SOIXANTIÈME CONFÉRENCE
DU CONCOUH<i DE LA NATUnE ET DE LA r.HACE DANS L'lin.M)IE PRIJIITIE.
MoNSEir.NEUR ' ,
Messieurs,
L'homme n'a qu'une fin, qui est Dieu. Mais, vous l'avez vu, il tend à cette (in par deux de|trés inégaux, l'un indirect et inférieur, qui est la nature, l'autre direct et supérieur, qui est la grâce. Ces deux degrés par où nous allons à notre fin unique se composent
Mori'ici^nciir Siboiir, archcv6i|un tir Paris.
(Jps mêmes êlémeiis, la vérité et l'amour : la vérité par laquelle notre inlclligeiice connaît Dieu, l’amour par lequel notre volonté s'attache à lui. .Mais, dans l'ordre naturel, nous ne connaissons et nous n'aimons Dieu qu'à travers le voile des choses créées , tandis que, dans l'ordre surnaturel, nous le connaissons tel ^ qu'il se connaît, nous l'aimons tel qu'il s'aime, non pas d'abord parfaitement, mais en une manière qui nous prépare à la pleine vision et à la pleine possession. Je vous ai dit pourquoi et comment; j’ai étudié avec vous l'existence, la nécessité et l’organisation de l'ordre surnaturel, et toutefois il me reste deux questions à traiter pour que cette exposition ne demeure pas incomplète. Ces deux questions sont celles-ci : (^tnellc est l’essence de la grâce? quel est le rap|)ort de la grâce avec la nature?
MoxsiacxEiR,
Ce n’est pas ma coutume ^l'adre.sser des hommages à l'archevêque de Paris chaque fois que je monte dans cette chaire pour y reprendre et y poursuivre les Conférences que la religion vient y tenir avec la «
jeunesse française; mais, après les actes mémorables qui ont signalé votre épiscopat pendant l'année qui s'achève, j’estimerais mon silence un défaut de mémoire et ce défaut de mémoire une ingratitude. Le premier, .Monseisneur. par vos écrits d'abord par
voire aulorilé mélropolilaiiie eiisuile , vous avez rétabli ces assemblées vénérables qui sont le lien des Eglises, et dont les pouvoirs antérieurs s'étaient montrés si pcrsévérammenl jaloux qu'elles étaient devenues comme une fable pour de longues générations. Vous avez en même temps rappelé dans Paris, au cœur même de la civilisation européenne, ces ordres religieux qu'un demi-siécle de persécution légale en avait bannis; vous leur avez ouvert des murs consacrés par le sang des martyrs; vous leur avez confié une église, un sanctuaire, et la France a vu dans sa capitale les mystères de Dieu célébrés publiquement par des hommes revêtus des insignes de la vie cénobitique. Personne, Monseigneur, n’espérait ces choses; vous les avez accomplies par la force d'une double foi , la fui en Dieu protecteur de son Eglise, la foi en la patrie laissée davantage à ses propres inspirations. Vous avez cru en Dieu , vous avez cru à la patrie : Dieu vous a répondu, et la patrie vous a récompensé. Il y a longtemps. Monseigneur, que la Providence et la France marchent ici-bas de concert. A s’en tenir à la surface des choses, on peut douter qu’il en soit ainsi; mais quand on pénètre plus avant, on trouve la main de Dieu dans la main de ce peuple. Grâce au sentiment que vous avez eu de cette antique alliance, vous avez ajouté à votre vie deux belles actions , à l’Eglise de France deux précieuses libertés, à la France ellemême deux sources d'un meilleur et plus pacifique avenir. ^ *
kü'! —
Dieu , Messieurs , csl le seul être surualurel, parce qu'il est le seul être qui ne soit pas crée, le seul qui soit au-dessus de toute nature créée et de toute nature créable. Si parfait que soit un être qui n’existe point par lui-même, il a ou peut avoir des é^aux : Dieu seul est sans égal, parce qu'il existe par soi. De cette hauteur, qu'il remplit et où nul ne saurait pi’étendre, il dispense une vie qui n'est pas la sienne , qu'il suscite par un acte de sa volonté, qu'il conserve de même , et qui, étrangère à lui, quoique venue de lui, forme en chaque être un fonds primitif qui est sa nature et son droit. Ce droit est une grâce déjà , mais une grâce qui consiste précisément à donner à l'étre créé la propriété de soi-méme. Dieu le peut, puisqu'il peut créer : ce qu'il ne peut pas, c’est de faire de sa vie divine la vie naturelle d'un autre que lui, le droit d'un autre que lui , la propriété d'un autre que lui. S'il lui plaît de la communiquer, cette communication, toute intime qu'elle soit, demeure une grâce supérieure à la nature qui en est honorée. Le fini reste toujours tiui, le créé toujours créé, et Dieu toujours le seul Dieu; mais Dieu vit sans la créature, et la créature vit en Dieu.
