Chapitre II. « Dites * : Nous croyons en Dieu, an livre qui nom
^ Paris, 1SS6, S vol. in-lS.
* Ce mot «îgnifie simplement : conêicration à Diêu. Dans la suite, on t désigné par hlamitme la religion mabométane.
* Dite» , formule souvent employée et destinée à donner plus de solennité aui^paroles qu'elle précède. Au reste, la profession de foi qu'on fi Uft «et fréquemment répétée dans le Coran.
216 NOTB«.
» a été envoyé^ à ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Isaac» » Jacob, et aux douze tribus ; nous croyons à la doctrine de Moïse, y> de Jésus et des prophètes; nous ne mettons aucune différence » entre eux; et nous sommes Musulmans. » (Pag. 25.)
Mahomet donne spécialement à rÉvangile la place la plus relevée dans les Écritures. Chapitre Y. « Après les prophètes , nous » avons envoyé Jésus, Fils de Marie, pour confirmer le Pentateu- » que. Nous lui avons donné TÉvangile, qui est le flambeau delà » foij et qui met le sceau à la vérité des Anciennes Écritures. )> Ce Livre éclaire et instruit ceux qui craignent le Seigneur. Les » chrétiens seront jugés d'après l'Évangile. Ceux qui les jugeront » autrement seront prévaricateurs. » (Page 124.)
Quant à la personne du Christ, le Coran enseigne comme TÉvangile sa naissance miraculeuse. Après avoir raconté très-exactement les circonstances qui précédèrent celle de Jean-Baptiste, Mahomet continue. Chapitre UL « L'Ange dit h Marie : Dieu t'a
» choisie, il t'a purifiée ; tu es élue entre toutes les femmes
» L'Ange dit h Marie : Dieu t'annonce SON VERBE. Il se nom» » mera Jésus, le Messie, fils de Marie, grand dans ce monde et
» dans Tautre, et le confident du Très-Haut Seigneur, répon-
» dit Marie , conunent aurais-je un fils? Aucun homme ne s'est » approché de moi. Il en sera ainsi, dit l'Ange ^ Dieu forme des » créatures à son gré. » (Page 63.)
« Chante la gloire de Marie , est-il dit dans le chapitre XXI » (pag. 25 du second volume), qui conserva sa virginité intacte. » Nous soufflâmes sur elle notre Esprit. Elle et son Fils furent » Fadmiration de l'univers. »
Au reste, je ne prétends pas assurément que Mahomet ait eu toutes les croyances chrétiennes. Il semble pourtant qu'il eut, du moins, la notion d'un sacrifice expiatoire plus ou moins nécessaire aux croyants , puisqu'il n'en exempte que ceux qui auron visité la Mecque. Chapitre IL « Celui qui aura fait le pèlerinage
NOTES. 2t7
)> de la Mecque et aura visité la Maison Sainte, sera exempt d'of- M (rir une Tictime d'expialioo, pourvu quUl fasse le tour des deux » montagnes Sapha et Merva >. )» (Pag. 29.)
n avait adopté Topinion des Décèles sur la crucifixion de Jésus- Christ. U dit des Juifs, chapitre lY : « A Tinfidélité ils ont joint la » calomnie contre Marie. Ils ont dit : Nous avons ûiit mourir » Jésus , le Messie , fils de Marie , Envoyé de Dieu. Ils ne Tont » point mis à mort. Ils ne Font point crucifié. Un corps fantas- » tique a trompé leur barbarie. Ceux qui disputent à ce sujet n'ont » que des doutes. La vraie science ne les éclaire point. C^est une » opinion qu'ils suivent. Ils n'ont pas fait mourir Jésus. Dieu Ta » élevé à lui , parce qu'il est puissant et sage. Tous les Juifs et les » Chrétiens croiront en lui avant leur mort. Au jour de la résur- » rection, il sera témoin contre eux. » (Page. 111.)
