‹ Conférences et discours [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 49 · CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

CHAMPLAIN

Très bien dit. Mais cet exemple, Wolfe, ne démontre pas seulement les bienfaits de la liberté ; il pre: -e aussi combien nos vues sont courtes quand nous plongeons nos regards dans l'avenir,

Quand, au prix de ta vie, tu faisais la conquête de la Nouvelle-France, tu croyais bien que toute l’Amérique du Nord allait faire à jamais partie du royaume britannique. Ta conquête paraissait bien être l’agrandissement de la Nouvelle-Angleterre. Et cependant, ce fut quelques années après seulement que la Nouvelle- Angleterre se sépara violemment de la mère-patrie, et fut à jamais perdue pour la couronne britannique.

WOLFE

Hélas ! Oui, j'en conviens, la formation de la République Américaine et sa longue inimitié contre l’Angleterre étaient bien loin d’entrer dans mes prévisions.

Mais c’est précisément pour empêcher la même éventualité de se reproduire en Canada que je plaide la cause de la liberté en faveur des deux races.

Ceux qui veulent absolument les fusionner ont tort. La fusion n’est pas nécessaire. Il suffit qu’elles vivent en harmonie; et leurs dissemblances produiront alors entre elles une noble émulation —ce qui est un élément de progrès dans l'ethnogénie des peuples.

Si jamais l'assimilation se fait, elle sera l’œuvre du temps, et non des hommes. Ceux qui entreprendront d’en hâter l’accomplissement la retarderont ou la rendront impossible.

Mais, dis moi, Champlain, père de la nationalité canadienne-française, qu’espères-tu pour ta fille? Crois-tu donc à un retour possible de la France en Canada ?

Page 1