Ce n'est pas seulement une effusion de la vérité et de la charité divines qui constitue ce que le christianisme appelle éminemment la grâce : c'est plus encore, car Dieu s’y donne tout entier. Ecoutez Jésus-Christ : Si quelfjfu un m’aime , il ganlei'a mes
comnmndcmens ,
et mon Père l’uimcra, et nous
viendrom à lui, et nous habiterons en lut^. — Demeurez en moi et moi en vous. Comme le rameau ne porte pas de fruit s’il n’est inséré au tronc de la vigne, ainsi en est-il de vous-mêmes si vous n’étes insérés en moi^. Et s’adressant à son père en faveur de ses disciples, il disait : Je ne vous prie * # pas pour eux seulement , mais pour tous ceux qui
croiront en moi par la parole , afin qu’ils soient tous un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous , afin qu’ils soient tous un en nom et que le monde croie que vous m’avez envoyé ^ . L’Ecriture abonde en expressions semblables sur l’union réciproque de Dieu et de l’homme. La charité , dit saint Paul, a été répandue dans nos cœurs par L’Esprit saint qui nous a été donné'*. — Si V esprit' de celui qui a ressuscité Jésm d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressmcité Jésm-Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels, à came de son esprit qui habite en vom — Nom avons été faits participons du Christ , si toutefois nous retenons fermement jusqu’à la fin le commencement de sa substance qui est en nom^. Et saint Pierre, surpassant, s’il est possible, l’énergie et la clarté de ces déclarations accumulées, recom-
' Saint Jean, chap . vers. ^3. .
Idem, cliap. 13, vers. 4
^ Idem, chap. 17, vers. 20 ct’21.
* Epilre aux Romains, cliap. 5, vers. ü.
^ Idem, chap. 8, vers. 11.
Epilre aux Hébreux, chap. 3, vers. li.
mande aux premiers fidèles les dons et les promesses par où ils ont été appelés nu parlaye de la nature divine*. Ainsi, aucun doute n'est permis sur le seus où il faut entendre l’union de l'homme avec Dieu dans l'ordre surnaturel. Cette union est une sorte de déification qui, sans confondre le fini avec l’infini, le créé avec l'iucréé, les met dans un rapport si étroit, f ' que non seulement l'homme pense comme Dieu et ' aime comme Dieu , mais que Dieu est dans l'homme par une pénétration réelle de sa substance , à la manière dont le feu est dans le fer qu’il transfigure par • sa lumière et sa chaleur saus le dénaturer «ni se dénaturer iui-méme. Ce n’est là. Messieurs, qu'une image, mais une image qui suffit pour entendre le mystère de la grâce, et même |>our le justifier.
La science humaine a posé cet axiome : les corps sont impénétrables, c’est-à-dire que deux corps ne peuvent pas être l'un dans l'autre. La science divine, au contraire, a posé cet axiome : les êtres inférieurs sont pénétrables par les êtres supérieurs. Et la nature elle-même nous en donne la preuve dans ses phéno- ' mènes les plus vulgaires. Tout le monde sait que les corps y sont à deux états, l’un inférieur qui est la solidité, l'autre supérieur qui est la fluidité, et il n'érhappe à personne que la matière fluide pénètre la jnatière solide et eu est comme l'âme et la vie. Exposez le métal le plus dur à l'action d'une quantité suf-
' II' Kpilro, rliap. I, vm. i.
lisante de chaleur, cl il en sera hiciitol alteiiil et pénétré jusque dans ses derniers replis. Il s'amollira comme une cire; ses parties se dilateront sans se dis-' joindre, et celte substance, qui semblait froide, impassible, incapable de s’ouvrir à une autre, tombera par son alliance intime avec une substance plus éner- . V gique dans le mystère sensible de la liquéfaction. Elle . ^
ne cessera pas d'clrc elle-même; mais une autre sera en elle et avec elle, toutes les deux conservant leurs propriétés relatives dans celte fusion qui les unit sans les altérer. Ce que fait la chaleur, la lumière le fait, l'électricité le fait, le magnétisme le fait, et la vie générale de la nature n’est que le résultat de la pénétration incessante des corps inférieurs par les corps supérieurs. Que tout à coup le soleil arrêtât l’émission de ses chaudes ondes; que l’air ne transmit plus aux animaux, aux plantes, aux métaux, les influences invisibles qui courent sans se lasser jamais d’un pôle à l'autre de la création, à l'instant la respiration universelle suspendrait son mouvement, et l'univers glacé ne serait plus qu’un cadavre sous l'œil ému de son auteur.
