: tuberculeuse, avait dû subir plusieurs résections du tarse, et ces opérations avaient contribué, dans une large mesure, à
amener l’ankylose des articulations tibio et médio-tarsiennes.
Au moment où il viat nous demander nos soins, M. X... était incapable de faire un mouvement Jusqu'au niveau du sein, c’est-à-dire que tous les déplacements restés possibles étaient accomplis par les bras et les épaules, qui traînaient le reste du corps comme une masse inerle. Les muscles
des réservoirs, le diaphragme, les muscles des parois abdo-
ERP RS
minales, étaient également paralysés et le malade n'était plus
maître. en aucune facon, de ses besoins naturels.
Pendant 4 mois, M. X... s'est soumis à un traitement régulier : mouvements passifs, mobilisation, massage, électricité, reéducation.
Aujourd’hui, il a cessé d’être un impotent : il peut, dans son lit, dans son fauteuil, se mouvoir convenablement ; il satisfait ses besoins à peu près comme il lui convient; il se lève, s’assied et, avec un appui, il peut marcher. Il commence même à s'aventurer seul, avec deux cannes, dans l’appartement. Au dehors, il parcourt au bras de quelqu'un une trentaine de mètres d’une seule étape. Cela est peu de chose, en apparence ; cela est beaucoup, en réalité. C’est l'indépendance relative, c’est la carrière reprise ou continuée, c’est l'espoir d’une amélioration progressive ; c’est la conscience que, loin d’être, pour les siens, une charge, un embarras sans compensalions, 1l est un appui el une ressource qu'on peut utiliser dans le présent et escompter dans lavenir. Et toutes ces améliorations sont survenues lentement, progressivement, en rapport direct avec l'effort thérapeutique. C'est-à-dire que les rétractions et les attitudes vicieuses ont cédé à la mobilisalion méthodique ; que les atrophies musculaires ont disparu devant le massage et l'électricité ; que les mouvements volontaires enfin sont revenus pendant la reéducation. Pendant les suspensions de traitement, les résultats acquis se maintenaient, mais les progrès s’arrêtaient jusqu'à la reprise sui-
vante.
Or comprend que de pareils résultats ne peuvent pas être obtenus sans se soucier de l'hygiène et de la direction générale du traitement. L'alimentation, le sommeil, l'exercice,
toute la règle de vie, doivent être soumis à une surveillance
200 re constante, el ce n'est qu'avec des malades intelligents, énergiques, disciplinés, ce n'est qu'en les plaçant dans des conditions telles que la règle de leur vie soit dans les mains
du médecin, que le succès peut être obtenu.
Les Ataxiques. — L'histoire de ce malade nous servira de transition pour étudier maintenant la Reéducation proprement dite. Pour cela, le sujet de choix est lataxique, qui donne des résultats plus faciles, plus brillants, plus démonstratfs, plus connus aussi'. Il faut, pour les comprendre, chercher à nous expliquer la nature du trouble ‘‘ incoordination ”. Il est, d'ordinaire, assez mal compris, et il faut nous arrêter un instant, et avec quelques détails, sur ce point de
physiologie pathologique.
1 Les premières observations d’ataxiques ayant réappris à écrire et à marcher appartiennent à FRENKEL (Congrès des médecins de Brême, 1890). En France, nos premières publications sont de 1895-1896, (Leçons de M. ie professeur RaAyMonb. Observations de la Clinique CHARCOT publiées dans la Presse Médicale, par Maurice FAURE, interne du service. — Observations de HIRSCHBERG, Bulletin général de Thérapeutique, 1894 ; Archives de Neurologie, n°° 9 et 11, 1896: — de BELUGOU, Archives générales de Médecine, février 1896; — Rapport de GRASSET au Congrès de Moscou, 1897, et RAUZIER, Nouveau Montpellier Médical, 1896). Antérieurement à nous tous (1887), DECREF, de Madrid, avait publié des observations de choréiques ayant réappris, par des procédés analogues, à corriger les troubles moteurs de leurs membres (Revista de medecina y Cirurgia practicas, août 1887, Madrid).
