MONSEIGNEUR
MEs FRÈRES :
18 Mars, 1849.
Nous avons vu, dimanche dernier, la fondation de la papauté par Notre-Seigneur Jésus- Christ ; nous en avons admiré les développements dans la vie de St. Pierre, et nous en avons parcouru rapidement l'histoire jusqu’au temps des descendants de Charlemagne, c'està-dire, jusqu'au cœur du moyen-âge. C'est là que nous devons la reprendre, pour la conduire, à travers une immense suite de faits et de révolutions, jusqu’au troisième mois de cette mystérieuse année MIL HUIT CENT QUA-
de l'aigle, et encore ne saisirions-nous que les
RANTE-NEUF. Il nous faudrait le coup-d’œil traits dominants du tableau.
Plaçons-nous donc sur l’une des sept collines de la ville éternelle, au commencement du Xe siècle ; regardons vers les quatre coins | du monde, et comprenons les étonnantes des- IN tinées des successeurs de Pierre. Que voyons- (4 nous ?
Au Nord, des nations fières et farouches, qui s’agenouillent devant la cro1x, mêlent à l'onde régénératice du baptême les larmes d’une foi chaleureuse, et se relèvent pour tirer l'épée en s’écriant comme Clovis au récit de la Passion de Jésus : ‘“ Que n’étions-nous là pour le venger ? ”—se dépouillant avec peine de leurs instincts de guerre—fortement attachés à ces institutions féodales, qui faisaient
| de l’homme des champs, une propriété ; du
| | seigneur, un esclave titré ; du plus fort ou du
EU plus vaillant un RoI—remplis de vénération {| | | pour le clergé, mais croyant bonnement que
la mître pouvait au besoin faire place au casque d’airain, la crosse à la terrible framée : que le possesseur d’une terre d'église, fût-il prêtre, abbé, prélat, pape même, tombait dans la dépendance de quelque suzerain, corps et
1es rer
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Âme, si je lose dire, par le serment qui l’obligeait à épouser toutes les querelles du suzerain, à le secourir, à le défendre ‘“ envers et contre tous.”
À l'Orient, c’est d'abord Constantinople et l'église grecque: Schisme, décadence, troubles affreux, combats incessants avec les Barbares; crimes et forfaits de tous genres, qui ensanglantent de jour en jour les degrés d'un trône de plus en plus chancelant. Plus loin, à l'Est et au Midi, l’étendard de Mahomet, le “Croissant,” qui domine l'Asie, l'Afrique et l'Espagne: l'Europe entière tremble, elle prie, et retrouve un peu d’espoir à la vue des guerres du Calkfat, qui
partagent et détruisent les forces de l'empire musulman.
À l'Ouest, encore les Barbares convertis, mais plus rapprochés des mœurs évangéliques. Ce sont les Gaules, les Deux-Bretagnes, l'Irlande, où de vastes abbayes, de nombreuses et ferventes communautés de l’un et de l’autre sexe, donnent au monde le spectacle des plus beaux dévouements ; forment les missionnaires et les enfants des princes, quon voit souvent (ces derniers) quitter la couronne pour s’ensevelir dans la
retraite avec leurs pieux instituteurs; recueillent les malades, les pauvres, les pélerins; attirent les peuples vers les travaux de jl'agriculture et les arts utiles, qu'ils pratiquent eux-mêmes; cultivent aussi les lettres, et sauvent, comme nous le disions dimanche, les débris de la savante antiquité. Du reste, même esprit féodal, même amour de la guerre, mêmes idées confuses sur la limite qui sépare les choses sacrées et les choses profanes, les droits du souverain temporel et les droits de l'Eglise.
Eh bien, quel sera le rôle de la papauté ?
—Elle tendra la main à ces perfides grecs d'Orient ; iera des démarches sans nombre pour les ramener au sein de l'unité catholique ; obtiendra des promesses, des efforts même, que l'ambition des patriarches et les haines nationale: rendront toujours inutiles : mais l’église de Byzance, aujourd'hui l’église russo-orecque, restera v2one desséchée, sans fruits, sans beauté et sans gloire : Sent pal- MES... AVeSCeL.