Mahomet s'élève surtout fréquemment et avec force contre la doctrine de la Trinité. Chapitre IV. « vous , qui avez reçu les » Ecritures, s'écrie-t-il , ne passez pas les bornes de la foi; ne » dites de Dieu que la vérité. Jésus est le Fils de Marie, l'Envoyé » du Très-Haut et son Verbe. U Ta fait descendre dans Marie. Il » est son souffle. Croyez en Dieu et à ses Apôtres. Ne dites pas » qu'il y a une Trinité en Dieu. Il est UN. Cette croyance vous » sera plus avantageuse. » (Pag. 113.)
On voit donc que Mahomet semblerait avoir quelque droit à porter le nom de chrétien unitaire. Peut-être môme quelques-uns de ceux qui s'attribuent cette dénomination ' trouveraient-ils
* Collines à peu de distance de la Mecque.
' Sous cette dénomination, en effet, se trouvent quelquefois abusivement renfermées des opinions très-différentes, et souvent opposées, sur la nature du Christ : depuis les diverses nuances de l'arianisme et du semi-arianisme, dont quelques-unes viennent se fondre, si ce n'est se confondre, avec le symbole du f concile de Nicée (3t6) , jusqu'à celles du soctnianisma ancien et du rationalisme moderne) dont quel-
tlS NOTBS.
qu'A Ya trop loin, sous le rapport de la nature dirine du Fils, en rappelant le Ybabs db Dibu.
XL Qm ridée d» VEïïfètédotk csUtaît dbci Iti bMîom patanM et te noBifetteit deaf leart i
(Page 76. — Que tel eoU, en effets le eene de ioue le$ eaerifieee eangUuUef hwnaine ou outrée , t^ett ee qu'il est impoestble de nier, )
Les autorités les plus compétentes en pareille matière s'accordent à reconnaître que Fidée ^'expiation était universellement admise parmi les nations païennes. Bryant, dans son grand ouvrage sur la Mythologie des Anciens, dit que Vopinion partoui dominante était que V expiation de$ péchés ne pouvait être o&tenue que par le sang, et qu'il était nécessaire que quelqu'un mourût pour procurer le salut aux autres ^ Stanhope dit aussi : c Parmi toutes les nations païennes, Tusage des sacrifices faisait ut la partie la plus solennelle et la plus auguste de la religioni et » Ton 7 attachait constamment une vertu de substitution qui opé* » rait à la décharge de celui qui présentait la victime. Un temps » fut où Ton offrait sur les autels des victimes humaines, et tou- » jours on crut que le sang humain était le plus propre, dans les » calamités publiques, à faire Texpiation des péchés *. »
Ces autorités pourraient peut-ôtre suffire; mais , ainsi que je Tai annoncé dans le texte, je vais consigner ici quelques citations et quelques témoignages directement tirés des anciens auteurs.
qiMMmes ne veieiii dans Jéitts-Ghrist qu'un prophète îaspiré ou
i Ai^eimd MythOofiy^ Lenden, 177», S voL in«4% !• édit ^ 46». * IMM d« le M^. sMi.» patt. U, I IM (reiidflliÉa de Aofle )•
NOTIi. Si*
D'abord, pour les Grecs. Homère emploie fré<(aemmeDt : ^V xi^eoi (pkcare) et toujours dans le sens d'apaiser la eolèrê des dieux i. Il signale , en particulier, Tusage des| Athéuieoi dPapaiser Minerve en eaerifiaM des taureaux et dee agneaux dant ion tempU.
iff^a^i fit» xaupoiffi »a) ipvioTç iXaovrai
n établit môme cette doctrine d'une manière générale, Iliade, IX,/i99-602.