Il est impossible de dire exactement à qui appartient fidée première de cette application de la thérapeutique motrice aux incoordonnés du mouvement. Il est probable que c’est dans les remarques faites par les malades eux-mêmes qu’il faut la rechercher. Nous devons, en tout cas, beaucoup à ces remarques, et il est très vraisemblable qu’elles ont été utilisées par bien des médecins différents, qui se sont peutêtre iguorés, de très bonne foi. Il faut donc, pour établir la priorité historique, s’en référer simplement aux publications que nous venons d'indiquer, et que d’autres auteurs n’ont guère fait que reproduire depuis, mais en omettant quelquefois de les citer.
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La Coordination. — Chez l’homme normal, la coordination des mouvements est le résultat d’un acte cérébral. La coordination n’est pas innée. Le nouveau-né est incoordonné, parce qu'il voit mal, qu'il n’a pas la notion exacte de la forme, du volume, de la dimension, de la siluation des objets dans l’espace ; parce qu'il n’a pas la perception juste de l’amplitude de ses gestes, de la portée de son effort. Le mouvement fait par lui manque le but, ou l’atteint maladroïitement, en y
dépensant une fatigue et un temps exagérés.
L'éducation motrice doit intervenir pour réduire ces défauts, ou les supprimer. Le plus souvent, cette éducation est inconsciente et déréglée : c'est par limitalion simiesque, c'est par des essais répétés, el aux dépens de ses forces et de son adresse, que l'enfant s'instruit. [l ÿ aurait un grand intérêt à le guider dans cette étude, et à Iui apprendre à coordonner ‘tous ses gestes, avec le même soin qu'on apporte à lui apprendre à coordonner certains d’entre eux. Il n’est pas moins utile, moins judicieux, d'apprendre à marcher qu'à nager, à courir qu'à monter à cheval. Il serait incontestablement plus avantageux, pour l'adolescent, d’apprendre à se bien Lenir et à proportionner tous ses gestes au but qu'ils visent, plutôt que d'apprendre le piano. Cependant, on abandonne entièrement l’enfant à Jui-même pour apprendre la marche, la course, la station, alors qu’on lui donne des maitres qui lui enseignent la natation, Péquitation, la musique. dont la plupart des individus n'auront jamais à se servir, On ne songe pas que l'enfant naît sans rien savoir, et qu'on devrait tout lui enseigner, pour lui éviter des efforts, du Lemps perdu et des erreurs préjudiciables, On peut concevoir une société se préoccupant d'apprendre, depuis les premiers mois de la vie, tous les mouvements à l'enfant, et, au contraire, une
société qui n’en enseignerait aucun, et où tous les exercices
du corps, voire même certains instruments de musique, seraient appris par tous les enfants, automatiquement, pour ainsi dire, el par imitation. Il en est ainsi, d’ailleurs, de l’équitation chez certains peuples ; de la natation chez certains autres: chez ces peuples, l'enfant apprend ces exercices comme la marche, et même avant elle; cela a peut-être été vrai aussi de l'escrime, à certaines époques ét dans certains milieux.
En réalité. tout peut être appris et tout doit être appris. À un âge avancé, l'homme peut encore s'appliquer, avec succès, à coordonner son action en vue de nouveaux gestes. Infirme ou malade, il fait de même. Une maladie a-t-elle détruit une fonction motrice : marche, écriture, parole ?.... on peut réapprendre à marcher, à écrire, à parler, si l’on en a l'intelligence et la patience.
Quel est le mécanisme physiologique de l'éducation motrice ? Chez l'enfant, l'adulte, l’infirme, 1l est identique : l'élève regarde comment le geste est exécuté par le maître, et s'applique à le reproduire. Son cerveau s’habitue ainsi à diriger les contractions de ses muscles, à les mesurer, à les grouper dans un sens toujours le même, jusqu’à ce que le geste désiré soit exactement reproduit. Alors, l'habitude intervient et le rôle de l'attention et de la volonté diminue d'importance. Peu à peu, le geste devient automatique; c’està-dire que, sans que le sujet y pense, sans qu'il le veuille, son système nerveux commande et dirige les muscles dans le sens habituel.