Aux yeux des Sarrasins, des fanatiques soldats de Mahomet, la papauté fera briller le glaive, en attendant de leur part le reiour de la raison et de la justice. Elle armera,
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iques briller eioufr mera,
elle bénira ces preux chevaliers, qui partout invincibles, voleront partout où le danger presse. Avec eux, à la voix des papes, l’'Europe s’unira pour ces expéditions gigantesques connues sous le nom de CROISADES :
tout à l'heure nous y reviendrons,
Aux nouvelles chrétientés du Nord, aux nations demi-civilisées de l'Ouest, c’est-à-dire, aux pays de nos ancêtres à nous, les papes s'offriront comme pères, comme tuteurs, comme arbitres des hautes contestations, défenseurs des peuples, gardiens de la sainteté du mariage et du célibat, juges-nés des affaires ecclésiastiques : position infiniment pénible, chaque jour se compliquant de graves embarras, suscitant à la barque de Pierre de nouvelles tempêtes, de nouveaux dangers. Ce qui mit le comble aux malheurs de l’époque dont nous parlons, ce fut l’asservissement où une foule de tyrans réduisirent la puissance spirituelle, surtout lorsque les empereurs d'Allemagne se furent arrogé le prétendu droit de nommer les évêques et même les papes, de les installer, de les déposer au gré de leur ambition, de leur avarice, ou de leur vengeance.—‘C'en est fait, ” aurions-nous dit peut-être, ‘“ plus de mission divine, plus
{hi ki Hi } pe [a | 'i Fi] ÿ.
d'élections canoniques :” plus de pape ; donc plus d'Eglise !”
Disciples de peu de for, que craignez-vous ?
Celui qui a promis que /es portes de l'enfer ne prévaudraient point contre son œuvre, a ses hommes qu'il tient prêts, hommes que lui-même a choisis, pilotes des temps d'orage, instruments obligés des grands coups de sa Providence.
C'était vers l'an mil-cinquante.
À la tête d'un monastère célèbre, Cluny en Bourgogne, vivait un saint et savant abbhé, du nom d'HILDEBRAND : de mœurs austères ; d'un zèle immense pour la réforme des abus et la gloire de l'Eglise ; d’un courage que les obstacles enflammaient, que le danger ne pouvait faire fléchir. - Un jour, il donne lhospitalité à l’évêque de Toul, qui s’en. allait à Rome, élu pape, et par qui? par l’empereur Henri III, son cousin. Du reste, on eût trouvé difficilement un homme plus digne à tous égards de la charge qui lui était confiée par des mains si profanes. [ildebrand lui dit sans hésiter qu'il ne devait pas accepter ainsila tiare. ‘ Si vous voulez relever le siége ‘# apostolique, je m'engage à vous faire élire ‘par les fidèles et le clergé de Rome.
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Y en bbé, ‘res ; abus le les pouospiait à ereur eût pne à infiée d lui epter siége élire pme.
# Quoi, ” s'écriä-t-il, “ la dernière femme du “peuple peut épouser librement son fiancé, “et l'épouse de Jésus-Christ ne sera pas libre ‘de choisir le sien ? ” Il tint parole ; l’élection se fit canoniquement, et Léon IX monta sur le trône pontifical. Ce n'était que le premier service rendu par Hildebrand à la papauté, et par elle à l'Eglise. Après trente ans de travaux héroïques, il devint pape à son tour, et ce fut ur. signal de guerre entre le sacerdoce et l'empire. Henri IV d’Allemagne, tyran hypocrite et cruel, d’une vie infâme, vendait ouvertement au plus haut enchérisseur évêchés, abbayes, bénéfices de tous grades ; quelquefois les mêmes à deux ou trois aspirants ; déposait les iitulaires et les remplaçait par ses créatures : c'était la simonie la plus ex grand, la plus éhontée qu'on eût jamais vue. GRÉGOIRE VIT, ainsi se nommait le nouveau pontife, avertit l'empereur, l’exhorte au repentir, le menace, lui rappelle ses serments, qui, d'après le droit public d’alors, l’obligeaient à respecter la loi de Dieu et les libertés de l'Eglise, sous peine d’être abandonné de ses propres sujets. Les princes Saxons, représentent au pape qu'Henri a forfait sa couronne, et le supplient de convoquer, suivant l'usage, une nouvelle assemblée
des électeurs. Grégoire attend, prie, espère ; frappe autour du monarque d’illustres et coupables favoris : mais en vain. Henri n’écoute que son avarice et un libertinage dont les excès sont trop odieux à raconter. La sentence bien méritée, l’excommunication se fulmine.— Henri appelle aux armes ses vassaux; Grégoire les appelle à la réforme des abus.
