L'ABBE JOHN HOLMES
Saill, Sanl. pourquoi me persécutez vous ?
Brisé par la fatigue d'un long et pénible voyage, accablé par de tristes préoccupations, un jeune Américain entrait, il y a quelque soixante ans, dans l'éalise d'une paroisse canadienne limitrophe du New-Hnmpshire. Après s'être un peu remis, il jette les regards sur ce qui l'entoure ; soudain, la colère s'empare de lui. Imbu des préjugés protestants à l'égard du culte catholique, il voit avec ratre les tableaux religieux suspendus aux murs; ces objets de l'idolâtrie papiste révoltent son Ame généreuse mais égarée, et, dans un transport d'enthousiasme puritain, il fait au ciel cette prière, qui devait être si peu écoutée: " Mon Dien, est-il possible que des
hommes éclairés se réunissent dans ce temple pour vous insulter en offrant à ces idoles, à ces vaines représentations d'êtres créés par vous, les prières qu'ils vous doivent. Donnez-moi la force de Sam son pour qu'un jour je puisse renverser ces temples, dussé-je comme lui rester enseveli sous leurs ruines et trouver ma mort dans le triomphe de la vérité."
Le jeune homme qui faisait ce souhait impie devait, un jour, agrandir et multiplier ces temples, qu'il voulait alors détruire, et être un soutien de cette Eglise, colonne et firmament de la vérité. Ce n'est encore que Saul sur le chemin de Damas, cherchant, avec la même droiture de conscience, à servir Dieu. La voix mystérieuse qui doit l'appeler à Jérusalem va bientôt se faire entendre.
Découvrir les desseins de Dieu sur nous, trouver la mission qu'il assigne à chacun, est une étude sérieuse, hérissée de dangers. Quelquefois, notre vocation se révèle à nous après de longues recherches ; parfois, quelque chose comme un rayon d'en haut, comme l'étoile mystérieuse qui indiquait jadis aux Jlois de l'Orient le berceau de reniant-Dieu, trace la voie que nous devons suivre. Combien le jeune protestant que nous venons de présenter à nos lecteurs était alors éloigné de sa vocation ! Comme il soupçonnait peu les desseins de la Providence sur lui ! Lui qui rêvait alors le renversement du catholicisme, devait être un jour une des plus belles figures de notre clergé, un de nos meilleurs écrivains, un grand ora-
leur, un homme aux idées larges, ce profond penseur, qui a conçu tous les grands projets réalisés depuis sa mort : la fondation d'écoles normales, la création d'une université catholique, la colonisation des cantons de l'Est, l'union des provinces de l'Amérique britannique.
Issu d'une ancienne famille américaine, trèsattachée aux traditions de ces puritains émigrés de l'Angleterre en Amérique à la recherche de la liberté de conscience, Freedom to worship God, selon leur expression, le jeune Holmes s'était senti poussé de bonne heure vers la vocation religieuse. Ce penchant se développa au collège de Dartmouth et s'accentua au point qu'il parla à ses parents d'étudier la théologie. Son père n'abonda pas dans son sens. Il le retira du collège, et, vendant tout ce qu'il possédait à Hanover, dans le sud du New-Hampshire, il émigra à Colebrook au nord du même état, où il acheta une grande propriété. Il voulut que son fils l'aidât dans une vaste exploitation agricole qu'il venait d'entreprendre. Son fils dut plier, mais il ne se résigna pas. Lui-même racontait plus tard que, lorsqu'il parcourait les champs, ses pensées étaient bien loin des travaux qui devaient l'occuper. La forte nature qui l'entourait développait en lui son penchant vers les idées religieuses et s'harmonisait avec l'état de son âme. De toutes parts des montagnes encaissent Colebrook et s'étagent l'une au-dessus de l'autre en immenses gradins. C'est un pays triste d'aspect et portant à la rêverie, à la mélancolie. Le
spectacle continu de cette nature tourmentée, offrant partout l'empreinte de la main puissante du créateur, détachait ses idées des choses de la terre pour les élever dans les régions de la contemplation. Il se sentait inquiet, absorbé par ce sentiment vague qui domine les grandes âmes au moment où eiles interrogent l'avenir pour lui demander le secret de leurs destinées, et il cherchait à résoudre les graves problèmes posés par son imagination en lutte avec sa raison.
Un jour, se sentant plus accablé que de coutume, il se jette à genoux, demande à Dieu de l'éclairer. Il se relève, et de suite la pensée de se rendre au Canada pour continuer ses études se présente à son esprit. C'était pour lui une inspiration d'en haut. Sans balancer davantage, sans prendre congé de ses parents, il s'enfuit au pays destiné à devenir sa patrie adoptive.
Nous allons suivre sur la terre bénie du Canada ce jeune Américain, qui y a été poussé d'une façon si extraordinaire. Nous allons essayer de rassembler quelques-uns des traits de cet te grande individualité qui, pendant trente aus, a exercé une influence si bienfaisante sur une partie de notre population.
