DE L'AUTORITE DES DOCUMENTS PONTIFICAUX
Ergo Mes ex auditu, auditus autem per verbum Christi.
La foi vient donc de ce que l'on a entendu, et l'on a entendu parccque la parole de Jésus-Christ a été prêchée. Rom. X. 17.
Mes Frères,
Le pontife de Home vient de parler encore nne fois à la Ville et à l'Univers. Comme toujours, de tous les points de la terre on a porté attention à sa parole : les uns l'ont écoutée pour s'y soumettre humblement, les autres pour la repousser et la maudire, mais personne n'y est resté indifférent. Nous sentions un grand besoin de cette parole : le mal est organisé aujourd'hui comme il ne l'a été à aucun des âges de l'église ; l'erreur a des moyens de propagation les plus puissants et les plus nombreux dont elle ait jamais joui: les forces catholiques attendaient donc un mot de ralliement, une direction, un jet de lumière, car le combat est terrible et les ténèbres sont profondes dans bien des âmes.
C'est Jésus-Christ qui nous parle par la bouche du Pontife Romain ; celui qui est li voie doit nous diriger, celui qui est la vérité doit enseigner, celui qui est la vie doit se communiquer sans cesse.
Dans nos temps si troublés, il y a une société qui s'en-
reloppe de ténèbres, qui se couvre du manteau de l'hypocrisie, et qui cherche à s'introduire partout, même au sein dt-s familles chrétiennes, pour faire la guerre à Dieu et à son Christ ; on appelle cette société la Franc-maçonnerie.
C'est contre cette société perfide que le saint Père vient de jeter le cri d'alarme. Il veut que nous la dénoncions, que nous la fassions connaître telle qu'elle est, afin qu'elle soit haïe et méprisée de toutes les âmes honnêtes. Mais de plus il veut que nous fassions connaîtra l'Eglise Catholique, afin que les chrétiens apprennent à aimer l'épouse de Jésus- Christ, et qu'ils ne cherchent pas ailleurs les secours et les consolations dont ils ont besoin. Cette encyclique désignée sous le nom de Hvmanum genns est datée du 20 avril 1884.
Le 10 mai de la même année, la Sacrée Congrégation du Saint-office adressait aux Patriarches, Primats, Archevêques et Evoques, par ordre de Sa Sainteté, une instruction leur traçant la manière dont ils devaient exécuter les prescriptions de l'Encyclique Hnmanum Genns. •' L'intention de Sa Sainteté, " y est-il dit, " est que l'Encyclique soit publiée avec le plus grand zèle, afin que tous les chrétiens comprennent quel terrible poison circula parmi eux, quelle perte menace eux et leurs enfants, s'ils ne prennent pas les précautions opportunes. "
Enfin, dans une lettre du 28 septembre dernier, adressée à M«t l'Archevêque de Québec, le Préfet de la Sacrée Cono-ré^ation de la Propagande faisait connaître la résolution suivante du Saint-Office : " La même S. C. du Saint-Office m'a chargé de vous communiquer sa résolution contenant Jes dispositions que Vous et Vos Vénérables Collègues devez observer; savoir que tous les évèques fassent exécuter ce que Notre Très-Saint Père le Pape a inculqué dans l'Encyclique Humanum Genns et ce qui eit proposé dans l'instruction de la Suprême Congrégation du Saint-Office du 10 mai 1884." Ces injonctions répétées nous font bien voir combien se méprenaient ceux qui ont prétendu que l'Encyclique n'urgeait pas dans notre pays, à raison du peu d'in-
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fluence, disaient-ils, qu'y exerce la société des francs-maçons.
Nous avons déjà commencé à accomplir les désirs du Souverain Pontife par une Lettre Pastorale qui a été lue dans toutes les parties du diocèse ; mais pour entrer plus amplement dans les intentions de no!re auguste Chef," nous avons résolu de commenter du haut de cette chaire l'admirable Encyclique Humanum Genus.
