ELOGE DE SON EMINENCE LE CARDINAL TASCHEREAU
Il y a dans chaque pays des familles privilégiées qui semblent destinées à marcher toujours à la tête de la société.
individus, et elle se lent et de l’honneur.
Telle est la famille de Son Eminence le cardinal Taschereau, l’une des plus anciennes et des plus haut placées de notre pays.
Le chef de cette famille, en Canada, a été Thomas
À Québec, Marie Fleuryfille de Jolliet, découvreur du
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11 mourut en 1749, laissant huit enfants qui, à l'exception de Gabriel-Élzéar, moururent sans postérité ou retournèrent en France,
Ce dernier eut quatre enfants, dont le plus jeune, Jean Thomas, épousa Marie Panet, fille de l'honorable M. Jean Antoine Panet, premier président de la chambre d’assemblée du Canada.
Jean Thomas fut nommé juge, et après avoir fait honneur au banc judiciaire pendant plusieurs années il mourut du choléra en 1822.
Ses deux fils ont ajouté à son nom un éclat dont il n’a pujouir. L'un est l'honorable Jean Thomas Taschereau, juge en retrnite de ln cour Suprême, et l'autre est le sujet de cette esquisse,
Le cardinal Elzéar Alexandre Taschereau est né à Ste-Marie-de la Beauce, au manoir seigneurial de la famille, le 17 février, 1820.
Dès l’Age de huit ans, il entrait au petit séminaire de Québec.
A seize ans, après les plus brillants succès il avait terminé son cours classique, et il partait pour l'Europe en compagnie de M. l’abbé Holmes. C'est à Rome qu'il entra dans l'état ecclésiastique, quand il n'avait encore que dix-sept ans.
On devine quels sentiments un séjour assez prolongé dans la ville des papes dut inspirer au jeune lévite, et quels liens puissants se formèrent dès lors entre la sainte Eglise et ce cœur jeune, puret plein d’aspirations élevées.
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L'illustre abbé Dom Guéranger était alors à Rome et travaillait au rétablissement de l'ordre des Bénédictins en France. Le jeune Taschereau fit sa counnissancs, et voulut entrer dans le nouvel ordre, qui convenait si bien à son goût naturel pour la vie monastique et pour l'étude,
Mais Dieu lui réservait d'uutres destinées dans 8: patrie. M. l'abbé Holmes lui fit ajourner son pieux dessin et le ramena à sa famille, afin qu'il pût la consulter À ce sujet. Les avis de ges parents et de ses directeurs modifièrent ses projets ; il entra au séminaire de Québec; mais la vie qu'il y mena fut bien celle d’un bénédictin.
Ses études théologiques n’y furent pas moins brillantes que ses études classiques, et le 10 septembre, 1842, il fut ordonné prêtre
A dater de cette époque, sa vie a été de plus en plus intimement liée à l'histoire du séminaire de Québec. Ce fut pour lui la maison paternelle, et nul ne pourrait mieux que lui nous parler de cette fimille dont il a été successivement le fils et le père.
Aussi ne sommes-nous pas étonnés d'apprendre par son biographe, Mgr. Tétu, qu'il a écrit une longue histoire du séminaire de Québec, encore inédite. Pieux travail qu’à dû inspirer un double amour, filial et paternel.
Jusqu'à son élévation sur le siège archiépiscopal de Québec, en 1871, il ne s’est jamais éloigné de son cher séminaire que temporairement et pour des raisons gra-
ves : la première fois, pour aller soigner les émigrés irlandais, malades du typhus, à la Grosse Isle où il prit la fièvre et faillit mourir ; la seconde fois, pour aller étudier le droit canonique à Rome, d’où il revint avec le diplôme de docteur.
Au séminaire, il a enseigné tour à tour la rhétorique, la philosophie, le dogme, la moraleet le droit canonique. Ceux qui ont été ses élèves font l'éloge de sa science et vantent la méthode et la clarté de son enseignement.
En même temps, il a occupétous les postes de responsabilité et d’honneur que le conseil du séminaire tenait à lui confier.
