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Conférences [microforme]

Il y a quelques semaines à peine, le 1er août dernier, se tenait À Paris une réunion mémorable de délégués spéciaux venus de toutes les parties du monde, et qui prenait le nom de ‘“ Congrès international des Sciences Géographiques.”

A ce sujet, l’Opinion Publique du 2 septembre faisait ces ironiques remarques :

“ Ilest assez difficile, on en conviendra, qu'un pays comme le Canada, qui occupe une superficie de cinq millions de milles carrés, dont l'étendue est supérieure à celle des Etats-Unis, (y compris le territoire d'Alaska,) de cent et quelques milles carrés, et infér' ure seulement de trois cents et quelques milles à la superficie de l’Europe, il est difficile qu’un semblable pays passe inaperçu dans un Congrès International des sciences géographiques.”

Eh bien ! Messieurs, ce qui semblait difficile, on l’a fait avec la plus grande facilité du monde, Il n'y a rien de si aisé que de s'abstenir, et sans le zèle amical d’un français épris de notre pays, de M. Farrenc, cet immense domaine qui s'étend du Pacifique à l'Atlantique, et qui porte le nom redoutable de Puissance, n’eût peut-être pas même été mentionné au congrès de géographie.

Après avoir établi, dans une démonstration pleine de méthode et de clarté, les grandes. divisions de notre territoire, et les avoir montrées sous un jour assurément nou- : seau, M. Farrencter nait ainsi son exposé :

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ft Qu'il me soit permis de regretter qu'un pays aussi avancé sous le rapport matériel, ct qui s'annonce comme devant disputer la palme aux Américains du Nord, n’ait fait sur lui-même et sur sa constitution physique que des recherches insuffisantes. J’espère que les Canadiens s’appliqueront à combler cette lacune. S'ils viennent à Paris assister au Congrès géographique, ils y rencontreront des gens avides de s’éclairer sur leur pays. Ils pourront alors dissiper toutes les conjectures.”

‘“ Cette attente,” remarque l’Opinion Publique, “ a dû être partagée par un grand nombre de personnes assurément. On ne pouvait supposer autre chose,

Le Canada s’abstenant d'assister au Congrès International de géographie, c'est comme si au moment d’un procès l’avocat d’une des parties faisait défaut.”

A cet appel fait à toutes les nations du monde, le Canada, seul peut-être, n’a pas répondu. Quelque temps auparavant, il s'était tenu un congrès analogue à Nancy. Il s'agissait

pour ce congrès de réunir le plus grand nombre possible de documents qui fissent connaître l’histoire de l'Amérique avant sa découverte par Cristophe Colomb ; or, cette histoire mérite d’être connue, car on a trouvé sur ce sol qu’il est convenu d'appeler vierge des traces d’une extrême antiquité et d’une civilisation éclatante ; ch bien! cette fois encore, le Car«da ne faisait aucune espèce de figure, il semblait ignorer même qu’il occupât une place sur notre planète. Il n’y avait donc pas un homme, dans toute cette vaste étendue, qui fût capable de se présenter dignement devant un congrès scientifique, et si cet homme existait, le gouvernement ne songeait même pas à lui confier cette mission. Pendant que tous les journaux étrangers donnaient des comptes-rendus des séances de ces deux congrès, notre presse canadienne était aussi muette qu’elle est bavarde tous les jours en se faisant l'écho de niaiseries qui

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désolent les esprits sérieux et détournent des objets dignes d'attention, Le monde est plein d’événemens, de grosses questions s’agitent, des faits d’une incalculable portée passent et tout cela n’est rien pour nous, nous en saisissons à peine une vague ctbien douteuse notion dans des reproductions étrangères puisées invariablement aux mêmes sources, choisies dans un même et unique ordre d'idées. Il est pour ainsi dire défendu de sortir notre esprit de la sphère locale où nous nous agitons, et c’est d’après elle que nous voyons tout ce qui se pæse dans le monde, Y at-il quelque chose en dehors de la province de Québec.? Oui, puisque nous entendons comme un bruit c‘nfus, un vaste bourdonnement qui nous fait dresser l'oreille, mais sans rien nous apprendre, semblables au voyageur isolé dans une forêt, et à qui le retentissement lointain des vagues de l'océan révèle un monde extérieur, mais qu'il ne peut ni voir, ni comprendre,