Ooat tlion tlie sbroiiiied future scm.
Atlil vitiW t li v patli, il VOiil.h. n uisilll
- C'est en 1815 que lo jeune Holmes, poussé par une vocation irrésistible, vint au Canada dans le but de poursuivre ses études. Comme i! fallait d'abord songer au plus pressé, à vivre, le futur orateur de Notre-Dame de Québec, alors un adolescent de 16 ans, entra comme garçon de peine chez un tanneur de Sherbrooke. Au printemps de cette année, un instituteur des Trois-Rivières se trouvant dans cette ville, remarqua le jeune Holmes, et demanda à son patron de le lui céder. Celui-ci y consentit, et M. Burroughs retourna aux Trois- Rivières avec son élève. Tout s'enchaînait pour le conduire au port inconnu où il se dirigeait d'une façon si mystérieuse. Il était à peine aux Trois-Kivières que le curé de Yamachiche, M. Ecuier, fut frappé à un examendes élèves de M. Burroughs de l'intelligence du jeune Américain. Il le fit venir chez lui, et continua son cours d'instruction. Sous les soins de cet homme de bien, l'esprit de John Holmes s'ouvrit à la lumière de la vérité. L'œuvre de Dieu se dessinait de plus en plus et, en 1817, ii fut baptisé dans l'église d'Yamachiche. Le voilà donc entré dans la voie qu'il devai t
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parcourir en amassant tant de mérites pour le ciel, tant de gloire pour l'Eglise, et en accomplissant de si grandes choses pour le salut des âmes ! Maintenant il marchera à grands pas vers sa mission. En 1819, le nouveau néophyte fait sa philosophie à Montréal, puis en 1820 nous le retrouvons à Nicolet, où il subit les premières épreuves imposées aux serviteurs de Dieu. C'est du collège de cette paroisse qu'il écrivit à son père pour la première fois depuis sa fuite du foyer domestique. Il s'excusa d'avoir pris congé d'une façon si singulière, French hâve, selon l'expression anglaise. Sa lettre répandit la joie dans la famille, depuis longtemps dévorée d'inquiétudes à son égard. Pour M. Holmes, savoir son fils vivant, ce n'était pas assez; il voulait l'avoir auprès de lui. Aussi se mit-il en route vers le Canada, et un beau jour le jeune ecclésiastique fut tout surpris de voir son père au collège de Nicolet. A cette époque on ne voyageait pas par chemin de fer entre les deux pays, et M. Holmes fit la longue course qui sépare Colebrook de Nicolet à cheval. Il traînait après lui un autre cheval que son rils monterait pour retourner à Colebrook. Il lui lit part de son désir de le ramener dans la famille, mais le jeune homme fut inébranlable, et force fut au père de retourner seul chez lui. Avant de quitter Nicolet, il avait laissé à son fils un de ses deux chevaux, nourrissant sans doute l'espoir qu'il s'en servirait bientôt pour reprendre le chemin du foyer paternel. Malgré cette cruelle séparation qui
dut tant coûter au cœur du vieux puritain, le père et le fils se réconcilièrent sincèrement. Celui-ci retourna dans sa famille plusieurs fois. 11 y allait dans un double but : pour jouir pendant quelques instants de l'affection de ses parents, et pour les engager à partager avec lui les bienfaits de la vérité. Son amour pour le salut de ces âmes qui lui étaient si chères, l'emporta très loin. Un jour, à l'insu de ses parents, il faisait un catholique d'un de ses jeunes frères au berceau. Par un pieux stratagème, il réussit à le baptiser en faisant mine de jouer avec l'enfant placé sous le filet d'eau d'une pompe. Plus tard ses sœurs vinrent au Canada successivement et toutes, au nombre de six, embrassèrent la religion catholique.
La famille avait conservé une profonde affection pour ce fils et ce frère catholique, et elle l'estimait tellement que sa conversion était, à ses yeux, une preuve de la fausseté des abominations que les protestants débitent contre notre religion. Lorsque dans le cercle de leurs relations sociales, ses sœurs entendaient des personnes se répandre en calomnies contre les catholiques, elles répondaient: " Cela ne peut être, car notre frère est trop bon pour embrasser un culte qui serait si abominable." Il était, par la seule puissance de sa vertu, un apologiste du catholicisme.
" Celui-là est, appelé au sacerdoce qui sent dans son cœur lit beauté et le prix des âmes."
