III
à d'éternelles destinées ne flétriront-elles pas jusqu'à sa racine l'amour de la patrie ? Ici , Messieurs , vous du moins qui êtes chrétiens , vous pouvez répondre pour moi. Vous savez avec quel art Dieu a fondu dans votre cœur le sentiment catholique et le sentiment patriotique ; par quel mouvement simple et inaperçu de vous-mêmes, vous ne faites qu'une seule chose de la maison de votre enfance , de l'église, du cimetière, des bois, des champs, de la prière et de l'amitié, chers et pieux éléments de votre vie, dont elle n'est pas plus embarrassée que la fleur ne l'est de la terre où elle puise sa sève , et du ciel où elle respire. L'histoire du monde répond à l'histoire de votre cœur. Elle a dit assez haut quel fut partout , dans les batailles et dans les conciles , le dévouement des catholiques aux jours où la patrie le réclame. Elle a dit si le patriotisme a diminué dans le monde depuis Jésus-Christ, et si, comme autrefois, parce que le temple s'est agrandi, on ne combat plus pour Vautel et le foyer, ces deux choses sacrées que les anciens ne séparaient pas. Le doute n'est pas possible à cet égard. Chaque nation cathoHque a eu ses Machabées; la religion a pris parti dans leur gloire et leurs intérêts sans cesser d'être universelle, elle a béni sans trahison des drapeaux opposés , elle a chanté la victoire et honoré la défaite à la fois , comme Dieu , du haut de son trône, malgré la diver-' site des peuples et des événements , étend sur tous l'impartialité passionnée de son amour. Nul ne s'y trompe; tout le monde sent que la patrie et l'Église, le sentiment national et le sentiment religieux, loin
de s'exclure, se fortifient l'un par l'autre, s'élèvent l'un par l'autre, et que, touchante la poitrine de chacun de nous , le ciel et la terre y rendront ce cri célèbre :
A tous les cœurs chrétiens que la patrie est chère !
Gomment cette fusion a-t-elle pu s'opérer? Par quel mystère le temps et l'éternité rendent- ils en cela le même son ? Peu nous importe de le découvrir ou de l'ignorer. Acceptons les bienfaits de Dieu , même quand nous ne savons pas dans quel trésor il les a puisés. C'est lui qui a fait la patrie, c'est lui qui a fait l'Église, c'est lui qui a fait aussi l'amour qu'il nous demande pour tous deux.
Ma tâche est accomplie , Messieurs ; le prodige de la catholicité vous est connu tout entier. Il a sa racine première dans l'unité publique des esprits fondée par la doctrine catholique; cette unité a reçu une organisation qui n'en est point séparable , et qui en a fait un corps vivant doué de tous les attributs du pouvoir social ; et, enfin , l'unité doctrinale et organique , en dépit des résistances de la nature et de l'humanité contre toute expansion illimitée, a fini par s'épanouir en ce royaume universel que l'Écriture appelle le royaume de Dieu.
Toutefois, Messieurs, ce royaume n'est pas universel d'une universalité absolue ; on y entre par un acte de volonté ; on en sort aussi par un acte de volonté. Plusieurs d'entre vous lui sont encore étrangers : je les conjure de voir s'ils doivent plus long-
temps lui refuser leur obéissance. Ont-ils loin de lui assis leurs idées dans le repos? Ont-ils rencontré quelque unité dans les esprits? Sont-ils satisfaits d'eux-mêmes et du monde? S'ils ne le sont pas , que tardent-ils à entrer dans le royaume de l'immutabilité , de l'unité , de l'universalité ? Les merveilles qu'ils en ont entendues sont assez visibles pour émouvoir leur intelligence , et la lumière qui leur manque encore est celle même qui les attend au sanctuaire, et qu'on ne voit jamais du dehors. Je les appelle donc à l'intérieur ; je leur dis : Venez et goûtez. Un jour du dedans vous vaudra mieux que mille du parvis.