‹ Conférences de Notre-Dame de ParisChapitre 8 sur 20 · SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU · texte numérisé non relu

SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU

En mémoire perpétuelle de ce qui va suivre :

Par la faute originelle de notre premier père, le triple joug du péché, de la captivité du démon et des ténèbres de l'erreur, pesait misérablement sur le genre humain. Dans l'excès de son amour, le Fils unique de Dieu résolut de nous en affranchir. Descendant des cieux dans la plénitude des temps, sans abdiquer la gloire de son Père, il prit un corps dans le sein de la très-sainte et immaculée Vierge Marie, revêtit les livrées de notre nature mortelle, nous révéla une doctrine et une règle de vie toutes célestes, ieur imprima le sceau du miracle, et s'offrit librement à Dieu comme une victime de suave odeur. La

1 Traduction de la Revue du Concile œcuménique du Vatican, par le P. Chéry, des Frères Prêcheurs.

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mort vaincue, et avant de monter en triomphe à la droite de son Pare, il envoya ses apôtres jusqu'aux extrémités de l'univers, leur donnant mission de prêcher l'Évangile à toute créature. Dès lors il les investit du pouvoir de régir l'Église acquise et cimentée par son sang, ce' te Église qui est la colonne et le ferme appui de la vérité, qu'il a enrichie de trésors divins, qui montrée tous les peuples le sûr chemin du salut et la vive lumière de la vérité, qui vogue comme un navire sur la haute mer du siècle, pour garder sains et saufs, dans le naufrage du monde, tous ceux qu'elle a pu recueillir. Et pour qu'elle procédât toujours avec un ordre et une rectitude infaillibles, pour que le peuple chrétien persévérât sans relâche dans l'unité de foi, de doctrine, de charité et de communion, le divin Sauveur lui promit qu'il serait avec elle jusqu'à la consommation des siècles.

Or, c'est le seul Pierre qu'il a choisi entre tous et qu'il a constitué prince des apôtres, son vicaire sur la terre, le chef, le fondement et le centre de l'Église, pour que, dans la souveraine plénitude de l'autorité, de la puissance et de la juridiction, il pût, à ce haut degré de rang et d'honneur, paître les agneaux et les brebis, confirmer ses frères, gouverner la sociélé chrétienne, être le gardien des portes du ciel , régler et définir, dans des arrêts ratifiés par la justice éternelle, tout ce qui doit être lié et délié sur la terre.

L'unité, l'intégrité de l'Église, son gouvernement institué par le Christ lui-même, devant évidemment demeurer dans une immuable stabilité, il s'ensuit que le même pouvoir de Pierre, sa juridiction, sa primauté, gardent toute leur vigueur et toute leur plénitude dans

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la personne des Pontifes romains, ses successeurs dans cette Chaire.

Usant donc, avec une vive et pieuse sollicitude, du pouvoir de paître tout le troupeau dont Notrc-Seigneur Jésus-Christ lui-même leur a divinement confié la charge dans la personne du bienheureux Pierre, ils se sont condamnés à tous les travaux, ont pris toutes les mesures pour ^ue, de l'Orient à l'Occident, les races, les nations, les peuples, pussent connaître la doctrine évangélique, marcher dans les voies de la justice et de la vérité, et atteindre ainsi la vie éternelle. Qui ne sait, en effet, avec quel infatigable zèle les Pontifes romains ont veillé à maintenir à l'abri de toute atteinte le dépôt de la foi, la discipline du clergé , la science et la pureté de l'enseignement, la sainteté et la dignité du mariage ? Qui ne sait avec quel soin ils se sont appliqués à favoriser de jour en jour l'éducation chrétienne de la jeunesse des deux sexes, à faire croitre au sein des peuples la religion , la piété, les mœurs, à défendre la justice, à assurer par tous les moyens la tranquillité, la prospérité et l'ordre de la société civile ellemême ?

Aussi lorsqu'ils l'ont trouvé opportun, spécialement aux époques de grandes perturbations, quand des calamités de tout genre fondent sur l'Église et sur les peuples, les mêmes Pontifes n'ont jamais négligé de convoquer des conciles généraux. Dans ces assemblées saintes, concertant leurs conseils, unissant leurs forces avec celles des Évêqees de tout l'univers catholique, eux aussi ^ue le Saint-Esprit a établis pour régir l'Église de Dieu, ils prennent les moyens que leur dictent la prévoyance et

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la sagesse, et qui leur paraissent les plus propres, soit à maintenir les dogmes de la foi, soit à détruire les cireurs généralement répandues, soit à défendre, mettre en lumière, développer la doctrine catholique, soit à fortifier et à rét iblir la discipline ecclésiastique, soit enfin à épurer les mœurs dépravées des peuples.