On sait ce qu'est le système neuro-moteur : un groupe de cellules cérébrales qui conservent l’image motrice, la reproduction mentale du mouvement; un groupe de filets nerveux qui relient ces cellules cérébrales aux cellules
\…. Aid ait
motrices de la moelle, qui conservent l’énergie motrice ; encore des filets nerveux qui relient ces cellules aux muscles et commandent leurs contractions. À côté de ce système moteur, d'autres systèmes accessoires, qui apportent aux cellules cérébrales des sensations motrices, les renseignent sur la force, la durée, l'amplitude du mouvement accompli,
et permettent ainsi de régler sa direction et de mesurer
l'énergie nécessaire pour le mener à bien.
L'Incoordinmation. — Supposons qu'une lésion interrompe ce système en un point quelconque : le mouvement est supprimé. Supposons qu'un obstacle diminue ou dévie le courant qui parcourt le système neuro-moteur; ou bien encore que l’un des systèmes accessoires qui renseignent la conscience motrice sur la force, l'amplitude, la durée du mouvement, soit altéré et donne des renseignements inexacts : le
mouvement persiste, mais 1l est perverti.
Que faire pour rétablir le mouvement intégral ? L’expérence montre : 1° que les désordres nerveux sont souvent plus étendus que la lésion, et que, d’eux-mêmes, et par la
suite, les désordres rétrocèdent quelquefois et se réduisent
. au minimum inévitable; 2° que les différentes régions du
système nerveux peuvent se suppléer entre elles, c’est-à-dire que, lorsque l’une d'elles a souffert et que sa fonction est compromise, une autre entre en jeu et s'efforce de la suppléer. Cette suppléance est d’abord maladroite et incomplète; peu à peu elle devient meilleure, parce que le nouveau centre s’habitue, à son tour, à la nouvelle fonction qu'il a à remplir. Lorsqu'il y est complètement habitué, il a acquis une spécialisation nouvelle, c’est-à-dire qu'une nouvelle éducation motrice s’est faite, remplaçant l’ancienne, plus ou moins
heureusement.
ES CNP D RACE DORE EEE
CL DD = On voit donc que l'habitude, l'attention, la volonté, la patience, sont nécessaires au début de léducation motrice pour créer la coordination du geste. Une fois que le geste est coordonné, une lésion quelconque peut le compromettre, et alors, il faut qu'interviennent à nouveau l'habitude, lattenlion, la volonté, la palience, soit pour reéduquer le système
compromis, soit pour éduquer un système compensateur.
L'Ataxie. — Ceci dit, que se passe-t-il chez l’ataxtque ? Voici la caractéristique du trouble moteur qui lui est particulier : le tabétique perd la régularité des mouve-
ments automatiques.
A l’état normal, toutes nos fonctions motrices ordinares s'accomplissent sans que nous y songions ; nous marchons, nous slationnons, nous accomplissons les actes nécessaires pour manger, respirer, salisfaire nos besoins physiques, sans y accorder d’altenlion, et si la correction, la mesure, l'élégance des gestes varient avec les individus, tous arrivent à les accomplir d’une manière suffisamment utile. Au cours du labès, toutes ces fonctions se délraquent, et les gestes ordinaires sont remplacés par des gestes incohérents et inutiles. Mais l'ataxique reste capable de faire des mouvements réguliers sous l'influence d’une attention soutenue et d’une volonté énergique. Il lui suffit, en effet, de faire un effort, d'oublier ce qu'il croit savoir et de lendre son esprit eau vue de lexécution d’un mouvement nouveau et difficile, pour réussir, par ce moyen, à accomplir comme tel, avec régularité, un mouvement très simple, dont le mécanisme,
auparavant familier, a disparu de sa mémoire.
Telles sont eo et la Reéducation. Il faut
apprendre, pour la deuxième fois, avec la même atlention,
la même volonté, la même patience que la première fois, les fonctions motrices que l’éducation avait rendues instinctives el spontanées. Comme l'adulte est plus docile, plus énergique que enfant; comme il peut uliliser quelques fragments de ses anciennes connaissances, il réapprend plus vite. D'autre part, comme il n’est plus normal, comme il n'a plus la souplesse et la richesse de l'organisme de l'enfant, il réapprend moins bien. Et le résultat auquel il arrive n'a point la perfec-
tion et la finesse des résultats que l'enfant peut obtenir.
