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Conference sur la marche d'un corps d'armee

J’ai Tlionneur de soumettre à votre appréciation les résultats d’une élude sur la marche d’un corps d’armée. Je ne veux point traiter ici la question générale des marches, mais m’occuper uniquement de la translation d’un corps d’armée d’un point à un autre. Je désire me restreindre à cette question spéciale, en écartant toutes celles qui s’y rattachent plus ou moins intimement.

« Si l’on classe les connaissances militaires « relativement à leur degré d’importance, les « marches sont incontestablement la partie la « plus essentielle du grand art de la guerre. » (DeTernay, Traité de tactique, 1. 1, p. 1.)

Cela est d’autant plus vrai que les armées deviennent plus nombreuses. Bien que les voies de communication se soient multipliées, il s’en présentera rarement un nombre suffisant pour permettre de marcher par division. La règle sera

la marche par corps d’armée. Son étude présente le plus d’intérêt à cause de ses difficultés. Le problème résolu pour le corps d’armée devient très-simple pour une division.

Le but à atteindre, les nécessités qui s’imposent, les relations forcées entre les divers éléments, les calculs de longueur, de distance, de temps et de vitesse sont les éléments théoriques qui permettent de tracer les règles idéales du mouvement.

La difficulté des lieux, les obstacles, les conditions climatériques, l’état de santé des hommes, l’inobservance involontaire ou forcée de certaines prescriptions, les circonstances relatives à la proximité ou à l’éloignement de l’ennemi constituent les éléments variables pour lesquels nous sommes obligés de demander à l’expérience des données moyennes, qui se rapprochent plus ou thoins de la vérité absolue.

Pour arriver à un résultat pratique, il faut utiliser ces deux séries de données, et le problème èst très-complexe.

Nécessité d'un ordre normal. — Si l’on considère le mouvement quotidien d’une si grande quantité d’hommes, de chevaux et de voilures, oii reconnaîtra combien il est difficile de l’organiser sans confusion en l’absence de principes fixes.

Il ne faut pas objecter qu’un système déterminé ou des prescriptions positives enchaîneront

l’action du commandement, paralyseront les inspirations lieureuses ou nuiront aux conceptions hardies. S’il devait en être ainsi, les principes seraient faux, les règles mauvaises, et on devrait les rejeter.

Si au contraire le système tracé a la soupiesse et Télaslicité nécessaires pour se prêter à toutes les éventualités, il cesse d’être un inconvénient et devient un avantage en rendant plus prompte et meilleure l’exécution des combinaisons du chef.

La nécessité des règles n'a pas échappé au maréchal Bugeaud :

•« ... Si l’on n’est pas fixé à l’avance sur les « principes, sera-t-on assuré de les appliquer au « moment du danger ? Non, il ne faut pas se li- « vrer au hasard de l’inspiration dans des choses U aussi majeures; il faut avoir des principes. 11 « y a bien assez des incidents qu’on ne peut prête voir, sans laisser encore dans le vague des « questions qui peuvent être résolues par anti- « cipalion, à l’aide d’un raisonnement sain. »

La doctrine de l’insouciance, compensée par une grande promptitude à se débrouiller, a toujours été dangereuse. Elle sera encore plus funeste dans les conditions nouvelles des opérations. « Ce qui est fait sans principes arrêtés « donne trop de chances au hasard. » (Decker, Tactique des trois armes , p. 28.) 11 est donc sage de mettre de son côté le plus de chances

possible de succès. La première des qualités de l’homme de guerre, c’est la prévoyance. Bien appliquée, elle permet de faire face à toutes les éventualités. Elles sont nombreuses sur un théâtre d’opérations, variées, soudaines, inattendues. Comment se débrouiller dans ces moments de complications violentes, si des principes positifs et des règles fixes ne viennent pas seconder l’action du chef, qui ne peut tout faire, tout prescrire, tout expliquer en un moment? Le service en campagne a posé des règles générales pour les combats. Il n’y a pas d’exemple qu’on se soit mal trouvé de les avoir observées.