Or, depuis longtemps, chacun sait et voit de ses yeux l'affreuse tempête qui ébranle la société chrétienne, les maux immenses que souffre de son côté la société civile : l'Église et sa doctrine salutaire, sa puissance vénérable et la suprême autorité de ce Siège Apostolique ont été attaquées, foulées aux pieds par les ennemis acharnés de Dieu et des hommes; les choses saintes sont vouées au mépris ; les biens ecclésiastiques, dilapidés; les pontifes, les prêtres les plus vénérables, les hommes les plus chrétiens, sont soumis à tous les genres d'avanies; les communautés religieuses sont à peu près anéanties ; les livres lesplusimpies, les journaux les plus corrupteurs, sont disséminés de toutes parts ; partout et sous toutes les formes, les sectes les plus pernicieuses vont se multipliant; on arrache des mains du prêtre l'enseignement de la malheureuse jeunesse, pour le confier souvent, ce qui est pis encore, à des maîtres d'iniquité et d'erreur. De là, pour la perte à jamais lamentable des âmes, pour le deuil suprême de Notre cœur et la désolation des gens de bi?n, celte irruption d'impiété, cette corruption des mœurs, cette licence effrénée, cette funeste contagion de loutes les opinions perverses, de tous les vices, de tous les crimes, «elle violation des lois divines et humaines qui se sont partout propagées à ce point que, non-seuiement notre très-sainte religion, mais la société humaine elle-

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même, sont plongées dans un^ inexprimable état cb désordre et de souffrance

Dans ce concours inouï de calamités, si bien fait pour briser Notre âme, c'est le devoir sacré du suprême ministère pastoral à Nous divinement confié, de réunir toutes Nos forces pour relever les ruines de l'Église et procurer le salut du troupeau de Jésus-Christ. Il Nous faut comprimer les efforts désespérés, arrêter l'élan furieux d'un ennemi qui déploie son infernale énergie pour détruire, s'il le pouvait, l'Église et la société jusque dans leurs fondements.

Pour notre part, avec le secours de Dieu et dès les premiers jours de Notre Souverain Pontificat, selon le devoir de Notre charge si pesante, Nous avons sans relâche élevé la voix, soit dans des allocutions consistoriales, soit dans des lettres apostoliques multipliées. Nous avons constamment défendu la cause de Dieu et de la sainte Église, à Nous divinement confiée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous avons énergiquement combattu pour le maintien des droits de ce Siège apostolique, de la justice et de la vérité. Nous avons démasqué les ruses de l'ennemi, condamné les erreurs et les fausses doctrines, proscrit les sectes impies, veillé enfin et fidèlement pourvu au salut de tout le troupeau du Seigneur.

Ce n'était pas assez : aujourd'hui, marchant sur les traces de Nos glorieux prédécesseurs, Nous avons jugé opportur de réunir en concile général, comme Nous le désirions depuis longtemps, tous nos vénérable*, frères les Ëvèques de l'univers catholique, qui ont été appelés à entrer en partage de Notre sollicitude. Leur ardent amour pour l'Église, leur piété et leur dévouement connus

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de tous pour ce Siège Apostolique, Wir sollicitude pour le salut des âmes, leur sagesse, leur doctrine, leur science si éminente, leur profonde douleur à la vue du triste état de la religion et de la société civile, les pressaient depui» longtemps et leur faisaient désirer pardessus tout de pouvoir délibérer et de se consulter avec Nous pour appliquer un remède au mal.

Ce Concile œcuménique examinera donc avec le plus grand soin et déterminera ce qu'il convient de faire, en ces temps si calamiteux, pour la plus grande gloire de Dieu, pour l'intégrité de la foi, pour la splendeur du culte, pour le salut éternel des hommes, pour la discipline et la solide instruction du clergé régulier et séculier, pour l'observance des lois ecclésiastiques, pour la réforme des mœurs, pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, pour la paix générale et la concorde universelle.

Il Nous faudra aussi travailler, de toutes les forces de Notre esprit, et avec l'aide de Dieu, à écarter tout le mal de l'Église et de la société civile, à ramener dans la voie de la vérité, de la justice et du salut, les malheureux qui s'égarent. Enfin, Nous devrons réprimer tout vice et repousser toute erreur, afin que notre auguste religion et sa doctrine salutaire reprennent partout une viguur nouvelle, qu'elles se propagent de jour en jour, qu'elles reconquièrent leur légitime empire, et qu'ainsi la piété, l'honnêteté, la probité, la justice, la charité et toutes les \ertus refleurissent pour le salut du monde. Non-seulement, en eff H, la puissante influence de l'Église et de sa doctrine a pour objet direct le salut éternel des hommes; mais auisi, et personne ne le niera, le bonheur temporel

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des peuples, leur véritable propérité, le maintien de la paix et de l'ordre, le progrès et même la solidité des sciences humaines : les faits les plus éclatants de l'hisoire ne le prouvent- ils pas surabondamment, constamment et de la manière la plus évidente?

Au reste, Nous nous souvenons de la parole de Notre Seigneur Jésus-Christ : « Partout où seront deux ou trois » personnes assemblées en mon nom, là je suis au milieu > d'elles, » et Notre cœur est merveilleusement réconforté, ravivé et consolé. Nous ne saurions douter qu'il ne veuille bien lui-même Nous assister, par l'abondance de sa grâce dans ce Concile, et que nous ne puissions ainsi régler toutes choses de manière à procurer le plus grand bien de sa sainte Église.

