livre des Machabées (chap. 12\ dans lequel il
nous est dit comment Judas, le vaillant capitaine,
fit une quête et « envoya douze mille drachmes
» d'argent à Jérusalem , afin de faire un sacrifice
» qui serait offert pour les péchés des morts,
)) pensant bien et religieusement au sujet de la
)) résurrection ; car, s'il n'avait pas pensé que
» ceux qui avaient péri renaîtraient à la vie ,
» c'eût été une chose vaine et illusoire que de
» prier pour les morts : c'est donc une sainte et
» recommandable pensée que de prier pour les
» morts, afin qu'ils soient délivrés des liens de
» leur iniquité (versets 43-A6). »
Les livres des Machabées, dira-t-on peut-être, ne font point partie du canon des Ecritures. J'écarte, quant à présent, cette question, quoique
je |)usse facilement prouver (|iie les livres des Macbabées ont autant de droits à être compris dans le canon des Écritures que plusieurs autres livres de l'Ancien Testament, et un plus grand nombre encore du Nouveau, car les Pères les regardent comme faisant partie de l'Ecriture, et les Conciles, qui ont dressé le catalogue des ditFérentes portions du livre sacré, les comprennent, à ce titre, dans leurs canons. Mais laissons de côté cette considération qui nous jetterait dans de trop longs développements. Du moins, tout le monde reconnaît-il que ce livre contient des doctrines utiles et édifiantes; l'Église d'Angleterre elle-même exhorte à le lire à titre d'instruction, d'où l'on peut conclure qu'elle ne croit pas qu'il renferme des doctrines opposées à la religion du Christ. D'un autre côté, personne n'oserait nier que ce livre ait une grande autorité historique, et qu'il retrace fidèlement les croyances et les pratiques des Juifs , à l'époque où il fut écrit. Il prouve donc qu'au temps des Machabées , on était convaincu que les prières offertes pour les morts leur étaient utiles , et qu'en un mot « c'était une sainte et » recommandable coutume que de prier pour les )i morts. » Ainsi la croyance et la pratique de l'Église juive viennent en témoignage à notre Église. Voyons-nous le Sauveur repousser une
seule fois cetîe eoiUiinie des Juifs? La mel-il au nombre des traditions erronées que propagent les pharisiens? Fait-il entendre que c'est une des corruptions qui, semblables à une rouille, ont altéré la parole des institutions de Dieu? Non, sans doute, répondra-t-on; mais en même temps on demandera s'il n'est pas possible d'invoquer d'autres témoignages pour établir l'existence de cette coutume parmi les Juifs. Il en existe d'autres, car les Juifs ont continué à observer cette pratique jusqu'à ce moment, quoiqu'on ne puisse soupçonner qu'ils aient rien emprunté à la religion chrétienne. Dans leur livre de prière, on trouve une oijaison particulière pour les défunts, et, dans leur synagogue , on voit une table de marbre sur laquelle les noms des trépassés sont inscrits , afin qu'on prie pour eux pendant un certain nombre de sabbats. On ne saurait regarder ces pratiques comme modernes; Lighlfoot reconnaît que plusieurs de leurs plus anciens écrivains s'accordentavec nous sur ce point, d'une manière siextraordinaire, qu'ilest tenté de les accuser de nous les avoir empruntées. Pour rendre cette assertion spécieuse, il aurait fallu nousdire quand et comment cette doctrine a été reçue par les Juifs des mains de l'Église catholique. Nous voyons, au contraire, Judas Machabée la professer avant le