Voulez-vous que nous nous rapprochions davantage lie nous-mêmes : qu'esl-ce que notre vie? Est-elle autre chose que le phénomène de la pcnélralion de notre corps par notre âme? Ici, Messieurs, le mystère grandit, mais sans demeurer moins évident. Il grandit, à cause de la difl'ércnce de nature enli-e l'àmc et le corps; il demeure évident, parce que nous en som- ,* mes plus que les témoins, en étant nous-mêmes les
acteurs. Nous nous sentons constitués ce que .pous sommes par ie rapport de deux substances distinctes , dont l'une manifestement supérieure à l'autre pénètre celle qui lui est inférieure, et y porte le mouvement, la sensibilité, la conscience, la connaissance et 1e vouloir. Touchez le corps par un de ses cheveax, Tâme eu est aussitôt avertie, et, sur quelque point qu'il vous plaise de renouveler l'expérience , la même soitdarité vous rendra la même réponse. L'àmc est donc intimement présente au corps, jusque dans ses plus lointaines extrémités. Or, comment y serait-elle présente si elle en était séparée, si, au moyen d'une active pénétration, elle ne se glissait au cœur de chaque atome, de chaque particule même imperceptible de notre être corporel? Le phénomène si compliqué de la vie humaine, aussi bien que celui de la vie purement sensible, est donc l'effet d'une seule cause, qui est la loi universelle de pénétrabilité des substances inférieures par les substances supérieures.
Et Dieu étant l'étre souverain par excellence, celui qui donne et mesure à tous l'efficacité, faut-il entrer en étonnement s'il pénètre mieux et plus loin qu'aucune de ses créatures, et si, à la lettre, non pas seulement pour l'âme, mais pour le corps, se vérifie le mot de saint Paul : Glorificate et portate Deuin in eorpore vestro , — Glorifiez et portez Dieu dtins voire corps*. D’où vient que les premiers fidèles.
' Kpilrc aux Curinlliiviii. cliup. 6, ver> l!0.
Digilized by Cioogle
interrogés qui ils étaient et voulant dans une seule parole révéler à leurs juges les dernières profondeur^ de la foi, leur répondaient avec un saint orgueil :
« Je suis Tliéophore, c’est-à-dire Porte-Dieu. » Telle est lu certitude de tout chrétien qui a observé en lui les secrètes opérations de la présence ou de la^ grâce divine. Comme une mère sent au vif de ses entrailles l'enfant qu’elle y a conçu, ainsi le chrétien sent la vie divine qui habite en lui , et il en reçoit des secousses qui ne le trompent point sur Thôte ineffable dont il garde le dépôt. Plus Pâme grandit en sainteté, plus elle est avertie de cette glorieuse cohabitation par des joies qui la meurtrissent et la rendent insensible à tout ce qui ne contient pas Dieu. O joies des saints, larmes inconnues , délices sans rivages, quiconque une seule fois a entrevu votre ombre dans son propre cœur, celui-là n’a plus besoin qu’on lui démontre l’existence de la grâce ni ce qu’elle est; il le sait d’une leçon qui ne s’oublie jamais et après laquelle nulle autre n’apprend plus rien.
La grâce. Messieurs, est de deux sortes, ou plutôt elle agit sur nous en deux manières; l’une transitoire et e.xcitative, l’autre permanente et vivificativc.
Dieu d’abord nous touche, nous éveille, il frappe à la porte de notre âme, selon la belle expression dont il se sert dans saint Jean : Ecce slo ad ostium et pulso'. Quand un homme se présente au seuil de
.Vpocal>|iM;,(.'lia|i. 3, >ci>.
voire maison, vous êtes libre, fût-il prince ou roi, de ne pas le recevoir. Vous ûles chez vous; votre maison est un sanctuaire inviolable, parce que votre âme y réside en son corps, et que votre personnalité serait en servitude si elle n’avait un asile où elle pût se soustraire à tous les regards et demeurer paisiblement et souverainement en soi. Cependant, tout sacré que soit le lieu d’un homme dans un pays où l'homme est respecté, il est permis à la loi d'y paraître, si elle y vient armée d’un délit ou d'un crime par où nous avons nous-mêmes méconnu et déshonoré nos droits. Mais ce que peut la loi humaine, Dieu se l'interdit à notre égard. Il se tient à ht porte, il frappe jusqu’à ce que nous consentions à lui ouvrir notre âme; il nous permet de le refuser, de le repousser, de lui dire : val-en, tu m'importunes! Et tous les Jours, hélas! Dieu nous est importun , non pas seulement à ceux qui l'ignorent, mais à ceux qui le connaissent, qui l'aiment, qui le servent, à nous prêtres et religieux, dépositaires de ses oracles et de son sang. Trop livrés que nous sommes aux choses qui passent, et certains du retour de Dieu, nous lui disons sans remords : attends, ce n’est pas l’heure, je suis occupé de moi, je règle le sort d'une phrase, peut-être celui du monde, tu reviendras! Dieu courbe la tête, il respecte la liberté qu'il nous a donnée, il s'en va, ou plutôt il reste, attendant i|ue nous soyons moins épris de nous et qu’un mécompte ou une lassitude nous fasse sentir le besoin de son secours.