Avant de commencer nos Conférences, cependant, il faut examiner quelle est la nature et quelle est l'autorité du document que nous voulons vous expliquer. Quelle foi mérite-t-il auprès des chrétiens ?
Nous allons établir l'autorité de l'enseignement de l'Eglise, ensuite l'autorité de l'enseignement du Tape, et alors nous pourrons dire quelle est la nature et quelle est l'autorité du document que nous avons en main pour vous l'expliquer.
Le Verbe Eternel, la seconde personne de la Sainte Trinité, est venu sur la terre dans son infinie miséricorde, il a pris un corps et une âme semblables aux nôtres, il s'est fait l'un de nous. Durant sa carrière publique, il enseignait la vérité et il pardonnait les péchés, c'étaient ses deux œuvres par excellence. Enfin il est mort sur une croix, et par cette mort il nous a mérité la grâce du salut.
Pour faire partager à tout l'univers la grâce de la rédemption, pour perpétuer dans tous les pays et dans tous les temps ces deux œuvres qu'il avait commencées luimême, savoir la prédication de la vérité et le pardon des péchés, il a établi une société dont il a voulu être le chef et qu'il a appelée son Eglise. Lis Apôtres furent les premiers membres de cette Eglise, et Jésus-Christ choisit parmi eux un chef qui devait commander sous lui, saint Pierre.
L'Eglise ainsi constituée était évidemment infaillible comme société enseignante, puisque Jésus-Christ, son chef, sa tête, ne pouvait se tromper et ne pouvait vouloir tromper personne. Quand elle liait les pécheurs ils étaient liés,
quand elle les déliait, ils étaient déliés, car son chef, Jésus, avait tout pouvoir au ciel et sur la terre.
Qu'elle était admirable cette société ! jamais on n'avait entendu dire qu'une société d'hommes eût joui de pareils privilèges, mais aussi on n'avait pas encore vu de société constituée par un Dieu, et dont ce Dieu voulût lui-même être le chef et la tête.
Mais après l'Ascension de Notre Seigneur, qu'est-elle devenue cette église '\ Est-elle tombée au rang des s:ciétés humaines ordinaires, qui peuvent se tromper, qui se trompent en effet, que Satan mène et ramène sur les chemins de l'erreur ? J'en suis sûr, vous avez trop de bon sens pour admettre une telle monstruosité.
Jésus-Christ n'est pas un homme faible et changeant comme nous, qui se mette à la tête d'une société aujourd'hui et l'abandonne le lendemain, avant même qu'elle ait commencé sérieusement son œuvre. Puisqu'il avait élevé sou Eglise jusqu'au ciel, il ne l'a pas laissée tomber dans la boue quand il est entré dans sa gloire.
Jésus-Christ a constitué son Eglise de manière qu'elle donnât un enseignement infaillible aux hommes ; ii ne l'a donc pas constituée pour quelques jours seulement; ce qu'elle était à son commencement elle a continué à l'être, et elle le sera tant qu'il y aura des hommes à sauver.
Mais enfin, dira-t-on, il y a eu un changement, puisque l'humanité de Notre Seigneur a quitté cette terre.
Le corps humain de Notre-Seigneur est monté au ciel, mais il n'y a. pas eu de changement pour l'Eglise, Jésus- Ohrist est resté à sa tête, et il y est encore aujourd'hui, et il y sera jusqu'à la fin des siècles.
Comment y est-il ? Par son Saint Esprit. Voilà pourquoi on disait dans le premier concile : il a paru bon au Sainl- Expril et à nous.
Jésus-Christ est donc toujours le chef de l'Eglise Catholique, et il continue à la rendre infaillible.
S'il n'en était pas ainsi, mes frères, la Loi de grâce
serait inférieure à la Loi ancienne. Le peuple Hébreu recevait un enseignement infaillible, car Dieu lui-même était l'auteur de la loi de ce peuple, et venait parler dans le Tabernacle. Dieu parlait aussi par la bouche de ses prophètes* Il en était ainsi, mes frères, et la véritable Eglise de Dieu, le chef-d'œuvre de sa miséricorde, n'aurait qu'un enseignement humain et trompeur! Nous qui vivons soirs la loi de Jésus-Christ, nous aurions à porter envie aux anciens Hébreux ! Cela est impossible.