Il en est de même des marches. Il y a des conditions indispensables à leur bonne exécution aussi bien que des données identiques et permanentes. C’est une erreur de prétendre que, les circonstances et le terrain variant sans cesse, il est impossible d’établir des règles normales. La pratique montre que, neuf fois sur dix, l’ordre de marche est le même et qu’il subit très-rarement quelques modifications. Le raisonnement établit plus nettement encore la nécessité d’un ordre normal.

« On doit toujours être en mesure de com- « battre et d’employer tous ses éléments de la « manière la plus utile. » (Thiébaut, p. 282.) La multiplicité des éventualités force à adopter une moyenne, une résultante de toutes les dispositions qui pourraient être prises dans ces diverses hy-

polhèses. Celte disposition sera la formation type normale habituelle. Les modifications qu'elle pourra subir, dans des circonstances particulières, n'en altéreront pas sensiblement l’ensemble. Celte formation normale est non-seulement nécessaire, mais il y aurait danger à agir autrement. « Il faut éviter les ordres de marche calculés sui « une seule circonstance, lis peuvent causer un « grand embarras en cas d'événement imprévu.» (De Ternay, t. 1, p. 86.)

11 est donc intéressant de rechercher quels sont les principes et les règles dont l'application est pour ainsi dire constante. Leur fixité rend les devoirs de tous plus faciles ; elle assure une exécution plus correcte et plus rapide. Chacun connaît toujours exactement sa position relative et celle des autres. Les mêmes hommes doivent autant que possible faire les mêmes choses, savoir à l’avance qu’ils auront à les exécuter et de quoi ils sont chargés ou responsables. De cette manière il n’y a ni hésitation ni erreur. On trouve facilement les éléments dont on a besoin. La confusion, le désordre est évité, quoi qu’il arrive, et les résultats doivent être plus avantageux à tous . les points de vue. Il est incontestable que « la « manière dont la machine militaire est montée « à l’ouverture de la campagne influe toujours « beaucoup sur la manière dont elle se soutient « pendant tout son cours. » (De Ternay, t. I, P. 4.)

Principes de formation des colonnes . — Uhe fois les opérations commencées, il faut prendre les précautions et formations de guerre et les observer constamment. Près de l’ehnemi, la sécurité le commande. Loin de l’ennemi, la prévoyance le conseille égalemeht. Chacun doit s'habituer à l'avance a la vigilance, au mécanisme de la colonne, aux détails de la marche. Il est essentiel qu’à tous les degrés on prenne le pli, alin que rien ne soit négligé ; qu’on s’accoutume à un certain ensemble de dispositions; qu’on les connaisse à fond , et qu’elles s’appliquent régulièrement.

« Les marches causent des perles comme lés « batailles. Elles exigent une déperdition consi- (( dérâble de forces, qui augmente en raison dé « leur longueur. Par conséquent, si les grands « mouvements produisent à la guerre de si « grands résultats, il faut compter d’avance sur « une grande déperdition de forces. » (Clausewitz.) 11 importe, par conséquent, d’utiliser lë mieux possible les forces des hommes, et de les ménager pour éviter les pertes. La marche devra donc être la plus longue possible, dans le temps le plus court, avec le moins de fatigue pour les troupes, et donner la faculté de combattre dans toutes les alternatives.

L’ensemble des procédés qui permettent d’atteindre ce but constitue la tactique de marche.

« La tactique proégélique est Part de faire

(( marcher les troupes de manière à les fatiguer « le moins possible, sous le rapport de la vitesse, «. du but de la marche et du passage au combat. » (Rustow, l'Art militaire au dix-neuvième siècley t» I, p. 384.)

La marche s’opère en vue du combat. Le combat est le but, la marche est le moyen d’y arriver. Dans la colonne, les éléments de combat, c’està-dire les différentes fractions de troupes, doivent être classés dans l’ordre où ils doivent prendre part au combat, à L’ordre de marche doit toujours être analogue à ceux de camper et de combattre, et être réglé par eüx. » (Lloyd.)

Si le dispositif de combat était connu, celui de marche s’ensuivrait, en ployant tout l’ordre de bataille sur un point quelconque, comme on le fait aux évolutions de ligne. On obtiendrait ainsi l’ordre logique, rationnel en colonne, puisqu’un simple déploiement, inverse du ploiement, reproduirait l’ordre de combat désiré.