( Lacordaire)
Autant les choses du domaine spirituel sont audessus du temporel, autant le sacerdoce dépasse par la sublimité de son but et le dévouement qu'il inspire, les différentes carrières où s'exerce l'activité humaine. Celles-ci nous courbent presque toutes vers la terre, nous agitent dans un cercle de passions énervantes pour le cœur. Le prêtre n'a pour mobile que la sublime passion qui rit mourir un Dieu pour nous : l'amour des âmes. Avec quel enthousiasme le jeune Holmes ne dutil pas s'éprendre du sacerdoce, lui qui devait, quand il était encore dans les ténèbres de l'erreur, se consacrer à Dieu comme ministre protestant ! Combien le saint ministère, qui implique l'immolation de soi, dut lui paraître supérieur à ce sacerdoce abâtardi, dégénéré, qu'il avait rêvé dans son enfa*rr$e !
Etre un saint prêtre, tel doit être la plus belle ambition de l'homme sur la terre. C'est le plus beau titre qu'il puisse mériter. John Holmes, les yeux fixés au ciel, concentra son énergie et sa grande intelligence pour l'obtenir. Soit comme missionnaire, soit comme orateur chrétien, soit
comme précepteur de la jeunesse, il conquit une des premières places dans la milice de l'Eglise du Canada. A peine avait-il reçu les ordres sacrés qu'il se jeta, plein de cœur, dans la lutte qu'il avait ambitionnée. Ses supérieurs ouvrirent pour carrière à son zèle les cantons de l'Est, et il fut nommé curé de Saint-Frédéric de Drummond ville.
Il fallait toute la persévérance d'un mission- -naire.d'un apôtre, pour exercer le ministère dans cette partie du pays. Les cantons de l'Est venaient d'être ouverts à la colonisation. Il n'y avait là qu'une population hétérogène, formée par des Canadiens venus des anciens établissements et par des émigrés d'Europe. Jeté au milieu de ces hommes rudes et aguerris aux misères de la vie des bois, M. Holmes partagea avec joie leur existence, semant partout la parole de l'Evangile. Certes ! son zèle avait trouvé un champ assez vaste, car sa mission s'étendait sur un rayon immense qui forme aujourd'hui de quinze à vingt paroisses. Les cantons de Grantham, Wickham, D urbain, Melbourne, Brompton, Ascot, Compton, Hatley, Shipton, Tingwick, Windsor, etc., ont vu à l'œuvre ce serviteur de Dieu, à une époque où voyager à travers ce pays était une périlleuse entreprise.
Son ardeur était infatigable. Les difficultés croissaient sous ses pas comme les ronces et les épines : pour y faire face, il multipliait ses forces en les épuisant. Partout il prêchait la parole de Bien, construisait des chapelles et
marquait les endroits où s'élèvent aujourd'hui tant de belles églises. A Dru mmond ville, ses travaux étaient à peine terminés qu'il eut la douleur de voir un incendie dévorer le village. L'église et deux auberges seules échappèrent aux flammes. A cette occasion, M.Holmes remarqua que "si Dieu avait sauvé sa maison, le diable avait aussi const ; la sienne." Cette activité devait avoir un terme : un jour M Holmes se trouva moins fort que son œuvre, sur laquelle il tomba à demi épuisé. Par une froide nuit d'automne il se mettait en route, appelé auprès d'un malade. Le temps érhrrr/-aftret"ix, les chemins impraticables. Il n'était pas dans ses habitudes de reculer en face du danger. L'exemple du Bon Pasteur, qui donne sa vif? pour ses brebis, le soutenait dans cette pénibi arse. 11 tomba dans un ruisseau gonflé par les pluies, et dut rester longtemps tout trempé. Lorsqu'il rentra chez lui, il avait les germes de cette maladie qui fit un martyre des trente dernières années de sa vie.
Ses supérieurs le rappelèrent, et il entra au séminaire de Québec (1827), de tout temps la pépinière de notre clergé et de nos professions libérales.
11 était resté quatre ans dans les cantons de l'Est. Il y laissa de bien doux souvenirs, et sa mémoire y vit encore fraîche dans le cœur des anciens colons, témoins de son dévouement.