Si l'Eglise pouvait se tromper sur un seul point, il n'y aurait plus aucune certitude pour les âmes : car à chaque dogme qu'elle nous proposerait, nous pourrions toujours dire : elle peut se tromper, or c'est peut-être en ce moment, c'est peut-être sur ce point qu'elle se trompe.
Les âmes seraient donc livrées irrémédiablement au doute. L'enseignement de Jésus-Christ a toujours eu un caractère tout opposé à celui-là : notre divin Sauveur parlait avec une autorité souveraine, et Dieu n'a jamais aimé les âmes chancelantes.
Eglise de Jésus-Christ, mets donc sur ta tête ce diadème de l'infaillibilité qui ne convient à aucune auire société sur la terre. Règne sur les âmes, règne sur les intelligences, règne sur les volontés. Quand tu parles, c'est Jésus-Christ qui parle, quand tu pardonnes, c'est Jésus-Christ qui pardonne ; or Jésus est tout-puissant, Jésus ne peut se tromper.
Dans l'enseignement de l'Eglise, je suis dans une citadelle inexpugnable ; je suis sur le rocher que les vagues de l'erreur ne peuvent ni entamer ni ébranler.
C'est la Bible, s'écrie le Protestant, c'est la Bible seule qui a cette infaillibilité dont vous nous parlez.
Arrêtez, ô Frères-séparés ; laissez-nous développer tranquillement notre argumentation, vous serez assez vite confondus.
L'Eglise se mit donc à enseigner tous les hommes, et à les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
b CONFERENCES
C'est l'enseignement verbal qu'elle donnait, son divin Maître ne lui en avait pas prescrit d'autre. Son enseignement était certainement infaillible, et cependant il n'y avait pas encore de Nouveau-Testament écrit, Notre Seigneur n'ayant pas jugé à propos de confier au papier un seul mot de sa doctrine sainte. Où seriez-vous, Frères-séparés, si l'Eglise n'eût jamais constaté l'inspiration des Ecrivains sacrés ? Votre erreur serait dans le néant d'où elle n'aurait jamais dû sortir.
L'Eglise annonçait donc la vérité au monde : or, parmi cenx qui enseignaient et gouvernaient le troupeau de Jésus- Christ, il y en eut quatre qui voulurent fixer par l'écriture une partie de cet enseignement qu'ils avaient donné de vive voix, et. ils écrivirent les quatre Evangiles. Ce n'était pas nécessaire pour le salut du monde, mes frères, mais c'était un grand bienfait : la connaissance de Jésus-Christ se répandit ainsi plus sûrement et plus rapidement.
Saint Luc, qui avait déjà écrit l'un des Evangiles, écrivit aussi les Actes des Apôtres après l'Ascension de Jésus- Christ. Saint Pierre, saint Paul, saint Jean, saint Jacques et saint Judes écrivirent des lettres que les fidèles conservèrent avec un soin religieux, et saint Jean écrivit sa sublime Apocalypse.
Or, l'Eglise qui continuait à enseigner le monde, décida que les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres, les Epitres ou lettres dont je viens de parler, et l'Apocalypse avaient été écrits sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, absolument comme les Prophéties, les Livres de Moïse et les Livres Sapientiaux ; elle ne pouvait se tromper sur un point de cette importance, ces livres occupèrent donc un rang à part, et formèrent le Nouveau-Testament ou deuxième partie de la Bible.
La première partie de la Bible renferme la loi de Moïse et toutes les prophéties concernant le divin Rédempteur. Ces livres accuseront éternellement le peuple déicide, car Notre-Seigneur Jésus-Christ y est désigné d'une manière tellement frappante, qu'on ne pouvait s'y tromper. Et ce-
pendant, par un aveuglement sans exemple, et par une permission expresse de la divine Providence, les juifs sont encore aujourd'hui les gardiens fidèles de ces livres : ils les conservent avec un soin jaloux, et ils rendent ainsi, sans le vouloir, un témoignage incontestable à la divinité de celui qu'ils ont crucifié.
