Conférences pratiques de médecine légale
La mort des professeurs Gromier et El. Français, survenue coup sur coup, au moment où la Faculté de médecine était à peine installée, laissait dans renseignement de la médecine légale un vide bien difficile à combler. C’est à la suite de ces douloureuses circonstances que j’ai eu l’ honneur d’être chargé du cours pendant l’année 1879. La tâche qui m’incombait était lourde; j’avais à mener de front les leçons théoriques du programme officiel et les conférences pratiques faites à la morgue sur les sujets mis à notre disposition d’une manière inopinée; mais je comptai, pour m’en acquitter, sur l’appui et les conseils de maîtres éminents qui, je dois le dire, ne m’ont jamais fait défaut.
La cause de l’enseignement pratique de la médecine légale est désormais gagnée : il est officiellement reconnu et installé dans toutes les Facultés actuelles.
PREFACE
Inauguré à Lyon, dès l’ouverture de la Faculté, par le professeur Gromier et par Français, il s’y est fait jusqu’à ce jour dans des conditions matérielles vraiment déplorables. La morgue est un vieux bâtiment en ruine, qui n’a pas été construit en vue de la pratique des autopsies, et à fortiori en vue d’un enseignement quelconque. Elle ne comprend qu’une seule salle d’exposition des corps, où cinq à six personnes se trouvent déjà à l’étroit. L’autopsie des sujets — le plus souvent putréfiés — se pratique dans cette pièce à côté des autres cadavres, au milieu d’un air infect. L’odeur et la saleté y rendent très-pénible, sinon dangereux, un séjour un peu prolongé, surtout dans la période des chaleurs. Notoirement défectueuse et insuffisante pour le service ordinaire des expertises,
cette installation devient dérisoire quand il s’agit de l’ utiliser pour les besoins même les plus rudimentaires de l’enseignement. L’espace et l’éclairage convenable font défaut, les sièges n’existent pas et ne pourraient d’ailleurs trouver leur place; c’est debout, entassés les uns sur les autres, que professeur et élèves doivent séjourner pendant le temps nécessaire
à la démonstration, dans une atmosphère aussi malsaine.
On ne peut faire dans un pareil milieu que les
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constatations les plus grossières, et il est impossible d’y pratiquer les recherches qui demandent plus de temps ou qui sont plus délicates; impossible d’y placer un microscope pour examiner les liquides de l’estomac, le sang, les taches, etc. ; impossible d’y faire les analyses élémentaires, qui sont le complément obligé d’une autopsie complète.
La morgue actuelle ne peut être agrandie, et pour la mettre en rapport avec les besoins de l’enseignement, il faut en construire une nouvelle. Le moment est du reste propice pour cela : bâtiment et bateau ont besoin l’un et l’autre d’être réparés de fond en comble, sous peine de s’effondrer prochainement. En présence des dépenses considérables qu’exigeraient ces répara-
tions, il est probable que l’Administration municipale, toujours si favorable aux projets de perfectionnement de l’instruction publique, n’hésitera pas à faire reconstruire cet établissement sur un plan nouveau, conforme à sa nouvelle destination. Il sera bon, cà ce moment, d’étudier ce qui a été fait dans diverses localités et particulièrement à la nouvelle morgue de Paris.
La population flottante de notre ville étant relati- ; veinent peu considérable, les morts violentes qui y surviennent concernent presque toujours des indivi-
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dus qui y sont domicilies ..Les suicides par pendaison, strangulation, asphyxie, etc., qui ont lieu ailleurs que sur la voie publique, ne sont jamais, ou presque jamais transportés à la morgue. Quant à ceux que l’on y dépose, il sont bien vite reconnus et réclamés par les familles.
Les sujets d’instruction ne manquent pas cependant aux élèves, mais trop souvent le professeur est obligé de limiter ses démonstrations à l’étude des caractères extérieurs. Les familles font enterrer les corps et s’opposent à l’autopsie complète, les plus indigentes trouvant de grandes facilités pour obtenir l’enterrement gratuit. Ces sentiments, d’ailleurs bien légitimes des familles, réduisent à un petit nombre les autopsies que l’on peut pratiquer devant les élèves. Ainsi, dans le dernier semestre, j’ai pu leur montrer des spécimens de tous les degrés d’altération que subissent les cadavres qui ont séjourné dans l’eau; mais il ne m’a été permis que bien rarement de faire devant eux l’examen des organes internes.
Ce sont là autant d’obstacles sérieux à l’enseignement pratique de la médecine légale dans notre ville. Est-il besoin d’insister pour démontrer combien il serait cependant utile à l’instruction des élèves et môme des experts de faire l’examen anatomique de
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tous les cas de mort violente? N’est-il pas évident que l’expert doit, se familiariser avec l’examen des lésions, surtout lorsque le suicide est certain? Si l’autopsie de ces cas bien démontrés n’est pas permise, ne sera-t-il pas embarrassé, quand il y aura présomption d’un crime, et qu’il se trouvera en présence d’altération qu’il n’a pas l’habitude d’observer?
Il était de mon devoir de signaler ces divers desiderata, si regrettables pour l’instruction des élèves. Quelques-uns disparaîtront sans doute avec le temps, lorsque nous aurons achevé la période de transition qui se retrouve au début de toutes les créations aussi importantes que celle d’une Faculté de médecine. «
J’ai utilisé l’installation actuelle de mon mieux, faisant les démonstrations tantôt sur des sujets de la morgue, tantôt sur d’autres qui m’étaient obligeamment fournis par mes collègues dans les hôpitaux, et particulièrement par M. Fochier, chirurgien en chef de la maternité de la Charité.
Cette modeste publication comprend les principales conférences qui ont eu lieu soit à la morgue, soit dans le laboratoire du cours. Je me suis décidé à la faire paraître pour donner la preuve, si faible soit-elle, que je me suis au moins efforcé de répondre à la confiance dont on m’avait honoré.