‹ Conference sur la marche d'un corps d'armeeChapitre 8 sur 25 · ISIS · texte numérisé non relu

ISIS

« L'avant-garde du 2e corps sera désormais « composée de la cavalerie aux ordres de M. le « général de division Roussel, de 1 bataillon « d’infanterie légère de la 4re division, de 1 ba- « laillon de ligne de la 4e division et de 2 pièces « fournies par la lre division. » (Le corps n’avait à ce moment que 2 divisions.)

Depuis, les idées ont tendu en France et en Prusse à donner plus d’importance à l’avantgarde, et on en a fait réellement une première ligne; c’était logique. — Comme elle doit répondre à deux buts différents, elle est arrivée forcément à se décomposer en deux parties distinctes. — La convenance de placer en tête des colonnes une partie notable de la cavalerie a également contribué à ce résultat.

Celte avancée , cette première portion de Favant-garde, si l’on veut, comprendrait 2 régiments de cavalerie divisionnaire : le premier.

chargé d'éclairer la marche ; le second, en temps ordinaire, n'ayant que le rôle éventuel de soutien. Celte force de cavalerie peut rendre à l’occasion des services considérables si on lui annexe un peu d’artillerie. Le débouché du 5e corps prussien à Nachod montre de quelle importance peuvent être, au début d’une action, quelques escadrons accompagnés d’une batterie.

Il serait naturel que celte batterie fût tirée de la division de tête qui fournit les troupes d’avantgarde. Elle ne le peut, parce qu’elle n’en possède que 3 et qu’elle n’en a pas à cheval. 11 faudra donc la prendre à la réserve d’artillerie. Dans le cours de l’engagement, que deviendra cette batterie , hors de son commandement normal? Quand la division opérera isolément, comment soutiendra-t-elle sa cavalerie divisionnaire, soit pour éclairer sa marche, soit pour l’envoyer faire quelque mouvement à grande distance? Ceci indique de nouveau l’utilité, la nécessité même pour la division d’avoir au moins 4 batteries, dont 1 à cheval. D’autres considérations le démontreront encore mieux par la suite.

Précédée de la cavalerie, l’avant-garde d’infanterie cesse d’être une mesure de précaution, une simple patrouille ; sa mission est autrement importante. Elle consiste à préparer les voies au corps d’armée, à forcer un passage, à s’emparer de points utiles. Elle doit refouler les avancées de l’ennemi, se saisir tout d’abord des positions

avantageuses, prendre pied sur le terrain de l'adversaire et pouvoir s’y maintenir. Il faut éviter qu'elle ait à rétrograder, ce mouvement ayant un effet moral trop fâcheux. L'avant-garde doit être à même d’entreprendre et de soutenir des attaches sérieuses, et pour cela former un corps conrpiet. Elle doit pouvoir prononcer une vigoureuse offensive et se défendre ensuite contre un ennemi deux ou trois fois plus nombreux, ce qui est possible, avant que celui-ci ait pu reconnaître son petit nombre.

1 brigade d’infanterie avec 2 batteries montées,

1 compagnie du génie, 2 régiments de cavalerie et 1 une batterie à cheval présentent une force suffisante pour jouer le rôle que nous indiquons et entamer le combat dans de bonnes conditions.

Les Prussiens composent fortement leurs avant-gardes. 1 brigade pour un corps d’armée et un régiment pour une division est la règle générale. (Rustow.)

L'avant-garde de la lro division de la garde entrant en Bohême comprenait : 4 bataillons,

2 compagnies de chasseurs, 3 escadrons de hussards, 2 compagnies de pionniers, 2 batteries; soit 5,000 hommes et 12 pièces pour une seule division. Le 22 juillet, le corps du général Fransecky se portant sur Presbourg, et réduit à

3 brigades, est disposé de la manière suivante :

Avant-gai’de

4 régiment de la 46e brigade, 4 régiment de hussards.

Gros.. . .

Réserve. .

• | 4jf: j brigues.

| Le reste de la 16e brigade.

* { La cavalerie de réserve.