le son côté, rapporta de son passage dans les cantons de l'Est de grandes pensées qui
furent la source de nobles actions, «es idées démontrent qu'il devançait ses contemporains, et nous paraissent bien avancées pour l'époque. Dès 1827, il chercha à attirer l'attention des Canadiens-Français sur cette pauiie du pays, les engageant à«a'ller s'y iixer. Tout l'effort du mouvement colonisateur devait, suivant lui, se concentrer de ce côté. Il a été le premier à pousser -la colonisation vers ces beaux pays, et ce que nous y voyons maintenant établit assez qu'il avait la vue 'juste. Il ne cessa de s'employer à cette œuvre nationale, et ses éloquents appels furent entendus. Pour montrer l'ardeur qu'il mettait à cette entreprise patriotique, nous ne saurions mieux taire que de citer des notes d'un de ses disciples dévoués, aujourd'hui évêque des cantons jadis témoins du zèle apostolique de M. Holmes :
"Un prêtre du séminaire de Québec, M.Holmes, qui se distinguait entre tous par son intelligence, l'étendue et la variété de ses connaissances, et surtout par l'amour sincère qu'il portait à son pays d'adoption, disait, à l'époque de l'union des deux Canadas, aux jeunes gens toujours avides do recueillir ses paroles et heureux de suivre ses conseils, que les Canadiens-Français devaient, s'ils ne voulaient pas un jour disparaître au milieu des peuples nombreux qui habitent l'Amérique du Nord, réunir tous leurs efforts pous coloniser les terres incultes de leur pays. Fuis, mettant sous leurs yeux une carte du Bas-Canada, ils leur indiquait les établissements
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français échelonnés sur les bords du fleure St. Laurent, en leur faisant remarquer que la plus belle et la plus importante partie de leur pays (lec- cantons de l'Est) était occupée par d'autres que [tardes Canadiens. "Un jour, disait-il, un "jour viendra où il faudra se compter de part et " d'autre, et après s'être endormis longtemps dans " une fausse sécurité, les Canadiens eompren- " dront peut-être, et il sera trop tard pour remé- " dier au mal, ce qu'ils auraient du faire pour " conserver la terre qu'ils ont reçue en héritage." " Plusieurs disciples de M. Holmes, encouragés par les paroles de cet ami sincère de notre pays, se mirent à l'œuvre. Par leurs discours ou par leurs écrits, ils attirèrent l'attention sur les cantons de l'Est, et l'on vit se former de grandes associations à Québec et à Montréal pour la colonisation de cette région. Il y avait là des les, et je puis dire des obstacles sérieux, à surmonter; les chemins manquaient absolument, le prix des terres était très-élevé, les propriétaires souvent inconnus, l^s nouveaux colons dépossédés sans miséricorde. Peu à peu cependant la Législature, obligée d'écouter les voix nombreuses qui demandaient justice, lit droit aux sages demandes de quelques personnes prévoyantes, et bientôt la plupart des obstacles à l'établissement de cette belle partie du Bas-Canada disparurent. Voulez-vous savoir ce qui s'est fait depuis vingt ans dans les cantons de l'Est ? Consultez les deux derniers recensements et vous comprendrez la vérité de cette parole de M. Holmes : Les can-
i7 tons de l'Est sont le cœur du Bas-Canada et ia partie la plus importante.
" En 1851, quelques amis delà colonisation publièrent un petit écrit dont le but était de réveiller l'attention du public et du gouvernement sur les cantons de l'Est, et terminaient leur mémoire par ces paroles : " Nous ne pouvons nous dissi- " muler que ceux qui s'occupent bien plus de ce " qui se passe aux Indes et aux bords de l'Eïdora- " do qu'à vingt lieues de leur pays, bien loin de " nous approuver, vont sourire de pitié ; ceux " qui croient que tout le Canada se trouve aux •' bords du St. Laurent, ne nous croiront pas ; ce- " pendant nous avons voulu élever la . our
" faire connaître la vérité à nos compatriote . ' — On pourrait répéter aujourd'hui ces paroles à bien des Canadiens qui sont indifférents, ne se soucient guère de la prospérité de notre pays, et semblent ne pas se douter des malheurs dont nous sommes menacés. Ce manifeste des missionnaires des cantons de l'Est, qui a donné une grande impulsion à l'établissement de cette partie du Bas- Canada, n'est donc que le reflet des sentiments de M. Holmes ; ajoutons que l'auteur du manifeste et plusieurs des autres missionnaires, avaient été avides, au séminaire de Québec, de recueillir les paroles patriotiques de M. Holmes."
"Cette sollicitude pour l'avenir des E i . '.Go-Canadiens, cet amour pour sa patrie adoptive,ne l'ont jamais abandonné, et forment l'un des traits de son caractère. Non-seulement, il aimait le Canada
comme un enfant du sol, mais il voulait développer cet amour chvz ceux qui le tenait déjà de leur naissance. Au Séminaire de Québec, il ne cessait de vanter notre patrie aux jeunes élèves confiés à ses soins, de leur faire admirer tont ce qu'il contient de beau et d'admirable.
" Quel est le Canadien, disait-il, qui n'aimerait pas sa patrie, après l'avoir contemplée pendant quelques heures du bord dune de nos barques à vapeur sur la route do Québec à Montréal ? Quel spectacle enchanteur ! Que de points de vue admirables ! Quelle suite de campagnes riches, paisibles, heureuses, se déploient sur l'une et l'autre rive d'aussi loin que l'œil peut atteindre. La scène offre quelque chose de plus grand, de plus varié, de plus ravissant encore, peut-être, si l'on descend le fleuve jusqu'au Saguenay. Travaillez donc avec courage ; réunissez vos forces et employez vos talents, votre jeunesse, votre énergie, afin de garder le poste que la Providence vous a confié."