11 fut un des fondateurs de l’université Laval, et il est resté profondément attaché et dévoué à cette institution. Elle a été pour lui comme l'enfant que son père aime d'autant plus qu'il lui occasionne plus d’inquiétudes et de tourments. Il en a été la personnification la plus en vue pendant plus de trente ans, et il a partagé ses peines et ses joies, ses revers et ses triom. phes. Voyages en Europe, correspondance volumineuse, rédaction de mémoires, polémiques, lettres pastorales et mandements, ils’est imposé bien des peines, et des travaux pour la défendre contre ses ennemis ; et si, finalement, il n’a pas réussi au gré de ses désirs, il peut toujours se rendre le témoignage qu'il n’a rien négligé pour assurer l'avenir de cette œuvre magnifique.
Ce fut pour lui une douloureuse épreuve de quitter
son cher séminaire pour aller résider à l’archevêché }
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Les honneurs de l'épiscopat n'étaient pas une com- Pensation, et nous croyons à son entière sincérité quand il disait dans son premier mandement: “Dieu nous est témoin que nous n’avons ni recherché ni désiré cette charge redoutable » dont nous comprenons, aujourd’hui plus que jamais, les dangers et la responsabilité. ”
Quand il dut faire ses adieux à cette maison qui l’avait abrité pendant tant d'années, son coeur se brisa, et les paroles qui tombèrent alors de ses lèvres furent des plus touchantes : ;
“Il m'était toujours si doux et si agréable, dit-il, de voir réunie cette nombreuse famille du séminaire de Québec, de l’université Laval, du collège de Lévis, à la tête de laquelle la Providence m'avait placé comme supérieur et comme pasteur ! Je savais que dans tous les cœurs mon affection avait un fidèle écho, et je sentais que véritablement nous ne faisions tous ensemqu’un cœur et qu’une âme, dans Ja pensée commune de servir la cause de la religion et de la patrie, les uns en commandant ou en enseignant , les autres en se préparant par l’obéissance et par l'étude à remplir les desseins de Ia Providence.
“ Hélas! messieurs, faut-il donc que des liens si étroits se trouvent brisés tout à-coup !
“IL y aura bientôt quarante-trois ans, un tout petit écolier de huit ans et demi endossait pour la première fois le ” capot ”, et se rendait, livres et cahiers sous le bras, au séminaire de Québec , pour y commencer
ses études classiques. Neuf années plus tard, après une année de voyage en Europe, il entrait au grand séminaire, commençait ses études théologiques, et au bout de cinq ans, il montait pour la première fois au saint autel. Voilà toute l’histoire de ma jeunesse.
“ Les vénérab::s directeurs du séminaire qui voulurent bien alors agréer mes services dorment tour, excepté un seul, du sommeil éternel, et reçoivent la récompense de leur dévouement au séminaire.
“ Dieu seul connait ce qu'ils m'ont accordé de charité, et quelle fut ma douleur en les voyant disparaitre peu À peu de la scène de ce monde.
“ Ma vie sacerdotale de vingt-neuf ans, aussi heureuse qu’elle peut l’être dans cette vallée de larmes, s’est donc écoulée toute entière à l'abri de ces murs vénérables que Mgr. de Laval a élevés il y a deux siè-
cles, “ Comme vous le voyez, messieurs, sur le demi-si-
ècle qui a blanchi mes cheveux , le séminaire a eu plus de part que la maison paternelle.
“ Hélas ! encore une fois, il faut quitter cette maison où j'ai trouvé des pères dévoués, des confrères pleins d'affection, des enfants qui m'ont payé aucentuple par leur docilité le peu de bien que j'ai essayé de leur faire. J'avais espéré y vivre, y mourir, y reposer au milieu de ceux qui furent autrefois mes mattres et mes modèles. Triste condition des enfants d'Adam, dont les projets les plus légitimes aboutissent trop souvent à la déception !