Comme proportion , les Prussiens sont dans le vrai, mais leur composition est éminemment vicieuse. Ils brisent les unités de commandement. Dans une division, ils partagent une brigade entre l’avant-garde et la réserve. L’autre brigade forme le gros. Dans d’autres cas, ils enlèvent 1 bataillon à divers régiments pour en former l’avant-garde. On employait souvent cette méthode dans les guerres du premier Empire, comme le montre l’ordre du 2e corps cité plus haut, p. 44.

Dans un corps d’armée, les Prussiens fractionnent une division : 1 brigade à l’avant-garde etl brigade en réserve. Ce système a l’inconvénient de soustraire les troupes à leur chef direct, de détruire la solidarité entre les groupes et d’amener la confusion. Les Prussiens semblent aimer ce désordre, qu’il décorent du nom d 'initiative* Après en avoir manqué si longtemps, ils l’ont exagérée outre mesure. Cependant ils en sont venus à reconnaître aujourd’hui que le combat amène forcément un peu de désordre, et que par conséquent toutes les organisations doivent tendre à en diminuer les causes. Leur exemple n’est nullement à imiter dans ce cas. La disposition des troupes en colonne doit tendre à rapprocher

dans le combat les différentes parties d'une même unité. Dans une division isolée, le 2e régiment de la brigade qui fournira l’avant-garde devra marcher en tête du gros de la colonne. Dans un corps d'armée, la lre division aurai brigade d'avant-garde et la 2e en tête du gros de la colonne.

Les mêmes nécessités s’imposent pour l’avantgarde dans un corps à 2 ou à 3 divisions; il n’y a pas de raison pour en modifier la composition.

Gros de la colonne. — Comme corps principal, il doit être au moins le double de l’avant-garde ou première ligne, et ne pas excéder le triple. 11 doit comprendre des unités constituées. Dans une division isolée, il sera formé de 2 régiments. Dans un corps à 2 divisions, de 2 brigades ; dans un corps à 3 divisions, de 3 brigades. Il ne renfermera que les batteries divisionnaires afférentes aux troupes qui le composeront, savoir : 3 batteries dans un corps à 2 divisions, 4 dans un corps à 3 divisions.

Les Prussiens y ajoutent une certaine quantité de cavalerie, voulant que chaque groupe de la colonne ait une organisation complète. Celte disposition a l’inconvénient d’astreindre cette cavalerie à l’allure de l’infanterie, sans qu’il y ait d’avantage bien constaté. Rien ne semble s’opposer à placer la cavalerie de la 2e division à la suite de celle de la lre, à l’extrême avant-garde. Au moment du combat, cc régiment s’arrêtera

et attendra l’arrivée de sa division pour s’y joindre;

Le gros de la colonne peut se passer sans inconvénient de cavalerie durant la marche, puisqu'il s'en trouve en tête et en queue de la colonne.

Réserves. — D’après ce qui précède, la réserve se trouve naturellement formée :

Pour un corps à 2 divisions : de 1 brigade d'infanterie avec 1 batterie, de 5 batteries de réserve et 1 régiment de cavalerie;

Pour un corps à 3 divisions : de 1 division d’infanterie avec 3 batteries, de 5 batteries de réserve et de 2 régiments de cavalerie.

Celle réserve est chargée de fournir la garde du convoi ou arrière-garde.

Sous le premier Empire, on y affectait 3 ou 4 compagnies seulement, comme le montrent les deux ordres cités plus haut, p. 24 et 25. On peut donc compter sur un bataillon au plus

Si nous examinons la force de la réserve par rapport à l’effectif du corps d'armée, nous voyons qu’elle comprend :

Pour un corps à 3 divisions ; 1/3 de l’infanterie, 1 /2 de la cavalerie, plus de 1 /2 de l’artillerie ;

Pour un corps à 2 divisions : 1/4 de l’infanterie, 1/3 de la cavalerie, 1/2 de l’artillerie.

On est frappé de la forte proportion de l’artillerie qui se trouve ainsi placée en réserve. Dans un corps à 3 divisions, il y a 8 batteries en ré-

serve contre 7 engagées. Dans un corps à 2 divisions, 6 en réserve contre 6 engagées. Cette proportion ne semble pas répondre aux nécessités de la guerre moderne, qui assignent un rôle si important à l’artillerie.

