ANCIENS ESCLAVES ÉMANCIPÉS (FRANCEVILL
successifs, se trouve ainsi sillonnée d'autant de vallées qu'il y a de torrents affluents au Congo. Quand on suit son cours, on ne fait que traverser toutes ces chaînes de montagnes, restes de l'ancienne éminence. Les difficultés de cette route sont telles que lorsqu'on apporte du sel à N'tamo (Stanley- Pool) on ne suit pas cette route ; on prend un tout autre chemin, plus long, il est vrai, mais aussi bien moins accidenté.
TROIS EXPLOR A ï IONS
Parallèle entre les deux routes du Congo et de VOgôouè.
Voici en quoi il consiste : dans la route de l'Ogôoué, on peut se servir de ce fleuve jusqu'au point accessible aux canots. De là, un trajet par terre de 40 à 45 milles suffit pour arriver au point où l'Alima est navigable. Ce trajet se fait, en outre, dans
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LA CASE DU VOYAGEIT, A FRAXCEVILf.E
un pays facile, où il n'y a pas d'obstacles et où il n'en existe pas non plus pour remploi du charroi. Les chariots pesants employés par Stanley, pourront, sans les moyens dont ils disposent, sans même avoir besoin de la hache, même en de rares occasions, parcourir toute cette route. Tout, dans cette partie de l'Ogôoué, s'appuie sur la facilité naturelle du terrain.
La route choisie par Stanley au contraire, va contre toutes difficultés du sol, sans que rien ne vienne en aide à l'énergie européenne. Pour lapremière route, travaux, vivres, hommes, on trouve tout, réuni dans le pays.
Dans la seconde, au contraire, il n'y a que des roches e1 de l'herbe sèche, voilà tout ce que le pays peut fournir à Stanley. Non seulement son personnel se nourrit de riz d'Europe transporté à épaules d'hommes ou à dos de mulets, mais les Anes et les mulets eux mêmes mangent le foin et l'avoine d'Europe que Von a fait venir à grands frais.
Il est clair que si le personnel européen consomme des vivres conservés comme viande et légumes, tout le reste se trouve dans le pays. Et, pendant que, ici, ce sont les indigènes qui fournissent les bateliers, les manœuvres et les porteurs, l'à-bas tout le travail est fait par les Zanzibarais et par les esclaves achetés par Stanley qui, d'ailleurs, ne leur servent pas à grand'chose. Malgré les précautions prises, une partie s'est enfuie et plusieurs de ceux qui y sont maintenant furent repris dans les villages voisins où ils avaient vainement cherché un refuge.
Au reste, là-bas les indigènes libres ne travaillent pas; je ne parle pas d'une ou deux caravanes de commerce qui, pendant un moment, voulurent bien consentir à traîner quelques voitures. Là, au contraire, tout le travail est fait par les peuples des indigènes; aux stations, les villages avoisinants envoyèrent leurs hommes pour construire les cases. Quand, au mois de juillet, je dus me procurer des approvisionnements qu'il me fallut faire chercher dans les établissements de la côte, le personnel qui escortait la colonne de 750 Aduma, qu'on y avait envoyés, consistait en un seul Européen et deux Gabonais. Quant aux Aduma, ils furent payés en marchandises, après la fin de leur travail qui avaient duré neuf ou dix mois.
Si, entre la section de l'Ogôoué et les établissement de la côte on devait exécuter des travaux, on pourrait facilement disposer d'une certaine quantité de personnel vacante chez les Pahouins.
En ce qui concerne le trajet entre l'Ogôoué et l'Alima, on pense également se servir des peuples indigènes. Cette différence caractéristique entre les deux routes, tient à ce que l'Ogôoué possède une nombreuse population, que le pays en est fertile et que de plus il n'a reçu que depuis peu les marchandises européennes.
Au Congo, au contraire, la population est presque nulle, le pays stérile et depuis longtemps les marchandises européennes y sont connues.