Kal fJy tovç Mtwi w\ ^JC^^i àyay7<ny AoeffîT « wdrri ti ir«p«Tp«Mr59 5»6pfl»«oi AtavéfUfOt, Zxi xiv tiç viripffiïip »«l ofwiprf *•
Hésiode, après avoir déclaré que la vengeance divine poursuivra certainement les méchants, recommande le sacrifice comme un moyen d'apaiser les dieux : A^ot« 5« ffTrovJjiot Outwffi ti
Hérodote, dont le témoignage est encore confirmé par celui de Hutarque {deltid. ei Ostr.), rapporte que les Égyptiens, dans leurs sacrifices, priaient les dieux de faire tomber sur la tôte des victimes les maux qu'ils redoutaient pour eux-mêmes K ' Porphyre rapporte, comme une tradition générale, que Ton re-
^ niade, I, 3S6; «te.
* Iliade, n, bbO.
S Ce pusa^e, cilé par Platon, dans le second livre d$ la BipMi^e, est tndoit ainsi par Cousin : € Les dieux eux-mêmes se laissent flécUr » avec des sacriAoes et des pridies flatteuses. Par des libations et fo » fumie de$ tacrifietê, on le$ apaise, quand on s'est rendu coupable » envers eux. i»
^ las OBneras et Uê Jours, v. S8S.
» Hérod« Ub. II, e. »f •
iM NOTBS.
courait au sacrifice sanglant pour obtenir vie powr nie, p^i^^ flévrt ^x^ 9 littéralement : dme pour diiie, c'est-à-dire yie substituée'.
Tous les énidits savent que les mots àn^poniatrfjM , xà9apiM , Tttpi^lta et fap^etKiçy avaient chez les anciens le sens de iacrifiee expiatoire pour déloumer la colère des dieux.-- Hésychius, écrivain grec d'Alexandrie, explique le mot ntpi^im. par ses synonymes àvTt>vT/»ov , imi^v^ov rançon. (Cette expression «vt0.ut/)ov est employée dans le même sens dans le Nouveau Testament et appliquée au sacrifice de Noire-Seigneur).— Suidas (grammairien grec du neuvième siècle) développe le sens de nipi^nfM par un remarquable exemple, tiré des Athéniens : « Ils avaient coutume de prononcer , sur Thomme consacré qui » était dévoué chaque année pour le salut du peuple, les paroles » suivantes : Sois notre piiuFsiitA, c'est-à-dire notre salut et » notre délivrance. Et ils le précipitaient ensuite dans la mer, » comme immolant une victime à Neptune ^. »
Au reste, que pourrait-K)n demander de plus positif pour l'opinion des Grecs sur l'expiation, que les passages suivants de Platon? Je les cite dans la traduction de Cousin s : « Ils invoquent » une foule de livres composés par Musée et Orphée , enfants de » la Lune et des neuf Muses ; et sur ces autorités, ils persuadent » non-seulement à des particuliers, mais à des États, que certains
* De Ahitin. lib. IV, § xv.
' ïn hominêm iocrum ftU çuotoftm'f pro populi iohUe devovehatitr, htec verha dici ioUbwU : Esto ircpc^^pia noatrum vel talvê et liberaiio noetra. Bt §ie in mare eum prœeipitalmtu , çkom Nephmo hoeUam immokmUe. (Version laiine de Suidas, au mot mpi^^a.)
3 QBtttTM de Ptetofi, Paris, 1833, tom. IX, p. 79 et p. SI. Et pour le texte grec : De RepuUicd, lib. II, c. tii, n» 865 (p. 114 et 119 du t. m de l'édition de SUllbaum. Goiha et Erfordûe , 1829 )«
HOTBS. 9S1
» sacrifices, accompagnés de fêtes, peuvent êopier les crimes des » Tivants et même des morls ; ils appellent ces cérémonies Puri- 9 ficationê [rglerai) quand elles ont pour but de nous déli- )• yrer des maux de Tautre yie; on ne peut les négliger sans » s'attendre à de grands supplices. — Mais serai-je puni aux » enfers , dans ma personne ou dans celle de mes descendants , » pour le mal que j'aurai fait sur la terre? Il est, répondra un )» homme qui raisonne, il est des purifications ( Tc^crat ] qui ont » un grand pouvoir; il est des dieux libérateurs , s'il faut en » croire de grands États et les poètes , enfants des dieux et pro- » phëtes inspirés. »
Chez les Latins , les mots placare^ lilare, piaeulum , eic.^ ayaient toujours le sens d*eœpiation^ et s'af^liquaient spécialement à la iubêlilution d'une tictime à la place de l'offenseur^ ainsi qu'on le voit si nettement exprimé dans ce passage de Piaule (Epidiem) :
Hen' piaeularem oportet fieri propter stuUitiam tuam, Ut mewn tergum ttuUitiœ tuœ tubdat tubeedaneum ?