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“ A mon grand malheur, j'ai préché, exalté, recommandé et enseigné l’obéissance avec trop de zèle pour avoir le droit de m'y soustraire aujourd'hui …. ”
Il est difficile de relire cette Page sans être ému ; mais sa parole :e fit plus touchante encore et plus délicieusemc:x tendre, lorsque les élèves du petit séminaïre vinrent le féliciter sur son élevation au trône archiépiscopal :
‘“ J'avais naguère, Jeur répondit-il, un beau jardin que je cultivais avec amour, en compagnie de frères dévoués. Nulle pensée étrangère ne pouvait m’en arracher. J'aimais à m'y promener ; j'aimais à suivre l'épanouissement de ces fraîches roses que le retour de l’année scolaire faisait éclore et que le soleil de l'étude, avec la douce rosée de la piété, mürissait peu à peu et convertissait en fruits de bénédiction.
“Un matin que je me garderai bien d'appeler un beau jour, on vint me dire tout d’un coup: Votre jardin s’est agrandi ; il est devenu un vaste champ , un diocèse , toute une province !
“Et j'ai dit: FIAT VOLUNTAS ! Mais mon cher petit jardin sera toujours à moi comme je serai toujoure à lui. C’est là que la divine Providence me plaça jadis, humble plante, pour m'y faire prendre racine et m'abreuver de sucs bienfaisants ; je tiens à cette terre par trop de fibres pour qu’on m'en arrache sans me faire mourir. Je consens, puisqu'il le faut, à devenir un grand arbre, qui ombragera toute une province, pourvu que mon cher petit jardin soit enco-
re là, près de moi, protégé par mes branches, et me réjouissant toujours par ses fleurs et par ses fruits... ”
Je crois avoir quelque notion des divers genres d’éloquence sacrée, et je ne connais rien de plus suave, de plus ému, de plus gracieux coinme forme, de plus pathétique comme sentiment, de plus touchant comme tablean, que cet admirable petit discours.
Saint François d’Assise, le poète de la nature, et saint Fiançois de Sales, le poètique orateur du sentiment, n’ont rien écrit de plus naïf et de plus charmant.
L'épiscopat ne devait pas être la dernière étape de notre éminentissime compatriote dans la voie des honneurs.
Après quinze années de labeurs et de peines, de travaux et de lnttes, de courses apostoliques et de voyages entrepris pour la cause de l'éducation et pour le plus grand bien de l'Eglise canadienne, il fut jugé digne des plus hauies ilistinctions, et le Saint-Père voulut le revêtir de la pourpre cardinalice.
Ce fut une grande joïe pour tous les Canadiens; et la presse, anglaise et française, protestante et catholique, fut unanime à féliciter chaleureusement le nouveau dignitaire, et à remercier le Souverain Pontife de lui avoir conféré cet honneur.
Québec fut alors témoin des fêtes les plus grandioses qu'il ait jamais vues L'imposition des insignes de la nouvelle dignité et la collation de la barrette cardinalice donnèrent jieu aux plus imposantes solennités et à des réjouissances extraordinaires.
Toutes les parties du pays et toutes les classes de la société voulurent prendre part à ces fêtes et s'y firent ° représenter. Les rues était décorées et pavoisées, la ville fut illuminée, les cérémonies religieuses furent admirables, et la procession à travers la vieille cité de Champlain se fit avec un incomparable déploiement de magnificence.
La musique, Ja poésie, l'éloquence célébrèrent à l’envie l'éclat de ces grands jours et la gloire de celui qui avait su mériter tant d'honneur.
Il a fallu tout un volume de trois cents pages pour contenir le récit des splendides manifestations qui se déroulèrent aiors sous nos Yeux, et dont Québec ne perdra jamais le souvenir,
Les fêtes se terminèrent Par un grand banquet, pendant lequel le nouveau prince de l'Eglise fit un discours remarquable d’originalité. Il représenta saint Jean-Baptiste apparaissant à Mgr. de Laval dans un songe, et lui prophétisant l’avenir de ce pays où il al. lait débarquer. Nous détachons quelques phrases de ce récit :
“ Regarde , dit le patron du Canada à Mgr. de Laval ; regarde ces rochers couronnés Par une citadelle imprenable ; vois ce que sera dans deux siècles cette cité où doivent reposer tes cendres ; contemple ces nombreux asiles de [a piété et de la science. Vois-tu ces immenses constructions ? Ce sont, ton séminaire et l'université, qui se glorifieront de porter ton nom. Ecoute les accents de la joie universelle, qui, dans
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deux siècles, retentiront dans tout le Canada, parce que ton quinzième successeur aura été revêtu de la pourpre ; prends part avec moi à cette réjouissance.
