‹ Conference sur la marche d'un corps d'armeeChapitre 3 sur 25 · A UNE HEURE DU MATIN · texte numérisé non relu

A UNE HEURE DU MATIN

« Le 2° corps se mettra en marche à cinq « heures précises du matin aujourd'hui, pour se « diriger sur Eckersberg, puis Ziltau. Les divi- « sions marcheront selon leur ordre de numéro, « la 4e ouvrant la marche, la 5e suivant la 4e et « la 6« après la 5e. L’artillerie à cheval mar- « chera avec l’avant-garde, composée du 24e lé- « ger. Le parc et la réserve d’artillerie suivront « immédiatement la 6e division sous l’escorte « d’un bataillon. Les équipages militaires sui- « vront le parc d’artillerie le plus près possible « sous le commandement du major Bron, qui « les fera escorter par ses trois compagnies de #« sapeurs. Les troupes marcheront, autant que « le terrain le permettra, en colonne par sec- « lion et demi-section. »

L’usage français actuel tend à mettre plus d’artillerie vers la tête de la colonne ; 1 section après le 1er bataillon de la lro brigade, puis le

reste de l’artillerie divisionnaire entre les 2 brigades. L’artillerie de réserve est tantôt placée à la queue de la colonne, et tantôt avant la dernière division. On a fait également l’un et l’autre.

La position de l’artillerie de réserve en avant d’une portion de troupes d’infanterie a l’inconvénient d’éloigner celles-ci des lignes de combat et de retarder leur arrivée sur le champ de bataille. Placées à la queue delà colonne, les batteries de réserve, pouvant prendre le trot, arriveront toujours assez à temps. Ce poste leur convient encore parce que la queue de la colonne est un point faible et qu’en cas de surprise leur feu compenserait durant un certain temps l’intériorité numérique des troupes de la gauche.

La tendance des Prussiens est, comme la nôtre, de pousser l’artillerie vers les têtes de colonne, mais ils semblent exagérer beaucoup ce système, à en juger par la conférence du général commandant l’artillerie de la garde royale.

Chez cet officier général, le groupement des batteries est la pensée dominante. Il ne se fait aucun scrupule de distraire les batteries divisionnaires, pour les réunir, à l’occasion, à la ré-# , serve. C'est la conséquence de l’ardeur extrême qui parait régner dans les esprits de nos voisins. Possédés du désir de l’initiative dont ils ont si longtemps manqué, et qui n’est peut-être pas le caractère propre de leur nation, ils sem-

lient croire que Tordre la paralyse, et ils sont arrivés à une confusion qu’ils cherchent à atténuer aujourd’hui. Dans la colonne comme en bataille, le prince de Hohenlohe réunit le plus possible les batteries.

Avec la cavalerie d’avant-garde, il met 1 batterie à cheval; avec la brigade d’infanterie d’avant-garde, 2 ou 3 batteries derrière le 1er bataillon ou derrière le 1er régiment. Avec le gros de la colonne, composé de 1 division, il veut les 4 batteries divisionnaires et les 6 batteries de réserve augmentées de 2 batteries de la brigade d’infanterie de réserve.

« La réserve d’artillerie marche derrière le « 1er régiment ou la lrc brigade du gros de la « colonne. Sa place la plus éloignée serait en « queue du gros. Dans tous les cas , elle doit « précéder la réserve d'infanterie. L’artillerie di- « visionnaire est réunie derrière le 1er bataillon « ou le 1er régiment. Si celle place se trouvait « prise par l’artillerie de réserve, on pourrait lui « en affecter une autre entre les 2 brigades d’in- « fan l crie.

« On pourrait, ajoute-t-il, reprocher à ces prin- « cipes de rejeter trop en arrière les troupes d’in- « fanterie. La 2e brigade du gros et la réserve « d’infanterie se trouveront reculées de la lon- « gueur de 10 batteries. Elles occupent en co- « lonne un peu plus de 3,000 pas, que l’infanterie

« ne parcourt rpas en moins de trente minutes. « C’est donc une demi-heure de retard qui sera « mise à profit pour préparer le choc décisif par « un feu puissant et soutenu.))

Ce retard est déjà bien grave. L’allongement de la colonne l’augmentera beaucoup, et par suite la moitié de l’infanterie du corps d’armée se trouvera retardée de cinquante minutes au moins. 11 est bien difficile de supposer que le feu des batteries de réserve puisse compenser un pareil retard.

La théorie de la conférence prussienne est du reste assez étrange. «Il appartient, y est-il dit, à « l’artillerie de réserve de préparer l’attaque prin- « cipale du gros, et elle sera généralement enga- « gée un temps assez notable avant lui. Elle ne v devra pas faire partie des troupes de réserve , « mais des troupes de bataille. Aussi n’appartient- « elle pas à la réserve du corps d'armée , mais « bien aux corps de bataille principaux. »

Il y a là une singulière inconséquence. Qu’estce que des batteries de réserve qui n’appartiennent pas à la réserve? Qu’est-ce que des batteries de réserve qui appartiennent aux corps de bataille? Qu’est-ce que des batteries de. réserve qui s’engagent avant les batteries divisionnaires? Il faudrait alors changer les noms, qui n’expriment plus qu’un contre-sens.

Si l’on soutenait que les batteries division-

«aires ne sont pas assez nombreuses et qu’il y a lieu de les augmenter, cela serait fort juste. Mais les Prussiens ayant 4 batteries par division, l’inconvénient est moindre qu’en France.

Si la réserve d’artillerie est engagée tout d’abord, elle consommera beaucoup, elle souffrira longtemps, et elle fera peu de mal à l’ennemi, généralement assez bien couvert au début de l’engagement. N’est-ce pas un mauvais calcul que d’engager ainsi toutes ses ressources, et celte disposition plus imprudente qu’audacieuse n’est-elle pas une réaction contre le rôle un peu effacé de l’artillerie prussienne à Sadowa? Cette réaction semble dépasser le but, et la position proposée pour l’artillerie prussienne en bataille, et surtout en colonne, semble peu logique.

Ce système ne paraît pas du reste avoir prévalu encore, si l’on en juge par un exemple tout récent.

Aux manœuvres de Stargardt, en septembre dernier, le 2e corps prussien comprenait 31 escadrons, 22 bataillons et 15 batteries. Il était ainsi disposé en ordre de rassemblement :

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