‹ Conférence sur la charité [microforme]Chapitre 15 sur 22 · LEGER USE · texte numérisé non relu

LEGER USE

nstant tigues qu'il s'était imposées pour la science, et plus ir en encore peut-être pour le soulagement des malheu-

uti les «

reux. pur le conseil des médecins, il était venu AUvre

Pise chercher des forces et du repos. Malheureuse-

e huit, ment les forces ne venaient guère, sa santé baissait

mp ve ER 888 FRE NS E ÉNqit de TRES DER EU ET

‘es que (1) Œuvres complètes, t. VIH. Mélanges, t. 11, p. 41.

s Con- 3)

74 JONFÉRENCE

de jour en jour. Alors se révéla plus que jamais peutêtre le disciple du Christ et le bienfaiteur des pau-

vres.

Sur les bords enchanteurs de lArno, au milieu de souvenirs chers à son cœur, entouré d'une épouse tendrement aimée et d’une enfant objet de douces espérances, il redisait le cantique d’Ezéchias, en exhalant ainsi son âme devant Dieu :

Voilà que je suis pris d’un mal grave, opiniâtre, et d'autant plus dangereux qu’il cache probablement un épuisement complet. Faut-l done quitter tous ces biens que vous-même, mon Dieu, n’aviez donnés ? Ne voulez-vous point, Seigneur, vous contenter d’une partie du sacrifice ? N’accepterez-vous point l’holo-

auste de mon amour-propre littéraire, de mes ambitions académiques, de mes projets même d'étude, où se mêlait peut-être plus d’orgueil que de zèle pour la vérité ? Si je vendais la moitié de mes livres pour en donner le prix aux pauvres, et si, me bornant à remplir les devoirs de mon emploi, je consacrais le reste de ma vie à visiter les indigents, à instruire les apprentis et les soldats, Seigneur, seriez-vous satisfait, et me laisseriez-vous la douceur de vieillir auprès de

ma femme et d'achever l'éducation de mon enfant ?

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Peut-être mon Dieu ne le voulez-vous point. Vous n'acceptez point ces offrandes intéressées, vous rejetez mon holocauste et mon sacrifice : c’est moi que vous demandez. {lest écrit au commencement du Livre que je dois faire votre volonté, et j'ai dit: Je viens, Seigneur.”

Oui, messieurs, c'était lui-même que Dieu demandat.

Il mourut donc à quarante ans, avant d’avoir pu réaliser tous ses beaux rêves, mais laissantune œuvre à laquelle son nom restera pour toujours attaché avee le nom de Vincent de Paul. M Ces milliers de sociétés bienfaisantes répandues aujourd’hui par le monde, sont pour lui un plus beau titre de gloire que tous les livres qu’il aurait écrits, et la charité Pa

placé au premier rang parmi ses apôtres.

(1) Dans une lettre à un ami, Ozanam écrivait : “Nous ne sommes ici-bis que pour accomplir la volonté de la !’rovidence. Cette volouté s accomplit jour par jour, et celui qui meurt laissant sa tâche inachevée, est aussi avancé aux yeux de la suprême Justice que celui qui a le loisir de l’achever tout entière.”

(Lettre XVIIIe à M. Falconnet.)

Je me suis arrêté avec bonheur, messieurs, devant la sympathique figure d’Ozanam ; mais que n’auraisje pas à dire à la louange de la France si je voulais mentionner tous les fondateurs d'œuvres charitables

qu’elle a produits depuis quarante ans !

En Bretagne, à Saint-Servan, en face de la ville d’où partit l’intrépide marin qui, le premier, vint planter la croix sur nos rivages, un prêtre et deux humbles jeunes filles jetèrent les bases d’un institut merveilleux qui s’est multiplié comme par miracle. Ses membres se firent des mendiantes pour secourir la vieillesse malheureuse, et prirent l’aimable nom de Petites-Sœurs des pauvres. Bafouées, montrées au doigt, elles ne se découragèrent pas. Que leur importait l’insulte ? Elles glorifiaient le Christ en consolant et en soulageant les infortunés. Mais bientôt le mépris fit place à l’amour. Aujourd’hui ces Petites-Sœurs des pauvres ont pour ainsi dire envahi le monde, et, au nombre de trois mille soutiennent