Veuillez jeter les yeux tout autour de vous ; vous voyez des avocats, des médecins, des notaires, des prêtres et des arpenteurs ; voilà pour ce qu’on appelle les professions libérales ; mais le journalisme, cette autre carrière si vaste qu’elle embrasse pour ainsi dire toutes les autres et qu’elle exige, chez celui qui l’exerce, au moins les éléments de toutes les connaissances humaines, cette carrière qui n’est faite que pour des apôtres et qui a la plus haute des missions à remplir, carrière où l’on ne devrait entrer qu’en tremblant et armé de toutes pièces pour les luttes de la pensée et l’exercice de la langue, qui s’adresse à tous, qui a pour premier objectif l'intelligence de tous les hommes, quels qu'ils soient, qui cherche à satisfaire avauc tout le besoin le plus noble, à contenter ce qu’il y a de plus digne en l’homme, l’avidité de connaître, carrière qui, par cela même qu’elle a cn vue l’humanité entière, et que chaque homume, fût-ce le dernier de tout un peuple, a droit de lui

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faire appel contre un abus, une iniquité ou un vice quelconque des institutions, de la société ou des lois, ne devrait être accessible qu'aux hommes du plus grand mérite, joignant au talent ct aux connaissances un esprit élevé, une conscience ferme et un caractère impervertible, uarridre qui,

par cela seul qu'elle est une mission, exige au moins un.

novic'at préaluble ct une consécration qui en autorise l’exercice, cette carrière enfin, le journalisme, n’est guère autre chose chez nous que le pis-aller des avortons de l'intelligence et des fruits secs de toute nature,

Messieurs, le spectacle de la presse canadienne-française est tout ce qu’il y a au monde d’aflligeant et d'humiliant, A de très-rares exceptions près quo je ne citerai pas, mais que tout le monde ici présent peut aisément reconnaître, quel est celui de nos journaux qu'on oserait montrer à l'étranger, et qui aurait le courage, mis en présence de ce que nous appelons un d« nos organes, de se dire oanadien-français dans un autre pays que lenôtre? Si la plupart de nos journaux, pour toute question de science, d'histoire, de littérature ou d'art, sont obligés d'avoir recours à des reproductions, en revanche quel est donc l'emprunt que la presse étrangère fait à la nôtre? De temps en temps peut-être lui demandera-t'elle un renseignement, mais quand lui demande-t’elle une appréciation ou un modèle, soit de style, soit de ponsée ? Si les platitudes grossières et les invectives de carrefour qui éomposent presque tout l'aliment de notre presse, revêtaient une forme que l’on pût déterminer, s'il y avait une langue dans tout cela, ce ne serait pas une compensation sans doute, mais du moins une certaine consolation offerte à ceux qui savent le mieux juger ; mais à la trivialité basse des injures, à la stupidité accablante des choses que l’on débite viennent s'ajouter l'ignorance la plus absolue de la langue et le manque le plus complet de savoir-vivre. Les

plus misérables passions font du journalisme canadien

be leur instrument et leur empire ; l'envie, la calomnie, la persécution sous toutes les formes s’y établissent de droit et font un appel constant aux plus violents et uvx plus Tâches instincts; l'esprit et l’honnôteté publics, le sens moral, lo sens droit des choses sont tous les jours pervertis par nos journaux, je ne dirai pas par nos journalistes, car je les cherche en vain, à part les quelques rares exceptions que je serais heureux de nommer, si je n'étais pas aussi malheureux de nommer les autres.

Le journalisme est de toutes les professions peut-être la plus délicate, parce que même dans l’attaque, même dans la flétrissure, il faut toujours garder la dignité du langage ; c'est une profession dont le noviciat doit être le plus laborieux et le plus long, parce qu’il ne se borne päs à une spécialité, il les embrasse toutes, il demande une grande habitude du monde, beaucoup d'observation, une éducation honnête à part une instruction variée; et bien! c’est à cause de cela sans doute que le premier galoupiat venu, qui n’a ni usages, ni éducation, ni étude, que le premier galopin avi sort du coliése aveo un accessit en thème, se croit le droit de prendre une plume ot de se faire rédacteur, comune si l'on était rédacteur ou écrivain de même qu’on est portefaix ou commissionnaire,