Cette désorganisation des fonclions motrices dépasse même la limite des fonctions apprises par l'individu. Elle atteint aussi celles apprises par l'espèce, au cours de son développement. Ainsi l'effort, les mouvements respiratoires, les mouvements de la miction et de la défécation, accomplis par les muscles du thorax, le diaphragme, les muscles des parois abdominales et du périnée, sont le résultat, non pas de l’éducalion de l'individu, mais de l'éducation de l'espèce. Ces foncüons sont aussi détruites chez l’ataxique, et c'est par un acte volontaire, ‘réfléchi, calculé, qu'il doit désormais respirer, uriner, pousser, et remplir toules ces fonclions, autrefois automatiques.
Aussi, les plus intelligents d’entre Ges malades cherchent-iis d'eux-mêmes, et sans que nul leur ait jamais parlé de Reéducation, à travailler dans le sens que je viens d’indiquer. Ils s'efforcent alors, en contractant volontairement certains muscles, de suppléer par un geste nouveau, au geste habituel qui leur fait défaut; mais ils ignorent qu'un geste n’est pas dirigé par les muscles mêmes qui lexécutent, mais par tous les autres muscles du membre, dont les contractions compensatoires et auxiliatrices modèrent, régularisent,
conduisent le mouvement, que la contraction d’un seul mus-
7 guess cle, dans un seul sens, ferait brusque el incerlain. Aussi le geste compensaloire de lataxique, manquant de la complexité du geste normal, est-il précisément brusque et incertain, Ne pouvant plus porter en avant, par un mouvement bien réglé, le membre sur lequel il va progresser, l’ataxique le projette brutalement; ne pouvant se rendre compte de la multitude des contractions musculaires qui, dans le bassin, la taille et le tronc, reclüfient l'attitude et compensent léquihibre instable de la marche, il lance, alternativement et rapidement, ses deux jambes à droite et à gauche, ratlrapant ainsi, de l’un et de l’autre côté, son corps qui va de chute en
chute.
Reédueation. — On devine quel rôle va jouer la Reéducalion chez ce malade : lui faire comprendre qu'il ne doit plus jamais se laisser aller à faire un mouvement spontané et automatique, mais que tous ses gestes, même les plus instinctifs (comme la satisfaction de ses besoins naturels), doivent être exactement calculés, toujours surveillés, et réglés par des exercices préparatoires ; — lui enseigner les exercices correspondant à chacun de ses gestes ; — les lui décomposer, lui en montrer le mécanisme ; — lui apprendre, enfin, celte gymnastique spéciale qui doit remplacer, par un exercice approprié et appris, tout ce qu'il faisait, autrefois, spontanément et automatiquement, et sans y songer.
Telle est la tâche de la Reéducation. En l’exposant, nous avons, par le fait même, exposé la méthode qui lui permet de l’accomplir. La variété des fonctions motrices a pour corollaire la variété infinie des exercices méthodiques. Aussi, l'énumération, l'exposé, la démonstration complète de
ces exercices, n’ont-ils pu être encore faits, et les quelques
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exercices, publiés jusqu'iei comme des « méthodes », ne représentent-ils, en réalité, qu’une petite part de la technique qui nous est devenue nécessaire, par le fait du grand nombre
des ataxiques et de la variété des troubles qu'ils présentent.
Résultats. — On connaît nos résultats ! : sur cent alaxiques justiciables de la Reéducation, soixante et quinze, environ, soul capables de se soumettre à l’enseignement méthodique qu'elle nécessite. Tous, en effet, n’ont pas l’intelligence, la patience, l'énergie nécessaires pour accomplir une pareille tâche. Parmi ceux qui s'y soumettent, trente-deux pour cent arrivent à la restauration complète des fonctions
motrices. Les autres sont plus ou moins améliorés.
Ce sont là des faits très importants. Il faut, pour obtenir ces résultats, lutter longuement et minutieusement; mais, en somme, avec moins de temps et de peine qu'on pourrait le croire. Ici, où nous réunissons, il est vrai, des conditions exceptionnelles de succès (eaux, climat, elc.), un séjour de 2 à 4 mois nous permet de donner des bénéfices considérables et définiuifs, même dans des cas où les symptômes sont nombreux et variés.