Ciir, tel csl le but de la grâce, en (anl (|u'elle esl Iransitoirc et excilative, celui de nous aider par un secours divin à atteindre dans nos actes la fln snrnaiiirellc de notre création, qui est de connaître et de posséder Dieu directement. De même que le soleil ne cesse de vci’ser la lumière et la chaleur à l’univers , quoique déjà l'univers en soit pénétré jusque dans ses plus froides zones, ainsi Dieu ne cesse de verser dans 'les âmes, même en celles où il habite déjà, le flot invisible de sa propre lumière et de sa propre chaleur, afin de les soutenir dans les œuvres de vie que l’ordonnance des choses divines réclame incessamment de leur libre activité. A plus forte raison ce secours d’en haut est-il nécessaire aux âmes en qui Dieu n’hnhite point encore, et qui, privées de foi et d'amour, languissent dans un éloignement d'où elles ne reviendraient jamais si Dieu ne les cherchait le premier. Mais soit qu’elle prévienne, soit qu’elle concoure, la grâce excilative n’csl que le moyen de Dieu pour nous attirer à lui ou pour nous confirmer dans celle étroite union qui est la grâce permanente et vivilicative.
Le monde. Messieurs, ne croit plus à cette union il ne croit plus à la présence réelle de Dieu dans riiommc : mais aussi que voyons-nous et qu’est devenu riiommc pour l’homme? Où est l'autorité, le respect, la vénération? Les anciens, tout mal éclairés qu’ils fussent par les débris d'une tradition corrompue, avaient conservé l’idée de riiabitation de Dieu dans les
choses, et même ridolàlrie n’élait qu’une vaste et fausse application de celle vérité. Ils croyaient qu’une image placée dans un temple et invoquée par un prêtre appelait en elle une émanation de la nature divine : c’était trop. Mais du moins c’était un principe de grandeur demeuré dans les ruines morales du genre humain. On savait que l’homme était petit, et qu’il avait besoin pour ne pas trop déchoir de reconnaître en lui quelque chose de la race des Dieux. On consacrait tout pour ne pas tout mépriser. Les Dieux se rencontraient à l'origine et dans le sang des nations, aux frontières de leur territoire, sous les murs de leurs villes, dans les prescriptions de leurs lois, et s’il était besoin de proclamer un prince ou un consul, encore que le peuple eût droit de le nommer au scrutin des comices ou de le recevoir des mains de l’hérédité, on ajoutait cependant quelque cérémonie à l’homme couronné par le suffrage ou par la tradition. On ne pensait pas qu’un acte d’élection ou de naissance tombé sur le corps d"uii homme suffit pour le transfigurer aux yeux de ses semblables, et pour courber devant lui la majesté des armées, des magistratures et des volontés. 11 y avait au maître-autel des Rheims de ce temps-là de saintes 'ampoules d’où descendait une buile mystérieuse sur le front des peuples et sur celui des rois, et quand Dieu avait résolu d’élever à la puissance quelqu’un de ces êtres fragiles qui doivent gouverner le monde en attendant qu’ils meurent, voici comment les choses se passaient. Un pâtre, laissant là son troupeau, moulait
à (|uclqui‘ ville liahilée par un proplu'le et rencontrant lin vieillard, il lui disait : < Savez-vous où est le voyant? — C’est moi qui suis le voyant, répondait le vieillard; dites au serviteur de s’éloigner, car j’ai à vous dire quelque chose de la part de Dieu. » — Et tirant une fiole remplie d'huile, mais qui avec l'huile contenait la foi du monde et la Providence du ciel , il la versait sur la tête de l’enfant avec ces fortes paroles : • Le Seigneur t’a sacré roi d’Israël ; va donc et fais tout ce qui te tombera sous la main ; car désormais la main de Dieu est avec la tienne. >
Maintenant nous n’avons plus de saintes ampoules : nous avons l’habileté, la science, le génie, la vertu, la gloire, les scrutins magnifiques et populaires. Mais l’heure vient où la foule, dédaignant son propre suffrage, dit à l’habileté : tu n’es qu’un fourbe; à la science: tu n’es qu’un pédant; au génie : tu n’es qu’un
fou; à la vertu tu n’es qu’un mensonge ; à la gloire
ah! la gloire! L’exilé de Sainte-Hélène disait à l’un de ses derniers confidens : « Nous étions comme le dôme des Invalides resplendissant d’or au soleil de l’été ; mais la pluie du malheur est tombée sur nous, elle détache chaque jour quelque parcelle de l’or, nous ne sommes plus que du plomb, et bientôt un peu de terre. • Voilà la gloire! Celle-là était grande, et pourtant qu’a-t-elle laissé qu’un tombeau ? Ainsi tout périt dans notre âge, parce que tout y est humain. La grâce seule de.scend de l’éternité et y retourne, et en y conduisant les choses et les hommes qui le veulent, elle
It'ur donne encore en passant, par un surcroil qui nî lui coûte rien, la stabilité du temps. V
Mais pourquoi? D’où vient que la nature, créée de Dieu, ne possède pas en clle-méine de quoi s’assurer,-)^ A dans sa propre sphère, un cours suffisant? Pourquoi l'homme, ce chef-d’œuvre de la création, a-t-il besoin d’un élément supérieur et divin pour être même ici- ^ bas quelque chose de complet? Cette question, Messieurs, nous conduit à examiner quels étaient en Adam et quels sont encore en nous les rapports de la nature et de la grâce.
