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‘“ L’'Usine du Val-des-Bois, fondée le 10 juin 1840, comprend le peignage de la laine, la teinture, la tilature en cardé et en peigné, le retordage et la nouveauté. Elle est actionnée par la rivière /a Suippe et par trois machines à vapeur développant ensemble une force de 800 chevaux. ... Ancienne déjà lnù maison Harmel [date de 1797}, les générations qui s'y sont succédé n’ont eu qu'a suivre les traditions religieuses de leurs pères, et, dans leurs relations avec leurs ouvriers, les coutumes qui établissaient entre tous comme des liens de famille.
M. Jacques-Joseph Hurmel, qui à fondé le Val-des-Boiïs, s’est oceupé de.sa nouveile population ; mais 1] s’est heurté à des difficultés presque insurmontables pour arriver au bien qu'il souhaitait
\près s'être dévoué pendunt longtemps au bien de ses ouvriers, il à
dû reconnaître que sur action directe personnelle était non seulement difhoibe, mais sens résultat sérieus. Üependant, dès 1846, il avait établi une Société de secours mutuels, pour venir en aide aux blessés et aux malades ; une Sncicté de musique pour occuper les loisirs des
jeunes gens. Mais ces institutions n'étaient pas assez puissantes pour
réformer la famille. L'expérience lui démontra que, sans ia religion, qui peut seule changer la volonté, il n'atter:.!rait pas son but,
Le 2 février 1861, dans les dépendances de Usine, les Sœurs étaient installées et commençaient aussitôt des associations de jeunes filles, Bientôt on comprit la nécessité d'avoir le eencou:s des mères, et l’ Association de Suinte Anne fut fondée. Les Frères des Ecoles Chrétiennes, aux frais de l’Usine, ouvrent leurs classes le 10 Nbre 1863 et commençaient à groupcr leurs enfants. Le patron essaya de former quelques homines au dévouement, pour en faire bes xpôtres
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de leurs camarades. C’est ainsi que peu à peu, sans dessein prémédité, nous avons été amenés à répartir en groupes différents les éléments de la famille : pères, mères, fils, filles, enfants. Ces associations diverses ont été plus tard appelées fondamentales, parce que nous avons, commencé par elles, et qu’elles sont restées la base de notre action. Elles sont à la fois familiales et apostoliques. .. . L'action des ouvriers sur leurs camarades a été développée et favorisée : c'est ce qu'on appelle l'apostolat de l'ouvrier par l'ouvrier.
Par des organisations successives, gérées par les intéressés qui avaient à leur disposition les bienveillants avis du patron, on a cherché à rendre les travailleurs eux-mêmes les arbitres de leur destinée, à en faire les instruments de leur bien-être matériel et moral.—La hiérarchie n’a pas été supprimée, mais elle s’est fait plus sentir dans l’autorité secondaire que dans l’autorit£ principale, celle-ci se bornant à renseigner plutôt qu'à commander. Au fur et à mesure que nous sommes entrés dans cette voie, nous avons développé l’affection et la reconnaissance à l'égard d’une paternité, qui s'était, pour ainsi dire, déponillée de l'autorité pour ne garder que l'amour. C'est ainsi que notre Père a été appelé du doux nom de Bon Père. Après sa mort [le 3 mars 1884], un de ses fils a été désigné pour reprendre ce titre par les ouvriers eux-mêmes,’ qui lui continuent l'affection vouée à son Père.
Pour faciliter l'esprit de famille, les logements et les cités ouvrières sont organisés de façon à ce que chacun ait sa liberté ; des jardins attachés aux logements permettant de récolter les principaux légumes ; ce sont là des éléments matériels de lu paix et de l’aisance.
Nous avons lutté contre l’imprévoyance par des institutions économiques qui poassent au paiement comptant, par l'organisation des caisses d'épargne et du boni corporatif. Pour faire cesser l’isolement, si funeste aux individus, nous avons créé des associations multiples propres à développer l'esprit de solidarité dans toubes ses formes. Les anciennes corporations avaient résolu le problème, et soulageaient les misères de leurs membres, dans la mesure intelligente et miséricordieuse des besoins. Nous avons cherché à atteindre ce but dans notre société de sevours mutuels, dans la Caisse de Prévoyance [pour les retraites | et dans la Caisse de Famille. .
La chapelle avec sa vie religieuse, où tous les évènements de famille trouvent leur affectueux écho, [un Aumônier est choisi et entretenu par les patrons] ; l’imstruction par les catéchismes, les sermons, les conférences, approvriés à des auditoires spéciaux, élèvent les esprits au-dessus de la matière, et rappellent au travailleur ses destinées éterneiles. En même temps, les diverses confréries ofirent un aliment aux besoins des âmes. Des fêtes commencées à l'Eglise, et continuées dans les lieux de réunion, pour se prolonger ensuite
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dans les foyers, émeuvent doucement le cœur et l'imagination. Nous les avons multipliées, afin de renouveler la joie et l'enthousiasme, si nécessaires aux populations courbées sur un travail monotone et constant,”
Voilà ce magnifique programme de la philanthropie industrielle, puisé aux sources de l'Evangile. Les soulignements sont de la propre main de M. Léon Harmel, ainsi que diverses notes écrites de sa plume. Ce sont comme des clairières lumineuses, qui nous empêchent de nous perdre, dans cette forêt vierge d’une exubérante charité. Voici deux de ses notes, qui préviendront une objection, spontarée chez certains esprits, plus amateurs de liberté qne de paix. La plus grande liberté règne au Val-des-Bois : nul ouvrier n’est obligé d'entrer dans ces institutions patronales creées à son protit, les religieuses surtout. (C’est pourquoi la devise de cette chrétienne Corporation est :—Christ et Liberté—servant d'auréole à une croix lumineuse, ‘ La pratique religieuse est absolument libre, témoins les hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles restés en dehors, et cependant gagnant le salaire habituel et jamais tracassés. —Et ailleurs :— Des usines similaires très nombreuses existent dans la vallée ; on en compte une vingtaine dans un rayon de 10 Kilomètres [2 lieues 4]: ce qui rend nos ouvriers très indépendunts parce qu'ils sont tous convoités par les usines voisines.
Donnons maintenant un court aperçu de l’organisation multiple de cette Corporation modèle, ‘“ Nous appelons Corporation l’association religieuse et économique formée entre les familles des patrons et des ouvriers, C’est d’elle que ressortent toutes les institutions reli gieuses, économiques et autres. Elle est gouvernée par un comité qui suscite l'initiative ouvrière.
[—COMITÉ Le Box Père, Président.-—R. P. AUMONIER, Secrétaire-G'énéral
17 Membres : ce sont les patrons et auxiliaires ouvriers qu'ils choisissent. Il se réunit le vendredi de chaque semaine. Le comité remplit à l'égard de la corporation tout entière le rôle du Directeur par rapport à son œuvre, Il veille à la marche des rouages, à la continuité des eflorts ; il stimule les initiatives avec discrétion, mais avec persévérance, soit en écartant les obstacles, soit en maintenant l'autonomie générale de la corporation, sans restreindre la liberté de chacun des groupements.