La lutte fut vive et terrible ; Henri défait et détrôné, vient demander grâce; l'obtient ; recommence sa carrière de crimes.—Nouvelle lutte : Henri passe les Alpes, s'empare de Rome, crée un anti-pape, qui le couronne ; Grégoire chassé de son siége, revient soutenu par Robert Guiscard et les Normands de Sicile. Henri se voit forcé de reprendre le chemin d'Allemagne, mais les violences des Normands soulèvent les Romains contre leur pontife qui s'enfuit à Salerne ; il y meurt avec cette noble devise: ‘7'az aimé la justice, j'at haï le mal; c'est pour cela que je finis mes jours en exil.”’—Sa défaite n'était qu'apparente.
Les Normands se retirent, le calme se rétablit ; Victor III, et après lui Urbain II, poursuit avec vigueurles mesures de réforme.
La liberté de l'Eglise était sauvée : désormais
ère ; cou oute t les sen- > fulaux; abus.
ait et ient ; Nounpare )nne ; outeds de ire le es des > leur t avec e,j'at s mes appa-
ne se in I, forme.
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papes, évêques et pasteurs inférieurs reclameront et feront respecter leur droit d’être élus et maintenus suivant la teneur des canons. Il y aura encore des abus, mais le droit triomphera. — Quel fut le sort d'Henri ?
Trompé, trahi, dépouillé par ses propres enfants, abandonné de tous, il mourut dans la plus affreuse misère, lui qui avait ceint trois diadèmes et livré plus de soixante batailles.— Ce n'est pas l'enclume quise brise, c'es le #arleau.
J'aurais aimé à vous citer, sur cette grande affaire, SCHLÉGEI, un des littérateurs modernes les plus distingués, longtemps l’arbître du goût en Allemagne : mais les moments nous pressent, et ne me permettent que d’indiquer son témoignage. Elevé dans le protestantisme, il s’est converti par l'étude de l'histoire ; il est mort en 1820.
Les CROISADES, qu'on a tant louées et tant blämées : les Croisades, ces guerres, non plus de peuple à peuple, mais du monde chrétien contre le monde musulman—vuerres le plus souvent malheureuses, par le défaut d'union entre les princes croisés, mais qui sauvèrent l'Europe: l'affranchirent de Ja tyrannie féo-
dale ; préparèrent les voies au commerce,
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aux découvertes, aux progrès des arts et des sciences—les Croisades furent une des époques les plus brillantes de la papauté. Commencées sous Urbain II (Grégoire VII en avait eu la première idée), elles durèrent par intervalles pendant près de deux cents ans, et ne furent abandonnées qu’à la mort de St.
Louis. Parmi les pontifes romains d'alors, je ne citerai qu'un seul, Innocent III, mort en 1216 ; Innocent III, vrai grand homme, admirable de fermeté, d'activité, de zèle pour la foi et pour la réforme des mœurs ; suscité comme Grégoire VII, par celui qui veille sur la barque de Pierre, vrai nautonnier des temps périlleux. Aucun pontife n'eut sur les bras plus de souverains ; aucun ne se montra plus puissant, non par les armes, mais par cette force que donne une juste et sainte cause. À Othon IV, il arracha le patrimoine de Pierre, que cet empereur tenait asservi Contre Philippe II de France, il soutint les droits d'une reine intéressante par sa vertu, sa beauté et ses malheurs ; indignement répudiée par le caprice de son époux. Aux princes espagnols, il fit respecter la sainteté du mariage. Il obligea le monstre Jean-Sans- Terre de rendre aux églises de son royaume leurs libertés, que plus tard les évêques et les ba-
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rons anglais firent insérer dans cet acte fameux, la GRANDE CHARTE, qui est encore aujourd'hui le boulevard des droits du sujet britannique.