Or, en voici la lui exprimée dans cette courte formule : la grâce ne peut se passer de la nature, même dans les opérations de la grâce, et la nature ne peut SC passer entièrement de la grâce, même dans les opérations de la nature.
Premièrement, la grâce ne peut se passer de la nature, même dans les opérations de la grâce : car la grâce étant une communion de l’être créé avec l’être incréé, il est nécessaire que l’être créé possède l’existence pour que cette communion s’accomplisse, et l’être créé ne peut posséder l’existence sans une nature quelconque qui devient le siège des dons extérieurs de Dieu. De ■ plus, l’homme étant libre, la grâce ou l’action divine n a de pri.se sur lui qu'autant qu’il y concourt par un acte naturel de sa propre souveraineté. Si Dieu s’emparait de l’homme sans que l’homme le voulût et y participât librement, l’ordre surnaturel serait la ruine* de I ordre moral, et nous ne nous élèverions qu’en
nous perdant nuus-inéincâ. C'est pourquoi la grâce, qui n'a^it que sur la nature, n'agit aussi que de concert avec elle, libres toutes deux, souveraines toutes deux, produisant ensemble un résultat qui leur est commun, l'exaltation de l'homme ù la vie de Dieu. Sans la grâce, la nature demeurerait éternellement ce qu'elle est; sans la nature, la grâce n'aurait pas même un sujet d'action.
Que si nous cherchons la part de chacune au succès de l’œuvre qu’elles doivent simultanément accomplir, nous y reconnaitrous encore le besoin que la grâce a de la nature sous un autre rapport très-important. Sans doute. Dieu est le maître du cœur humain; il en a préparé tous les ressorts, il en connaît tous les replis, et il possède, dans une bonté aussi grande que sa puissance et sa sagesse, des attraits capables de toucher l'airain le plus endurci. Cependant, à cause du respect qu’il porte à notre libre arbitre et aux lois générales de justice et d’harmonie dont il est la source, il n'use pus de tout ce qu'il peut dans tout ce qu'il fait. Si la grâce ne considérait en rien les mérites et les démérites acquis , l'état volontaire où les âmes se sont placées, les obstacles inégaux qu'elles opposent à l'influence divine, elle agirait avec une miséricorde aveugle qui détruirait ici-bas l’enchainement des causes et des cfTets, et substituerait au régne d’une Providence équitable le règne d’une prépondérance où la vertu de l'homme ne serait plus rien devant In perfection de Dieu, .\ussi, n’en est-il
puiiit de la sorte. Les dispositions <le la nature font quelque chose au succès de la grâce ; la grâce est la semence divine, mais la nature en est le champ, selon la belle comparaison de l’Evangile : Scmeii est Ker-
bum Del ager aulem est mundus'. Et l’inégale
préparation du champ fait beaucoup à l'inégal avenir '■* de la moisson. Si bien que Jésus-Christ n’a pas dédaigné de nous expliquer sous cette forme le secret de l’efGcacité plus ou moins profonde de la grâce sur les cœurs. Une partie de lu semenee , nous dit-il , tombe sur le chemin, où elle est foulée aux pieds et mangée par les oiseaux du ciel. Le chemin, c’est la nature légère. Que de fois. Messieurs, depuis que je vous évangélise , n’èles-vous pas sortis de Notre-Dame en vous disant à vous-mêmes : Pourtant, c’est la vérité! Mais à peine redescendus dans le plein air du monde, les oiseaux du ciel ont agité leur vol au-dessus de vous ; le vautour de l’ambition , la ;
colombe des alTcclions terrestres vous ont touchés de l’aile, et vous n’avez plus pensé à la figure sérieuse qui venait de vous apparaître entre le Calvaire et le Sinaï. if
Une autre partie de la semence, continue la parabole, tombe sur la pierre, et elle s’y dessèche '
api’ès y avoir germé. C’est la nature insensible, non pas méchante et cruelle , puisque la grâce y germe encore, mais In nature mathématique, si j’ose
' Sainl Luc, chap. S, vers. 11. ~ Saint Mallhicu, chap. 15, vers. 58.
(lire, qui ne sent que le nombre, le poids, la mesure, et qui, n'ayant jamais rencontri'; la douce image du Christ au terme inflexible d’une équation , ne saurait penser qu’elle existe et qu’elle bénit le monde. C’est le rocher sur les flots, tel que l’Ecriture nous dépeint celui qui avait été Tyr, nu, solitaire, blanchi par le passage des désolations, mais attirant encore à cet éclat l’aigle majestueux du Liban. Les vaisseaux le voient de loin, et, sans suspendre leur course qui porte la richesse aux nations vivantes , ils se disent entre eux : Tyr n’est plus, mais voilà l’aigle tyrienne fidèle au rendez-vous que les prophètes lui ont commandé.