Seryius ^ et Macrobe ^ disent positivement que litare signifie apaiser la divinité au moyen d'un sacrifice : « Facto sacriûcio » placare numen. v Et on trouve , en effet, tous ces mots employés dans ce sens dans une multitude de passages des auteurs latins, qui, par là même, témoignent combien Tidée d*expiation par le sang était répandue. En voici quelques exemples. César dit en parlant des Gaulois : « Pro vilâ hominis nisi vila Aomt- » nis reddaiur^ non posse deorum immortalium numen plaeari
* Grammairien du cinquième siècle*
^ Philosophe platonicien et §;rammairien ; il était, en 4S9, préfet du palais de Théodose le Jeune. Ses œuvres ont été traduites eu français en
Hl voni.
» arbitrantor ^— Cicéron dit du môme peuple : « Si qoando ait- » qno metu adductl, deos placandoê esse arbitrantur, humanù » hoitiis eorum aras ac templa fanesftant, ' » Le môme auteur nous apprend que Junius Brutus (à qui il adressait son traité : De Naturâ Deorum) croyait que les dieux ayaient été apaisés par le ioerifiee volontaire des Decius. « Tu autem etiam Dedorum » devotionibui plaeatos deos esse censés'. » — L^dée d'es^nationpar le iang est eiprimée de la môme manière par Tite Live : a Per dies aliquot , hostisB majores sine Uiatione cas» , diùque » non impetrata paœ deûm* » — Par Horace : « Prudens pUh » eavi sanguine divos 4. » — Par Ovide, qui décrit ^ pour ainsi dire, la substitution :
et Cor pro corde i precor, pro fibrig tumite fibras. Banc animam Tobis pro meliore damui K m
Par Virgile :
San^ine plaeattis ventos et virgine cesA , Sanguine querendi reditus , animâque litandum Argolicâ ^.
Par Silius Italicus , qui dit des Carthaginois :
Nos fuit in populis quos oondidil adrena Dido Poteere code deoi veniam , ac flagrantibus aria (In£uidum dicta) parvos imponera naCos *.
Pline , Suétone , Justin sont aussi explicites; mais, pour abréger, Je ne citerai que le témoignage de Hacrobe, qui embrasse
iBeU. GaU. VI, 16.
3 Gic, pro FonUio, X.
' Gic, De iVotura Deorum^ lib. III, cap, 6.
« 5<Ufr., lib. II, sat. 8, S06.
