‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 50 sur 69 · ASPIRATIONS DANS LE FOURIÉRISME · texte numérisé non relu

ASPIRATIONS DANS LE FOURIÉRISME

tîque que nous nvons faite du socialisme et du catholicisme; mais ce qui reste tout à fait en dehors d'elle, c'est ce besoin d'une rénovation religieuse dans le sens chrétien, c'est ce sentiment si vif et si profond de notre misère' sociale, c'est ce regard tourné en haut pour attendre du ciel notre délivrance, même pour la terre- Bien que le christianisme rtous apparaisse défiguré dans le système de M. Bûchez , bien que la conscience n'y soit pas satisfaite comme dans toute doctrine humanitaire, ce besoin dé ciroire et d'asseoir sur une vérité divine l'édifice social que l'on veut construire, nous porte bien au delà du misérable empirisme auquel nous sommes habitués. Qui ne reconnaîtrait là une aspiration vers l'avenir que nous appelons?

Messieurs, il s'est produit dans ces derniers temps une tendance analogue dai^s une école dont les principes nous ont paru bien contraires au christianisme, au sein du fouriérisme. Je ne parle pas ici de ces hommages rendus à l'Évangile avec une certaine aifectation par l'école sociétaire : ils ne sont pas plus sincères que les ménagements de l'éclectisme à l'égard de la religion. L'école fou riériste sait très bien que, aussi longtemps qu'elle substituera l'attrait au devoir, qu'elle fera tout reposer sur la passion , elle foulera aux pieds le principe essentiel du christianisme. Libre à jelle de le combattre, de le battre en brèche; mais il ne lui est pas permis de se réclamer

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de celui qui dL été le grand martyr du devoir. Quelle audace ne faut-il pas pour mettre à l'ombre de sa croix 1 epicuréisine le p|us franc qui se puisse ima* giner? Ceux qui commettent ce sacrilège n'oqt s^ns doute jamais vu le Christ que sur ces croix d'ébèq€| ou d'or qui spqt l'ornement d'une sacristie. S'ils Tav^î^i^^ contemplé tel qu'il est dans l'Évangile, sous les épines qui le déchirent, le front couvert d'une sueur de sang, ils auraient reconnu en lui l'homme de Couleur et de devoir, c'est-à-dire 1^. p(^s grand enneqii de la philosophie voluptueuse qu'on voudrait faire passer çqqs son nom. Jéçus-Ghrist précurseur de Fourier l est-il pos§i))le de pQrtçr plug loin ou riijnorance ou le ipépriç de l'histoire ? Eh bien, nous sayons de squrce certain^ qqe dans cette même école, il y a ui) trayajl d'éipanqipation qtii pousse plusieurs de ses disciples vçrs le çMÎSt tianisme. Il y a quelques mois à peine un livre a paru , fruit de longues études, écrit avec taleqt, sia rattachant au fouriérisme pour tout ce qui touch^ à Torganisation sociale, et cependan|; portant unq empreinte évangélique qu'on ne salerait méconnaître. Ce livre est intitulé : Esquisse d'une science morde, par Alphonse Gilliot. La naanière dont il ^ été accueilli, la sympathie qu'il a rencontrée auprès d'un grand nombre de phalanslëriens, nous montre (Juçce n'est pas une manifestation isolée. L'auteur rejette ouver* tement le matérialisme socialiste. II admet que Je

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malheur de rhumaniié vieni d'une chute morale ,

et il voit cette chute dans la prédominance de la passion sur la conscience , de Tattraît sur le devoir. Il ne pense pas qu'une simple manifestation sociale

suffise pour rétablir Thomme dans sa condition nor* maie. Il reconnaît la néx^essité d'une rédemption;

elle seule pour lui est le point de départ de toute

organisation sociale.

a La préoccupation principale, dit M. Gilliot, la « mission fondamentale du christianisme est de faire « cesser la cause radicale et première du mal , avec « laquelle toutes les autres disparaîtront, et le bien « paraîtra dans toutes les phases de la destinée huc maine: cette cause, c'est l'interruption du rap- « port de l'honjme avec Dieu. C'est dans ce sens « qu'il faut entendre ces paroles de l'Évangile : « Cherchez d'abord le royaume des Cieux et sa juste tice, et le reste vous sera donné en surcroît, » et « non dans celui qu'on veut leur donner de nos « jours, qu'il faut d'abord commencer par réclamer « sur cette terre la satisfaction des intérêts indivi- « duels et matériels ; que ceux-ci satisfaits, le pro- « grès moral et religieux s'accomplirait comme con- « séquence immédiate. Ceux-là comprennent à con- « tre-sens l'œuvre de la réintégration. Leur systè- <x me, entonnant, même momentanément, aux in- « térêts matériels et par suite aux sentiments infé- V rieurs, ^me trop grande importance, est précisé-

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« ment contraire à Tesprit du christianisme et se- « rait des plus pernicieux en ce qu'il tiendrait à « nous retenir indéfiniment dans le matérialisme « et dans la déchéance dont le divin Sauveur est « venu nous tirer. La tâche la plus importante et « la plus pressante de Tœuvre de la réintégration « sera le rétablissement préalable de Tunion avec « Dieu^ de Tunité religieuse, ou le triomphe définitif « et complet du christianisme sur toute la terre. « Non pas que nous condamnions les efforts de ceux « qui s'occupent sincèrement de l'amélioration du * « sort matériel des masses ; mais nous disons seule- « ment que, en dehors de Tesprit du christianisme, » tous les efforts qu'on a tentés et qu'on tentera « pour l'amélioration du sort matériel des masses « sont demeurés et demeureront stériles et quel- « quefois même nuisibles. Il faut, selon nous, que « 1 œuvre de rénovation industrielle, pour qu'elle « devienne efficace, soit sanctifiée par son but reli-

« gieux et qu'elle se rattache comme une des roues « au char de la rénovation universelle par le chris- « tianisme ^ »

N'est-ce pas précisément ce que nous avons tant de fois répété? C'est un précieux encouragement pour nous et une preuve nouvelle que notre attente ne sera pas trompée.