Avec cette vue pénétrante que possèdent quelques hommes privilégiés, et qui leur fait entrevoir dans l'avenir ce qui reste mystérieux pour la foule, M. Holmes apercevait alors les dangers qui menaçaient les Canadiens-Français. Il les mettait sur leurs gardes et leur indiquait les moyens de se défendre et de se fortifier. Tous ses discours, tous ses écrits trahissent cette préoccupation. Il y a de l'homme d'état chez ce prêtre qui montre aux gouvernants la route à suivre ; il y a de
l'homme d'état chez ce prêtre qui s'occupe des intérêts matériels des Canadiens, parce qu'il cornprend que s'ils ne peuvent se fortifier de tous côtés pour se montrer aussi riches, aussi intelligents, aussi moraux que leur concurrents, ils seront vaincus dans la lutte. Cet homme à l'esprit si pratique indiquait, dès 1832, aux cultivateurs la manière d'exploiter leur terre. Dans ses Conseils aux Agriculteurs, il indiquait, en quelques pages, le meilleur mode de culture pour notre pays, signalait les dangers de l'a routine et résumait les principes de l'économie rurale. Pour l'époque c'était quelque chose de très-neuf. Aujourd'hui ils auraient peu d'intérêt, mais en les lisant on verra qu'on n'a guère inventé depuis. Il avait aussi, dès cette époque, une connaissance intime des conditions économiques du Canada et de ses besoins. Après avoir constaté que les importations, eu égard an nombre de ses habitants, étaient plus du double de celles des Etats-Unis, il ajoutait:
"Il faut tout dire; l'absence des entreprises industrielles, même pour plusieurs articles de premier besoin, un luxe effréné et la ruineuse exploitation de nos forêts, peuvent seuls, et pour un temps, expliquer des importations au montant (pour la consommation des deux Canadas en 1846) de plus de 7 millions de louis."
M. Holmes, quoiqu'il fût né aux Etats-Unis, a aimé le Canada autant que ses fils les plus attachés à son sol. D'où venait cette affection
pour une terre qui n'était ni celle de ses amis, ni celle de ses aïeux ? Aimait-il le Canada parce que c'est chez nous que la lumière de la vérité a éclaté à ses yeux ? Etait-ce la reconnaissance qui l'attachait à nous? Il puisait ce sentiment à une source bien pure. Il aimait le Canada parce qu'il y trouvait du bien à faire et d«^ âmes à sauver; son affection s'appuyait sur son dévouement à la religion, qui est de toutes les patries, de tous les climats et de tous les dieux. Il se dévouait à l'avancement du Canada pour étendre les limites du royaume de Dieu. Toute son affection, tout son dévouement peut s'expliquer par ces paroles : Pro patriâ quia pro Deo !
Au milieu de ses préoccupations sur notre avenir, M. Holmes dirige les études au petit séminaire de Québec. Dans la foule des élèves qui l'entourent, il cherche à distinguer ceux que leur intelligence appellera pi us tard aux premières places. Sans négliger les autres, il concentre ses soins sur ceux dont il devine la grandeur future. 11 les cultive, les prépare, les aguerrit pour les envoyer combattre les combats de la patrie. Parmi ceux qui ont été l'objet de ses leçons, qu'il nous suffise de mentionner Mgr. Tascherean. Mgr. Racine, MM. Chauveau, Cauchon, J 0. Taché.
Il avait l'art bien rare de communiquer ses connaissances à ses élèves d'une façon attrayante. Aussi à peine paraissait-il au milieu des récréations qu'il se formait autour du préfet des études un groupe de jeunes auditeurs avides de sa
parole. L'honorable M. Chauveau nous rappelait, en 1859, quelques années après la mort de M. Holmes, les souvenirs qu'avait laissés dans sa mémoire son ancien professeur.