6 F(Ml., lib. VI, tel.
6 JSiwtd., IL 116.
7 a C'était Tuiage, parmi les peuples de l'empire fondé par Dîdon,
ifOTu. m
toaie Fantiqaité. ;« Prteoeptum est ut pro capUilmi eapiMut » iupplieareiur; idquealiquaiiditiobsenratumut^profainiliariiim » sospitate, paeri mactorentur Maoi» de» matri Lanim K »
Si ridée à'eœpiaiion et de iubUiMion d^une vkiimê pour le pécheur était si générale parmi les Grecs et les Romains , elle ne l'était pas moins parmi les autres nations du globe. On eu a ?u des preuy^; j*en ajouterai encore deux. L'une pour rancien monde. Strabon dit , parlant des Perses : a Quand ils sacrifient , » ils amènent la Tictime couronnée dans un lieu pur, où , après 3 avoir (ait leurs prières, ils la font dépecer par le Mage qui oon«> V duit cette cérémonie, s'en partagent les morceauxi et s'en vont » sans Caire la part aux dieux; car ils disent que la Diyiniié n*a « besoin que de Time seule de la liclime (rn$ yap TYXHZ, » f9i9i f ToO UjDctov Scio-Goec Tov eeov, JXXov it ov^tvô; ) \ » Cette Ame de la fictime , c'est le $ang; car, selon Topinion de toute Fantiquité, la yie ou TAme est dans le sang, ainsi que cela est dé* claré péremptoirement dans le Lévitique (XVII, 11). — - L'autre témoignage concerne le nouveau monde. Le$ Mexieaini , disait Fun d'eux (Magiscatzin) k Cortès, fia peuveni $€ former ridée dfun véritable iaerifiee à moins çu\n homme ne meure pour U iolut des autres K
M d'implorer le pardon des*dieuz par le sang humain, et (chose horrible » àdire) de placer de petits enfants sur les autels enflammes, » (Punie. IV, 765.)
< « C'était un précepte religieux d'implorer des dieux la conservation » d'une vie en sacrifiant une autre vie; et ce fut longtemps un usage » établi d'immoler des enfants, pour le salut des autres membres de la » famille, àla déesse Mania, mère des dieux Lares. » (Macrob. Satnm. I, cap. VM.)
3 Strabon, lib. XY. (Traduct. de Coraj, Paris, t819.) ' c Ni sabian que pudiese hacer sacrificio sin que muriese alguno por la » 8aluddelosdemas.»(Ant.Solis,C<m9.dfXai\riMva£ip.,lib.in, cm).
3Sh NOTES.
Les philosophes anciens s^éton nent de TuniTersalité d'une telle pensée et d'une telle pratique, et ne peuvent concevoir ni d'oil eUes proyiennent, ni comment elles se sont ainsi répandues dans Fhumanité. En effet , et nous le disons comme eux , ce fait est inexplicable par le raisonnement ; il faut en chercher ailleurs Texplication et Forigine.
Quoique j'aie déjk beaucoup cité, je ne puis cependant m'empêcher de parler encore ici du remarquable passage de SancKoniaton ^ touchant le sachifice mystique des Phéniciens. Ce passage , extrêmement curieux , a beaucoup exercé la sagacité de quelques critiques. Comme il est assez généralement peu connu, on fera bien de consulter le texte lui-même ^. En voici, du reste, la traduction : « C'était une coutume chez les anciens (Phéni- » ciens; on voit donc k quelle antiquité cela nous reporte) que , D dans les grands dangers, et pour éviter la ruine générale , les » chefs de la nation sacrifiassent les plus chers de leurs enfants » pour détourner la vengeance divine; et ceux que Ton dévouait » ainsi étaient sacrifiés mtstiqueicsmt (MY£TiKa£). Car Kro- » fiiM, que les Phéniciens nomment 11 \ et qui après sa mort tut
« Prêtre phénicien qui avait écrit une Hùîoire ou Théologie pA^teienne. Quelques savants le font^antérieur à Moïse; mais Topinion générale est qu'il vivait du temps des Juges (dans le treizième siècle avant Jésus-Christ). Son livre avait été traduit en grec par Philon de Biblos, au second siècle de notre ère. 11 ne nous reste de celte traduction que quelques fragments conservés par Eusèbe dans sa Pripar, Evang,\ ils ont été publiés à part en 18Î6, avec tous les commentaires, par Orellius; Leipsick, 1 vol. in-S».