L’Évangile nous révèle encore une troisième terre peu favorable à la fécondité de la grâce , en nous disant qu’une autre part de la semence tombe entre les épines et y est étouffée en croissant avec elles'. C’est la nature confuse, où germe d’une égale vie 1a vérité et l’erreur. Les esprits de cette trempe s’enorgueillissent de tout voir et de ne céder à rien. Leur parle-l-on de Dieu, ils admirent cette 'grande idée qui plane éternellement par-dessus tous les mondes, et qni , visible à l’œil des simples comme à l’œil des sages, semble l’étoile polaire des esprits; mais ils y trouvent des difficultés qui refroidissent leur vol, et, sans nier cet être souverain, ils le réduisent dans leur cœur à une immense stérilité. Ainsi en est-il du Christ;
' Saint Luc, chap. 8, vers. U et 5ui>*ans.
uitisi (le rKvangile el de l’Église. La lumière leur apparaît, mais l’ombre en meme temps, et réelles toutes (leux , ils n’ont aucune force prépondérante (|ui les fixe à la vérité. Us vont de l’Orient à l’Occident des choses, conservant, disent-ils, la neutralité de leur intelligence, mais au fond victimes d une impuissance volontaire et étouffés au dedans d eux par le développement ingrat du oui et du nou.
Enlin, Messieurs, l'Évangile nous dit qu’il y a une bonne terre où la grâce de Dieu fructifie au centuple ; mais il ne la définit pas. Ce sera sans doute la nature (jui n’est ni légère, ni froide, ni confuse, mais qui, unissant la simplicité à la chaleur et à la consistance, reioit la rosée du ciel dans un vase où elle se plait, parce qu’elle y retrouve une image commencée du lieu d’où elle vient.
Ce peu de mots suffit pour vous expliquer comment la grâce ne peut se passer de la nature, même dans les opérations de la grâce : réciproquement, la nature ne peut se passer entièrement de la grâce, même dans les opérations de la nature. Je ne veux pas dire. Messieurs, que l'homme soit incapable de produire aucun bien dans l’ordre purement naturel cl moral sans un secours divin qui l’élève au-dessus de lui-raème. Celle doctrine a été condamnée par l’Église, même à légard de l’homme déchu , à plus forte raison a l égard de l’homme primitif, placé dans l’étal de perfection où je vous l’ai autrefois dépeint. Mais il n’en est pas moins vrai, et rexpéricncc nous le prouve depuis soixante
Jh
vn
siècles, <|uc riioinnic volontairement séparé de l'ordre surnaturel tombe au-dessous de lui-méme et manque de clartés contre l’erreur autant que de force contre ses passions. L’intelligence lui reste, mais obscurcie ; la volonté lui est conservée, mais avec un ressort affaibli. Il est aisé, Messieurs, de s’en rendre raison. Nous ne renfermons pas deux êtres en nous, l’un naturel , l’autre surnaturel , l’un borné aux choses de l’espace et du temps, l'autre élevé par la foi et l’espérance aux choses de l’éternité : nous sommes un. De même que la différence substantielle de l’ainc et du corps ne détruit pas l’unité de notre être, mais le compose, la différence hiérarchique de la nature et de la grâce ne divise pas notre personnalité, mais y verse abondamment la lumière de deux mondes et l’énergie de deux attraits. Une seule personne qui est nousméme, une seule tin qui est Dieu , deux routes coordonnées qui nous conduisent à cette fin unique, voilà l’homme. Que par une prévarieation insensée contre lui-même, il retranche quelque chose de ses dons, à l’instant il en souffrira dans le nœud qui les rassemble, et son être mutilé n’accomplira plus qu’imparfaitement le mystère total de ses fonctions et de ses destinées. Plus le coup portera haut, plus la chute sera sensible , et comme la grâce tient le sommet de nos facultés, sa soustraction ou son affaiblissement entraîne nécessairement après elle une lamentable diminution de notre être même naturel.
.\insi , ^voulons-nous atteindre à la vérité sans le
secoui*s de lu foi, sous prétexte que notre iiitelligeiice est naturellement éclairée de Dieu , à l'instant il se forme devant nous des nuages que les siècles apporteront tour à tour aux plus grands esprits sans obtenir d'eux un souffle qui les dissipe pour jamais. Est-ce donc que la raison humaine n'est rien ? Est-ce donc que la philosophie est une vaine science? Ce serait outrager Dieu qui nous a donné la raison, et qui avec elle nous a permis de rechercher les causes premières de tout ce qu’il a créé. Les chrétiens eux-mémes se sont appliqués à la culture de la raison, et, quoique enfaiis d'une sagesse plus haute, ils n'ont pas dédaigné le titre de philosophes , que nul , au ciel et sur la terre, ne leur a contesté. Mais ni la raison, ni la philosophie, qui en est le terme magnilique et suprême, ne sufiisent à pénétrer la profondeur des choses où s'entrelacent nos destinées. Appelés à une lin surnaturelle, il nous faut une lumière surnaturelle pour eu avoir pleine connaissance, et si cette lumière nous fait défaut, nous n’entrevoyons plus ce que nous sommes que par des pressentimens obscurs, tels qu'on les rencontre dans les sages de l'antiquité. Nous devenons semblables à un aéronaute qui s’efforcerait de franchir l'air où nous respirons avec le seul secours de l'air.