En ce qui concerne les autres maladies motrices, nous n'avons point encore publié de statistique ; mais, en principe, nous pensons que les chiffres auxquels nous arriverons seront à peu près les mêmes que chez les ataxiques, avec des résultats moins démonstratifs, moins brillants, et moins solides,
aussi, peut-être.
1 Résultats de la reéducation dans le traitement des troubles du mouvement (Statistique de l’année 1902.). — Congrès international de médecine. Session de Madrid, avril 1903. — Doin, éditeur, 8, place de l’Odéon, Paris,
PRIE En effet, outre que les résultats donnés par les ataxiques expliquent, par leurévidence,leur caractère frappantetdémonstratif, le succès des premières publications sur ce sujet, ces
résultats sont remarquables aussi par leur caractère définitif.
Nous suivons, actuellement, des centaines de malades, pour la plupart depuis deux, quatre, sept années, et chez aucun, le succès ne s’est démenti. Sans doute, la Reéducation n'arrête pas toujours l’évolution de l’ataxie ; sans doute, elle n'empêche pas le tabétique de contracter d’autres affections, et même de mourir de maladie ou de faiblesse ; mais, dans la grande majorité des cas, elle conserve le malade. Celui qui sait combien:il doit à ce procédé thérapeutique continue à travailler, même en dehors de toute surveillance médicale, et ses progrès, bien que devenus très lents, ne cessent pour ainsi dire plus. Pendant des mois, des années, il conserve le bénéfice des exercices appris, y ajoute sans cesse, et peu à peu, se rapproche de plus en plus du mouvement instinclif et normal qu'il avait perdu et qu'il finit par retrouver, quelquefois complètement, intégralement. Si donc on peut dire que les bénéfices de la Reéducation, chez l’ataxique, varient beaucoup avec le caractère des malades et les formes de la maladie, et sont quelquefois imperceptibles et d’autres fois énormes,
ils sont toujours sérieux et durables.
Aussi, le Service organisé à la Salpétrière, pendant notre [Internat dans la Clinique de M. le Professeur Raymonp, n'a-t-1l cessé de se développer. Après nos premières publications, en collaboration avec FRENKEL! et HIRsSCHBERG?, il
Le traitement de l’ataxie par la Reéducation, Presse médicale, Nov. 1897. Des attitudes anormales spontanées ou provoquées par le tabès dorsal sans arthropathies, Zconographie de la Salpétrière, juilletaoût 1896.
2 Le traitement des tabétiques, Gazette des Hôp., 16 octobre1897.
a fourni des matériaux d’études successivement à LECLERC, et à RICHE, qui ont confirmé les premiers résullats, Depuis, sous la direclion et grâce aux travaux de notre collaborateur et ami, le D' CoxsrEnsoux, ce service a acquis une activité et une importance plus considérables encore. Ella Reéducation, cessant de se limiter au traitement de l’ataxie, à étendu progressivement ses applications à un grand nombre de syndromes moteurs et doit être aujourd'hui considérée comme une
méthode thérapeutique très générale !.
Après ce que nous venons de dire, on comprend que nous puissions énoncer ce paradoxe: qu'il n’y a pas de pronostic des maladies nerveuses chroniques, parce qu'il n’y a pasde maladie nerveuse, mais seulement des lésions nerveuses. Lorsque la lésion est constituée, lorsque tous les symplômes sont apparus, le sujet n’est plus un malade, c’est un infirme. Et le pronostic de cette infirmité varie du tout au tout, suivant l'énergie du malade, son intelligence, son milieu social, ses ressources matérielles ; suivant aussi les soins de son entou-
rage el les connaissances de son médecin.
C'est en face du pronostic falal, qui abandonnait aux soins des infirmiers el des empiriques tant de malades chro: niques, qu'il faut se placer pour juger nos résullats. Il ne faut point comparer le malade restauré par nous à l’homme normal qu'il a pu être, et dont l'idéal évoqué peut faire paraître disgracieux et débile l’homme qu'il est devenu; c’est à la
ruine qu'il fut momentanément, c’est à l'être misérable qu'il
1 Voir, par exemple,les remarquables travaux de l'Ecole de BRISSAUD, sur les traitements des Tics et des états analogues (MEIGE, FEINDEL, etc.).