Nous prouvons la divinité de Jésus-Christ par l'Ancien Testament, mais nous ne prouverons pas a priori l'autorité de l'Eglise ni son infaillibilité par le Nouveau-Testament. La raison en est facile à saisir : c'est l'Eglise elle-même qui nous a donné le Nouveau-Testament, et c'est par elle seule que nous pouvons connaître la valeur et l'autorité de ce livre divin. L'autorité de l'Eglise précède pour nous l'autorité du Nouveau -Testament \je ne croirais pas à V 'Evangile, dit saint Augustin, si V autorité de V Eglise ne me portait à y croire. Comment donc prouver que l'Eglise a été fondée par J.-C. ? La fondation de l'Eglise par Jésus-Christ, c'est un fait qui remplit le monde : il s'impose à l'intelligence comme les rayons du soleil s'imposent à l'œil de l'homme. C'est un fait divin portant avec lui son évidence.
Puisque notre divin Sauveur a fondé une Eglise pour continuer son enseignement jusqu'à la fin des siècles, cette église est nécessairement infaillible, car l'infaillibilité est le caractère essentiel de l'enseignement divin.
Ainsi, nous ne tombons pas dans le cercle vicieux dont les protestants nous ont accusés tant de fois : nous ne prouvons pas l'Eglise par la Bible et la Bible par l'Eglise. Mais maintenant que nous avons le Nouveau-Testament et que, sur l'autorité de l'Eglise, nous le reconnaissons comme la parole de Dieu, nous pouvons bien le prendre pour base d'argumentation, et démontrer ainsi d'autres vérités bien importantes.
L'Eglise est infaillible ; mais cette infaillibilité ne réside-t-elle que dans l'ensemble de l'Eglise ? Faut-il que tous les pasteurs soient réunis pour pouvoir annoncer la parole de vérité sans crainte d'erreur ?
J'ouvre le Nouveau-Testament, et je trouve au chapitre vingt-deuxième de l'Evangile selon saint Luc ces paroles remarquables : " Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment ; mais j'ai prié pour toi en particulier, afin que ta foi ne défaille point : lors donc que tu auras été converti, confirme tes frères " (Luc xxn, 31, 32). Quand Notre Seigneur Jésus-Christ adresse une prière à son Père, il est nécessairement exaucé ; il a dit luimême : pour moi je sais que vous m'exaucez toujours ; eh bien ! il a demandé d'une manière expresse que la foi de saint Pierre ne faillît jamais, donc maintenant la foi de saint Pierre ne peut plus faillir. Pour avoir la vérité d'une manière infaillible, nous ne sommes donc pas obligés d'attendre que l'Eglise nous parle dans un concile général : il suffit que le successeur de Pierre ouvre la bouche, qu'il exerce sa charge de docteur de l'Eglise universelle, alors il ne pourra se tromper dans son enseignement.
Les autres pasteurs, ses frères dans l'épiscopat, peuvent errer dans la foi, mais pour que l'Eglise n'ait rien à craindre, Pierre est chargé de les confirmer. Celui qui est chargé par Dieu de confirmer les autres dans la foi, n'est certainement pas chancelant lui-même.
En fondant son admirable Eglise, Jésus-Christ à fait comme le sage architecte qui bâtit sa maison sur le roc, de manière que ni la violence des tempêtes, ni le soulèvement des flots ne puissent l'ébranler. Aussi, quand il vit pour la première fois celui qu'il voulait choisir pour être le fondement et le chef de son Eglise, changea-t-il mystérieusement son nom de Simon en celui de Pierre. Plus tard, lorsque Pierre eut fait le premier cette solennelle confession de la divinité de Jésus-Christ :■" Vous êtes le Christ, le fils du Dieu vivant, " Jésus lui adressa ces paroles étonnantes, et dans sa personne à tous ses successeurss dans le gouvernement de l'Eglise : " Tu es I ierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ; je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout
ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. " (Matt. xvi, 18, 19). Ou peut persécuter saint Pierre, on peut le dépouiller de ses propriétés, on peut le trainer en exil, un vil soldat peut le frapper comme on a frappé son divin Maitre, on peut même le faire expirer sur un gibet d'ignominie ; mais lui faire enseigner l'erreur, jamais ! La pierre fondamentale de l'Eglise ne peut être ébranlée.