Aussi, après avoir, dans l'humilité de notre cœur, répandu, nuit et jour, des prières devant le Père des lumières, Nous avons pensé qu'il était nécessaire de réunir ce Concile.

Nous appuyant donc sur l'autorité de Dieu tout-puissant, Père, Fils etSaint-Esprit, et des bienheureux apôtres Pierre et Paul, autorité que, Nous aussi, Nous exerçons sur la terre, de l'avis et avec l'assentiment de Nos vénérables frères les Cardinaux de la sainte Église romaine, Nous arrêtons par la présente Lettre de convocation, statuons et décrétons qu'un Concile œcuménique et général devra se tenir la prochaine année 1869, dans Notre illustre ville de Rome et dans la Basilique Vaticane, qu'il s'ouvrira le 8 décembre, jour de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, Mère de Dieu, pour être continué et terminé, avec l'aide du Seigneur, à la gloire de fHcu et pour le salut de tout le peuple chrétien»

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En conséquence, Nous voulons et ordonnons que, dj toutes leurs résidences, Nos vénérables frères les Patriarches, les Archevêques, les Évoques, ainsi que Nos chers 61s les Abbés, et tous autres appelés par droit ou par privilège à siéger et à donner leurs avis dans ces grandes assemblées, viennent à ce Concile œcuménique convoqué par Nous. De plus, en vertu de la sainte obéissance et du serment qu'ils ont prêté à Nous et à ce Siège Apostolique, sous les peines portées par le droit ou la coutume contre ceux qui ne se rendent pas à l'appel, nous les requérons, Nous les exhortons, Nous les avertissons qu'ils aient à se présenter et à assister au Concile. Nous leur ordonnons en outre et leur enjoignons rigoureusement de venir en personne, à moins qu'ils ne soient retenus par quelque juste empêchement ; ce qu'ils auront, d'ailleurs, à prouver au Concile par de légitimes fondés de pouvoirs.

Nous avons l'espoir que Dieu, dont la main tient le cœur des hommes, exaucera Nos vœux. Nous voulons croire que, par sa grâce et son ineffable miséricorde, les souverains et les chefs des peuples, particulièrement le» princes catholiques, reconnaîtront de plus en plus avec quelle abondance tous les biens découlent de l'Église sur la société humaine. Ils confesseront qu'elle est la vraie base des empires et des royaumes; et, loin de s'opposer à ce que Nos vénérables frères les Évoques et les dignita;res ci-dessus mentionnés se metten' eu devoir de venir au Concile, ils se plairont au contraire à favoriser leui voyage, les aideront comme il convient à des princes catholiques, et les assisteront avec zèle de leur bienveillante coopération, en tout ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu et au succès du Concile.

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Notre présente Lettre devra parvenir à la connaissance de tous ceux qu'elle intéresse spécialement; et, afin que personne ne puisse alléguer son ignorance, ni se plaindre du dffeut de sécurité des voies par où elle lenr arriverait et leur serait personnellement notifiée, Nous ordonnons qu'elle soit lue publiquement et à hauLe voix par les huissiers de Notre Cour ou par quelques notaires publics dans les basiliques patriarcales de Lalran, du Vatican et de Sainte-Marie-Majeure, où lamultitude aftlue pour les offices divins. Nous voulons aussi qu'après celte lecture, Notre Lettre soit affichée aux portes des mêmes églises, à celles de la Chancellerie Apostolique, dans le Champ de Flore et dans les autres lieux d'usage. Elle devra y rester exposée pendant un certain temps, afin que tous puissent en prendre connaissance. Lorsque le moment sera venu de la retirer, quelques exemplaires demeureront néanmoins affichés en ces divers lieux. Ces formalités de publication et d'affichage remplies, Nous ordonnons que ouset chacun de ceux qui sont mentionnés dans Notre présente Lettre, scient, après un délai de deux mois à partir de la promulgation, liés et obligés comme si elle leur avait été lue et notifiée à eux-mêmes en personne, Nous voulons et ordonnons également que toute copie de cette Lettre, écrite ou signée de la main d'un notaire public et revêtue du sceau d'un ecclésiastique constitué en dignité, obtienne la môme foi et ait la même valeur que la présente.

Qu'il ne soit donc permis à personne d'annuler cet acte de Notre indiction, annonce, convocation, statut, décret, ordre, précepte et obsécralion. ou d'avoir la téméraire audace de s'y opposer. Si quelqu'un osait essayer,

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qu'il sache qu'il encourra l'indignation de Dieu toutpuissant et celle des bienheureux apôtres Pierre et Paul. Donné à Rome, à Saint-Pierre, l'an de l'Incarnation de Notre-Seigneur 1868, le 3e jour des calendes de juillet, et de notre Pontificat le 23e.

•J- PIE, Évêque de l'Église catholique.

Suivent les signatures des Cardinaux préseats à Rome. Au-d'-ïsns du sceau : N. Cardinal Mattel prodataire, >. Cardinal Paracciani Clarelli. seciétaire des Brefs

DE N. S. P. LE PAPE PIE IX

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