Entre Vivi et Ndambi Mbongo, on trouve seulement six villages qui, en tout, n'ont pas quarante ou soixante hommes. Plus haut les peuplades sont également très rares; les vivres le sont tellement aussi, que de Ndambi Mbongo à Vivi, avec mes seuls douze hommes (et je marchais à marche forcée) j'eus peine à en trouver pour ma modeste suite.
Quelle différence avec l'Ogôoué où je m'arrêtai, avec sept cents hommes dans un village. Deux heures après, je suivais ma route chargé de vivres pour deux ou trois jours. Que m'avait coûté tout cela ? trente kilos de sel. Et quand on arrive aux factoreries, je suis obligé d'acheter mes provisions de bouche avec des étoffes et s'il faut que j'en donne quatre mètres par jour et par trente ou quarante hommes, on trouverait, je pense, que les vivres sont bien chers.
Voilà ce qu'il est difficile d'imaginer. Alors que le personnel permanent, à ma solde, se compose en tout de vingt Sénégalais et Gabonais, et de deux Européens seulement, Stanley est accompagné par quatorze Européens, il a déjà dépensé deux millions ; que ne dépense-t-il pas encore, je n'en
UNE FACTORERIE DE LIBI1EVILLJ
sais rien, mais ce que je sais fort bien, c'est qu'il procède à coups de millions.
Voilà qui ressemble peu aux moyens dont je dispose.
La somme de vingt mille francs qui m'a été donnée pour commencer l'établissement de ces deux stations fut non seulement dépensée et, comme tu le sais, je dus te demander, au moment de mon départ de Manchester, de vouloir bien m'envoyer une lettre de change (lettre de change qui fut la flèche du Parthe), pour compléter ma pauvre bourse particulière (maintenant complètement à sec); avec cela je dus pourvoir aux besoins urgents et immédiats de l'expédition. Finalement, j'ai dépensé jusqu'à présent, 45 000 francs. Gomme la première fois, mon pauvre budget est venu au secours du budget de la France, mais maintenant, je suis aux abois. Toutefois, je puis me vanter d'avoir bien dépensé cet argent. La station de N'tamo, bien que seulement commencée, et que je suis en train d'organiser, offre un point d'appui et, grâce à mes quatre hommes, une expédition arrivée à cinquante milles de ce point pourrait trouver une colonne de secours de cent à cent cinquante indigènes, en obtenir des moyens de transport et forcer le monopole commercial des indigènes.
Aujourd'hui ; la station de l'Ogôoué est florissante ; elle possède des cases, des magasins, un dépôt de marchandises, des munitions, un troupeau de plus de deuxcents brebis, des chèvres et des cochons. Ajoutes-y un poulailler bien fourni. A la côte on ne parle que de la belle vie qu'on mène à la station.
J'attends l'envoi des cent mille francs que devait apporter le vapeur que je croyais trouver au Gabon à mon retour du Congo. Quand j'y arrivai, quelle désillusion fut la mienne ! Je crois que maintenant l'envoi sera arrivé et que de la station partiront quarante ou cinquante pirogues pour prendre Ballay etMizon. Un subside ultérieur m'est absolument nécessaire.
-o'i TROIS EXPLORATIONS
J'ai déjà écrit au comité français de Banann, du Gabon et de la factorerie.
Tout bien considéré, je ne vais pas mal et ma santé est bonne. Le courage ne me manque pas mais il est mis à une dure épreuve par le manque de ressources.
Parti d'Europe à l'improviste, je n'ai pas pu m'organiser de façon à me procurer les plus simples commodités. Je croyais que dans huit mois je serais de retour mais mon voyage se prolonge au-delà de mes pré visions. M on chapeau etmes pauvres souliers sont à toute extrémité, ce qui me cause une certaine impression. Ce que j'attends avec anxiété, ce sont les secours pour l'expédition.
Ton affectionné fils.
FK,E^EIÈI^E PARTIE CONFÉRENCE