II . AVANT-PROPOS
montrer que Tissue de la crise où nous nous trouvons depuis un an ne peut êtr^ que dans une rénovation morale aboutissant à une rénovation sociale. C'est la pensée fondamentale de ces conférences. Partant du fait à mes yeux prouvé , qu'il y a toujours corrélation entre les institutions d'une société et les idées générales qui ont cours au milieu d'elle , je me suis eSoccé de prendre urie à une celles qui ont parmi nous de la puissance, et d'y trouver la cause profonde et vraie de nos diflScultés présentes. Je les ai librement et, je l'espère, loyalement discutées, sans aucune amertume contre les hommes qui les représentent , me souvenant que la plupart du temps, ils valent mieux que leurs doctrines, mais sans me croire obligé à ménager les doctrines ellesmêmes, toutes les fois qu'elles m'ont paru en insurrection contre Tordre moral, ou posées au travers de la route comme des barrières au progrès religieux et social.
C'est dans un développement de la vérité chrétienne que je mets toute mon espérance : là est le remède à notre mal si compliqué et si grave. Je n'entends pas par là la diffusion d'une certaine forme de cette vérité déjà tout arrêtée , toute figée, au moyen de congrégations religieuses s'emparant de l'enfance pour la pétru» à leur image , vœu bien connu d'un parti considérable parmi nous; non^ je désire un développement réel ou plutôt une application nouvelle du christianisme ; lentement, peu à peu, il se grave dans la loi et cela à proportion que la liberté' des consciences et des convietions individuelles est sacrée pour la loi. H ne s'agit donc point d'obtenir pour la religion cîirétieime plus àe pi^ôtectioh et de
faveurs ; bien au contraire , cette protection et ces faveurs sont un danger pour elle; quelquefois elles là compromet-
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tent, ou plutôt ce qui passe sous son nom , dans des entreprises soi-disant religieuses et qui sont tout simplement criminelles.
Toutes ces considérations, on le conçoit, se rapportent dans ces conférences à la question sociale. J'ai précisé dans quel sens un déTcloppement de la vérité chrétienne pouvait correspondre pour nous à un développement social, et j'espère avoir expliqué comment Tun et l'autre s'engendrent naturellement du développement historique du monde moderne. C'est dans ces considérations élevées, qui reportent vers l'avenir , que Ton peut seulement trouver quelque consolation au sein des circonstances actuelles si bien faites pour abattre et dessécher les cœurs les plus fermes. Puissé-je pour quelques-uns faire briller la pensée d'un avenir
plus grand encore et plus beau , celui où la vérité aura pleinement triomphé , et les persuader que la cause de Dieu et la cause de l'humanité sont une !
Paris, 5 juillet, 1849.