‘ Vois-tu assis autour de lui, dans un banquet,
les représentants de l'autorité civile, de nombreux prélats, une armée de ministres du Seigneur, des convives de toutes nationalités et de toutes croyances, levant les yeux et les mains au ciel pour le remercier d’ux nonneur qui rejaillit sur tout le Canada ? “Le Canada si petit aujourd'hui et qui compte à peine quelques centaines de Français, le Canada s’étendra alors d’un océan à l'autre, et ces océans seront reliés par un chemin de fer, sur lequel rouleront des palais emportés par le feu et l’eau. Sans être unenation indépendante, elie en aura tous les privilèges, et l’immortel Pontife, qui occupera alors le siége de Pierre, fera tomber sur cette nation un rayon de lumière céleste, et la reconnaîtra comme telle, en appelant un de ses enfants à partager avec lui la sollicitude de toutes les Eglises.
“ En ce temps-là, l'empire britannique, sur lequel le soleil ne se couchera pas, sera gouverné par ure souveraine dont les vertus feront l'admiration et l'édification de ses innombrables sujets, en même temps que ga justice et sa bonté la leur rendront chère comme une mère à ses enfants.
“ Que Dieu la conserve longtemps à leur affection ! “ A peine saint, Jean-Baptiste, le plus canadien des canadiens a-t-il prononcé ces paroles de loyauté vrai-
ment canadienne, qu'un Coup de canon annonce l'en. trée au port. Mgr. de Laval se réveille tout consolé et émerveillé de cette vision, et se prépare à prendre Possession de cette terre qui est devenue sa patrie.
“ J'ai fini mon histoire.
“ A vous de la juger.
‘A moi de vous remercier de la bienveillance avec laquelle vous l’avez écoutée. ”
Quelques mois après les fêtes cardinalices, notre archevêque partait pour Rome, où il reçut des mains de Sa Sainteté le dernier insigne de sa haute dignité, le chapeau de cardinal. C'était son huitième voyage à la Ville-éternelle.
Depuis lors, le cardinal Taschereau mène la vie calme, Jaborieuse et sainte qui convient à un évêque.
Malgré ses soixante-onze ans révolus, il ne croit pas encore que l’heure du repos ait sonné pour lui, et il travaille toujours, comme on fait au milieu de la vie,
Toutes ses journées sont parfaitement réglées, et il partage ses heures entre les exercices de piété, l'étude etles travaux que lui impose l'administration de son diocèse.
Maintenant que nous connaissons un peu sa vie, étudions de plus près l’homme et ses oeuvres.
On a dit autrefois que le monde appartient aux silencieux.
Cette parole semble étrange dans notre siècle de parlementarisine et de la Presse, où l'empire paraît appartenir aux plus bavards ; et cependant, elle renfer-
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me aujourd’hui encore un grand fond de vérité, et, si vous y regardez de près, vous verrez que les plus influents dans le monde ne sont pas ceux qui parlent le plus.
Le cardinal Taschereau est un silencieux, et l'on cite de lui des silences étonnants. Un de ses grandsvicaires m’a raconté qu'il était, un jour, monté avec lui dans sa voiture de Saint-Michel de Bellechasse à Lévis, sans dire un seul mot. ‘‘ C'était une expérience que je voulais faire ” me disait-il ” et je ne voulus pas rompre le silence moi-même. Il se yrolongea jusqu’à Lévis. ”
Sans doute, ila pris pour modèle cet évêque dont saint Ignace, martyr, faisait l'éloge en disant: quanto taciturniorem viderelis episcopum tanto magis eum reveremini. — Pius un évêque est silencieux plus vous devez le respecter.