à elles seules plus de vingt mille vieillards. 0

(1) “Un seul lit fondé dans un hôpital, dit l’abbé Moigno, coûte dix mille francs ! Les 105 maisons, les 20,000 lits des Petites-Sœurs des pauvres représenteraient donc deux cents mil-

ant \uis- À Lyon naquit la grande œuvre de la Propagation ie de la foi, œuvre sublime destinée à faire à des peudei ples entiers la plus précieuse des aumônes, laumône de la vérité. Et de nos jours, quel est celui dont le génie conçut et fit approuver par toute l'Europe ville cette organisation si belle des Cercles catholiques vint d'ouvriers ? Encore un laïque français, un homme leux issu de la noble famille que le Récit d’une Sœur nous titut a fait aimer, orateur rappelant à la tribune l’éloacle. quence de Montalembert, chrétien convaincu, ami cou- sincère et dévoué du peuple, M. le comte Albert de

able Mun !

trées

us Parcourez seulement la liste des institutions chari-

tables établies en France, vous resterez étonnés. Il

st en Lie ne faut pas demander ce que fait la charité, mais

11 ces plutôt ce qu’elle ne fait pas.

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L Est-il une souffrance qui ne soit secourue ? Est-il nnen

lions, et ils n’ont rien coûté. C’est un monde sorti du néant par la toute puissance divine. Ces maisons bénies sont, au fond, l'assemblage de toutes les misères imaginables! Mais du sein de

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lits des cette pauvreté à fendre l’âme, de ces infirmités repoussantes, sort ents mil- comme un rayonnement de dignité, de bonheur, de contente-

ment! Les âmes sont heureuses, elles voient et elles goûtent Dieu.” (Les Splendeurs de la Foi, tom. 1v, p. 387).

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une œuvre de bien qui n’ait ses apôtres et ses protecteurs ? À son entrée dans la vie, du berceau à l’école, de l’école à l'apprentissage, de l'apprentissage à latelier et de l'atelier au ménage ; si les infortunes lPac-

cablent, s'il a besoin de pain, s’il est coupable même ;

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à toutes les heures de son existence, à son agonie et à sa mort, le pauvre à près de lui des asiles qui Pattendent, il a des anges qui lappellent leur frère, il a des mères qui lui réservent toute là compassion et toute la tendresse du cœur le plus noble et le plus

généreux. [1]

(1) Outre les œuvres que tout le monde connaît, il en existe un grand nombre d’autres qui prouvent jusqu'à quel point la charité a porté ses attentions maternelles. Nous en citons: quelques-une3: Œuvre de ladoption ; Œuvre des tutelles des enfants trouvés et abandonnés ; Orphelinats agricoles ; Œuvre de repatriement des enfants déluissés ; Bourses pour les écoles primaires ; Sociétés de placement, d'éducation, d'apprentissage des enfants ; Œuvre des apprentis et des jeunes ouvriers ; Orphelinats et ouvroirs des filles pauvres à la ville et à la campagne; Œuvre des domestiques et des servantes ; Caisses des loyers ; As-istance judiciaire; Asiles de la bonne nuit; Nociété de Saint- François Régis pour la réhabilitation des mariages civils et religieux ; Asiles des incurables, des sourds-muets et sourdesmuettes, des aveugles ; Asile pour les épileptiques ; Hôpitaux ; Colonies et pénitenciers agricoles pour les jeunes condamnés ; Œuvre des dames et des messieurs visitant les prisons ; Frères du bien mourir ; Frères ensevelisseurs, etc., etc. Quelle nomenclature glorieuse pour l’ Eglise catholique !

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Or, messieurs, quelque lugubre que soit le présent,

c’est IÀ assurément une raison de confiance et d’espoir. Je ne crois pas exagérer, en portant à deux cent mille, le nombre des agents actifs de la charité catholique en France ; et qui dira tout ce que leur

dévouement peut expier de fautes et d'erreurs ?

La charité garde les empires. Ni le verre d’eau offert au nom du Seigneur ne reste pas sans récomipense; si la gloire a été promise, iei-bas, À la pauvre femme de l'Evangile, parce qu’elle avait donné une obole aux malheureux, il est impossible que Dieu fasse mourir une nation qui prodigue de si grand

cœur à tout ce qui souffre, son or et ses enfants.