Il en est de même de la vertu. Si la nature renfermait tous nos droits et tous nos devoirs, il est manifeste qu’elle nous donnerait avec eux la force de nous y tenir. Mais notre âme ayant été placée entre le monde des coi-|)s et le monde divin, tenant au premier par les
sens, au second par la grâce, elle n'a que dans celle-ci un contre-poids suflisant aux attraits qui la sollicitent du côté inférieur. La grâce vient-elle à lui manquer, parce quelle s’en est séparée volontairement, aussitôt la vague impure de la matière monte au foyer de l'âme et y verse sans obstacle son limon pesant et corrupteur. Tout levain généreux n’y sera pas détruit sans doute; mais il y sera couvert, et la vertu n’y poussera qu’avec peine des rejetons imparfaits, presque toujours déshonorés par de honteuses passions. Qui de nous n’a connu de belles natures à qui la foi .seule manquait? En les voyant, l'amour naissait de lui-méme, et une joie du cœur nous révélait la pré- * sence et le charme du bien. Mais si la conliancc ou la renommée nous ont fait descendre plus avant dans le mystère de ces créatures choisies, avec quel douloureux respect y avons-nous touché des blessures d'autant plus sensibles qu’elles répandaient un sang plus précieux. L'histoire des hommes les meilleurs qu'ait produits le paganisme, nous a dévoilé la profonde misère de l'homme qui n’est point éclairé d’une lumière supérieure à la raison , et puritié au contact d'un élément divin. Il n'en est aucun dont la sagesse humaine n’ait eu à rougir par quelque endroit, et cette révélation de leur vie, tout incomplète qu’elle soit, justifie ce mot terrible d'un homme célèbre : • S'il fallait choisir d’ètre connu tout entier ou ignoré tout entier, il n'y a pas d'homme qui ne préférât d'étre ignoré tout entier. • Ce n’est point Pascal qui a dit cela, vous
pourriez le croire, el je me borne à vous détromper.
Un seul genre d'hommes n’aurait rien à craindre d’une clarté totale répandue sur leur vie, ce sont les saints, c'est-à-dire ceux dont la nature a été soutenue et transformée par la grâce. Ceux-là peuvent se regarder jusqu’au fond, comme ces eaux limpides qui couvrent un sable pur, et où l’œil ne discerne rien qu’il se reproche de voir. Rachetés des .souillures de la matière, si jamais ils les ont ressenties, délivrés des retours de l’égoïsme, unis à Dieu dont ils ont fait le principe de tous leurs actes et de toutes leurs joies, les saints s’écoulent dans un honneur invisible jusqu’à ce jour suprème où tomberont tous les voiles, les voiles de l'àme avec les voiles du corps, et où rien n’étant plus caché, l’homme de la grâce apparaiira tel qu’il est connu de Dieu dans la chaste nudité d’une irréprochable conscience.
Reste un autre élément de la vie humaine, par où vous achèverez de voir pourquoi la nature a besoin de la grâce, même dans les opérations de la nature.
L’homme n’ayant reçu qu’une (in, qui est Dieu, cette <
vocation infinie a nécessairement creusé en lui un abime que Dieu seul peut combler. Et plus Dieu s’est approché de lui, plus il a versé dans son âme, au moyen de la grâce, les prémices et les arrhes d’une pleine possession, plus aussi l’abîme que contient l’homme, et qui est l’homme meme, s’est ineffablcmenl agrandi. En vain la nature y jette son immensité, elle y cause (nul au plus l'illusion d’une
Dkiiüzcd by Coogle
pierre qui tombe dans un gouffre ; le gouffre la reçoit, tressaille et subsiste. Ainsi l'homme une fois appelé et visité de Dieu, encore qu’il le méconnaisse ou l'oublie, demeure triste et béant, victime d’un mal dont il ne sait pas la source et qu'il a nommé la mélancolie. Les anciens l'ont connue, et Virgile l'a divinement exprimée dans ce vers qu’aucune langue ne traduira jamais :
Sunt lactymæ rerum, et mentem tnortatia tanguni.
Cependant il s’en faut bien que ce mystérieux poison eût produit dans leur àme l'effet qu’il produit dans la nôtre. L'Antiquité n’avait pas vu Dieu, elle n'avait pas ouï l'Evangile, ni parlé à la croix : la nature lui était plus grande et plus profonde qu'à nous. Mais nous, chrétiens, baptisés, nourris du sang d’un Dieu, spectateurs de sa mort dans une vie qui n'a plus cessé, il nous est venu en l'âme des tourmens que nous ne pouvons pas déflnir à nous-mêmes qui les ressentons. A peine dix-huit printemps ont-ils épanoui nos anuées, ‘'que nous souffrons des désirs qui n'ont pour objet ni la chair, ni l'amour, ni la gloire, ni rien qui ait une forme et un nom. Errant dans le secret des solitudes ou dans les splendides carrefours des villes célèbres, le jeune homme se sent oppre.ssé d'aspirations sans but; il s'éloigne des réalités de la vie comme d'une
prison où son coeur étouffe, et il demande à tout ce
qui est vague et incertain, aux nuages du soir, aux vents de rautomne, aux feuilles tombées des bois,
une impression qui le remplisse en le navrant. Mais c'est eu vain ; les nuages passent, les vents se taisent, les feuilles se décolorent et se dessèchent sans lui dire pourquoi il souffre, sans mieux sufGre à son âme que les larmes d’une mère et les tendresses d’une sœur.