Esquisse de V ordre préparatoire de combat. — Il n’y a pas d’ordre normal de combat, cela est certain. Les dispositions varient à l’infini. Les doctrinaires les ont classées par genres et variétés. Rustow compte douze ordres de bataille différents (t. I, p. 374). Ce qui n'est pas moins certain, c’est que l’ordre de combat définitif ne sort pas instantanément de la tête du commandant. Il ne peut s’engager sans s’être renseigné

sur la situation, le terrain et les dispositions de l’ennemi. Cela demande un temps assez long, et ce n'est qu’après cet examen que les résolutions peuvent être arrêtées.

Il serait funeste d'attendre ce moment sans rien faire. Le temps est alors une valeur précieuse qu’il faut bien employer. Dès que l'ennemi est signalé, la colonne de marche doit se rompre au plus vite, alors que son chef n’a pas tous les renseignements nécessaires pour arrêter un plan, alors qu'il ne sait pas encore comment il attaquera ou sera attaqué.

Tout est dans le doute, et il faut impérieusement agir.

Entre l’ordre de combat définitif et l'ordre de . marche, il y a forcément une transition. Ce dispositif préalable est l’ordre préparatoire de combat* Celte première phase est inévitable. Son caractère est essentiellement expectant. La formation àprendre doit se prêter à toutes les modifications. « L'or- « dre de bataille, l'ordre habituel, doit être celui « qui convient le plus souvent au terrain et aux « circonstances, et qui procure la facilité de le a changer dans le moins de temps et avec le « plus d’ordre possible. » (Morand, p. 143.)

Ces conditions indiquent clairement que l’ordre préparatoire de combat sera toujours sensiblement le même. Il variera sans doute dans quelques détails d’exécution, mais ces nuances ü’alléreront en rien les lignes principales da

dispositif général. Cette nécessité n'a pas échappé aux écrivains militaires modernes. « Il est bon « d’avoir un ordre de bataille déterminé d’avance, a pour une armée ou pour un corps d’armée, à « la condition qu’il soit convenablement choisi, « et en second lieu qu’il ne soit réellement qu’un « jalon pour la première formation de troupes, « ce qui aplanit pour le général en chef bien des « difficultés. » (Rustow, l'Art de la guerre au dix-neuvième siècle , t. II, p. 16.)

Ce dispositif préparatoire est commandé par la nature des faits successifs qui constituent l’engagement. Les troupes avancées rencontrent l’ennemi. Elles balayent ses éclaireurs, reconnaissent sa force et se saisissent immédiatement des points avantageux qui favoriseront l’offensive ou appuieront la résistance.

Pendant ces opérations préliminaires, le commandant du corps d’armée étudie son dispositif d’attaque ; mais dès qu’il y a chanceprobable d’engagement, il prescrit de rompre la colonne démarché et de prendre l’ordre préparatoire de combat.

Toutes les forces ne s’engagent pas en même temps. Les premières troupes aux prises sont renforcées par celles qui surviennent, et ce n’est que progressivement que l’ordre de bataille définitif se trouve constitué.

Il est nécessaire de faire la part de l’imprévu et de garder disponible une portion de ses éléments pour porter un coup décisif, permettre le

ralliement en cas d’échec, ou poursuivre Penne- I mi. C’est lé rôle de la réserve. Le dispositif pré- i paratoire de combat est donc un ordre oblique échelonné, constitué par deux lignes simples ou doubles et une réserve.

Quand bien même on voudrait se former complètement soit pour attendre l’ennemi, soit pour se porter sur lui, on serait encore obligé d’adopter cette même disposition. D’une part, il est vicieux de changer d’ordre une fois l’engagement commencé , et il convient de se ménager la faculté de le modifier peu à peu. D’autre part, il serait mauvais de montrer au début à l’ennemi dans quel ordre on prétend le combattre. Il est habile de le laisser dans l’incertitude des dispositions définitives qu’on veut prendre, comme du point décisif sur lequel on a l’intention de faire effort.