Les Albigeoïs, ces socialistes du moyenâge, qui joisnaient au fanatisme religieux toute la férocité des Vandales; les Albigeoïis ne furent pas un des moindres embarras du règne d'Innocent III. Il s’efforça de les ramener par la douceur et la persuasion, et s'il consentit enfin aux moyens de rigueur employés par les princes catholiques, ce fut pour sauver l'Europe d’une invasion aussi dangereuse que celle du Croissant.
C’est ici, mes frères, le lieu de répondre à quelques objections qui ne peuvent manquer d’être entendues souvent dans un pays comme le nôtre.
Les papes ont abusé, dit-on, de cette puissance médiatrice que l'intérêt des peuples et le consentement des princes leur attribuaient durant plusieurs siècles. N'ont-ils pas occasionné des guerres, fomenté des divisions au sein de leur vaste troupeau ? N'ont-ils pas eu pour idée fixe d’abaisser tous les rois, et d'arriver eux-mêmes à la domination universelle ?— Quand il en serait ainsi, quand les
accusations seraient aussi fondées qu’elles sont calomnieuses, que voudrions-nous conclure ?—Que c'étaient. des hommes et non des anges : lisez l’histoire, et vous verrez à quels anges ils avaient affaire.
—Etait-il écrit quelque part que l’assistance divine rendrait infaillible cette puissance de médiation temporelle? Elle allait sans doute à conserver dans tout son éclat, dans toute sa pureté, le dépôt de la foi et de la morale. Mais le divin fondateur du christianisme avait-il dit que la barque de Pierre : ne devrait point de malheurs à son pilote même ?—Non : il promit que toujours sous la conduite de Pierre la barque surgirait, que toujours le pilote invisible serait avec elle ; que ni les portes d'Eole, ni ous les efforts de l'enfer ne la pourraient submerger. Du reste, à des coups de gouvernail téméraires, si l’on veut, auront répondu des secousses violentes, qui jettant l'effroi parmi les ‘passagers, ” auront mis à l'épreuve toute la sagesse du pilote, et toute l'énergie de | “équipage.” Mais nous sommes bien peu en état d'apprécier les événements qui soulèvent tant d'indignation amère. Spectateurs dans le lointain, nous voyons le combat des flots, la fureur des
les )nion
SiSaislait lat, de ris- 2rre lote ous que que fer des LE, qui ont et ous Évé-
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vents, les périls de cette Arche de l'Eglise qu'environnait le déluge des erreurs et des passions humaines : nous croyons follement que si nous eussions été là, tout eût été à merveille |
Ceux qui ont approfondi l'histoire, savent que durant plusieurs siècles, ainsi que je vous le remarquais tout-à-l'heure, les papes avaient à démêler les affaires les plus compliquées, les plus difficiles. De tous les points de la chrétienté on s'adressait à eux, on les prenait pour arbîtres, surtout dans les querelles de prince à prince, de pays à pays; on ne connaissait point dans l'univers de juges aussi équitables, aussi désintéressés. Ordinairement on souscrivait de bon cœur à leurs décisions. C'eût été beau d'y voir un congrès de Vienne, de Gand ou de Bruxelles, une convention, un protocole, une assemblée de diplomates ! Une fois on s'en était rapporté à l'avis d’un prince renommé par ses vertus et sa haute prudence : c'était Saint-Louis.