était condamné à rester qu'il faut comparer ce que nous l’avons fait. Alors nos efforts s'expliquent, et le résultat vaut la peine dépensée pour l'obtenir.
C'est à dessein que nous insistons sur les cas où les résultats sont les plus modestes. Lorsqu'il s'agit d'enfants, d'individus jeunes, nous avons des résultats bien supérieurs. Ce ne sont plus des guérisons incomplètes qu'ilfaut expliquer, et excuser pour ainsi dire : c’est la transformation d'un être inférieur en un être supérieur, dont le développement pourra se faire dans des conditions telles, que toutes les ressources de son organisme seront utilisées, avec le maximum d’avan-
tages et le minimum d'efforts.
Le médecin ne doit pas se borner à chercher des sérums et des médications héroïques qui jugulent les infections, 1l doit aussi, souvent, prévenir des aggravalions et restaurer des ruines qu'il n’a pu empêcher. L’infirme, qui a perdu l'émission volontaire des uriues et qui doit recourir, pour remplir cette fonction, à des manœuvres artificielles, risque, tous les Jours, l'infection urinaire, qui est l’une des causes les plus fréquentes de la mort des paralytiques. L’incoordonné, qui ne sait plus mouvoir utilement les muscles du thorax et du cou, diminue son champ respiratoire, laisse pénétrer dans son larynx des particules alimentaires, ne peut plus chasser, par l'effort de la toux, les mucosités stagnantes qui encombrent ses bronches et risque, par l'infection inévitable des voies respiratoires, les bronchites et la tuberculose, qui sont souvent l’ultime épisode de maladies à point de départ bien différent. D'ailleurs, l'erreur du pharynx ou du larynx dans les mouvements de déglutilion et de phonation, dans l'effort de la toux, peut suffire à provoquer la suffocation immédiate, qui n’est pas absolument rare dans les maladies nerveuses attei-
gnant les nerfs bulbo-protubérantiels.
Nu On 2
Enfin, la paresse de la digestion, la stase résultant de l’atonie et de l'incoordination des muscles abdominaux ; les troubles de la circulation résultant à la fois de la lésion des nerfs bulbaires, et de l’altération des fonctions respiratoires : l’auto-intoxication résultant de l’immobilité, de la tristesse, de l’inanition, et plus encore, de l’altération des fonctions de la peau el des autres éliminations ; tout cela ne suffit-il pas à mettre l’infirme dans une situation telle, qu'en l’aban-
donnant, on prononce une condamnation à mort ?
S1, au contraire, par des séances journalières, on force ce malade à respirer, si on ranime sa circulation, si on lui apprend à tousser, à cracher, à désobstruer ses bronches et son larynx ; si, par des massages et des manœuvres convenables, on lui apprend à vider, chaque jour, sa vessie etson intestin, si on restaure ses muscles, si on mobilise ses articulations.si on lui donne quotidiennement un exercice,d'abord passif, ensuite actif, qui suffira à débarrasser son organisme des déchets qui l’'encombrent, à maintenir sa température, à rétablir son appétit, sa digestion, sa nutrition : on aura ainsi écarté tout danger de mort et rétabli une vie qui, si elle n’est encore ni intense ni produclive, est du moins assurée et durable. On ne doutera pas de l'importance de cette lâche, si on songe que, dans la plupart des cas, les accidents que nous visons frappent des hommes en pleine vigueur, parfois jeunes encore, qu'un rendement social certain et immédiat rend bien plus dignes d'intérêt qu'un nouveau-né, dont Île rendement est encore inconnu et problématique, et qui est, cependant, l'objet de soins du même genre, dont nul ne
songe à contester la nécessité sociale et la valeur morale.
pi
Ceci fail, 1l restera à entraîner, peu à peu, l’organisme
reconstitué sur la pente d’une vie plus active, et à lui redon-
PDO EE ner, sinon son existence antérieure, du moins une activité suffisante pour lui rendre l'espoir et le goût de la vie, et voir renaître chez les siens le courage et la confiance.