1 Esquisse tl'uii« seience morale. Physiologie du sentiment Tome I,

page 159 — 160.

DE Là prétendue UNITÉ DE L'ÊGLISE CATHOLIQUE. 245

M. Gilliot, comme M. Bûchez, ne dislingue pas le christianisme du catholicisme ; le terme de leur aspiration est le catholicisme mieux compris, mieux pratiqué. L'un et l'autre rêvent l'unité universelle au temporel comme au spirituel, sous la bénédiction et l'autorité papale. Il est intéressant de remar*quer que les tendances religieuses dans le socialisme aboutissent tout naturellement au catholicisme ; c'est une confirmation de la thèse que nous avons soutenue qu'il est le socialisme religieux. Mais lui-même n'a-t-il pas aussi son aspiration? tandis qu'on aspire à lui, n'aspiret-il pas à autre chose? C'est ce qu'il nous faut rechercher si nous voulons arriver à l'aspiration définitive, véritable, qui est au fond de toutes les autres.

D'abord l'unité du catholicisme nous paraît plus que jamais une illusion. L'Église catholique prétend avoir hérité de cette robe du Christ qui était sans couture; mais il faut qu'elle en dispose habilement les plis pour qu'on ne voie pas ses déchi- . rures nombreuses. La moindre commotion révèle les divisions, les schismes latents que d'ordinaire elle dérobe à nos yeux. Savezvous ce qui jusqu'à présent a sauvé les apparences? c'est la préoccupation presque exclusive de ce que nous pouvons appeler les affaires. La politique du catholicisme a sauvé sa théologie; se jetant dans une activité toute pratique, tout extérieure, s'efforçant de garder ou

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de conquérir une position avantageuse dans les divers pays où il est implanté, il a détourné par là Tesprit de ses adeptes de la spéculation ; et nous ne parlons pas de la spéculation philosophique : non, nous parlons de la spéculation dans les limites de l'orthodoxie. Même celle-là eût été un grave péril pour lui; elle eût manifesté au grand jour les divergences de vue qui s'abritent à son ombre. Ainsi, il ne saurait être trop reconnaissant en France envers l'université qui a excité tant de dévotes colères de sa part. Cette querelle, qui a occupé la pensée d'un si grand nombre de fidèles, lui a épargné beaucoup d'embarras. Si toutes les forces qui ont été dépensées à anathématiser la philosophie officielle eussent été portées sur la théologie, où en serait-il maintenant? Bien des hérésies secrètes eussent trouvé leur formule, bien des tendances dangereuses pour lui se fussent hautement produites. Mais ces hérésies n'en subsistent pas moins sans qu'elles sachent elles-mêmes à quel point elles font dissidence. Supposons un moment que la parole est accordée de nouveau aux diverses fractions de l'Église catholique et qu'un concile général est assemblé, nous entendons un concile sérieux et non pas une de ces assemblées partielles sans convocations officielles, où ne se rendent que ceux qui, déjà, sont du même avis. Nous sommes assurés que dans ce parlement ecclésiastique il y aura autant d'orages

CK QUE SERAIT UN CONCILE AUJOURD'HUI. Wl

que dans rassemblée polili(|ue la plus tumultueuse. Des partis aussi tranchés, aussi difiicilement rèconciliables s'y dessineront dès le premier jour.

Mettons de céié ces églises nombreuses qui, depuis quelques années ont ouvertement répudié le catholicisme orthodoxe en Allemagne. Nous admettons qu'elles n'auraient pas droit à se faire représenter ; leur défection n'en est ^as m'éiVis un fait considérable. Il est une chose que les catholiques doivent concéder : ce concile ne pourrait î)lus être au • jourd'hui comme il y a trois siècles une asserr.blée aristôcra'tîque composée uniquement dés grands dignitaires du clergé. L'influence démocratique est trop puissante sur les 'esprits pour que cela fût possible. Lé tiers état du clergé y prendrait nééessairenbent place, et quelque précaution qu'on ait prise pour le tenir eh tutelle, pour le tyranniser, on verrait tout ce qui s'est aniàssé de cMèVe, dHndignalion, de désir d'affranchissement dans ^on sein, le cahier dès charges qu'il lirait ferait dressefr lès cheveux à ceux qui le croient doèile parce qu'il est muet. Sans iSôute, il y a dans ses rangs beaucoup de ces prêtres modèles qui n'ont 'pu secofuer le jdug qxii pèse sur leur pensée depuis le séminaii^e; mais d'autre^ l'ont dès longtemps brisé, et cèdk-lfà deiharidéraiofit i coup sûr le bôuleverâeraent de la hiérarchie catholique. Beaucoup Iraient jusqu'à voulbir faire reposer l'autorité sur l'élection, non pas dû peuple de

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