‹ Conference sur la marche d'un corps d'armeeChapitre 15 sur 25 · ALLONGEMENT DE · texte numérisé non relu

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Les haltes ont pour effet de réparer la perle des distances, lorsque l'étendue perdue peut être parcourue en moins de temps que la durée de la pause. S’il n’en est pas ainsi, le repos 11e se fait pas sentir pour une partie de la colonne, qui se trouve obligée de franchir l’étape sans aucun arrêt. Or des instants de délassement sont nécessaires aux hommes, pour se soulager du poids du sac, pour refaire une charge, rebâter un animal, etc. Quand ces haltes n’existent pas, les hommes s’épuisent, s’exaspèrent, s’arrêtent, quittent la colonne. sous divers prétextes, ralentissent leur pas, etc..., et plus il y a d’allongement, plus il augmente. La quantité de troupes qu’on peut faire marcher réunies en une seule masse est déterminée par la durée des haltes et parle temps nécessaire pour regagner les distances perdues. Cela dépend de la vitesse de la marche, qu’il faut d’abord rechercher.

Vitesse de marche . — Yoici à ce sujet l’opinion de quelques écrivains militaires :

La cavalerie au pas fait 89 mètres à la minute, soit le kilomètre en 41 minutes 20 secondes. A ’heure, elle parcourt 5,340 mètres. ( Art de la guerre , p. 14.)

L’infanterie fait 1 lieue à l’heure sans compter les haltes, en sorte que, tout compte fait, il lui faut 10 heures pour faire 8 lieues. (Yon Miller.)

Suivant le chemin et sans forcer sa marche, l’infanterie peut faire 3 à 4,000 mètres à l’heure; la cavalerie, de 4,800 à 5,000. (Thiébaut, p. 282.)

L’infanterie fait 1 lieue par heure sans compter les haltes. La cavalerie fait 1 lieue un quart au pas et 2 lieues au trot modéré. (Dufour p. 79.)

La vitesse du pas de route de l’infanterie est de 85 à 90 pas par minute. Elle peut être portée à 100 dans un bon chemin, et se réduit à 75 ou 76 dans les sables etterrains montueux.(DeTernay, t. I, p. 100.)

Les théoriciens semblent d’accord pour admettre qu’au pas de route, de 85 à 90 à la minute, le fantassin parcourt 60 mètres, soit le kilomètre en 16 minutes 40 secondes, et 3 600 mètres à l’heure. Au pas accéléré de 100 à la minute, il peut faire 66 mètres à la minute, soit le kilomètre en 15 minutes et 4 000 mètres à l’heure.

La cavalerie franchit au pas 100 mètres par minute, soit le kilomètre en 10 minutes et 6 kilomètres à l’heure.

Au trot, elle parcourt 210 mètres par minute, soit le kilomètre en 4 minutes 45 secondes ou 12 kil. 6 à l’heure.

Demandons maintenant à l’expérience ses indications.

Tableau ne 12. — H enseignements recueillis au camp de CSi&Ions.

Les renseignements du camp de Cliâlons, consignés dans le tableau précédent n° 12, attribuent à l’infanterie une vitesse de 86m 06 à la minute, soit le kilomètre, en 11 minutes 44 secondes ou 5,110 mètres à l'heure. Le terrain du camp est très-favorable à la marche ; les hommes y sont peu ou point chargés. Ils se trouvent dans de bonnes conditions de repos et de santé. On ne peut donc pas conclure de ces données ce qui se passera en campagne où les conditions seront très-différentes. Ce qui est certain, c'est que la vitesse sera bien moindre.

Une des premières divisions françaises qui partit pour l'Italie employa, d’après son journal de marche, 11 heures pour se rendre de Lans-le- Bourg à Suze (34 kilomètres), en passant le mont Cénis. Celle marche fut certainement coupée de 7 repos, dont 6 de 10 minutes et 1 grande halte de 1 heure ; soit 2 heures d'arrêt. U resterait 9 heures de marche pour franchir 34 kilomètres, ou 3,780 mètres à l'heure.

Le jour de la bataille de Sadowa, l'armée du prince royal, appelée au secours de celle du prince Frédéric-Charles, a dû atteindre le maximum de vitesse possible. L’avant-garde de la lre division de la garde franchit les 10 kilomètres qui séparent Daubrawitz de Jericek en 2 heures et demie, soit 4 kilomètres à l'heure, et on constate qvfelle marchait à une allure extraordinairement accélérée . Le gros de la colonne alla

un peu moins vite et ne fit guère que 3,500 mètres. Il faut remarquer que le sol parcouru est assez accidenté, qu’il faisait mauvais temps et qu'on marchait à travers champs. Les autres corps n’offrirent point une pareille vitesse. Le 1er corps, bivouaqué à Chranstow, mit 9 heures pour parcourir 12,964 mètres, soit 1,440 mètres à l’heure. La 2e division de la garde, campée à Rettendorf, employa 10 heures pour une distance de 18,520, soit 1,852 mètres à l’heure. (Ces distances sont extraites de la relation de Borbslædt^ p. 113.)

Sous le premier empire, nous ne trouvons aucun document précis qui permette d’établir la vitesse de marche.

L’antiquité nous fournit un exemple intéressant. Dans la première campagne des Gaules, César, partant de Lyon pour aller attaquer les Helvètes, et traversant la Saône au nord de Trévoux, parcourut 18 kilomètres en 6 heures (de minuit à 6 heures du matin) avec 3 légions. ( Vie de César , t. II, p. 53.) Comme il dut y avoir des repos qu’on ne peut guère évaluer à moins de 1 heure, les 18 kilomètres auraient exigé 5 heures de marche réelle, soit 3,500 mètres à l’heure. Cette vitesse est faible pour les légions romaines. Elle s’explique par celte considération que la moitié de la marche s’opéra de nuit.