Au début d’une action on ne peut préjuger exactement ce que l’ennemi entreprendra, ou ce qu’il sera possible de tenter contre lui. Ce n’est que peu à peu que la situation se dessine, et qu’elle permet alors de compléter en connaissance de cause le dispositif définitif de combat. Les troupes doivent donc être échelonnées pour pouvoir êlre dirigées à mesure des besoins sur les points importants.

La force des choses l’exige ainsi, et la logique l’indique également. Il est prudent de n’exposer d’abord au feu de l’ennemi que le moins de for-

ces possible, d’abriter le reste, jusqu’à ce que l’adversaire ait démasqué ses intentions.

Ce dispositif préparatoire composé de lignes de bataillons en colonnes permet de marcher commodément. Il satisfait parfaitement à la double condition de se mouvoir et de prendre telle formation qui conviendra. Il est, en effet, de principe que les troupes doivent rester le plus longtemps possible en colonnes pour mieux marcher et se porter là où il convient, se couvrir du terrain et ne se déployer qu'au moment opportun. Cette disposition répond également aux nécessités préventives du combat, car elle est réellement un ordre de bataille. « Etre en bataille, « c’est être hors du danger d’être surpris et prêt « à recevoir le combat ou à l’engager. » (Morand, p. 142.)

Une double ligne de colonnes de bataillon, la première couverte de tirailleurs, se présente donc comme l’ordre primitif et fondamental de bataille. C’est un ordre logique, simple, maniable, se prêtant à tous les terrains et à toutes les combinaisons. L’expérience confirme la théorie : «J’ai vu de bons généraux vaincre et n’em- « ployer pour vaincre que des colonnes de ba- «taillon. Pour mon compte, j’ai expérimenté « pendant quinze ans cette méthode et j’ai ob- « tenu un succès constant. » (Morand, p. 153.) Ce mode de formation est également recommandé par Decker, qui le proclame excellent.

( Tactique des trois armes, p. 13.) C’est aussi l'opinion du général Thiébaut : « Il y a donc « tout intérêt, même à portée de l’ennemi, « à multiplier les colonnes, attendu qu'il n’en « résulte que plus de rapidité et d’exactitude « dans les mouvements. » ( Manuel des ctâts-majors, p. 281 .)

Cet ordre est susceptible de toutes les nuances imaginables, mais il n’en constitue pas moins un type unique, utile et avantageux.

Les phases du combat consistent à engager l’affaire, la développer, et décider le succès. Elles conduisent au fractionnement d’un corps d’armée en trois groupes pour répondre à ces trois nécessités : « De cette manière, dit «loti mini, l’ordre de bataille présente trois grandes « masses échelonnées à des distances inégales « les unes des autres ; la plus avancée seule « est engagée d’abord : les deux autres se tien- « nent à même de la soutenir ou de la rempla- « cer. » ( Traité des grandes opérations .) C'est l’infanterie qui constitue essentiellement ces trois masses.

Place de l'artillerie en bataille. — Le combat est commencé par l’artillerie, dont la portée est la plus longue. C’est sous sa protection que les colonnes de marche peuvent se rompre. C’est elle qui prépare les attaques. Par ces trois motifs sa place est en avant des lignes d’infanterie.

L’obligation de ne pas gêner les troupes, d’avoir un champ visuel étendu, de trouver des positions avantageuses, de flanquer les attaques, de pouvoir prolonger son tir jusqu’au dernier moment, conduit à disposer l’artillerie par batteries isolées, aux extrémités des lignes et quelquefois au centre. Cette disposition, loin d’affdiblir la puissance de l’artillerie, augmente son efficacité.

L’opinion opposée est soutenue par le général commandant l’artillerie de la garde prussienne, dans une conférence qu’il a faite devant la Société militaire de Berlin, au mois de mars dernier. Il demande la réunion des 4 batteries divisionnaires. 11 donne, comme raisons, plus de rapidité dans le règlement du tir et plus de facilité dans la transmission des ordres.

Ces motifs sont primés par d’autres plus importants :

1° Il est très-essentiel que l’artillerie abrite son front et couvre, s’il est possible, un de ses flancs. Ces conditions peuvent être remplies pourl batterie qui occupe 100 mètres; mais cela devient à peu près impossible pour 4 batteries qui occuperont 500 mètres.