O âme! dirait le prophète, pourquoi es-tu triste et pourquoi te troubles-tu? Espère en Dieu*! C’est Dieu, en effet, c’est l’inGiii qui se remue dans nos cœurs de vingt ans touchés par le Christ, mais qui se sont éloignés de lui par mégarde, et eu qui l’onction divine, n’obtenant plus son effet surnaturel, soulève néanmoins les flots qu’elle devait apaiser. Jusqu’en nos jours déjà blanchis, il nous revient de ces secousses d’autrefois, de ces apparitions mélancoliques ^que les anciens croyaient un apanage du génie, et dont ils ont dit : Non est magnum ingeniuin sine melancoliâ. L’âme, faiblissant par intervalles, se retourne douloureusement sur elle-même, elle redescend aux rivages de sa jeunesse pour y rechercher ses larmes, et , ne pouvant plus pleurer comme alors , elle se nourrit un moment de leur amer et joyeux souvenir.'
Tel est l’homme, grand par sa prédestination, inférieur par sa nature. D’où vient que si la nature demeure seule en lui , elle ne suffit pas plus à lui donner le bonheur qu’à lui donner toute la vérité et toute la vertu dont il a besoin. Cette singulière situation n’a pas dépendu d’un caprice de Dieu; elle tient
' Psaume 42. Tels. î>. t.
à l'essence même des choses, et s'explique par un mol très-court : l'homme ne peut pas être infini, et cependant il est appelé à jouir de l'infini.
Vous trouverez là , Messieurs , le secret de votre propre temps, temps douloureux que le christianisme seul peut guérir, et dont le christianisme pourtant élargit les blessures. Si nous comparons, en eiïet, les révolutions de l'antiquité avec celles dont nous sommes témoins, nous y remarquerons une grande différence de profondeur. Les doctrines ne jouaient aucun rôle dans les conflits intérieurs des anciens peuples : l'empire succédait à la république , Vespasien à Vitellius. L'ne légion disait un mol à l'Orient, une autre en disait un sur le Danube ou sur le Rhin ; le sénat, considérant quel était le plus fort, adoptait le nouvel empereur et le saluait du nom d'Éternilé. O'étail l'éternité du jour en attendant celle du lendemain. Et ainsi se poursuivait de changement eu changement ce cycle vulgaire de l'ambition de quelques-uns aux prises avec les vices de tous. Aujourd'hui l'ambition subsiste , les vices aussi , mais les révolutions prennent leur source plus haut, dans des idées générales dont on fait la cause de l'esprit humain, et les générations ne s'émeuvent qu'à ce prix. C'est l'erreur ou la vérité qui les ébranle, et même lorsqu'elles se trompent, elles ont cet honneur d'avoir été séduites par une pensée. Tant le christianisme a élevé l'homme au-dessus de lui-même! C'est pourquoi , Messieurs, les révolutions modernes étant doctrinales, ne finiront pas comme celles de
l'anliquilé, par un liommc ou uii accideul : clics iic finiront que par une doctrine. Or, le christianisme seul est une doctrine : seul il possède l’autorité qui commande et la cliarilc qui persuade; seul il a connu, compris, annonce la vocation surnaturelle de l'homme; seul il l'a tiré de terre et porté vers Dieu ; seul il a le dépôt de la parole divine dans des prophéties vérifiées par l’histoire, et le dépôt de la grâce dans des sacremens éprouvés par les vertus dont ils sont la source ; seul il résiste à l’elTusion du mal, et le mal n'est si grand que parce qu'il s'attaque au christianisme, son seul ennemi. Vous donc qui êtes chrétiens, sachez toute l'importance de votre mission dans le siècle épouvanté dont vous faites partie. On nous parle d'ordre ; c'est vous qui êtes l'ordre. On nous parle de paix : c'est vous qui êtes la paix. On nous parle d'avenir ; c'est vous qui êtes l’avenir. On nous parle de salut : c'est vous qui êtes le salut. Car l'ordre , la paix , l'avenir , le salut, chez des nations formées par Jésus-Christ, ne peuvent sortir que d'une doctrine qui contienne toute la vérité , toute la vertu , toute la plénitude dont l'homme a besoin, et le christianisme seul répond à CCS conditions. Attachez-vous donc à le faire connaître et à le rendre aimable ; semez l’Évangile dans les malheurs publics. Il y germera tôt ou tard, et si nous ne recueillons pas nous-mêmes la moisson , du moins nous l’aurons préparée pour une postérité plus heureuse que nous.