Je ne désespère donc pas de cette France que la Révolution travaille. Mais s’il devait venir un jour néfaste où elle serait rayée de la carte du monde ; où le drapeau qui accompagna saint Louis aux Croisades, et les couleurs qui flottèrent triomphantes auprès des pyramides d'Egypte ne seraient plus que des souvenirs d’une grandeur évanouie, alors même, messieurs, tout ne serait pas mort. Le nom de la patrie de Vincent de Paul resterait gravé dans tous

les cœurs, et quiconque apercevrait, en Europe, dans

: les deux Amériques, dans les contrées les plus loin- à 4 taines, la blanche cornette de la sœur de charité, " VE la robe à la Vierge et l’humble bonnet de la Petite- f IP Sœur des pauvres, où bien l’habit de bure des fils D ER du Vénérable de la Salle, s’écrierait, avec admiration ( et avec amour: “Voici la France... oui, c’est la France, c’est toujours la France ! ?

Vous ne me reprocherez pas, messieurs, de tant parler de la France. Je sais qu’il y aurait aussi bien . des choses à dire à la louange des autres peuples ; . |

car la charité est universelle comme l'Eglise, et sur

l'empire où elle exerce sa souveraine puissance, le

soleil ne se couche jamais. Mais ne semble-t-il pas

qu’elle à choisi pour son centre le pays de nos pères ?

Presque toutes les grandes œuvres de bienfaisance

y ont eu leur berceau ; si Rome est la tête du monde,

on pourrait peut-être dire que la France en est le

cœur !

(1) Parlant du règlement des Filles de la Charité, Prévost- Paradol a dit: “Si tout ce qui nous entoure était anéanti, et que ce bout de papier survécût seul, il suffirait pour que l’on pât dire de notre pauvre monde: Le souffle de Dieu y a passé.” (Essais de politique et de littérature, deuxième série, p. 275.)

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Mais à deux mille lieues de la vieille Europe, il

est une autre France plus jeune, pleine de courage et de vigueur, gardant avec amour le langage, la foi ct le souvenir de ses aïeux : cette France, c’est la

patrie, et je vais vous en parler.

La patrie! Ah! messieurs, son histoire vous est connue ! Vous savez le dévouement, l'esprit de sacrifice, les hautes vertus qui marquèrent ses origines ! Pour en jeter les fondements durables, Dieu ne s’est pas servi de conquérants aventuriers ; il n’a pas suscité seulement des hommes d'administration et de

courage, 1l a choisi des saints !

Quels pieux pontifes, quelles femmes héroïques, quels prêtres zélés envionnent notre berceau ! Un jour viendra, j'en ai la douce confiance, où l'Eglise glorifiera leur mémoire, et de ses mains divines placera au front de plusieurs l’immortelle auréole des bienheureux. Qui de nous ne s’est senti pénétré d’une admiration profonde en étudiant leur vie intime, en lisant leurs écrits, en sorgeant à leurs travaux et à leurs souffrances ?

Je viens dérouler devant vos regards une page de leur histoire, vous rappeler la charité qui embrasait leurs âmes, et les œuvres qu’ils accomplirent en fa-

veur de la misère et de la pauvreté.

C'était pendant ce grand siècle, dont il y a un instant, je vous décrivais les spendeurs. Depuis peu d'années encore le drapeau fleurdelisé flottait sur les hauteurs de Québec : la modeste bourgade était pleine d’espérances. A la suite des fils de saint François, les intrépides disciples de Loyola déployaient, au milieu des tribus sauvages, leur zèle d’apôtres, et les récits de leurs misions produisaient au sein de la s0ciété française un enthousiasme dificile à décrire. Les regards et les cœurs se tournaient vers ces plages lointaines, et, du fond de leurs cloîtres, les épouses du Christ aspiraient à venir y travailler à la cause de

la foi et de la charité.

Le père Lejeune s'adressant à la générosité des riches: Hélas! disait-il, si les superfluités de quelques dames de France s’employaient à cette œuvre si sainte, quelle grande bénédiction feraient-elles fondre sur leur famille ! Quelle gloire en la face des anges, d’avoir recueilli le sang du Fils de Dieu pour Pappli-

quer x ces pauvres infidèles ! ?