Est-ce un art, que celui du style ou un simple moyen à la portée de tous? ‘

Existe-t-il des langues avec des lois qui les gouvernent et

“ : qui empêchent d'attaquer au moins les règles fondamentales

sur lesquelles elles reposent, ou bien est-il permis de se ser-

4 ‘2 vir de n'importe quel langage et d’écrire tout ce qu'on

veut avec des mots quelconques ? La première condition

: pour écrire est-elle de savoir écrire, ou bien seulement d’en avoir la prétention et de s'imposer sans égard, sans ver-

- gogne, aux yeux du public ? Oseriez-vous, vous, rédacteur,

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faire une statue sans avoir appris la sculpture ? Non, eh bien ! de quel droit alors osez-vous écrire sans savoir au moins les premiers éléments de la langue? De quel droit entrez-vous sur ce terrain, qui est une arène de discussion d'où la lumière doit jaillir inccssamment de chaque effort de l'esprit, et non pas va champ de massacre, un rendez-vous populacier où le casse-tête et la massue sont los seules armes ? Tout journaliste est un soldat et doit porter un drapeau ; mais un soldat n’est pas un boucher ; le journaliste est l’homme militant par excellence, il doit être toujours prêt à accepter les combats de la plume, mais depuis quand, pour combattre, a-t-on vu qu’il ne fallait pas y être exgroé, connaître au moins le maniement de ses armes ? Depuis quand est-il admis que les combattants de la plume et de l'idée peuvent être des.assommeurs qui empruntent aux charretiers leur vocabulaire et se ie jettent à la face ?

La lutte pour le journaliste est de toutes les formes ; il dois non seulement savoir défendre une opinion avec des arguments et non pas des coups de bouttoir, mais il doit encore pouvoir faire la critique, apprécier avec indépendance autant qu'avec counaissance de cause les œuvres de l’esprit, ce qui est une autre manière d’avoir des opinions et de les exposer; mais où est la critique, où sont dans nos journaux les appréciations qui supposent de l’étude et une culture sérieuse ? Tout est réduit au même niveau, et si tel . ou tel fait un chef-d'œuvre, il recevra la même somme de louanges que le barbare qui, à côté de lui, accouchera d’une énormité, : La citique d'œuvre est rendue tout-à-fait impossible parmi nous par des difficultés qu’il est trop dangereux d'aborder de front; pour indépendante, on ne peut pas espérer qu'elle le soit, il faudrait alors que les journaux fussent indépendants aussi eux dans l’ordre des choses de l'esprit. Et c’est à le plus grand malheur peut-être de notre presse qu’il ne soit pas permis d’y exprimer une opinion

libre sans être aussitôt taxé d’hérésie par une petite légion e barbouilleurs aussi ignorants que bornés et prétentieux, qui s'imposent au clergé lui-même, se substituent à son action, lui enlèvent presque sa direction légitime, lui dictent ce qu’il a à faire, décrétent, anathématisent, pourfendent de droite et de gauche, se font l’église à eux tout seuls, et ” iraient jusque dans le Vatican même pour y interdire le pape.

Voilà l'ennemi qui attend la critique indépendante. D'un autre côté, si elle est sévère, on en accusera l’auteur de jalonsie de métier, et si elle est flatteuse sans examen, elle retombera dans la sphère banale des appréciations stéréotypées que vous pouvez lire à la troisième page des journaux. Que reste-t-il alors, en présence d’un pareil état de choses, au véritable homme de lettres, à celui qui, s’il lui manque le talent, a du moins le culte des lettres, le respect de ia haute mission qu’elles sont appelées à remplir? Il lui reste le dégoût et le découragement. A quoi sert, se dit-il, d'étudier, de passer ses veilles dans l'exercice et la culture d’un art qui n’est même pas reconnu ? Et pourtant, cet art est le plus indispensable de tous ; car, sans les lettres, que saurions-nous, que serions-nous tt 18, messieurs ? Que deviendraient toutes les découvertes, tous les progrès imaginables sans les écrivains qui les font connaître et les expliquent ? Et pensez-vous que. l’on puisse indifféremment se servir de tel ou tel langage pour apprendre aux hommes une vérité et la leur faire goûter ? Demandez alors à tous ces grands chercheurs, à ces savants profonds, demandez à Pascal, à Bacon, à Leibnitz, à Descartes, à Arago, à Herschell, à Cuvier, à tous ces découvreurs sublimes, qui furent en même temps de grands écrivains, conifbien il leur aurait fullu attendre de temps, si la vérité qui jaillissait comme un éclair de leur cerveau n'était pas passée avec le * même éclair dans leur style. Ah ! pour l’homme de lettres,

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la pensée est une religion ct le style est un culte ; il a placé son art dans le domaine lumineux de l'idéal, de l'idéal qu’il est toujours bon que les hommes conservent un peu, comme un refuge pour échapper de temps à autre à l'épaisse matière où ils sont si tristement retenus.