temps de notre Sauveur, et nous sommes donc fondés à considérer son existence parmi les Juifs, comme antérieure à la venue du Messie; or, comme jamais il ne la marqua d'une parole de blâme, et comme il ne s'agit pas ici d'une disposition législative et par conséquent transitoire, nous devons la considérer comme n'ayant pas changé. Tel est, en effet, le principe en vertu duquel le sabbat ou le dimanche est si rigoureusement observé en Angleterre. Lorsqu'on interroge les zélés partisans de cette observance solennelle sur la source où ils puisent leur opinion à ce sujet, ils n'ont qu'une raison à invoquer, c'est la prescription faite par Dieu dans la loi ancienne pour l'observance de son sabbat. D'où vient qu'ils continuent à suivre ce précepte sous l'empire de la nouvelle alliance? C'est qu'ils ne le considèrent pas comme une disposition législative, et que l'Évangile n'ayant pas prescrit de l'abandonner, ils pensent non-seulement que le principe de l'observance du sabbat demeure, mais que la manière de l'observer doit demeurer aussi. Tel est précisément le cas dans la question dont nous nous occupons. Si cette doctrine était en vigueur chez les Juifs, si elle était adoptée par ceux d'entre eux qui étaient les plus honnêtes et les plus purs, par celui qui écrivit le livre dont il s'agit , comme par Judas Machabée qui envoya
douze mille drachmes destinées à célébrer im service funèbre pour les morts ; si telle était la conviction de ces personnages si recommandables , s'ils avaient la ferme croyance que par ces prières et par ces offrandes on peut soulager ceux qui ne sont plus et contribuer à effacer leurs péchés , et que, par conséquent, il y a hors de cette vie un état de souffrance qui n'est pas éternel et des châtiments qui ne se prolongent point pendant l'éternité; si, d'un autre côté, rien , dans la nouvelle loi , ne condamne cette croyance basée sur des considérations tirées des principes généraux de la justice et sur les voies ordinaires de la providence de Dieu , nous sommes fondés à la regarder comme une croyance conforme à la vérité, et nous devons nous attendre à la voir se perpétuer dans l'Église avec ses conséquences pratiques. Si les prières et les sacrifices soulageaient les morts dans l'Ancien Testament, à combien plus forte raison aurontils cette puissance sous l'empire de l'Évangile. En effet, la communion entre les membres de l'Église du Christ n'est-elle pas plus étroite et plus forte? Les mérites du Christ ne sont-ils pas maintenant plus puissants pour assister les morts, et ses serviteurs n'ont-ils pas des moyens plus sûrs et plus effectifs d'obtenir l'application de ces mérites à l'allégement des souffrances de ceux qui ne
sont plus ? Quelle raison avons-nous donc de croire que cette belle et consolante communion, par laquelle ceux qui habitent encore la terre peuvent secourir ceux qui l'ont quittée, a été affaiblie et brisée au lieu de s'être fortifiée et d'être devenue plus étroite encore?
Lisez l'Évangile , vous y verrez que la croyance des Juifs sur ce point est confirmée , bien loin d'être contredite. Notre Sauveur, dans une occasion, distingue deux sortes de péchés , et il en est une des deux qu'il appelle le péché contre le Saint-Esprit. « Quiconque, dit-il, parlera contre » le Fils de 1 homme, il lui sera pai donné; mais )) celui qui parlera contre le Saint-Esprit, il ne » lui sera point pardonné ni dans ce monde, » ni dans l'autre. » \oici un péché dont la gravité est exprimée par cette circonslance terrible qu'il ne sera point remis dans l'autre monde. Ne faut-il pas en conclure qu'il y a des péchés qui seront remis dans ce monde futur ? Pourquoi , en effet , le Christ assignerait-il à un genre de péché ce caractère distinctif, s'il était dans la nature de toutes les espèces de péchés de ne pas être remis dans un autre monde? 11 faut donc en conclure qu'on peut , dans un autre monde , obtenir la rémission des péchés, et comme ce ne peut être ni dans le ciel, ni dans la patrie des
châtiments éternels , nous devons donc , de toute nécessité, admettre l'existence d'une situation intermédiaire.
