‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886Chapitre 16 sur 71 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

A la leuconlre de Ballay. — Eu route poui- le Congo avec le sergent Malamine. — Jugé par M. Stanley. — Au-devant des Apfourou. — Changement de paysage. — Au feu les fourches d'esclavage! — Abolition de ce trafic. — Les Abonia- - Le roi Makok'>. — Message de paix. — Pour la France! — Le fleuve. — Patriotique émotion.

Vers la mi-juin, pensant que M. Ballay elle personnel des stations étaient arrivés à la côte, je les envoyai chercher par sept cent soixante-dix hommes montés sur quarante-quatre pirogues sous la direction de M. Michaud. Pour la première fois les gens du haut Ogùoué allaient descendre jusqu'aux factoreries.

Je remis alors à M. Noguez la direction de Franceville et prenant une petite quantité de marchandises je partis i)our le Congo accompagué de mon fidèle interprète Ossiah, du sergent Malamine (1) et de quelques indigènes.

(1) Voici un portrait de Malamine, tracé par Stanley qu'on ne saurait accuser de partia lité en sa faveur du vaillant collaborateur de M. Brazza.

« ... Nous vîmes approcher un drapeau français haut et précédé d'un per- » sonnage d'allure très crâne que je pris pour un nègre européanisé, bien que » les traits de son visage appartinssent à un type supérieur. Il portait un cos- 1) tume de marin, avec manclies ornées de galons de sovis-officier. C'était Mala- » mine, le sergent sénagalais que M. de Brazza avait laissé derrière lui. Deux » matelots, nègres du Gabon, en pantalons et chemises bleus, le suivaient, l'un » tenant le drapeau que nous avions aperçu.

» Malamine parlait fort bien le français, et son attitude respirait une mâle » franchise... Je n'eus pas plutôt lié connaissance avec Malamine que je reconnus 'I l'ii lui un homme supérieur, tout Sénégalais au teint bronzé qu'il fût. Il se )) trouvait là dans son élément, et exécutait les instructions de son maître avec » un tact et une habileté rares... «

Voir : Cinq années au Congo, \>-dv II. M. Stanley. 1 vol. in-8°.

NOTE DE L'ÉDIJEUK.

Je savais l)ien que nous allions retrouver près du grand fleuve ces Apfourou dont les avant-postes établis surl'Alima nous avaient autrefois barré la route. Mais j'espérais que notre réputation nous aiderait à conclure avec eux un traité de paix sans lequel il ne fallait pas songer à installer notre deuxième station.

Si l'état de ma santé eût été plus satisfaisant j'aurais regardé comme une cbarmante excnrsion la traversée des cinq cents kilomètres m jiays inconnu que j'estimais avoir à faire pour atteimlre le Congo.

A deux ou trois journées de Franceville l'aspect change subi-^ tement.

Au sol argileux du bassin de l'Ogôoué, à ses humides vallées, cachées sous d'épaisses forêts, à ses collinescouvertes déliantes herbes, succède d'abord un terrain accidenté, sablonneux et déboisé, oîi ça etlà quelques rares palmiersdénotent la présence d'un village. Nous voici à la limite des bassins de l'Atlantique et du Congo inférieur. Nous constatons que depuis l'équateur jusqu'à Stanley-Pool ces lignes salilonnenses de partage des eaux sont habitées par nne même peuplade, les Batékés. On leur a fait une réputation exagérée de cannibalisme ; elles se montrent pacifiqnes quand on n'attaque pas leurs monopoles. Pendant quelque temps nous suivons une de leurs rontes. Trop souvent nous y rencontrons des fourches, instruuient dont on se sert ici au lieu de chaîne pour conduire les troupeaux d'esclaves. A cette vue mes Gabonais, anciens esclaves devenus libres, allument joyeusement leurs feux avec ces objets qui leur rappelaient tant de misères.

Quant à moi, dont tous les efforts, partout où j'ai pu séjourner, ont été consacrés à combattre cette ignoble institution, je cherchais non sans tristesse par quel moyen on obtiendrait les plus grands et les plus rapides résultats. Il me seml)le que si le

commerce compris de certaine façon entretient l'esclavage, il peut aussi être une arme puissante contre lui. Nous ferons un jour, je l'espère, pour les Batékés ce que nous avons pu faire pour les frères de rOgôoué.

Nous fûmes bien accueillis par Ngango, chef indépendant des Achicouya, assez beaux hommes, plus propres et mieux vêtus que les Batékés. Non moins curieux que pacifiques ils se pressaient sur notre passage en poussant des cris de joie, et ne craignaient pas de ravager leurs plantations en nous accompagnant par centaines à travers les champs de maïs, de manioc, de tabacs et d'arachides qui couvrent toute la contrée.

Le même accueil nous attendait de l'autre côté de la Mpama, chez les Aboma, dont le pays est moins cultivé que le précédent. Le commerce des esclaves, la fabrication d'étoffes très fines en fil de palmier et la navigation sont les principales ressources des Aboma .

Ces noirs, les plus beaux et les plus courageux qu'on rencontre entre le Gabon et le Congo, me parlèrent pour la première fois de ce dernier fleuve appelé ici Oloumo, sur lequel commande le puissant chef Makoko dont ils dépendent.

Nous suivions depuis peu larivière Léfiné (Lawson) et nous venions de construire un radeau, lorsqu'un chef portant le collier distinctif des vassaux de Makoko, se présente à moi. « Makoko, me dit-il, connaît depuis longtemps le grand chef blanc de l'Ogôoué ; il sait que ses terribles fusils n'ont jamais servi à l'attaque et que la paix et l'abondance accompagnent ses pas. Il me charge de te porter la parole de paix et de guider son ami. »

Rarement j'éprouvai une joie plus vive, et déjàj'aurais voulu être auprès de cet excellent Makoko. Toutefois ne me rendant pas un compte exact du lieu de sa résidence et craignant de faire un trop grand détour je continuai à descendre le Léfiné en

radeau, accompagné de l'envoyé qui partageait généralement avec nous les provisions qu'on lui apportait de tous côtés.

Arrivés à Ngampo nous laissâmes notre radeau, marchant pendant deux jours sur un plateau inhabité. Brûlé par le soleil, plusieurs fois égaré et me croyant perdu je commençais à menacer mon guide lorsque à onze heures du soir après une der-

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