"Où. est, s'écrie-t-il, celui qui plus que tout autre méritait l'honneur de ce vers d'Horace, qu'on nous répétait si souvent
Omne tulit punctum qui miscuit utile dutci. "Ne vous sernble-t-il pas encore le voir entrant (chose qui nous paraissait si étrange) les mains pleines de minéraux ou de plantes, pour nous donner une leçon de géographie ? Ne vous est-il pas impossible, comme à moi, de voir sans émotion le fruit de ses veilles, le livre magistral qu'il nous a laissé sur cette étude favorite ? Comme cet homme si admiré, si aimé, comme ce professeur charmant, comme ce prédicateur plein de fascination, a été rapidement enlevé de la scène de ses travaux et de ses succès ! "
Cet art de mêler l'utile à l'agréable, il le prodigua dans son Traité de géographie, qu'il publiait en 1832. Connaissant la mobilité d'esprit de la jeunesse, et sachant combien les matières arides la rebutent et la fatiguent, il s'est attaché, dans cet ouvrage, à rendre l'étude de la géographie attrayante, en semant ses leçons de récits historiques sur les pays qu'il décrit. Cet ouvrage a été bien accueilli, non-seulement en Canada, mais aussi aux Etats-Unis, où il a été traduit en anglais et en allemand. Achevons de le faire connaître comme professeur et comme savant, en citant les lignes
qu'un de ses élèves, Mgr. Taschereau, publiait dans l'Abeille du mois de juin 1852, au lendemain de la mort de M. Holmes :
" Professeur, il s'est s'acquis l'estime de ses élèves par sa douceur. Ses connaissances étaient, on pourrait le dire, universelles : histoire ancienne et moderne, langues latine, grecque et hébraïque, philosoph'e intellectuelle et morale, physique et chimie, mathématiques, astronomie, histoire naturelle, il enseigna successivement toutes ces diverses branches et y déploya ce jugement sûr, cette mémoire fidèle et tenace qu'on a toujours admirés en lui. Outre une histoire du Canada encore manuscrite et plusieurs traités élémentaires qu'il a rédigés ponr les classes, il a publié trois éditions d'un traité de géographie, qui peut être regardé comme le meilleur ouvrage qui existe en ce genre."
Au moment où M. Holmes publiait son traité de Géographie, l'instruction publique n'avait fait encore que peu de progrès au Canada. Reportonsnous à cette époque (1832) et nous voyons nos campagnes presque sans instituteurs ; dans une foule de paroisses les préjugés sont enracinés contre l'éducation à tel point que lorsque plus tard le gouvernement voudra y établir des écoles, il rencontrera une opposition acharnée. C'était la conséquence des persécutions de l'autorité au commencement du siècle. Les gouverneurs anglais, en cherchant à pousser nos compatriotes dans des écoles où leur foi et la langue française auraient été en danger, avaient
fait naître des idées arriérées sur l'éducation. Pour M. Holmes, cette ignorance était un malîeur. Comment la population française, privée l'une arme indispensable dans notre siècle, lutte, rait-eile contre la population britannique con. ànuellement renforcée par l'arrivée de colons nstruits venus d'Europe ? Il sut prévoir un malleur qu'il fallait conjurer à tout prix. C'est alors ju'il conçut un vaste système d'instruction publique, destiné à transformer le Bas-Canada.
Four réussir, il fallait des moyens d'action puissants. Il fallait avant tout se procurer des professeurs, et comme il n'en existait guère dans le pays, il jugea nécessaire de s'adresser à l'Europe pour obtenir des hommes éminents, jjui nous formeraient dans des écoles normales d'excellents instituteurs. Il commença donc à mettre son projet à exécution. Laissons ici en- 3ore une fois la parole à Mgr. Taschereau, qui .'accompagna dans le voyage dont il va nous parier :
" En 1836, il passa en Europe, et en revint au :>out d'un an et demi, avec la plus belle collection le minéraux que possède le Canada. Il avait aussi moisi avec des peines infinies d'excellents pro- 'esiseuis. pour les écoles normales du Bus-Canada, jui ont été obligés de s'en retourner par suite des ihangements causés par les troubles de 1837-38."
Au sommet de son système d'instruction, il roulait placer comme un digne couronnement me université catholique, qui aurait été un
foyer de lumières renvoyant ses rayons jusqu'aux points les plus reculés du pays. Ses collègues et ses successeurs, qui partageaient ses desseins, réalisèrent son idée, et l'Université Laval étend aujourd'hui son influence sur toute notre province. Dans son éloge du fondateur de l'Université et de son premier recteur, M. E. Méthot T disait de M. Holmes :
" La première idée d'établir au Canada une université canadienne ne lui appartient pas (à M. L. J. Casault) sans doute. Elle germait depuis longtemps dans beaucoup d'esprits. Sans remonter plus haut, l'un des hommes dont notre pays s'honore le plus, M. Holmes, s'en était sérieusement occupé, comme d'une institution que le temps finirait par rendre nécessaire."
Le vaste esprit de M. Holmes embrassait bien d'autres projets, qu'il mûrissait lentement et qu'il confiait à ses intimes. Nous avons vu la part qu'il a prise au mouvement colonisateur des cantons de l'Est ; nous avons vu quelle sollicitude il portait à l'avenir des Canadiens : en outre, les études auxquelles il se livrait sur nos besoins et sur les nécessités de l'avenir, lui avaient fait concevoir quelque temps après l'union des Canadas, l'idée d'une espèce de confédération des provinces anglaises.