Le texte de l'Évangile est favorable à cette opinion et confirme, sur ce point , les paroles de la Bible. Ainsi l'on nous assure, dans la nouvelle loi , que u rien de souillé ne doit entrer dans » la divine Jérusalem. » Qu'on suppose donc qu'un chrétien vienne à mourir en ayant le poids de quelques légères transgressions sur la conscience , il ne peut entrer au ciel dans cet état, et cependant nous ne saurions admettre qu'il ait été condamné à des peines éternelles. Par quelle issue sortirez-vous donc de ce dilemme? N'est-ce pas en admettant l'existence d'un lieu dans lequel l'àme se purifie du péché et acquiert les conditions nécessaires pour entrer dans la gloire de Dieu? Direz- vous que Dieu pardonne tous les péchés à l'heure de la mort? Qui nous garantira l'exactitude de celte assertion? Cette matière est importante; il ne suffit pas d'afTirmer que Dieu remet tous les péchés à l'heure de la mort, il faut apporter une preuve décisive à l'appui de cette opinion. Si l'on ne trouve rien qui réponde à cette doctrine dans la révélation, mais si, au contraire, on nous y apprend que rien de souillé n'entre dans le royaume du ciel, et subsidiaire-
nient, qu'il y a des péchés qui seront remis dans rantre monde, vous devez admettre qu'il existe des moyens d'expiation et de purification, par l'emploi desquels le pécheur qui n'a point mérité une punition éternelle acquiert les conditions nécessaires pour entrer en jouissance de la gloire du ciel.
Je laisse de côté deux du trois passages qu*on pourrait invoquer en faveur de l'existence du purgatoire ; parmi ces passages, il en est un sur lequel je reviendrai prohahlement un peu plus tard. Tous ces textes, dira-t-on, sont, après tout, obscurs , et l'on ne peut en tirer aucune conséquence certaine. Nous le voulons bien , mais ils en disent assez pour produire une probabilité satisfaisante; et à qui nous adresserons-nous pour obtenir des éclaircissements plus complets , sinon à l'Église, surtout dans les anciens temps? Prenez pour objet de comparaison le sacrement de baptême , tel qu'il est maintenant pratiqué dans l'Église. Les apôtres avaient seulement reçu la mission de baptiser toutes les nations; comment tirerez-vous de ce précepte le devoir de conférer le baptême aux enfants? ou bien encore, d'où vient ce droit de s'écarter de la lettre du précepte qui règle la partie matérielle du baptême, et de baptiser par aspersion au lieu de baptiser
par immersion ? Il y a pu avoir et probablement il y a eu des enfants dans les familles primitives dont il est parlé comme ayant été baptisées, mais cependant ce n'est là qu'une conjecture et non une certitude; et, quoi qu'il en soit, il n'y a rien là sur quoi l'on puisse appuyer une pratique importante contrairement à un précepte formel du Christ qui exige la foi comme une préparation nécessaire au baptême : « Celui qui croit )) et sera baptisé , celui-là sera sauvé. » Or, dans une institution positive dépendant entièrement de la volonté du législateur , on a droit d'exiger la preuve d'une autorité positive pour apporter des modifications à l'acte prescrit. Comment ces modifications peuvent-elles donc être justifiées , sinon par l'autorité de l'Église ? De même , si l'Écriture ne nous parle point en termes clairs et précis d'un lieu de purification, et si cependant nous trouvons qu'elle parle d'un pardon accordé aux péchés dans l'autre monde, si nous voyons que les prières sont efficaces pour les morts, que rien de souillé ne peut entrer dans le royaume du ciel , et si cependant une punition éternelle appliquée aux fautes légères est incoiîipatible avec la justice de Dieu, nous possédons tous les germes de la doctrine catholique , et il ne s'agit que de la développer; nous avons toutes
les parties d'un système complet , qui , comme cela arrive dans le baptême , doit recevoir sa confirmation de l'autorité de rjEglisedeDicu. Maintenant , rien de plus simple que d'établir la croyance de l'Église universelle sur ce point. La seule difficulté, c'est de choisir parmi tant de passages celui qui doit paraître le plus clair de tous.
Je commencerai par le plus ancien des Pères de l'Église latine, Tertullien , qui donne à une veuve l'avis de « prier pour l'âme de son mari » défunt , de demander pour lui le repos et la w participation à la première résurrection , de » faire des oblations pour l'anniversaire du » jour de sa mort, toutes prescriptions dont l'ou- » bli entraînerait une sorte de divorce entre la » femme oublieuse et le mari oublié (1 j. » Faire une oblation pour l'anniversaire du jour de la mort, prier pour obtenir le repos d'un trépassé, n'est-ce point là un usage entièrement catholique? Par ces paroles , Tertullien ne suppose-t-il pas que nos prières profitent à ceux qui nous ont précédés dans une autre vie avec le signe de la croix? Ne nous fait-il pas une obligation de cet usage de prier pour les moi'ts ?