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un a EE | de Ces paroles ne restent pas sans écho. | sait / . ° . . . . .

fn La duchesse d’Aïguillon croit y voir une invitation L du ciel et s’'empresse d’y répondre. Portantun nom illustre, etnièce du cardinal de Richelieu, elle aurait cu | pu briller à la cour, mais elle préférait se vouer aux peu œuvres de miséricorde, et seconder dans ses entre- Fe prises charitables saint Vincent de Paul, le père de fa son âme. Déjà, la Chine lui rendait grâce des miois, nistres de l'Evangile qui lui avaient été envoyés ; les me | églises naissantes de ces contrées infidèles la procla- | . | mauient leur bienfaitrice, et Marseille lui devait un ae | hôpital pour les forçats. Maintenant elle veut doter — | la Nouvelle-France d’un Hôtel-Dieu, et s'adresse aux | ue | sœurs hospitalières de Dieppe pour la réalisation de A son dessein. Comment peindre le bonheur et l’emdé | pressement qui accueillent sa demande? Il n’est pas une de ces religieuses qui ne vienne spontanément | s'offrir ; toutes sollicitent avec larmes la faveur de se s ri- i sacrifier pour une œuvre si belle, 0) et celles qui sont uel- l choisies se regardent commes les privilégiées de la | 6 Si è Providence. Elles disent donc adieu à leur terre na- | Are : tale, à leur monastère, à leurs sœurs qu'elles ne re- L: Les, À | pli- À | (1) Charlevoix, Hist. de la Nouvelle-France t. I, p. 320, éd.in-12, Î

verront plus, et s’élancent à travers l’océan, vicrges

intrépides, pour venir dans un pays encore sauvage

se consacrer au soulagement des infirmités humaines.

% Pourrais-je passer sous silence les noms de ces pre- % miers anges visibles de la charité au Canada? C’étaient > la mère Saint-Ignace, la mère Saint-Bernard, la mère

Saint-Bonaventure. Au moment de leur départ, que

4! leur disait leur pieuse protectrice? Recueïllons, mes- { ; Sr 4 | pi sieurs, avec un religieux respect, ces paroles sublimes

qui mériteraient d’être écrites en lettres d’or dans les annales de notre Eglise: Je veux vous dire le dessein que j'ai en faisant ectte fondation à Québec : c’est de dédier cet Hôpital au sang du Fils de Dieu répandu pour faire miséricorde à tous les hommes, et pour lui demander qu’il Papplique sur nos âmes et sur celles de ce pauvre peuple barbare. Je vous fais part de mes intentions afin que vous les offriez à Notre-Sceigneur et qu’allant faire la fondation, vous la lui dediiez ainsi; et que vous fassiez mettre sur la porte: Hôpital dédié au sang du Fils de Dieu répandu pour faire

mistricorde à tous les hommes. ? U]

(1) Elle ajoutait: “Si l’on ne trouve pas À propos que cette

inscription soit sur la porte, je désire que toutes les religieuses

sachent que c’est mon intention dans la fondation, et qu’elles s’emploient au service des pauvres aussi avec cette intention. ”

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Madame d’Aiguillon accompagne done d’esprit et

de cœur ces zélées hospitalières. Désormais elle aura at iieu d'elles ses plus chères affections, et, tous les ans, se fera un devoir sacré de leur envoyer d’abondantes aumônes. Quant aux Filles de saint Augustin, elles commencent dans lhumilité leur carrière de bienfaisance. Aucun obstacle ne peut ébranler leur courage. Elles voient bientôt leur famille s’accroître et jettent les fondements d’une communauté dont deux cents ans n’affaibiiront ni la piété ardente, ni l’esprit de pénitence, ni la tendresse maternelle pour les malades qui viendront solliciter leurs soins.

La duchesse d’Aiïguillon et toutes les âmes aposto-

liques de France se réjouissent ; le grand Vincent de Paul lui-même se tourne avec amour vers notre humble coin de terre, pour encourager et bénir ces vierges qu'il vénère, et proclame l’œuvre à laquelle elle se sont consacrées l’une des plus grandes qui se

soient accomplies dans l’Eglise depuis quinze cents

ans.

