‹ Conférences, discours, allocutions et essais de Monsieur Henri BourassaChapitre 56 sur 89 · LE ROLE DES EVEQUES · texte numérisé non relu

LE ROLE DES EVEQUES

Passons à une autre abjection.

''Pourquoi les évêques ne parlentils pas ? " D'autres vont pflus loin:

"Oh! disent-ils, les évêques, nous en avons assez de nous battre pour eux." "En 1896, disent les rouges, les évêques ont été trop bleus." " En 1896, disent les bleus, les évêques n'ont pas assez dénoncé les rouges." ^

"En 1905, disent les bleus, les évêques nous ont trahis ; Mgr Légal a donné un certificat de vertu à Laurier." " En 1905, disent les rouges, les évêques sont restés sur la clôture ;

POUR LA JUSTICE

mais sans le bâillon que leur a mis Mgr Sbaretii, ils nous auraient causé bien des ennuis." Conclusion : cessons de revendiquer nos droits parce cjue les évêques ne descendent pas d'ans l'arène politique pour y faire l'affaire de tous les partis.

Messieurs* ce n'est pas le moment de faire une profession de foi. Mais je crois avoir le droit de dire, au nom de tous les Canadiens-français catholiques, que nous vénérons dans les évêques les apôtres que Dieu a choisis pour nous guider dans la vole du salut. Nous voyons dans les évêques les pasteurs chargés par l'Eglise de nous enseigner la doctrine et la discipline en matières religieuses. Nous reconnaissons à l'Eglïlse le droit de définir elle-même ce qui appartient à 8on magistère divin. Mais je me permets de dire, en votre nom, aux politiciens sans courage, de l'un ou de l'autre parti, qui, pour ne pas exécuter leur mandat et accomplir leur devoir, chereiiant toujours à s'abriter

sous une chape d'évêque ou une soutane de prêtre, que ce n'est pas la besogne des évêques et des prêtres de faire les lois, de les maintenir et de les appliquer. Un évêque viendrait-il me dire aujourd'hui que mon devoir est de faire f^^ l'agitation publique afin de faire u'iuintenir un texte de loi, j'écouterais ses paroles avec la déférence due à son caraetfre et à sa haute situation ; mais je me considérerais libre d^ accepter ou de rejeter son opinion.

Un autre évêque viendrait-il me blâmer de prendre telle ou telle attitude sur une question politique: évidemment je tiendrais compte de son avis f et dans la mesure où son avis toucherait au dogme ou à la discipline, j'y obéirais sans conteste ; mais s'il allait B,ndelà, je lui répondrais par les paroles d'O'Connell, qui fut un grand catholique et un patriote ardent "I take my theology et Rome, but I take my poiitics at home."

Si un ou deux évêques, et même un délégué apostolique, sur la parole d'un homme politique qui l'aurait trompé, soit pour la première, soit pour jla

deuxième fois, venait me dire : "Vous devez fermer les yeuix et avoir confiance dans ce monsieur, parce que moi, j'ai confiance en lui", je lui répondrais, comme Winthorst, résistant à la demande que Léon XIII lui faisait d'appuyer la loi du septennat militaire; et élevant, par dessus sa tête, ma voix jusqu'à Kome, je dirais:

"Saint-Père, les catholiques du Canada vous vénèrent ; mais dans les matières exclusivement politiques, citoyens britanniques et canadiens, nous réclamons de vous la liberté que l'Eglise a toujours reconnue en ces matières à ses fidèles."

La question dont il s'agit aujourd'hui n'est pas une question religieuse, c'est une question absolument constitutionnelle, légale et civile. Il est aussi injuste de demander aux évêques et au clergé d'interpréter l'acte de 1875, la proclamation de 1905, les statuts refonduis de 1906, qu'il serait déraisonnable de demander à M. Monk ou à M. Pelletier de faire l'histoire des conciles ou de nous donner un cours de théologie.

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