Plusieurs personnes nous ont fait part de ce projet de M. Holmes, et l'une d'elles, qui est une
1 Aummire (la l'Université Luval 1863-64,
- des rares individualités du Canada, nous écrivait à ce sujet au mois de novembre dernier : " Oui, M. Holmes avait l'idée d'une réunion des provinces anglaises de l'Amérique du Nord dans un Zollverein. Ce n'était pas un projet de confédération politique, mais cette idée d'une vaste association douanière du nord de l'Amérique portait la confédération dans ses flancs. J'eus, en 1848, une correspondance avec lui à ce sujet, correspondance à laquelle je tenais comme à un héritage d'une grande amitié qui m'honorait." Il est évident que cette union douanière aurait conduit à une union politique. Ces provinces ayant des intérêts identiques en politique, ne pouvaient être séparées que par des intérêts commerciaux, et du moment où elles auraient réussi à s'entendre sur ce terrain, l'union politique aurait été la conséquence naturelle de cette entente.
Rien n'égalait l'activité de son esprit, qui touchait à tout. Il semblait qu'à mesure que son corps faiblissait, son âme prenait une vigueur nouvelle. Sciences naturelles, langues étrangères, philosophie, politique, il s'occupait de tout, non pas superficiellement, mais à fond. C'est au séminaire qu'il élaborait ses plans. M. Holmes vivait retiré dans cotte maison, fuyant le bruit du monde : il ne sortait de sa retraite que pour paraître dans la chaire de Notre-Dame.
Os magna sonatinniu.
Nous n'avons pas fini de mettre en lumière tous les traits de cette grande figure Nous avons fait connaitre le prêtre, le citoyen ; il nous reste à ■ parler du grand orateur chrétien. A la distance où nous sommes de lui, * sa réputation n'a pas diminué, et, pour ceux qui l'ont entendu, il est demeuré le type du prédicateur. 11 nous est parvenu un écho de son éloquence : ce sont les Conférences de Notre-Dame de Québec, qui suivent ces lignes. Ecrites sous le coup de grands événements, pendant l'invasion des Etats Pontificaux, et, comme le dit M. Holmes lui-même, à la vue d'une effrayante série de catastrophes, elles sont empreintes de l'émotion produite par ces malheurs et du double sentiment d'effroi et de confiance qui animait l'orateur. Elles portent le cachet de sa brillante imagination, de son esprit lucide et philosophique. Quelle impression ne devaientelles pas produire sur son auditoire, lorsque M. Holmes déployait toutes les puissances de son éloquence ! Ce n'était plus un orateur ordinaire, c'était un homme inspiré, c'était l'éloquence même qui tenait la foule sous son empire. Doué d'un
* M. nolmes est mort eu 1852,
organe sonore et sympathique, d'une figure agréable, resplendissante d'intelligence, l'œil profond et plein de feu, il avait ces dons extérieurs qui serveut si bien le talent de la parole.
Si nous en croyons ses auditeurs, il produisait un effet prodigieux. La foule émue, transportée, restait dominée par son éloquence et devenait son esclave. Elle ne pensait plus que par lui, passait par toutes les émotions qui agitaient l'orateur et ne reprenait possession d'elle-même que longtemps après que les derniers échos de sa voix fussent allés se perdre sous ies voûtes de Notre- Dame.
Avant d'écrire ces lignes, nous demandions à ses auditeurs de Québec quelle impression M. Holmes avait produite, sur e^ux. Tous, et dans ce nombre se trouvaient des personnes fort peu impressionables, nous avouaient que jamais ils ne s'étaient sentis remués depuis, comme ils l'avaient été par la parole de M. Holmes.
Un de nos meilleurs prédicateurs, Mgr. Racine, évèque de Sherbrooke, disciple de M. Holmes, jetant un coup d'œil sur le passé du Séminaire do Québec, retraçait dans la chaire de Notre- Dame même, les souvenirs qu'avait laissés dans son esprit son prédécesseur. " Doué d'une imagination vive, par sou geste noble, son regard inspiré, par sa voix sonore et harmonieuse, l'élévation de ses pensées, la vivacité des images,
il captive son auditoire, le suspend à ses lèvres
Il met son immense talent fortifié par l'étude, à
la défense de la religion Il veut prévenir la
jeunesse contre les dangers qui l'attendent. Il parait dans la chaire de cette église, et de suite il se montre profond et savant apologiste, et, dans ses conférences, hélas ! trop tôt terminées, il se place à coté des premiers orateurs sacrés."
On rapporte que lorsque M. Holmes devait prêcher à Notre Dame, l'église se remplissait d'une foule compacte plusieurs heures avant l'office. Afin de prévenir une trop grande afïïu. ence, on avait soin de commander des exercices religieux dans toutes les églises de la ville à l'heure de ses sermons. Malgré cette précaution, il fallait se disputer les places autour de la chaire où allait se faire entendre le grand orateur chrétien.
M. Holmes apportait beaucoup d'originalité dans tous ses sermons. Il cherchait à frapper ses auditeurs, afin de captiver d'abord leur attention et de faire arriver l'impression qu'il voulait produire, la vérité qu'il voulait graver, à la suite de l'émotion.