(1) Voyez à la suite de cette conférence la lettre de saint Vincent de Paul à la mère Vironceau de Saint-Joseph,

Pendant que les Hospitalières veillent au chevet des malades et des blessés, quels exemples de dévouement ne donnent pas dans l’humble asile où elles se sont réfugiées ces autres servantes de Dieu, nos premières Ursulines, les mères et les institutrices

des enfants de nos bois !

Parmi elles, on voyait madame de la Peltrie, qui, pour suivre les secrètes inspirations du ciel et les conseils de l’homme incomparable dont j'ai déjà prononcé le nom tant de fois, saint Vincent de Paul, avait renoncé aux plus brillants avantages du monde. Elle, descendant d’une noble famille de Normandie, cultivait ici la terre de ses mains, et se dépouillait de sa garde-robe pour vêtir les filles pauvres. Comme elle aimait ses chères néophytes! % Mon principal exercice, écrivait-elle, c’est de les peigner, laver et habiller ; je ne suis pas capable de chose plus grande. Encore, suis-je trop heureuse de leur pouvoir rendre

ces petits services.”

Et que dirai-je de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation! En France elle avait laissé plus que des amies, plus que des sœurs, elle avait laissé un fils

tendrement chéri. Bossuet la citait dans ses ouvra-

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ges en la proclamant la Thérèse du Nouveau-Monde,

et, certes, le grand théologien ne se trompait pas.

Dans un moment d'inspiration divine, Marie de lP’Incarnation avait écrit sur la Trinité des pages dignes des plus grands docteurs de l'Eglise. L'amour divin lui avait même dévoilé plusieurs des augustes mystères qui ne devaient être révélés à la pieuse vierge de Paray-le-Monial que cinquante ans plus tard; et parfois, dans les transports de son âme, elle entonnait des cantiques emflammés qui rappelaient les

séraphiques accents du patriarche d'Assise,

Cependant, descendue de ces régions célestes, elle mettait ses délices à faire la classe aux enfants et à secourir les pauvres. Vivant avec ses sœurs dans une chambre de seize pieds carrés qui servait à la fois de chœur, de cellules et de parloir, elle se disait heureuse, Cette habitation, elle Pappelait son Louvre, et ne l'aurait pas échangé contre le plus brillant palais.

Lorsque la détresse se fait sentir, lorsqu'une épidémie vient fondre sur Québec, le modeste réduit se

transforme en hôpital. Les enfants d’Ursule se font

alors avec joie sœurs de charité, et s'imposent des pri-

vations de toutes sortes pour secourir les victimes du La charité du reste inspire tous les actes de

fléau.

leur vie, et, pour nous en convaincre, il suffit de lire

ces paroles qu'écrivait la Mère de l’Incarnation :

“Sans parler des femmes et des filles sauvages qui

ont permission d'entrer, les hommes nous visitent

au parloir, où nous tâchons de leur faire la même

Ü charité qu’à leurs femmes ; et ce nous est une conso-

ns lation bien sensible de nous ôter le pain de la bou-

che, pour le donner à ces pauvres gens.”

Ces sentiments admirables Marie de l’Incarnation

r les conservera pendant toute sa longue et laborieuse

carrière, et sur son lit de mort, à ses sœurs attristées

4 qui lui demanderont une part de ses mérites, elle

répondra le sourire sur les lèvres : “Je n’ai plus rien

à moi, j'ai tout donné aux sauvages ! ”

À soixante lieues de Québec, Ville-Marie prend

naissance, et le premier Hôtel-Dieu s'élève en même

temps que la première chapelle. Une autre jeune

c’est mademoiselle

héroïne est alors suscitée du ciel :

Mance. Pendant dix-sept années, on la voit se livrer

avec un zèle infatigable aux soins des pauvres mala-

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des. Puis elle retourne en France pour y chercher du secours, et revient bientôt dans sa nouvelle et chère patrie; quelques Hospitalières de la Flèche l’accompagnent, et toutes sont au comble du bonheur de pouvoir exercer leur vocation sainte sur une terre consacrée par la piété des premiers colons à la

céleste consolatrice des malheureux.