Malgré l'évidence des textes de l'Ecriture Sainte, quelques théologiens mal inspirés voulurent mettre en doute l'infaillibilité personnelle du pape ; ils trouvaient exorbitant de reconnaître un pareil privilège à un homme seul, et ils réservaient cette prérogative à l'Eglise réunie en concile. Eh bien ! cette Eglise s'est réunie autour du vénéré Pie IX de sainte mémoire ; les chemins de fer, les bateaux à vapeur ont transporté des quatre points cardinaux les évêques au centre de la catholicité, et le Vatican a contemplé l'assemblée la plus imposante qui se fût peut-être jamais vue dans le monde ; or là, au milieu de la joie universelle, le Concile a proclamé que le Pape, quand il définit ex-cathedra une doctrine sur la foi ou sur les mœurs, jouit personnellement du privilège de l'infaillibilité. En ma qualité d'évêque des Trois-Rivières, j'ai participé moi-même à cette définition solennelle, et c'est un événement qui comptera toujours parmi les plus beaux et les plus chers souvenirs de ma vie. Jésus-Christ avait bien dit qu'il ne nous laisserait pas orphelins : son Esprit est donc toujours au milieu de nous ; il inspire tous les successeurs de saint Pierre, et sans entendre les tonnerres du Sinaï, nous avons la même certitude que les anciens Hébreux sur l'enseignement des vérités de la foi et de la morale.
Le privilège de l'infaillibilité confié au pilote qui conduit la barque de Pierre sur la mer orageuse de ce monde a quelque chose d'analogue à cette force mystérieuse et infaillible en son genre, qui dirige toujours la boussole du marin vers le pôle magnétique et lui indique sûrement la route qu'il doit tenir, pour échapper aux écueils et arriver au port vers lequel il tend. Que les catholiques soient dans
une paix profonde, la barque de Pierre vogue vers le port de la véritable vie, et elle ne déviera jamais un seul instant de sa route.
Maintenant nous pouvons dire quelle est la nature et l'autorité du grave document que nous allons vous lire et que nous nous proposons de vous expliquer.
Les documents qui viennent du Souverain Fontife ne sont pas absolument comme les Evangiles ; on ne peut pas dire que ce soient des écrits inspirés ; ils ont cependant un caractère divin. C'est une parole humaine qui a mission et autorité pour enseigner la parole divine et l'imposer à la foi de l'homme. Quand vous entendrez lire l'Encyclique Humanum genus, mes frères, ne croyez donc pas entendre seulement la parole d'un grand philosophe et d'un profond théologien ; ne voyez pas dans ces lignes simplement l'œuvre du génie humain : il y a beaucoup plus que cela dans cette Encyclique. C'est l'œuvre d'un homme assisté si particulièrement du Saint-Esprit, qu'il no peut tomber dans l'erreur en vous exposant la doctrine de la foi et des mœurs. C'est la parole du Vicaire de Jésus-Christ vous annonçant avec une certitude infaillible, certaines vérités qui intéressent au plus haut point votre salut éternel, et vous indiquant la conduite que vous avez à tenir pour éviter les dangers imminents auxquels vous êtes exposés, et qui peuvent vous conduire au malheur éternel.
Quel respect ne devez-vous pas avoir pour cette parole sainte ? Avec quelle soumission ne devez vous pas accepter son enseignement ?
Nous vous expliquerons ce do3ument en détail : vous tâcherez donc d'en pénétier le véritable esprit, et vous suivrez en toute simplicité les directions qu'il vous donne pour mettre en sûreté le salut de vos âmes, dans les jours mauvais que nous traversons.