(j) Demonogamia, c. 10.
Saint Cyprien s'exprime en ces termes : << Nos » prtidécesseuis ont sagement décidé qu'aucun de » nos frères, en quittant la vie, ne pourrait choisir » un ecclésiastique pour exécuteur testamentaire, » et que, si quelqu'un transgressait cet ordre, au- » cune oblalion ne serait faite pour lui , aucun )) sacrifice ne serait offert, ce dont nous avons eu » récemment un exemple (1). » C'était donc une punition sévère, une exception terrible réservée aux violateurs des lois ecclésiastiques, que celte privation des prières qu'on faisait pour les morts; par conséquent, c'était un usage général de prier pour eux. Traversons, sans nous y arrêter , une foule d'autres passages, et arrivons à Origène, qui écrivait dans le même siècle; personne n'a été plus clairetplusexpliciterelativemeniàcette doctrine; « Lorsque nous quittons cette vie, lorsque nous w emportons avec nous des vertus et des vices, re- >) cevrons-nous une récompense pour nos vertus , » et les transgressions que nous avons sciemment » commises nous seront-elles pardonnées; ou » bien, nos fautes seront-elles punies et nos )) vertus demeureront-elles sans récompenses? » La question est clairement posée; c'est-à-dire : quand il y aura là un mélange de mal et de bien
(l) Ep. XLVI, [}. 114.
dans notre conduite, le bien fera-t-il oublier le
mal , ou ce mal fera-t-il oublier le bien ? Voici la
solution donnée par Origéne au problème qu'il
vient d'énoncer : « Ni l'un ni Vautre de ces deux
» résultats n'interviendra. Nous recevrons la pu-
» nition de nos fautes et la récompense de nos
» bonnes actions. Car, si , en prenant le Christ
» pour base , vous avez bâti non-seulement en
)) or ou en argent et en pierres précieuses , mais
M en bois, en herbe et en chaume , à quoi devez-
}) vous vous attendre lorsque Tàme sera séparée
)) du corps ? Vous verra-t-on entrer dans le ciel
>) avec ce bois, celte herbe et ce chaume, pour
» déparer le royaume de Dieu ; ou bien, en raison
>) de ces matières viles et sans prix dont vous êtes
i> chargé , demeurerez-vous au dehors et privé
» des récompenses qui sont dues aux œuvres que
M vous avez tailléesdans l'argent, l'or et les pierres
)) précieuses? Ni l'une ni l'autre de ces deux al-
». ternatives ne serait juste. Que reste-t-il donc ?
» Que vous soyez livré au feu qui consumera ces
» matières légères; car notre Dieu, pour ceux qui
» comprennent les choses du ciel, est appelé un
» feu dévorant. Cette flamme ne consume point
n la créature, mais ce que la créature a construit
n sur son propre fonds , avec les matériaux qui
)) lui sont propres, le bois, l'herbe et le chaume.
w II est évident, eu premier lieu , que le feu dé- » truit le bois de nos transgressions, et ne nous » laisse plus que nos bonnes œuvres, afin qu'elles «soient recompensées (1). » Ainsi, selon ce Père si profondément érudit, et qui vivait deux siècles seulement après Jésus-Christ, lorsque l'âme est séparée du corps , si elle a à se reprocher quelques transgressions légères , elle est condamnée au feu qui la purifie de ces éléments souillés et la prépare ainsi à entrer dans le ciel.