Elles aussi trouvent dans une noble dame de France un ange protecteur: je veux parler de madame de Bullion. Cette femme charitable seconde mademoiselle Mance dans tous ses généreux projets, et donne pour la fondation et le soutien de l’hôpital de Montréal près de soixante mille écus, à la condition expresse cependant que ses aumônes demeurent secrètes, et n'aient qu’un petit nombre d’âmes d'élite et Dieu pour témoins. Ses vœux sont exaucés. Jamais, en effet, son nom ne figure dans les actes relatifs à l'emploi de ses dons, et, pendant toute sa vie, elle n’est désignée que sous le beau nom de bienfai-

trice inconnue. 1]

(1) V. l'abbé Faillon, V'e de Mademriselle Mance, t. T, p. 54,

La reconnaissance et la justice exigent que je mentionne aussi les dignes fils de M. Olier. De quelles grandes œuvres, messieurs, ne leur sommes-nous pas redevables ? Ministres zélés de l'Evangile, pères des pauvres et des enfants délaissés, ils se montrent, dès le début, comme se montreront leurs successeurs, à la tête de toutes les entreprises inspirées par la charité. Aux indigents ils donnent la subsistance corporelle, à ceux qui souffrent les consolations de leur ministère ; ils instruisent la jeunesse, favorisent le développement des communautés religieuses, et four-

nissent à l'Eglise les prêtres dont elle à besoin.

Messieurs, autre spectacle digne de notre admiration la plus sincère! Marguerite Bourgeoys se fait l’institutrice des petites filles sauvages et donne ses premières leçons dans une étable. Mais ces travaux ne suffisant pas à l’ardeur de son zèle, elle s'applique à venir en aide à tous les malheureux. Voyez-la en effet visiter les malades, raccommoder de ses mains les habits des pauvres, ensevelir les morts. Donner sans cesse, donner tout ce qu’elle possède semble $4 maxime : elle y demeure fidèle. Souffrir lui est une joie lorsqu'il s’agit de secourir son prochain. Que fait-elle lorsqu'un soldat vient au milieu de l’hiver

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solliciter sa charité, en lui disant qu’il meurt de froid et qu'il n’a rien pour reposer ses membres ? Sans hésiter, elle se dépouille pour lui de ses couvertures et de son matelat, et couche elle-même sur la terre

nue, tout le reste de cette rigoureuse saison.

À ses sœurs, que de fois ne recommande-t-elle pas l'amour des membres souffrants du Christ! Les pauvres sont des amis que sa foi vénère, Que ne feraitelle pas pour leur procurer le bonheur et le salut ? Elle irait au loin chercher sur ses épaules une fille qui, n'ayant pas même de quoi se vêtir, serait véritablement appelée à la vie du cloître. [M Après cela, je ne m'étonne pas que l’Eglise, pour reconnaître une si haute vertu, ait décerné à Marguerite Bourgeoys, comme à Marie de l’Incarnation, le glorieux titre de

Véncrable.

Mais je nai encore rien dit de l’homme éminemment apostolique qui fut le premier évêque de la Nouvelle- France. On le connaît trop peu ; mais lisez attentivement, messieurs, le récit de ses travaux et de ses

mortifications inouies, prêtez l'oreille aux témoigna-

(1) Ce sont ses propres paroles,

ges que ses plus illustic: contemporains rendaient à sa piété ardente et à sa charité sans bornes, et vous n'hésiterez pas à le placer parmi les plus grands et es plus saints pontifes de l'Eglise. Issu d’une famille ‘qui avait mêlé son sang à celui de tous les souverains de l’Europe,” monseisneur de Laval avait abandonné le monde qui lui promettait un avenir de

gloire, et, pendant quatre années, retiré dans un ermi-

(E tage de Caen, © il s'était fait le devoué serviteur des bé pauvres. Sacré évêque, envoyé par Rome vers Ia ji Nouvelle-France pour en être le premier pasteur, 1l ie donne au milieu même de l'Océan des preuves éclatan- “ tes d’une charité qui nese démentira jamais. Oubliant

; en effet sa dignité, il prodigue aux matelots et aux : malades les soins d’un frère infirmier. Lei, rien ne ja pourra le faire féchir quand il s'agira de défendre 3 des droits sacrés ; mais lui, qui résistera avec une si (a noble fermeté aux prétentions des gouverneurs, s’age-

ne nouillera devant des pauvres. Au cœur de lhiver,

“ rencontrant un jeune enfant pieds nus, malpropre et

couvert de haillons, il le recueille l'âme émue de

(1) L’abbéde Latour, Mémoires sur la vie de M. de Laval, préface,

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