Bien que des observations nombreuses et exactes ne puissent nous fixer d’une manière

positive sur cette question, on peut admettre qu’en moyenne une colonne, dont les éléments ne seront pas réunis en groupes trop importants et qui auront entre eux des espaces suffisants, pourra atteindre à une vitesse de 4 kilomètres, à Tlieure, non compris les haltes, bien entendu.

La durée des pauses est habituellement de 40 minutes. Elle ne peut être augmentée sans faire perdre beaucoup de temps. Or en 10 minutes l’infanterie ne parcourt que 670 mètres à la vitesse de 4kilomètresàl'heure.Sidoncla perte des distances dépasse 670 mètres, toute la partie de la colonne placée au delà n'aura aucun repos.

Division des fractions en groupes . — Si l’on veut que la gauche de la colonne ait un minimum de 3 minutes de repos, la perte des distances ne devra pas excéder 7 minutes, temps qui correspond à une étendue de 466 mètres, représentant, avons-nous supposé, les deux tiers de la longueur de la colonne. Celle-ci ne pourra donc excéder 700 mètres. Dans le cas où l’on parviendrait à réduire l’allongement au tiers, la colonne pourrait atteindre au double.

Dans la cavalerie, la vitesse étant de 6 kilomètres à l’heure, la longueur de la colonne ne saurait dépasser 1,050 mètres avec rallongement des deux tiers, ni 2,100 avec l’allongement d'un tiers.

Si donc on désire obtenir une marche aussi

régulière et aussi rapide que possible sans fatiguer les troupes, il est indispensable de décomposer les parties principales de la colonne en groupes secondaires, n’excédant pas l’étendue indiquée ci-dessus, et de les séparer par une distance égale aux deux tiers de leur profondeur mathématique.

Chaque tête de groupe secondaire réglant son pas de manière à franchir régulièrement 4 kilomètres à l’heure et faisant exactement une pause de 10 minutes toutes les heures, on doit obtenir habituellement une marche facile, sans à-coup, et assurer à tous quelques minutes de repos. Cette indépendance relative de chaque groupe est le seul moyen d’atteindre le maximum de vitesse possible, sans accroître la fatigue, et de réduire beaucoup l’allongement inévitable des longues colonnes.

Ce moyen n’est pas nouveau. Tous les écrivains modernes sont unanimes pour le conseiller. Mais aucun, je crois, n’a précisé ce fractionnement par le calcul, comme je viens de le faire. Tous se sont bornés à une indication générale.

« Le plus sur moyen d’imprimer au mouve- <( ment des troupes toute la célérité dont il est « susceptible est de beaucoup les partager. Non- « seulement plusieurs petits corps marchent plus « rapidement qu’un corps considérable , mais « encore les troupes des petits corps fatiguent

« moins que celles du gros. » (De Ternay, 1. 1 , p. 15.)

« "Par la divisibilité , plus facile ou plus com- « mode, la mobilité s’augmente sans nuire à la « consisiance. » (Decker), Tactique des trois (f armes.)

L’expérience appuie complètement la théorie. Dans une masse aussi étendue que celle d’un corps d’armée, la multiplicité des à-coup, des petits accidents, des retards inévitables s’ajoutant les uns aux autres, amène une déperdition de distance énorme et une fatigue trèsgrande pour les troupes. Il en résulte du désordre, une dispersion extrême des hommes, un amoindrissement considérable de la densité delà colonne, et par conséquent une diminution de forces.

Les généraux du premier empire s’étaient bien aperçus de ce vice radical delà marche, et ils s’efforçaient d’y remédier. De nombreux ordres conservés dans les archives en font foi. J’en cite un comme exemple :

9* Corps. — Ordre de mouvement du 19 août

« Le 2e corps continuera demain 17 son mou- « vement sur Gœrliiz, dans l’ordre où il est mainte tenant, la 4e division en tête, la 6e division <* suivant la 4e, le parc et la réserve d’artillerie

<( marchant après la 6e division, et la 5e division « sion fermant la marche.

« Ainsi que je l’ai déjà fait pressentir ce matin, « il faut que dans cette circonstance et pendant « tout le temps des opérations militaires la mar- « che des troupes soit plus régulière, que les « régiments et les bataillons soient pour ainsi « dire massés en route, que l’on ne voie plus ces « colonnes décousues, frêles et sans défense, « comme elles ont paru depuis que nous sommes « en mouvement. »

Ce qu’on voulait à cette époque, c’était la condensation des éléments bien plus que celle de la colonne entière. C’est la thèse que nous soutenons également. Ne pouvant empêcher l’allongement, il faut le régler pour le restreindre, calculer l’étendue nécessaire aux fluctuations de chaque groupe, de façon que les têtes des divers échelons conservent entre elles une distance invariable et que la gauche de chacun d’eux ait un espace suffisant pour s’étendre et se resserrer sans influencer l’échelon suivant.

Il ne faut pas se croire obligé à marcher en masse compacte. Loin d’être une cause de force, c’en est une de faiblesse. On sera toujours assez fort si chaque élément maintient bien son unité. Ce qui importe à la rapidité comme à la sécurité de la marche, c’est que les unités serrent et non l’ensemble. Farces motifs, tous les théoriciens, comme ceux qui ont pratiqué la guerre, ont été

unanimes à prescrire le morcellement des grosses colonnes.

C’est d’après ces principes, et conformément à l’ordre des tableaux noS 5, 6, 1, que sont calculés les suivants, numéros 13, 14 et 13, donnant la longueur et rallongement des portions principales et secondaires de la colonne.

Tableau n° dl3. — Étendue et allongements des différents groupes.

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