Il examina la cause, jugea selon la justice
et les parties adverses se battirent après comme auparavant,
Paurais à vous présenter sur cette matière une foule d'écrivains illustres, dont plusieurs
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figurent au premier rang parmi les grands hommes du jour ; mais déjà il faut précipiter notre course, si nous voulons garder une place pour deux ou trois magnifiques citations qui résumeront presque en entier ce que mille témoignages passés et présents auraient pu nous dire. Je me bornerai pour le moment à une courte remarque du chancelier Kent, surnommé le ‘“‘Blackstone” de notre Amérique —ce qui me le fait choisir, c'est que nourri dans tous les préjugés puritains de la Nouvelle-Angleterre, il n'a pu rendre quelque hommage à la vérité dont il s’agit qu'à l’aide des plus fortes convictions :
“ L'histoire de l’Europe durant la pre- ‘“ mière partie des temps modernes (moyen- ‘“ âge), abonde en preuves intéressantes et ‘“ fortes de l'autorité qu'exerçait l'Eglise “ (par ses chefs) sur des princes turbulents et ‘“ de féroces guerriers ; en preuves, dis-je, qui ‘““ démontrent l'effet de cette autorité pour ‘“adoucir les mœurs, réprimer la violence, faire ‘aimer la paix, la modération et la justice.”
Singulière tendance vers la domination universelle ! Les papes, si l’on en croit leurs juges-philosophes, auraient possédé mille ans, un pouvoir presque sans contrôle ; ils auraient
nds iter lace qui nille t pu nent ent, ique ourri N'ouque l’aide
preyenes et colise nts et e, qui pour , faire stice.” ation leurs e ans, raient
eu à leur disposition de vastes trésors, des flottes, des armées nombreuses : cependant tous leurs efforts n'auraient abouti qu’à maintenir l'équilibre entre les princes de l'Europe, et à garder pour eux, encore avec des peines infinies, cette même étroite lisière de pays qui fut, il y a onze cents ans, le prix d'une journée de bataille contre les Lombards!
Certes, voilà une ambition bien maladroite, bien mal servie ! Les héritiers de la Pologne s'entendaient mieux en fait de farlage et d'agrandissement.
Voyez, mes frères, quels appuis, quelles consolations la Providence sait ménager à notre foi. Les deux pontifes romains dont les ‘ envahissements et la tyrannie ” ont le plus excité la colère Cu XVIIIe siècle, sont Grégoire VII et Innocent III, dont je vous ai fait connaître les luttes glorieuses pour l'indépendance du siége apostolique : eh bien, nos savants contemporains ont changé d'avis ; ils déclarent hautement que c'étaient des hommes qui comprenaient leur position et leur devoir ; et deux historiens protestants, Voigt et Hurter, après de longues études, publient à la face de l'Europe, l’un la vie de Grégoire VII, l’autre celle d’Innocent III,
—abjurent leurs erreurs et rentrent dans le sein de l’Église catholique !—le baron Ranke, auteur d’une histoire ‘ de la papauté, ” se prépare sans doute à les siuvre.
Mais il y a eu de mauvais papes ?
‘ Oui,” disait aux gens du monde un écrivain spirituel, parce que c'est vous qui les avez faits.” —A quelles époques ont-ils jeté leur ombre sur la chaîne radieuse des successeurs de Pierre ?
—principalement durant le Xe siècle et une partie du XIe, quand Rome était déchirée par les factions civiles ou esclave des empereurs allemands ; il y en a eu quelques-uns, et par des causes semblables, vers le temps de ce séjour d'Avignon que nous ne passerons point sous silence. Il y a eu de mauvais papes, trois fois, dix fois moins que la haine
il y a eu de mauvais papes,
aveugle des sectaires ne l’a osé prétendre ; trois fois, dix fois moins que d'hommes dignes à tous égards de respect et d’admiration. Sa Sainteté actuelle est le deux cent cinquante-neuvième : sur ce nombre plus d'un quart sont des saints canonisés, soit sous le titre de #artyrs, soit sous celui de confesseurs-pontifes : honneur auquel une vie sans tache et des vertus héroïques pouvaient
seules aspirer. Mettez encore deux quarts, se composant d'hommes éminents par la | science, la piété, tous les talents propres au || gouvernement de l'Eglise. Pour ce qui est {ll
des autres, vous pouvez les comparer sans di!
crainte aux rois et reines de la plus vertueuse I. dynastie profane. ‘ La plupart des papes,” disait le protestant Roscoe, ‘ étaient supérieurs aux temps où ils ont vécu.”—/Nost of he popes were excellent men ajoute, malgré | ses préjugés, un auteur plus récent.
