‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur les trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886. Texte publié et coordonnéChapitre 26 sur 89 · LE ROI MAKOKO · texte numérisé non relu

LE ROI MAKOKO

Si en face du pays où Stanley livra son dernier combat je suis parvenu à conclure la paix avec les tribus les plus occidentales, qui sont les navigateurs par excellence du Congo, c'est à l'influence de Makoko que je le dois. En effet, c'est par son intermédiaire qu'en signe de paix et de protection le pavillon fran-

çais a été arboré par ces tribus dont nous avions besoin pour assurer par l'Ogôoué et l'Alima, nos communications avec le Congo qui est appelé à cet endroit Mali Makoko.

Makoko tenait beaucoup à ce qu'on établit près de sa résidence de Nduo le nouveau village des blancs. Ce n'est pas sans regret qu'il accéda à ma demande de le fixer plus loin, à N'couna, même après que je lui eus expliqué la raison de mon choix qui était d'ouvrir sur ce point une route plus facile aux blancs français (Fallas). « Ntamo m'appartient, dit-il, je te donne d'avance la partie que tu désigneras. Ngahimi donnera ma parole aux chefs qui tiennent la terre en mon nom et qui dépendent désormais de toi. »

C'est pour répondre à sa demande que j'ai ensuite laissé silice terrain concédé, le sergent Malamine et deux hommes, à l'entretien desquels il s'offrit de pourvoir jusqu'à mon retour, tant il savait que j'étais dénué de ressources.

Je suis resté vingt-cinq jours sous le toit de Makoko, j'ai séjourné deux mois dans ses Etats.

Il n'aurait pas mieux traité ses enfants que nous l'avons été par lui. Tous les matins, pendant notre séjour chez lui, sa femme m'apportait elle-même des provisions. Tout le monde voulait nous faire des cadeaux que la modicité de nos ressources nous obligeait à rendre beaucoup moins en espèces qu'en amabilité.

Chaque jour j'eus des entretiens familiers avec Makoko, dont la curiosité était insatiable.

Ne connaissant les blancs que par la traite des noirs et l'écho des coups de fusil tirés sur le Congo, il était resté longtemps incrédule aux récits que ses sujets lui faisaient de notre conduite. « Sans redouter la guerre plus que les blancs, nous préférons la paix. J'ai interrogé l'âme d'un grand sage, mon quatrième ancêtre, et, convaincu que nous n'aurions l>as à lutter contre deux partis, j'ai résolu d'assurer complète-

ment la paix en devenant l'ami de celuiyqui m'inspirait con?

fiance. »

Accueillis comme ils méritaient de l'être, ers sentiments de bon vouloir et d'amitié nous conduisirent à la conclusion d'un traité aux tenues duquel le roi plaçait ses États sons la protection de la France et nous accordait une concession de territoire à notre choix sur les rives du Congo.

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