Mais il ne s’agit pas ici du pur domaine des lettres, de cette sphère si élevée que l’homme y dédaigne presque la terre, il s’agit de cette littérature aisée, quotidienne, popu- Jaire, mais qui aussi elle a ses droits et ses lois. Or, le premier de ses droits, c’est de ne pas laisser violer son sanctuaire par toute espèce d’intrus, aliborons cyniques qui se crojent capables de tout, qui ne doutent de rien, et qui, ne faisant aucune différence entre une plume et une pioche, l’empoignent comme pour vous en frapper, n'étant pas habitués à s’en servir pour écrire. Messieurs, qui de vous n’a vu depuis quelques années surgir un certain nombre de publications, de nature différente, des journaux, des r°vues, des brochures, et même des volumes (oh ! je tremble), amas d'insignifiances et de lieux-communs étalés dans un style baroque, produits d‘un jour, avortements prévus, masse qu’on feuilleterait à l'infini sans pouvoir y trouver une idée, dont

le public est obligé de constater la naissance, mais dont il

ignore presque toujours la mort ? Pourquoi ces publications ne sont-elles pas viables ou, si elles vivent, de quoi se nourrissent-elles ? quel est le mystère de cette existence prolongée en dépit de tout ? Ah ! il faut bien le dire pourquoi, parce que les choses en sont arrivées aujourd’hui sous ce rapport à un étät qui est une véritable humiliation pour notre race, parce que l’on serait porté à croire que notre presse est l'image fidèle du degré d'instruction, de caractère et de morahté de tout un peuple, parcequ'il est du devoir, pour celui qui tient une plume indépendante, de ne pas fermer plus longtemps les yeux sur cette plaie profonde qui s'étend en toute liberté, et qu'il faut exposer

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sans faiblesse si l’on veut en faire mesurer la profondeur et l'étendue,

Messieurs, dans aucun pays il n’y a pas un homme qui puisse se dire exempt .de toute espèce de solidarité avec les choses qui s’y font, et s’il y découvre un mal, un vice, une lacune, et par suite une réforme nécessaire à poursuivre, c’est son devoir de le dénoncer, d’indiquer le remède, s’il le connait, ou du moins de ne pas marchander au n les expressions qui le caractérisent.

Pourquoi la presse canadienne-française est-elle en général si profondément abaissée ? Pourquoi est-elle si nulle ? Pourquoi y trouve-t-on tant de choses qui soulèvent le cœur avec si peu d'aliments qui nourrissent l'esprit ? c’est que l'éducation, dans notre pays, est absolument fausse, je veux dire qu’elle est étrangère aux besoins du monde moderne, aux conditions nouvelles de société qu’établit le progrès des sciences, et surtout parce qu’elle méconnaît cette vérité aujourd'hui manifeste, c’est que la science est devenue une

nécessité au lieu d’être un luxe comme elle l'était jadis. La science, de nos jours, Messieurs, reçoit une application constante, universelle ; le savant ne peut plus, comme autrefois, se tenir renfermé dans son cabinet au milieu de ses livres, et n'avoir de rapports qu’avecun petit monde d’élus ; d’où il résultait que la science restait à l’état purement théorique ; non, le savant doit venir aujourd’hui devant le public tout entier communiquer le fruit de ses travaux et subir l'épreuve de ses découvertes. Tout ce que l'esprit trouve, la matière le met immédiatement en usoge ; le savant n’a plus un objet purement idéal en vue ; en faisant les grandes comme les petites découvertes, il travaille surtout à augmenter le bien-être général, à perfectionner les mé- * thodes comme les instruments, et à fournir au commerce, à l’industrie, aux relations de peuple à peuple tous les moyens possibles de se multiplier : il n’y a plus de sciences abstraites,