2° On révèle à l’ennemi le projet d’attaque, et On lui montre tout ce qu’on possède d’artillerie dans cette batterie unique ; tandis que des batteries disséminées le tiennent dans le doute cl divisent son attention.

3° On nuit à la mobilité de l’artillerie en enchaînant les batteries les unes aux autres et en les obligeant à de lentes évolutions. On se prive de l’avantage de faire apparaître inopinément une batterie sur des points divers.

4° On ne bat le point essentiel que d’une sëule manière, et l’ennemi peut plus facilement se défiler.

5° Plusieurs batteries réunies constituent une large trouée dans la ligne de bataille et y forment un point faible.

Ce qui importe n’est pas de réunir les batteries, mais de faire converger leurs feux. « Il « faut toujours réunir beaucoup de feux sur les « points qu’on veut battre,* mais il ne s’ensuit « pas de ce principe qu’on doive réunir trop « d’artillerie sur un seul et même emplacement; « ce serait donner trop de prise au feu de l’en- « nemi et diminuer la quantité de feux croisés,» (De Ternay, 1. 1, p. 287.) Ce précepte est reproduit dans Y Aide-mémoire d’artillerie : « Dispo- « ser les batteries de manière à ce qu’elles « croisent leurs feux pour se protéger récipro- « quement. » (P. 564.) Dans les Observations sur le service de l'artillerie en campagne , on indique également que les feux des batteries doivent se croiser en avant de la ligne de bataille. (P. 31.)

L’artillerie de réserve peut agir en masse et employer les évolutions ; mais l’artillerie divi-

sionnairc doit se distinguer par sa mobilité ; éviter toute manœuvre, toute formation lente; changer lestement de place, dérouter l’ennemi ; en un mot combattre pour ainsi dire en tirailleurs.

Guibert fait encore mieux sentir la nécessité de la convergence des feux. Selon lui, <c Fartiîle- « rie est aux troupes, dans tous les ordres de « bataille, ce que les Usines sont aux ouvrages « de fortification ».

Napoléon Ier n’est pas moins affirmatif : « L’art, dit-il, consiste à présent à faire converti ger un graud nombre de feux sur un même << point. » Si, dans ses opérations, il a fait plus d'usage des concentrations de pièces que de la convergence des feux, c'est que ses canons avaient une portée très-limitée. Cependant Austerlitz, Friedland, Lulzen offrent des exemples très-frappants de batteries séparées portant leurs feux sur un même point.

D’après cela, il convient de placer deux des batteries divisionnaires vers les extrémités dé la première ligne et la 3e sur le flanc de la deuxième ligne, prêle à se porter à la première. Les batteries de réserve se tiendront près de la réserve d'infanterie.

Place de la cavalerie divisionnaire. — La cavalerie divisionnaire a un rôle marqué qui a été parfaitement défini dans les instructions de l'an passé sur l’emploi de cette arme. A part quelques

actions en fourrageurs au début, la cavalerie va prendre d’abord une position d’expectative. (( Les charges de -la cavalerie n’ont lieu que par « exception au début d'une action. » (Decker, p. 22.) Elle doit attendre que le combat se dessine, que l’ennemi fasse des fautes, souffre, flotte ou manœuvre.

Les irruptions rapides de la cavalerie doivent s'opérer sans interrompre habituellement le feu de l'artillerie ou de l'infanterie, et surtout sans apporter aucune perturbation dans les mouvements de ces deux armes.

La place ordinaire du régiment divisionnaire est un peu au delà et en arrière de l’aile la plus avancée de la première ligne de la division. Il ne doit jamais être morcelé. Sa formation devrait être en quatre colonnes par peloton à même hauteur, ordre qui donne une grande mobilité à la cavalerie et permet de la couvrir facilement par le terrain.

Place des réserves de munitions. — Les réserves de munitions divisionnaires suivront d’aussi près que possible les troupes engagées. Leur place est au centre et en arrière de la ligne s'il n’y en a qu'une, de la deuxième s’il y en a deux.