Ce goût prononcé pour le silence accroît, sans doute, l'apparence austère du prélat, et fait croire à beaucoup de gens qu'il n’est guèresociable. Mais ceux qui ont vécu dans son intimité assurent que la société des autres hommes ne lui déplait pas, pourvu qu'elle ne le détourne pas de ses études et de ses travaux. Il la recherche même quand l'heure de sa récréation a sonné.
Sous sa rigidité extérieure se cache une grande bonhomie. Dans l'occasion il est même gai, et les plaisanteries faites à propos le font rire de bon coeur. Mais c'est une gaieté d’enfant, et le caractère de son
OR Sur a
8Dgage, quand i] veut rire, est Proprement la naïveté.
Il partage cette les, et je n'ai pas
Cane jamais.
Un des traits les la franchise : ;
’ le pourrait Pas. Quand il jug, Pas dire ce qu’il pense, il se t la chose la Plus aisée du monde,
A son amour du silence cor de la paix. Etrange destiné Suerre en horreur, combats à soutenir,
Plus accentués de son Caractère est
respond un goût uature] e des hommes : ila Ja et peu d’évêques ont eu plus de
militants ; mais la d devenu cardinal ad
ale certandum. C'est dans la foi,
l'espérance et la Charité qu'il faut Combattre. Telle
est sa devise,
Son blason est : écartelé, aux 1 et 4 d’azur, à deux
ire
CONFÉRENCES ET DISCOURS épées formant une croix, aux 2 et 3 de gueules à roses épanouies.
Le temps n’est pas encore venu de juger les controverses et les litiges auquels il a dt prendre part, et de mettre en pleine lumière les questions débattues. Tout ce qu’on peut dire aujourd’hui, c'est que Rome lui donna le plus souvent raison.
Mais il est certain que, même au milieu de ses luttes, il a toujours soupiré après la paix religieuse et toujours travaillé à la rétablir. Il adopta toujours volontiers cette règle tracée par siint Augustin: Pro pace christi episcopi debent esse, «ut ‘i:Fent non esse. Les évêques doivent être pour la paix chrétienne, ou ils ne doivent pas être ; ” et il a dû se répéter souvent cette autre parole du même évêque: ‘“ Notre épiscopat doit tendre sans cesse À procurer au peuple chrétien une paix chrétienne... ”?
Mais la paix chrétienne n’est pas la paix à tout prix. Il est des choses qu'il n’est pas permis de sacrifier, même jour avoir la paix, et dont la défense rend la guerre inévitable. Voilà pourquoi ce pacifique a soutenu beaucoup de luttes.
Ses critiques lui ont pourtant reproché de ne pas assez combattre et de sacrifier trop à son amour de la paix.
Il fut un temps où il me semblait à moi-même qu'il poussait à l’excès l'horreur des polémiques, et que ce silencieux ne savait pas se taire à propos.
Mais les années ont calmé chez moi cette ardeur de
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CONFÉRENCES gr DISCOURS 229
la lutte qui animait ma jeunesse, et, plus j'avance dans la vie, Plus je comprends combien il est difficile de discerner justement quel est le moment de parler et quel cst celui de se taire.
Il fut un temps où la tolérance me semblait une faiblesse ; mais l'expérience acquise m'a convaincu qu'elle est une force, pourvu qu'elle soit Proprement appliquée et mesurée, C'est une témérité condamnable de sacrifier le bien en luttant Pour obtenir le très bien. La tolérance et la modération me semblent tout Particulièrement des vertus épiscopales.
us, ?
Quam vindicando rega
ecclesiam, ut Magis amelur quam timeatur. Un évêque doit être plein de Mmansuétude, pour régir par le pardon plutôt que par le châtiment, Pour être aimé plutôt que craint. ”
Cependant tout pacif 8 soutenu plusieurs pol dans la presse,
procheraient pas de l'avoir troublée.