Messieurs, il n’y a que des sciences pratiques, La science nous enveloppe de toutes parts, chacun en voit tous les jours l'application multipliée : c’est à elle que le monde moderne demande sans cesse de nouveaux développements, de nouveaux essais, elle est, dans tous les pays, le premier objet des gouvernements et des maisons d’édncation ; la négliger, c’est se mettre complètement en dehors des nécessités actuelles ; eh bien ! la science, chez nous, est non seulement négligée, mais elle est pour ainsi dire dédaïgnée, méconnue. Où sont nos cours spéciaux pour former des gévlogues, des tminéralogistes, des chimistes, des géographes, des ingénieurs ? où sont nos cours d'histoire, de l’histoire, cette science qui, grâce à la critique et aux découvertes modernes, a sccoué ses vicilles légendes et les puérilités innombrables qui en composaient autrefois presque tout le fond ? Sans aller aussi loïn, ne peut-on pas demander si, dans nos maisons d'éducation classique, on donne seulement une teinte sériouse de géographie ou d'histoire. ÆEh bien ! la géographie, Mc ‘ieurs, est aujourd’hui la science la plus indispensable pour celui qui se mêle d'écrire dans les journaux, à causo des nombreuses relations qui s’établissent entre les peuples et des découvertes qui se font tous les jours ; il en a besoin pour ses dépêches télégraphiques, pour ses nouvelles de l’extérieur, pour les questions éventuelles qui se présentent souvent, quand ce ne serait que pour éviter de faire les énormes bévues que vous pouvez voir presque chaque jour dans nos journaux où l’on ne se fait pas faute de bouleverser la carte du monde. Il n’y a donc rien d'étonnant à ce que le gouvernement, soit local, soit fédéral, n’ait pas trouvé en Canada un homme propre à en- ‘voyer au congrès géographique dont je vous parlais en commensant ; l’un ou l’autre n’y a même pas songé, il n’a pas soupçonné seulement l'intérêt ou la vaieur d’une question géographique, à l'exception peut-être de l’hon. M. Letellior

de St. Just, qui vient de faire une exploration dans le Nord-Ouest, et À qui certaines mauvaises langues veulent ôter tout le mérite de ce voyage en prétendant qu'il y.ést allé pour découvrir quelque nouvelle situation de famille, quelque neveu ou quelque cousin égaré dans ces vastes 50litudes, trop loin de son département protecteur.

C’est la géographie, Messieurs, cette nohle science qui faisait dire, à l’ouverture du congrès dont je parlais plus haut, par son président l'amiral de La Roncière :

“ La Providence nous a dicté l'obligation de connaître Ja terre et d’en faire la conquête. Cet ordre suprême est un des devoirs impérieux prescrits à notre intelligence et à notre activité. La géographie, cctte science qui inspire de : si beaux dévouements, et à laquelle se sont immolées tant de victimes, est devenue la philosophie de la terre.

# Quelque diverses que puissent être nos origines et nos tendances, nous sommes d'accord pour reconnaître à combien de branches des besoias de la vie humaine se rattache la géographie, soit dans le domaine de la pratique,. soit dans le domaine de la théorie.”

Je reviens à ce que je disais tout-à-l’heure, messieurs, et j'irai plus loin encore. Personne ne contestera sans doute que la connaissance du français et de l’anglais ne soit notre premier besoin. ÆEkh bien ! depuis douze ans que je suis intimement lié au journalisme, j'en suis encoro à trouver un jeune homme sortant de nos colléges et se livrant à cette carrière, qui puisse faire une traduction supportable, voire même des dépêches télégraphiques, et qui n’y introduise pas invariablement d'énormes fautes de géographie et d'histoire, qui supposent l’ubsénce des notions les p'us élémentaires. Et, quant aux sciences exactes, tout le monde reconnaîtra avec moi que, à part la médecine pour laquelle il y a des cours réguliers, le Canada n'a pas encore produit un seul

homme, …. l’on veut bien excepter quelques individualités remarquables, comme Mr. Baillairgé par exemple, qui est obligé de donner” des cours privés de mathématiques, le gouvernement trouvant indigne de jui offrir une chaire ou étant trop occupé à se protéger contre les électeurs impies qui ne craignent pas d’offenser Dieu, suivant l'expression À jamais mémorable d’un des plus grands vicaires, qui est à fois un des plus grands génies du Canada. 1