Saint Basile, ou un auteur contemporain, écrit ce qui suit sur la parole d'Isaïe : « Par la » colère du Seigneur, la terre est consumée , dit- » il , c'est-à-dire que les choses qui viennent de » la terre seront la proie d'un feu qui châtie ,jus- » qu'à ce que l'âme soit reçue en grâce. « Il continue en ces termes : « Et le peuple deviendra n comme V aliment du feu (ibid.). Ceci n'est pas >) une menace d'extermination, mais annonce, » au contraire, une expurgation morale, suivant M la parole de l'Apôtre : Si l'ouvrage de quelqu'un » est brûlé j ile?i souffrira la perte; Une laissera » pas cependant d'être sauvé, mais en passarit » par le Jeu (2). » Or, remarquez le mot employé
(0 Homilia xvi, al. xii, in Jereni., t. m, p. 231. (2) Couc. in c. IX d'Isaïe, p. 664o
dans le texte grec; c'est celui de KctQap^i; , qui ne saurait se rendre que par le mot de Purgatoire. Cette expression n'est donc pas nouvelle dans la langue de TÉglise. Saint Eplirem d'Édesse s'exprime ainsi dans son Testament : « Mes » frères, venez à moi, et disposez-moi pour cette >) séparation dernière, car ma force m'a entière- )> ment abandonné ; récitez avec moi des psaumes » et des prières, et veuillez bien faire sans cesse » des offrandes pour moi ; lorsque le trentième » jour sera accompli, souvenez-vous de moi, car » les offrandes des vivants aident les morts. » Remarquez que ce jour est précisément celui que l'Église a choisi pour le solenniser d'une manière toute particulière en priant et en offrant des messes pour les trépassés, u Si les fds de Malha- » thias eux-mêmes , » continue-t-il en faisant allusion au passage des Machabées que j'ai déjà cité, « si les fils de Matliathias, qui n'avaient que » la figure et le symbole de nos réalités, pouvaient » purifier, par leurs offrandes , ceux qui étaient » tombés surle champ de bataille, à combien plus » forte raison les prêtres du Christ pourront-ils » aider les trépassés par leurs oblations et leurs » prières (1)! »
(1) In Testamento, t. u, p. 234, p. 3Ti,«dit. Oxon.
Dans le mèinc siècle , sauil Cyrille de Jérusalem s'exprimait en ces termes : « INous prions » pour îes saints Pères et pour les évêqiies qui » sont sortis de celte vie , enfin pour tous ceux » qui sont morts dans notre communion, par » suite de la croyance où nous sommes que l'âme )) de ceux pour qui nous offrons des prières » reçoit un grand soulagement, lorsque la sainte » et formidable victime repose sur l'autel. » Saint Grégoire de Nyssa fait ainsi contraster la marche que suit la providence de Dieu dans ce monde avec la marche qu'elle suit dans l'autre. Dans la vie présente , « Dieu permet à l'homme » de ne dépendre que de son propre choix , afin » qu'ayant fait l'épreuve du mal qu'il a désiié » connaître , et qu'ayant appris par l'expérience » combien il a perdu à l'échange, il éprouve un )) ardent désir d'abandonner ce fardeau de vices » et d'inclinations contraires à la raison, de sorte » que, dans cette vie, ayant été renouvelé par des » prières et par la recherche de la sagesse , ou » bien qu'ayant expié ses fautes dans l'aulre vie » par les llammes du purgatoire, il puisse recou- » vrer l'état de bonheur qu'il a perdu. Lorsque » son âme a quitté son corps et que la différence n entre la vejtu et le vice est connue , il ne sau- » rait être admis à s'approcher de la Divinité ju8- 11. 1 5
» qu'à ce que le t'eu du purgiitoîi'e ait expié les » taches dont son âme était souillée; le même )) feu détruira, dans les autres , la corruption de » la matière et la propension au mal. » Saint Ambroise , dans ses ouvrages , ofFre des passages innombrables sur le même sujet , et cite la première épitre de Paul aux Corinthiens que nous avons déjà vue citée par d'autres Pères : ce Si l'ou- » vragede quelqu'un estbrùlé, il souffrira la perte; » il ne laissera pas cependant d'être sauvé, mais M il sera sauvé par le feu. » Vous l'entendez. « Il M sera sauvé, » dit l'Apôtre, parce que la substance demeurera, tandis que ses