Celle thérapeutique physique de linfirme, de l’insuffisant, de l'enfant, du faible, du malade, dont nous nous efforcons de régler ici les meilleures techniques, doit avoir place à côlé de la thérapeutique chimique de la maladie, el au même rang qu'elle. En développant l'enfant, en augmentant les forces de l'adolescent et la résistance de l'adulte, l'éducation motrice prévient la maladie ou guérit ses débuts insidieux, el par là se rattache à l'admirable mouvement vers l’hygiène et la protection de la race, qui est le souci actuel de tant
d’esprits distingués.
Par l'aide qu'elle donne aux incurables et aux infirmes, dont elle éloigne la mort; par l'amélioration et l'allègement de leurs maux ; par l'espoir d’une vie meilleure qu'elle apporte à ces abandonnés, la thérapeutique motrice mérite une place parmi les préoccupations humanitaires et les devoirs sociaux,
dont l’élude est une des caractéristiques de notre temps.
Enfin, au nom des résultats admirables qu'elle donne dans tant de maladies, devant lesquelles nous étions désarmés il y a peu d'années, cette même thérapeutique peut, aujourd'hui, revendiquer sa part de l'attention publique. Comme le soin de l'enfance, espoir du capital social ; comme la lutte contre la tuberculose et l'alcoolisme, défense de ce même capilal, la cure de reéducation motrice, qui conserve une parlie de ce capital compromis et en accroit l'intérêt, mérite la sollicitude de tous ceux que préoccupent l'améliora- Uon de la santé publique et le rendement supérieur des forces humaines.
DE Sp im ET
Messieu RS,
Nous en avons assez dit pour vous montrer que le soin des infirmes, abandonnés autrefois à des garde-malades ; que Ja restauration des avariés, qu’on osait à peine entreprendre, il y a quelques années; que le développement, enfin, des adolescents relardataires, qu’on laissait devenir des hommes faibles et insuffisants, sont, aujourd'hui, des thérapeutiques usuelles ici, et seront, demain, partout, des thérapeutiques
classiques.
J'en prends à témoin mon Maître, M. le professeur Lanpouzy, devant lequel je suis heureux de dire quelle large part je lui attribue dans la genèse et l’évolution de ces idées, après que: stagiaire, externe, interne dans son service, pendant trois années, j'ai vu naître dans son esprit, et développer dans son enseignement, l'étude de la Physiothérapie dans les Stations thermales et climatériques, qui est aujourd'hui au premier rang des préoccupations des médecins soucieux
d'améliorer des malades, plutôt que de classer des maladies.
J'étais votre interne, M. le professeur Raymonp, lorsque les premiers succès dus à la Reéducation étonnèrent les élèves de la Salpétrière et vous donnèrent l’occasion de montrer, une fois de plus, que tout progrès thérapeutique, essayé en dehors de France, en faveur des malades qui sont l’objet de votre spécialité, devait trouver, dans votre Ecole, l'accueil
le plus large. Et comme vous nous le dites, en nous parlant
tout à l'heure, au nom de la Salpêtrière, de CHarcor thérapeute, vous avez. en encourageant l’œuvre dont votre élève vient d'exposer aujourd'hui les résultats, continué la tradition de Celui qui vous encourageait aussi, 1l v a quelques vingt ans, lorsque vous rapportiez de Russie une des premières
thérapeutiques mécaniques des maladies nerveuses.
Et vous, Messieurs les Professeurs GRASsET, PITRES, Gau- CHER, CARRIEU, Mossé, REGIS, RAUZIER, vers qui va mon cordial el reconnaissant hommage ; —- vous tous, Messieurs el chers Collègues, qui avez témoigné tant de sympathie à nos efforts, sans doute parce qu'ils peuvent contribuer, pour une part, à rénover le prestige un peu vieilli des Stations françaises que vous visitez, — vous saurez trouver, dans le succès qui nous accueille, la preuve que nos communes idées, qui commencent à être la vérité d'aujourd'hui, seront certaine-
ment la vérité de demain.