Se trouvant un jour dans une certaine localité, où la funeste habitude de jurer était quasi générale (la tradition dit Sorel ou Drummondville), il est -invité à prêcher. Montant en chaire, il promène ses regards sur l'auditoire, et là, au milieu du profond silence, pendant qu'il sent tous les yeux sur lui, il prononce plusieurs jurons aussi éne/giques que populaires. Un murmure parcourt la foule. On cherche l'explication
(le cet exorde, de ce début si singulier. Et lui de s'écrier : " Mes paroles paraissent vous étonner, cependant ne sont-ce pas celles que vous avez sans cesse à la bouche ; je parle votre langage." Puis," il se déchaine contre les blasphémateurs et fait un sermon que plusieurs de ses auditeurs ne pouvaient se rappeler, longtemps après, sans frémir.
. Une autre fois, c'était le jour de Pâques, à Notre-Dame, la vieille église avec ses antiques dorures, les riches ornements de son évêque et du clergé, était dans sa gloire. Le soleil versait ses rayons à flots dans l'enceinte sacrée et semblait joyeux de la résurrection de son Créateur. Au moment du sermon, M. Holmes quitte le sanctuaire, traverse la foule, et, avant d'avoir iini de gravir les degrés de la chaire, il s'écrie : " Jxé, jouissez-vous, mes frères, il est ressuscité, il est ressuscité !" Et après cette entrée en scène, il prononce un admirable sermon sur la fête du jour. Ce grand talent, cette éloquence pleine de feu mis au service de la vérité, portaient partout, avec l'émotion, la conviction dans les cœurs, et ont valu à M. Holmes une réputation d'orateur chrétien dont l'harmonieux souvenir s'est conservé jusqu'à nos jours.
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On était à l'été de 1852; la maladie qui avait forcé M. Holmes de quitter les cantons de l'Est avait fait des progrès depuis quelques années. Sa vie n'avait été, à la suite de l'accident dont nous avons parlé, qu'un martyre. L'âme restait libre et forte dans ce corps brisé par la souffrance mais cette activité, qui le soutenait, finit par aider la maladie. Elle était comme ces stimulants énergiques que l'on emploie, et qui réveillent un instant les forces pour les épuiser ensuite davantage.
Au printemps, M. Holmes avait reparu dans la chaire de Notre-Dame, où ses amis ne l'avaient pas vu depuis deux ans. On crut à un retour à la santé, et son auditoire espérait qu'il reprendrait au prochain carême la série de ses confé rences. Lui-même partageait cet espoir, non pas qu'il voulût se cramponner à la vie, mais parce qu'il entrevoyait encore la perspective de faire du bien et qu'il voulait s'employer encore au service de la vérité." Il cherchait des moyens de ranimer la flamme vacillante de sa vie, mais il était atteint d'une maladie qui ne pardonne pas; Dieu jugea que son serviteur était mûr pour un monde meilleur et que ses souffrances devaient avoir un terme.
C'est pendant que l'on nourrissait ces espérances que le bruit de sa mort se répandit à Québec, le 18 juin, jour de la fête du Sacré- Cœur. Ce fut un deuil par toute la ville ; l'éclat de la fête en fut obscurci. Il avait rendu son âme à Dieu à cette heure de la journée où tant de fois sa parole avait trouvé le chemin des cœurs en y portant la conviction, la lumière et les consolations.
C'est à Lorette que M. Holmes mourut. Il s'était retiré à la campagne pour tenter de rétablir sa santé et retrouver une tranquillité nécessaire à ses études. Sa vie, qui depuis tant d'années n'avait été qu'un tissu de souffrances, s'était éteinte sans douleurs, sans les angoisses d'une violente maladie ou d'une agonie pénible. Il s'était levé le matin de ce jour du 18 juin, mais il n'était pas encore sorti de sa chambre lorsque, en réponse à son appel, on y entra. Déjà il avait cessé de vivre. On le trouva renversé dans la position d'un homme qu'une défaillance aurait saisi pendant qu'il était à genoux. Il avait alors cinquante trois ans ; il était à cet âge où l'esprit donne la pleine mesure de sa force.
Il est mort " laissant, avec l'admiration de ce qu'il a fait, un regret universel de ce qu'il eût pu faire." Cependant, sa carrière, interrompue dans le plus beau moment, est pleine de mérites. Il est peu d'hommes dans notre pays qui aient autant de titres que lui au souvenir de ses compa-
triotes d'adoption. Il était prêtre dans la plus complète acception de ce mot : un homme qui s'immole pour l'avancement moral, intellectuel et matériel de ceux qui l'entourent. Il était bien de cette lignée qui méritent le nom de serviteurs de Dieu, et que le ciel nous envoie pour nous consoler de bien des défaillances, pour nous donner des exemples de vertus et de désintéressement à admirer et à pratiquer.
A. D. DeCelles.
Québec 1er Dec. 1875.