2 Euseb. Prepar. Evang. , lib. I, cap. x et lib. IV, cap. xvi.
» Il y a, dans le texte grec d'Eusèbe , le mot Itraêl; mais les meilleurs critiques le considèrent comme une faute de copiste qui a pris ici il pour rabrévîalion d'Israèl (et c'est en effet la manière ordinaire d'écrire ce nom dans les anciens manuscrits). Ce qui confirme leur opinion, c'est
» transporté avec les honneurs divins dans Tétoile qui porto son » nom, lorsquMl régnait encore dans le pays , eut de la nymphe » Anobret un fils unique qui fut appelé, k cause de cela, Jehoud^; 9 car c'est encore Tusage aujourd'hui de nommer ainsi ud ûls j» unique; or, la nation se trouvant en danger k cause d'une » guerre exlrêmement périlleuse, il (Rronus) orna ce ûls des em- » blêmes de la royauté et Toffrit en sacrifice sur un autel qu'il » avait préparé à cet effet. » Nous apprenons aussi , par un autre fragment de Sanchouiaton cité dans le même chapitre , que le DieuKronus offrit ion fils unique en sacrifice à son père Ouranus (le Ciel).
Voilà certainement un document historique digne d'attention, soit par sa haute antiquité , soit parce que c'est le seul exemple dans le monde païen oh un sacrifice soit appelé mystique , soit par les circonstances mêmes de ce sacrifice. Un Dieu doit l'offrir et Toffrir à sonyère^ le Dieu du ciel\ comme une satisfaction , une rédemption ( Xvrpov ); pour apaiser la Justice divine {riftfapoîç êaipoori); pour prévenir une ruine générale (j:vTè Tîîç nécjxit* f^opàç)] Ict victime doit être son Fils unique (Jbhoud) ; et elle doit être revêtue des emblèmes de la royauté (êetjDiXtxw ff;tij^Ti xexoff^pwî/jisvoff )• Il y a sans doute dans ce passage des obscurités et des choses difficiles à concilier, mais il
qu*EuBèbe lui-même nous apprend dans le même chapitre que Kronvi était appelé IX. C'est le même mot que le El des Hébreux. Phœnieibuê Il , qui HehrcniEt, quod ett «fwm de deeem fiomtm6ut Det, dit saint Jérôme. On sait , d'autre part , que les Phéniciens et les Syriens adoraient Kronuê, sous les noms de El et de Bel, D'aiilears, comme le remarque Vossi us , est-il probable qu'ils eussent pris pour leur Dieu, Itrael, le père d*une nation voisine qui leur était odieuse?
' 11 Taut la peine de faire observer que le nom sous lequel Dieu désigne Isaac à Abraham, lorsqu'il lui commande de le sacrifier, est celui de Jêhid (Gen. xzu, 3). C'est le Jehoud des Phéniciens.
SS6 HOfBB.
est certavieineiit rauarfcuble par s^ rapports arae le sens et les drcoDstances du sacrifice du Rédempteur. Le sacrifice nystip que des Phéniciens est-il une traditioa de la Promesse difine en Éden, conservée sous oette forme dans la famiUe d'Esaii? Est-îl seulement (comme il paraîtrait plus probable) un souvenir et une déplorable altération du sacrifice d'Abraham ? Je n'entreprendrai point de discuter ici ces queaticms. Ceux qui voudraient les exa<miner pourront consulter le savant Bryaat dans ses Obêêrvaêiom iur V Histoire ancienne»
Quoi qu'il en soit, Tensemble de ces divers témoi^^nages svle sens des sacrifices païens me parait justifier Topinion eiprimée par Eusèbe, que ces sacrifices, aussi bien que ceux prescrits aux Patriarches ou établis par la Loi Mosaïque, étaient des types et des figures du grand sacrifice qui devait être offert sur la Croâ pour les péchés des hommes.
Quant à l'inscription antique dont f ai fait mention dans le texte, il serait trop long et fort inutile de la citer ici tout e»tière. On la trouvera dans le Corpus Jnccripaonum, etc., de Gruterusi 9X reeensione Grœvii (AmsteUBdami , 1707, 2 voL in-folio, pag. xxviu» n"" 2). J'en donnerai seulement la partie importante,