mauvaises doctrines périront. « Mais il sera sauvé par le feu, » ajoutat-il, pour montrer que son salut sera une œuvre laborieuse . Il montre qu'il sera sauvé, mais « après » avoir subi la peine des flammes qui purifient, à » la difféience des flammes inextinguibles de )) l'enfer qui punissent les méchants et les per- » vers. )) Voici ses propres paroles dans l'oraison funèbre de l'empereur Théodose, u Dernièrement » nous déplorions ensemble sa mort , et mainte- M nant , tandis que le prince Honorius est présent w devant nos autels, nous célébrons le quator- » ziéme jour. Quelques-uns observent le troi- » sième et le treizième jour, nous observons le w septième et le quatorzième. Accordez, 6 Sei-
» giicur, le repos à vodc serviteur Théuiiose , » ce repos que vous avez préparé pour vos saints; )i que son àme s'élève vers ce lieu dans lequel elle n ne pourra plus craindre l'aiguillon de la mort, » où il apprendra que la mort est, non pas le terme » de la nature, mais du péché. Je l'ai aimé, je » veux donc le suivre dans la terre des vivants; » je ne l'abandonnerai pas jusqu'à ce que, par mes » prières et mes lamentations , il ait été admis sur » la sainte montagne du Seigneur, où ses mérites » l'appellent (1). »
Vient encore saint Épiphane qui, dans le même siècle, écrivait ce qui suit : (( Rien de plus con- » venable, rien de plus digne d'admiration que » le rite d'après lequel on fait mention des noms » des morts. Ils reçoivent du soulagement de la )) prière offerte pour eux, quoiqu'elle ne détruise » point toutes leurs fautes. Nous faisons mention à )) la fois des justes et des pécheurs, parce que nous » pouvons obtenir miséricorde pour ces der- » niers (2). » Voici saint Jérôme : (( Comme nous » croyons que les tourments des démons et des » hommes pervers, qui disent dans leurs cœurs, » il n'y a pas de Dieu , seront punis des feux
(1) DeObituTheod., ibid., p. ii'JT— 8.
(1) Hœres. lib. Y, suc. lxxv, t. i, p. au.
» éternels, de même, pour ces pécheurs qui n'ont » pas renié leur Coi et dont les œuvres peuvent être » purifiées par le feu , nous en concluons que la « sentence du juge peut être tempérée parla misé- » ricorde. » Citons encore un témoignage, celui du grand Augustin. » Les prières de l'Église, « écrit-il, ou même celles des âmes pures, sont » écoutées et profitent à ces chrétiens qui, en )) quittant la vie, n'étaient pas assez enfoncés » dans le mal pour être jugés indignes de miséri- » corde , pas assez avancés dans le bien pour en- » trer immédiatement dans la béatitude. Lorsque » viendra la résurrection des morts, plusieurs se n rencontreront à qui il sera fait miséricorde , » parce qu'ils auront traversé les peines auxquel- » les les esprits des morts sont assujettis; autrement » il n'aurait pu êlre dit avec vérité de quelques- » uns que leur péché ne leur serait pardonné ni » dans ce monde, ni dans le monde à iwnir h (saint Matthieu). Il faut nécessairement, pour » que cela soit vrai, qu'il j ait des fautes remises » dans l'autre monde (1). » Ce raisonnement de saint Augustin est précisément celui que j'ai employé et dont tous les catholiques se servent. Dans un autre passage, il cite comme il su les
'i) De Civil. Dei, lib. XXI, c. xxiv, p. 61::.
paroles dp saint Paul : « S'ils avaient bâti en ar- » gent , en or et en pierres précieuses , ils M seraient à l'abri de l'un et l'autre feu ; non-seu- » lement de celui dans lequel les méchants doivent » subir un châtiment éternel, mais aussi de celui » qui doit purifier ceux qui ne peuvent être sauvés » que par les flammes. Cependant, comme il est n dit : Il sera sauvé, ce feu est considéré comme M étant peu de chose , quoique cette souffrance » doive être plus terrible que toutes les peines que w l'homme peut endnrer dans cette vie. »
Ces passages contiennent précisément la doctrine que l'Églisecatholiqueenseigneaujourd'hui, et le sentiment de tous ces écrivains ne saurait concorder avec les opinions d'aucune des sectes dissidentes.