Quoi qu'il en soit, le cardinal Taschereat a connu tous ntentements que soulèvent toujours les dé-
ants, et il a fait la cruelle expérience de cet
te parole de saint Jean Chrysostôme : « l’évêque est exposé aux langues detous. * Il a été ardemment critiqué, accusé, calomnié. A une certaine époque, qui
qui n’est pas encore bien éloignée, ses adversaires ont même répandu le bruit qu'il appartenait à la franc-maçonnerie, et je me souviens d'avoir rencontré à Rome en 1884, un journaliste catholique qui en paraissait convaincu.
Grâce à Dieu, personne n'est tenté aujourd'hui d'ajouter foi à cette sotte calomnie.
Il est permis à ses adversaires de croire que, dans certaines circonstances difficiles, notre éminent prélata pu se tromper, ‘ Aumanum est errare”'; et je suis moi-même de ceux qui ont cru que certaines luttes auraient pu être conduites autrement.
Peut-être aussi aurait-il pu, avec plus de souplesse et d'attraction sympathique dansles rapports sociaux, aplanir certaines difficultés et prévenir des débats regrettables. Muis on ne saurait avoir toutes les qualités, et le tempérament n’est pas toujours un instrument docile de la volonté.
Dans tous les cas, nous sommes convaincus qu'il a toujours cru agir pour le plus grand bien de son Eglise, etque, dans tous ses combats, il n’a jamais connu d'autre mot d'ordre que celui-ci: ‘“ pro Deo et patrid.”
Ce mot d'ordre, il l’a, un jour, développé en citant les paroles du célèbre docteur Brownson, qui a dit: ‘ pro patriâ quia pro Deo, et pro Deo quia yro patrid.” Toute sa currière épiscopale a été le commen-
| taire de ces belles paroles.
On ne saurait nier au cardinal Taschereau les plus
CONFÉRENCES ET DISCOURS 231 mm remarquables qualités de l'esprit et du coeur. Son jugement est droit et apprécie toute chose avec calme et modération. De persévérantes études ont développé ses éminentes facultés et lui ont donné la science. Convaincu que l'évêque doit être la lumière de son église, il a toujours aimé les livres, et l'étude absorbe encore une large part de son temps.
A sa droiture d'intelligence vient s'ajouter un esprit de justice bien équilibré,
Il suit allier la charité au zèle apostolique, et, quand il se décide à censurer, il le faitavec mesure et modération. En même temps, toutes les œuvres utiles, et qui peuvent servir à la religion et à la patrie peuvent compter sur son concours. Quand sa présence est requise pour rehausser l'éclat d'une démonstration, soit religieuse, soit patriotique, il se met toujours à la disposition des organisateurs, et il ge prodigue avec un dévoûment et une activité qui étonnent dans un homme de son âge.
Il n’est pas un orateur ; mais il parle avec simplicité et correction, etjamais pour ne rien dire,
Il écrit avec'une rare pureté, sans recherche, sans viser à l'effet, mais avec goût et avec une Connaiseance parfaite de sa langue. Plusieurs de ses lettres pastorales sont extrémement remarquables. Le style en est ciair, précis, Sorrect, propre à ce genre de littérature, et révèle, en même temps, le docteur nourri des saintes Écritures.
Mais ce qui fait la force des hommes d’Eglise, c'est
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la vertu ; et, si les hommes d'Etat voulaient bien essayer d'acquérir cette force-là, ils se convaincraient bientôt qu’elle pourrait suppléer à l'intrigue et même à l'argent.
On ne se fait pas dans le monde, une idée exacte de ce pouvoir souverain que la vertu exerce. Mais le saintroi David, qui avait une grande expérience de la vie et une profonde connaissance des choses divines et humaines, paraît avoir mesuré toute la puissance de la vertu ; et il chante cette puissance dansun psaume admirable:
“Quis ascendet in montem Domini ? Qui gravira la montagne du Seigneur ? ” se demande-t-il,
Et il répond : “ Jnnocens manibus et mundo corde, celui dont les mains sont innocentes et dont le cœur est pur.” Et, plus loin, lesaint prophète ajoute. “Telle est la génération de ceux qui cherchent le Seigneur Dieu.” Puis, il continue:
“ Elevez vos portes, Ô princes : et vous, élevezvous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera : “attollite portas, principes, vestras, et elevamini, portæ ælternales ; et introibit rex gloriæ."”
