LE REVE DE CARTIER
M. Monk a débuté par une belle réminiscence des rêves de Cartier ( 4492 ) . Il a rappelé ses souvenirs d'enfance, alors que Cartier, ami de son f>ère, venait dans l'intimité dévoiler le fond de ses pensées d'homme d'Etat, et laissait mesurer la portée de son œii
(1) Toutes les citations qui suivent sont une traduction faite au "Devoir" sur le texte du compte rendu officiel de la séance du 5 mars 1912, "unrevised édition", No. 55. Les chiffres entre crochets après chaque citation indiquent la colonne de ce compte rendu No.
POUR LA JUSTICE
d'aigle. Cartier, nous dit M. Monk, ne doutait pas un instant du/ jour où la Confédération embrasserait toutes les possessions britanniques du continent nord américain, et en particulier, les vastes plaines du Far West. M. Monk a oublié une autre pensée de Cartier, moins générale peut-être, mais qui découlait de la pi'emière comme le fleuve coule de source. Cette seconde pensée, que Cartier voulait implanter sur le s'ol de l'ouest, c'était celle de l'alliance, dans le respect égal des droits, des obligations et des privilèges, des deux grandes races qui ont fait la gloire et l'honneur du Canada, et sans le conoovirs desquelles le Canada ne peut pas durer. Cartier ne voulait pas d'un Manitoba et d'un Nord-Ouest exclusivement anglais. Ce qu'il voulait c'était un Canada franco-anglais dans chacune de ses parties comme dans son ensemble — non pas franco-anglais dans le sens de la fusion bâtarde de deux races qui y perdraient leurs qualités et leurs éléments constructeurs, mais dans l'alliance féconde de deux races C(ui, restant elles-mêmes, sauraient trouver dans la Confédération canadienne, et particulièrement dans ces vastes régions âe l'ouest, assez d'espace et de liberté pour y vivre côte à oôte et travailler, par une noble émulation, à la gloire de la Couronne britannique et à la grandeur de la patrie canadienne. Et la base de cette alliance, il la cherchait, je le répète, dans l'égalité des deux races, et non dans l'as&ervissement de l'une à l'autre ou dans la domination de l'une sur l'autre. (Longd applaudissements ) .
Cet idéal magnifique et "pratique", Cartier . sut, avec son incomparable énergie, le faire accepter par tous les auteurs du pacte fédéral, à l'enoontre du principe contraire de la " fusion ", de l'union législative, préconisé par sir John Macdonald. Mais, disons-le à la gloire éternelle de Macdonald, du jour où ce grand homme d'Etat eue accepté l'idée de son digne émule, il en devint le noble et constant défenseur. Et Cartier disparu, Macdonald fit, jusqu'à sa mort, respecter le principe qu'il avait accepté, le pacte qu'il avait conclu.