Je dois faire observer qu'il est un texte sur lequel je n'ai fait que passer en courant, et qui pourrait prêter à des remarques plus étendues. Je veux parler du passage de saint Paul oîi il est question de construire, sur sa véritable base, un édifice d'or, d'argent et de pierres précieuses, ou de bois, d'herbe et de chaume, passage dans lequel il dit que le feu éprouvera toutes les œuvres humaines, que tout ce qui est fragile sera nécessairement consumé , tandis que les fondations demeureront. Plusieurs Pères, comme on l'a vu, rapportent ce texte à la
docli'ine du [)urgatoiro. Cependant un écrivain , en commentant la doctrine de l'Église catholique sur le purgatoire, a cité ce passage comme un exemple de la manière dont l'Église romaine détourne les Écritures de leurs sens , ce sont ses expressions, pour établir ses opinions particulières. Suivant lui, nous avons construit tout l'édifice de notre système, touchant le feu du purgatoire, sur ce texte qui ne serapporte nullement aux peines d'une autre vie , mais qui a trait uniquement aux tribulations que nous devons supporter danslavie présente (1). Il estévident qu'il y alà un cercle vicieux , et l'auteur dont il s'agit se trouve en face de ce dilemme : ou l'Eglise de Rome n'a pas été la première à invoquer ce texte pour prouver l'existence d'un purgatoire , et alors son assertion est étrangement inexacte; ou les Pères que j'ai cités doivent être compris dans l'Église de Rome , et , par conséquent , il faut les considérer comme ayant professé les doctrines catholiques. Il n'est pas nécessaire à notre croyance que ce texte se rapporte au dogme du purgatoire; mais ce texte est d'une haute importance en ce qu'il montre la doctrine de saint Paul touchant la conduite de Dieu en punissant le péché , et en
11) Ilnrnc, \n\. IT, p. 'i75, T^édii.
distinguant les offenses gravi\s et les erreurs capitales de celles qui ont une moindre importance, distinction qui suppose l'existence d'un état intermédiaire dans lequel les imperfections qui né isontpas en opposition complète avec la loi de Dieu sont effacées par une épreuve temporaire.
A l'appui de tout ce qui précède , je ferai observer qu'il n'existe pas une seule liturgie, soit que nous remontions jusqu'aux âges les plus antiques de l'Église primitive , soit que nous portions nos regards sur les contrées séparées par les distances les plus considérables, où l'on ne trouve l'empreinte de cette doctrine. Dans toutes les liturgies de l'Orient , il y a des parties de l'office où le prêtre ou l'évêque doit prier pour l'âme des fidèles qui ont cessé de vivre, et l'on conservait autrefois, dans les églises, des tables, appelées Diptyques, sur lesquelles les noms des trépassés étaient inscrits, afin qu'on pût en faire mémoire dans le sacrifice de la messe et dans les prières des fidèles.
Quant diU mol de purgaioi je, ils'expliquedeluimême. Nous savons qu'on a dit qu'il ne paraît nulle part dans l'Écriture ; mais y trouve-ion davantage le mot de trinité, ou celui d'mcarnatîon? N'est-il pas vrai de dire que plusieurs autres mots , tenus pour saints et sacrés et d'une impor-
l«Tnc<^ extrême dans le chrislianisme , ne se rencontrent pas non plus dans l'Écriture? Sans doute, on y trouve toutes les doctrines exprimées par ces mots ; mais les mots eux-mêmes ne nous ont été donnés qu'au moment où ils sont devenus nécessaires. Nous voyons que les Pères de l'Église ont parlé d'un feu qui purifie ; d'un lieu d'expiation, de purification, d'expurgation, qu'on nous passe ce terme. L'idée du purgatoire est là tout entière , et vous voyez même apparaître le mot à côté de la chose.