Les hérétiques ont-ils rien de comparable à cet enseignement de saint Tierre ? Le protestant vient toujours nous
présenter sa bible ! Vous le savez bien, ô Frères-séparés, nous avons la Bible : nous l'étudions et la méditons nuit et iour • c'est môme de nous que vous l'avez prise, car vous n'êtes que d'hier. Pour nous, nous la respectons, nous savons d'où elle vient et quelle en est l'autorité ; mais vous, vous n'êtes pas même capablej de prouver que la Bible, votre unique appui, est la parole de Dieu. C'est un texte que vous livrez à tous les mécréants et à tous les imposteurs, qui peuvent l'altérer et le modifier à leur guise, ainsi qu'ils l'ont déjà fait; qui peuvent lai donner les interprétations les plus déraisonnables, sans qu'il y ait personne parmi vous qui puisse les reprendre ou les corriger. Vous avez jusqu'à soixante interprétations différentes sur les paroles de l'institution de la sainte eucharistie : ceci est mon corps ; les uns disent : ces paroles signifient que le corps de Jésus-Christ est dans le pain ; les autres disent non ; ceci exprime simplement que le pain est la figure du corps de J.-C. ; d'autres donnent sans sourciller des interprétations encore plus absurdes que celles-là ; et quand vous aurez discuté bien longtemps, à quoi arriverez-vous ? à une opinion humaine et trompeuse, ainsi que vous l'avouez vous-mêmes ! Vous êtes au dix-neuvième siècle, et vous demandez encore avec Pilate : qu'est-ce que la vérité ? Le catholique s'en va trouver l'homme pour qui Notre Seigneur a prié afin que sa foi ne défaille point ; il lui demande: comment faut-il donc interpréter ces paroles de la cène : ceci est mon corps ! Pierre lui répond : après ces paroles de la consécration il n'y a plus de pain, mais c'est le corps de Jésus-Christ qui est présent sous les apparences du pain. Le catholique a reçu la parole de vérité, c'est Jésus- Christ qui lui a parlé par son Vicaire, il rentre donc dans la paix. O Frères-séparés, c'est avec un sentiment de pitié piofonde qu'il vous entend discuter sans but et sans fin. Lui qui marche sûrement aux rayons du soleil de justice, il vous plaint de marcher aux pâles rayons de la raison humaine, et d'aller trébuchant à chaque pas.
Quelle que soit la personne que l'on place sur le siège de eaint Pierre, la parole de Notre Seigneur retentit, tou-
jours vraie, toujours puissaute : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mou église, et les portes de l'enfer ue prévaudront point contre elle".
Disons-le donc, mes frères ; il fait bon d'être catholique, d'être dans la lumière et la vérité !
Notre Seigneur s'étant rendu un jour sur le sommet du mont Thabor, avec ses disciples bien-aimés Pierre, Jacques et Jean, voulut récompenser leur foi et leur amour et pour cela il se transfigura en leur présence. Son visage parut brillant comme le soleil, et, en même temps, Moïse et Elie parurent et conversèrent avec lui. ,
Pierre, ébloui de ce spectacle divin, transporté de joie et de crainte, dit à Jésus: Maître, il fait bon de rester ici ; faisons y trois tentes : une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. Ainsi parlait Pierre, le premier pape.
Mes frères, cette montagne élevée, où paraissent dans leur beauté et leur éclat Jésus-Christ, Moïse et Elie, l'Ancien et le Nouveau-Testament, c'est la sainte Eglise Catholique. Nous qui sommes sur cette montagne, nous qui sommes environnés des splendeurs de l'enseignement infaillible, nous devons nous écrier avec saint Pierre : Maître, il fait bon d'être ici !
Par des Instructions spéciales, je tâcherai d'ouvrir de plus en plus vos yeux à cette pure lumière, et de vous faire estimer d'avantage le bonheur que nous avons d'avoir été conduits sur la sainte montagne, préférablement à tant d'autres peuples, et d'être comptés au nombre des privilégiés de Jésus-Christ.
Ainsi soit-il.