Ce sont ces nécessités qui ont conduit le général commandant l'artillerie de la garde prussienne à vouloir très en avant les batteries de réserve et à les engager promptement. Dans l’état actuel cela aurait l’inconvénient d’engager prématurément toutes ses ressources avant le moment décisif du combat. C’est ce qu’on a constaté dans les manœuvres des camps prussiens de cette année. Ils mettent en jeu très-rapidement toutes leurs réserves, étendent outre mesure leur unique ligne, sont faibles sur tous les points et se privent du moyen de parer à un échec partiel ou de frapper un coup essentiel.

L’excès opposé est également fâcheux et nous place dans la double alternative d’avoir trop peu d’artillerie en ligne ou d’employer trop tôt les batteries de réserve.

Il semble ressortir de ces considérations que notre artillerie divisionnaire n’est pas assez for-t tement constituée. Elle n’est pas conforme au principe posé par Napoléon Ier : « La plus grande « partie de l’artillerie doit être avec les divisions « d’infanterie et de cavalerie, la plus petits « partie en réserve. » (. Commentaires , t. VI, p. 167.)

Les Prussiens rappliquent mieux que nous. Sur les 16 batteries du corps d'armée, ils ont 10 batteries divisionnaires et 6 de réserve. Dans notre corps d’armée à 3 divisions, nous avons 9 batteries divisionnaires et 6 de réserve, et dans le corps à 2 divisions 6 batteries divisionnaires et 6 de réserve.

Le général commandant l’artillerie de la garde prussienne dit : « Il convient que l’artillerie soit « adjointe aux autres troupes dans la proportion « del division (4 batteries) au moins par division « d’infanterie. » C’est selon lui un minimum. Elle n’a rien d’exagéré. C’est encore Napoléon Ier qui a écrit : « Il faut avoir autant d’artillerie que son c< ennemi, et calculer sur 4 pièces par 1,000 « hommes d’infanterie et de cavalerie. » ( Commentaires , t. VI, p. 167.)

Le corps d’armée, tel qu’il est constitué dans les tableaux numéros 1 et 2 , comprend 34,265 hommes d’infanterie et de cavalerie. Si on lui donne 4 batteries par division et 6 de réserve, il n’aura que 18 batteries ou 108 pièces, tandis que d’après la proportion de Napoléon I,r on arriverait à 136 pièces.

Le corps à 2 divisions, d’après les tableaux 1 et 3, comprend 23,099 hommes d’infanterie et de cavalerie /"Si on lui donne 4 batteries par division et 6 de réserve, il n’aura que 14 batteries ou 84 pièces, tandis que d’après la proportion de Napoléon il lui en faudrait 92.

Dans ce dernier cas, si Ton admet qu’il y ait 2 batteries par corps d’armée , à la réserve générale de l’armée, on atteindrait le chiffre dePSpoléon.

Force relative des fractions de la colonne. — La répartition que nous indiquons entre les diverses fractions de la colonne est un peu différente des principes émis par les écrivains militaires. Selon le général Rogniat, « les parties « détachées (avant-garde, arrière garde et flan- « queurs) doivent être en tout du d/3 au 1/6 de « la colonne. » ( Art de la guerre, p. 20.)

<c En général, dit le général Dufour, on n’em- « ploie pas à l’avant-garde plus de I/o de la force « totale, et le plus souvent on reste au-dessous « de cette proportion. S’il était permis de poser « un principe, on pourrait dire que la force de l'aa vantgarde varie entre le d/5 et le d/10.» ( Cours de tactique, p. 87.)

Presque tous les écrivains s’accordent à dire que la réserve doit varier du 1/3 au d/4. De Hardegg pose en principe que l’avant-garde, le corps principal et la réserve doivent être dans la proportion d : 3 : 2, autrement dit d/6, 3/6, 2/6.

Pour apprécier les différences des divers systèmes, il est nécessaire de les traduire en chiffres. Les tableaux n08 6 et 7 ci-après montrent la disposition, la composition et l’importance des frac, tions de la colonne dans l’hypothèse du corps d’armée que nous avons imaginé.

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