Mais les portes éternelles ne s’ouvrent pas sans que les titres de ce Roi de gloire soient proclamés ; et c’est la voix des célestes phalanges, sans doute, qui interroge :
Quis est isle rex gloriæ ? Quel est ce Roi de Gloire ?”
Et le roi-prophète répond : ‘ Dominus fortis et potens. Dominus potens in prælio. C'est le Seigneur fort et
CONFÉRENCES Er DISCOURS 233
Mais les portes éte:
la voix interrogatrice reprend :
Quis est iste rex Jloriae ? Quel est ce Roi de gloire ?” La voix semble dire qu'il ne suffit pas d’être le Seigneur fort et Puissant, et qu’il lui faut un autre titre pour que les portes éternelles s'élèvent devant lui,
Alors le pieux roi-poète répond :
“ Le Roi de gloire, c’est le Seigneur même des vertus
“ Dominus virtutum, ipse est rex gloriæ.”
Lu vertu ! Voilà donc le vrai titre de la gloire, le titre qui Commande l'admiration et auquel rien ne ré-
siste, le mot tout-puissant devant lequel toutes les portes doivent s'ouvrir l C’est le titre princi
prélat. une collection considérable, et sont, en quelque sorte, l’histoire documentaire de vingt années d’épiscopat. Nous avons sous les yeux les deux forts volumes in-8° qui les contiennent, et l’on se ferait difficilement une idée de la variété etdu nombre des sujets qui y sont traités.
Il en est plusieurs qui ne touchent qu’à la rubrique, aux règles disciplinaires et à l'administration des égli-
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ses et des fabriques. Mais un grand nombre abordent des questions d'un intérêt beaucoup plus général, et pourraient être lues avec profit par les laïques, aussi bien que par les prêtres.
Le zèle du pasteur ne s'exerce pas uniquement dans les œuvres de piété qu'il faut établir, organiser et maintenir, dans les institutions de charité et les maigone d'éducation qu'il convient de fonder et de soutenir. Il ne s'arrête pas seulement aux fêtes à célébrer, aux anniversaires à commémorer, aux bulles et encycliques à promulguer. L'oeil vigilant du père et du chef spirituel embrasse tous les intérêts religieux, 80ciaux et même purement matériels de ses enfants.
Tantôt sa parole leur enseigne la vraie doctrine sur les rapports de l'Eglise avec l'Etat, et les prémunit contre les erreurs de l’incrédulité et du libéralisme. Tantôt elle s'élève contre l'intempérance, le luxe, l’émigration aux Etats-Unis, la corruption électorale, les luttes acrimonieuses et les dissensions intestines. Elle prêche la conciliation et la paix, l'union des prêtres entre eux et avec leurs évêques.
Un jour, elle dénonce les sociétés secrètes, la franc-maçonnerie et toutes les organisations occultes, qui ruinent la liberté du travail et suscitent la haine entre patrons et ouvriers. Uu autre jour, elle enseigne aux électeurs leurs devoirs pendant les élections, définit les droits et le rôle du clergé, expose les besoins du moment, dissipe les obscurités, éclaircit les doutes, et trace même aux députés des règles conformes à l’en-
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om
seignement de l'Eglise et aux véritables intérêts du
peuple, Quand une loi inique e
Bt votée, quand une sentence judiciaire blesse les droits
Quand un jourministres, quand e joue des pièces obscènes,
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D ee nor erer eme ee
En même temps, un patriotisme éclairé inspire et stimule son zèle apostolique ; et il ne donne pas seulement ses soins à la Propagation de Ja foi, mais il encourage, recommande, favorise Par tous les moyens à
sa disposition la colonisation de On pays et l’expansion de sa race.