Il faut élever cette question, Messieurs, à sa véritable hauteur ; c’en est une de la dernière importance pour notre race, si nous no voulons pas que s’acouse de plus en plus notre infériorité vis-à-vis des autres éléments qui nous en- À tourent, Le vrai patriotisme ne consiste pas à se leurrer les uns les autres, à se bourrer de compliments, il consiste, lorsque le mal est extrême et les palliatif sinsuffisants, à nous dire crûment nos vérités. Or, je dis et j'affirme que si notre système d'éducation n’est pas entièrement remodelé, c'est-à-dire, si on ne le fait pas moderne, avant dix ans la démarcation entre nous et les anglo-saxons sera parfaitement tranchée ; seulement nous occuperons l'arrière-plan. Notre presse, messieurs, nous donne presque tous les jours le plus humiliant et le plus honteux des spectacles, Il suffit presque d’être journaliste pour oublier les procédés les plus vulgaires d’honnêteté, les convenances les plus élémentaires, les plus simples notions de savoir-vivre. Des personnalités outrageantes et barbares, des grossièretés à faire reculer des poissardes, aucun souci de la décence et de la dignité publiques, pas la moindre charité, ct cela est d’autant plus remarquable que souvent, par le caractère même que la presse revêt ou qu’elle affiche, la charité doit être ex-

t. M. le grand-vicaire Langevin, de Rimonski, avait afflrmé durant la dernière campagne électorale, qu'on ne pouvait voter pour un aie “libéral sans offenser Dion,

pressément évangélique, je ne dis pas catholique, car c'est trop difficile aujourd'hui... il paraît qu'il n’y a plus que. vinq catholiques dans tout le Bas-Canada, à peine assez pour sauver Gomorre, mais à coup sûr pas assez pour sauver toute une province,

On voit de temps à autre des spectacies hideux, L'agonie elle-même n’est plus sacrée ; pour une certaine presse, les sonfiles du moribond sont trop lents pour son impatience féroce; elle entre effrontée, agressive, jusque dans la chambre que la mort elle-même respecte ; jusque cr le lit de douleur d’un homme aimé et rospecté de tous, elle fait le sauvage dépouillement d’une succession politique, en appelant cela des prévisions ou des combinaisons, comme si le lecteur pouvait se tromper à des mots pareils,

comme si le croassement du corbeau pouvait porter un autre nom.!

Est-ce là le spectacle qu'offre la presse anglaise? La voyez-vous descendre à de pareïlles indignités ? Non, non, dans les journaux de cette presse on trouve de quoi s’instruire et de quoi se nourrir; dans les nôtres, c’est tout le contraire.

Rappelons-nous toujours qu'il y a des exceptions, mais pensez-vous que si la plupart de nos rédacteurs avaient cette bonne éducation d’abord, qui fait l’honnête homme, et. une intruction sérieuse, ils ne rougiraient pas tout les. premiers de la langue dont ils font usage ct des misérables objets qu'ils offrent à l'attention publique? Pensez-vous que s'ils étaicnt capables d'aborder les questions du jour, et de les discuter, ils ne lzisseraient pas de côté toutes les, misères À les platitudes qu’ils nous servent? L'homme qui a une instruction solide et variée, estime trop ce bien-

mate)

1. Allusion aux calculs d'un jonrnal conservateur faits en prévision de, lu mort de l’hon, M. Geoffriou, ministre fédéral.

fait pour pouvoir patauger longtemps dansles petitesses et les nisiseries ; À son iusu et par le résultat forcé de son instruction, il élève les questions à leur véritable hauteur et les personnalités lui devisnnent impossibles; chez nous, au contraire, la presse, au lieu de former le goût et l'opinion publics, suit l’un et l’autre tête baissée; elle ne remplit pas un rôle et ne fait que du bruit, la seule ressource des impuissants,

De tout ceci, messieurs, vous avez conclu comme moi que, pour faire des rédacteurs, il faut une instruction sérieuse et variéo, une instruction qu’on ne nous donne pas dans notre pays, et aussi cette éducation qui fait les hommes bien élevés, complément indispensable à tous ceux qui sont appelés souvent à porter une grande responsabilité pour leurs paroles. N

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