Même à part la protection spéciale de Dieu, il n’en pouvait ‘être autrement : ce ne sont point des souverains par héritage ; ce sont presque universellement des sujets que Île mérite personnel élevait à ce rang suprême;
tous les pays, toutes les conditions avaient droit d'y prétendre ; pas une chaumière dans la chrétienté d'où ne pâût sortir un pontife romain.
La conduite privée de quelques-uns était scandaleuse ; elle n'’ôtait ni leur mission di-
vine, ni la sagesse des conseils dont ils
étaient entourés, ni même le soin de paître le (il troupeau de Jésus-Christ Eux étaient le plus à plaindre ; on leur appliquait l’oracle : ls sont assis sur la chaire de la céleste doc-
RL En om
Te
drine ; faites ce qu'ils disent, et non ce qu'ils
font.
J'ai jeté un coup d'œil sur la suite des papes qui ont porté le nom de l'illustre EXILÉ DE GAËTE ; je les trouve tous hommes vénérables. Le premier, martyr de l'Église pr mitive ; les huit autres réduits à six, parce que deux du nombre, Pie III et Pie VIII n'ont régné que fort peu de temps ; les six, ainsi partagés : trois, Pie IT, IV, V, luttant avec des efforts incroyables contre la puissance-ottomane, qui, depuis la prise de Constantinople, menaçait de nouveau l’Europe entière : Pie II veut marcher lui-même contre les Turcs, à la tête d’une expédition levée aux dépens de l'Eglise, et meurt comme il allait s'embarquer à Ancône ; Pie V rassemble contre eux les flottes chrétiennes, et
les écrase à la fameuse journée de Lépante,
en 1571, journée fatale au Croissant, dont l'éclat n’a presque cessé de s’éclipser depuis ; les trois autres de ce glorieux nom, Pie VI, VII, IX, tous victimes glorieuses, mais bientôt, j'espère, tous vaznqueurs des éurces révolutionnaires de l'Occident !
Achevons de parcourir, à grands pas, nos dix-huit siècles ; les citations que je vous
als
des ILÉ népr - 1rce JYIT SIX, tant uison- ‘ope ntre vée
réserve, me permettront d'aller plus rapidement que jamais.
Au sortir des croisades, nous tombons au XIVe siècle, qui avec le commencement du XVe fut l'époque des plus affreux troubles intérieurs, des plus cruelles agitations qu’ait jamais essuyées la barque de Pierre. Un prince despote et fourbe, sombre et implaca-
ble, Philippe-le-Bel, entreprit d’humilier la papauté, et par elle l'Église ; de ressaisir cette jurisdiction, cette collation des bénéfices qu'un Grégoire VIT, un Innocent III, avaient si difficilement arrachée aux mains desprinces
temporels. Le pape Boniface VIII lui oppose la résistance la plus fière, la plus indomptable, et ne succombe qu’à la force brutale. Enlevé de son palais par les soldats du roi, il meurt de leurs coups etde leurs mauvais traitements. Un saint (Benoît XI) lui succède, mais pour quelques mois seulement, au bout desquels l'influence de Philippe fait élire un pape fran
çais, qui consent à quitter Rome pour habiter Avignon, exemple funeste qu'imitèrent ses six premiers successeurs, tous français, tous plus ou moins asservis à la cour de France.
—AÀ quel abîme va conduire cette perte de l'indépendance du pasteur suprême et ce
I 74 veuvage de l'Eglise romaine ?—AU GRAND SCHISME D'OCCIDENT |!
L'an 1378, à la mort de Grègoire XI, qui d'Avignon était retourné > Rome, le meuple devenu furieux par la longue absence de ses pontifes, fit sommer les cardinaux d'élire un pape né en Italie. Les cardinaux déférèrent à ses vœux, mais l'élection fût contestée, comme n'ayant pas été libre. Voilà partage d'opinions ; voilà qu'on élit un pape français ;
voilà deux papes, l’un à Rome, l’autre à Avi-
gnon, et la lutte se prolonge pendant trenteneuf ans Grande fut.la consternation