Place des ambulances divisionnaires . — L’obligation de donner de prompts secours aux blessés et d’éviter leur transport à de trop grandes distances, fixe la place des ambulances division-

naires derrière le centre du combat de chaque division et le plus près possible des lignes, à la seule condition d’être défilées du feu de l’ennemi.

Place des réserves. — Dans un corps d’armée il n’y a qu’une seule réserve pour tout le corps. Chaque division ne constitue pas la sienne. Ce serait diviser la puissance de cette force si importante. La réserve du corps d’armée n’a pas de rôle au début de l’engagement. Il faut la conserver fraîche et intacte pour un décisif effort. Celui qui engage sa réserve le dernier a l’avantage. Son action est donc tardive et il n’y a pas d’inconvénient à ce qu’elle se trouve un peu loin au début du combat. Elle aura toujours le temps de se rapprocher. L’infanterie formera une ligne de colonnes de bataillon généralement en ordre serré, ayant sur ses ailes ses batteries divisionnaires et derrière elle la cavalerie du corps d’armée ainsi que les batteries de réserve.

Place des convois. — Chaque division possède son convoi spécial. Les services du corps d’armée en forment un distinct.

Ces convois n’ont que faire près du théâtre du combat. Ils seraient inutilement exposés, et leur proximité des lignes deviendrait un danger si l’on voulait prendre une position plus en arrière ou rétrograder.

Leur place, naturellement indiquée, est assez loin en arrière des réserves de troupes. Leur

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disposition la plus rationnelle consiste à serrer dans l’ordre de marche en plusieurs colonnes parallèles : le convoi du quartier général au centre* ceux des divisions à droite et à gauche, tous prêts à se mettre en mouvement pour suivre les troupes si elles se portent en avant, à les rallier si elles s’arrêtent.

Une petite force sera chargée de leur surveillance et d’y maintenir l’ordre.

Organisation de la colonne de marche . — L’ordre préparatoire de combat montre ainsi cinq à six lignes ou groupes successifs. Si nous imaginons que chaque groupe ploie ses éléments en colonne dans sa formation de bataille, nous obtiendrons l’ordre logique de la colonne de 'marche.

Place de la cavalerie dans la colonne. — L’inconvénient d’astreindre la cavalerie à l’allure de l’infanterie apporte seul une dérogation à cet ordre. Il ne faut pas de cavalerie dans l’intérieur de la colonne. Ce principe semble absolu, bien que les Prussiens agissent différemment aujourd’hui et que cet usage ait souvent prévalu dans les guerres du premier Empire. La place de la cavalerie serait en tête de la colonne ; mais une trop grande quantité deviendrait souvent dangereuse ou gênante. Il est préférable de la partager entre la tête et la queue de la colonne.

Place du génie dans la colonne. — Le génie

trouve sa place vers la tête de chaque division ; le génie de réserve en tête du convoi.

Place de V artillerie dans la colonne. — Les -‘batteries divisionnaires sont disposées dans Tordre en colonne comme dans Tordre en bataille. 2 marchent avec la 4re brigade : Tune derrière le 4” bataillon, l’autre avant le dernier. La 3e batterie se tient derrière le 1er bataillon de la 2e brigade. De celte manière, si Ton déploie la division, une brigade dans chaque ligne ou par brigades accolées, il y aura toujours 2 batteries à la lre ligne et une à la seconde, ce qui est conforme aux exigences de Tordre de bataille.

Les batteries de réserve suivent la réserve d’infanterie. S’il y avait à redouter quelque chose pour elles, elle s’intercaleraient au milieu de la réserve d’infanterie.

Sous le premier Empire, les ordres de marche offrent en général une disposition uniforme. L’artillerie divisionnaire se tenait plutôt en arrière qu’en avant. A part une section à la tête de la lre brigade, toutes les pièces étaient au centre de la 2e. L’artillerie de réserve se plaçait presque toujours à la suite des divisions. Tantôt on la faisait escorter par un bataillon, tantôt on la mettait au centre d’une brigade de cavalerie. Les deux ordres de marche suivants, relevés sur les registres des états-majors, donnent des exemples de ces dispositions.

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