Les théologiens de lÉglise d'Angleterre affirment , nous le savons , que ces deux doctrines des prières pour les morts et du purgatoire, que je vous ai montrées comme indissolublement unies, n'ont pas des rapports nécessaires , et qu'en eff'et on ne les rattachait point l'une à l'autre dans l'ancienne Église. Nous laissons à ceux qui ont lu les nombreux passages des Pères que nous avons cités le soin de répondre à cette assertion. Certes, il est impossible de le nier en présence de textes si positifs, les Pères ont parlé d'une expiation, d'une purification par le feu après la mort, de souffrances par lesquelles les taches qui restent sur notre vie sont lavées , et à l'aide desquelles nous achevons de satisfaire à Dieu pour des ofTenses «jui u'auriMPUl pas été siiflisamment expiées. Ils
parlent, en même temps, de nos prières comme pouvant profiter à ceux qui, en quittant ce monde, étaient dans un état de péché, et «es deux propositions renferment toute la doctrine catholiq^)e sur le purgatoire. On nous objecte encore que la religion établie, ou , en d'autres termes, le protestantisme n'interdit point les prières pour les morts , tant qu'elles ne se lient point à la croyance au purgatoire , et on affirme q*€ le protestantisme est d'accord, à cet égard, avec la primitive Église. C'est là une distinction à la fois fallacieuse et illusoire. La religion doit être une institution vivante et publique, et, quand il s'agit de la juger, les éléments naturels de ce jugement il faut les chercher dans les pratiques généralement observées, dans les dogmes universellement admis , et non dans les opinions exceptionnelles de quelques docteurs. Je ne craindrai pas d'en appeler à la bonne foi de tous les protestants : est-ce là la doctrine de leur Église , telle qu'ils l'ont comprise , telle qu'elle leur a été enseignée? Dans les termes des offices auxquels ils ont assisté, dans les expressions des catéchismes qu'on leur a fait apprendre, dans les paroles des sommaires de leur religion , ont-ils surpris un mot qui eût pu leur donner à croire que l'usage de prier, même d^uii^ m^imèi*
générale , polir les morts , ne fût pas ùhé particularité propre au catholicisme, mais une pratique autorisée par le protestatitisthe ? Parmi leurs coreligionnaires, en est-il un seul qui accomplisse cet acte dé dévotion? Et si les protestants ont toujours cru que, tout au coiitràire , cette pratique de prier pour les morts était un des caractères distinctifs delà religion catholique, qu'importe que l'évéque Bull et deux oii tlrois autres théologiens aient avancé que cet Usage était admis aussi par l'Église d'Angleterre? Vous dites que la permission de prier pour les morts est tacitement donnée. D'abord, on pourrait en douter, en voyant les prières pour les morts qui étaient demeurés dans l'ancienne liturgie anglicane en être formellement retranchées après une révision. Puis , quand même il serait vrai, quelle comparaison peut-on faire entre la permission tacite de l'Église anglicane et l'injonction positive de la primitive Église, entre la tolérance de Tune et la prescription éclatante et publique de l'autre qui a placé les prières pour les morts dans la partie la plus apparente et la J)lus solennelle de sa liturgie (1 ) ?
(i) Le docteur Pusey a écrit récemment ce qui suit : « Depuis » que Rome a confondu la cruell«! invention du purgatoire avec Tu-
Si l'on considère, dans ses effets pratiques, cette doctrine du catholicisme , il faudra reconnaître combien Tinfluence qu'elle exerce est consolante pour l'humanité , combien digne d'une religion descendue du ciel pour seconder le développement des sentiments les plus purs de notre àme. La nature elle-même semble se révolter à la pensée que les liens d'un attachement qui a uni deux âmes pendant cette vie terrestre puissent être rudement brisés par la main de la mort, qui a
» sage primitif de prier pour les morts , ce n'est pas dans sa com- » munion qu'on demande quelque consolation à ce rite. » {P'ive remontrance à l'auteur de la lettre pastorale du pape, 1836 , p. 25.) L'opinion du docteur Pusey est, 1° que, dans l'ancienne Église, les prières étaient ofTertes pour la généralité des morts, y compris les apôtres et les martyrs ; 2" que ces prières avaient pour but non d'alléger les peines , mais d'augmenter la béatitude et de hâter le moment de la joie parfaite dont les morts ne devaient pas jouir avant la fin du temps; 3° que la cruelle invention du purgatoire date des temps modernes ; 4" que l'Église d'Angleterre admet les prières pour les morts sous cette forme générale.
Quant au premier point , il n'est pas douteux que , dans les anciennes liturgies , on faisait mention des saints et des autres fidèles décédés , dans la même prière, en raison de cette simple circonstance qu'avant que le suffrage public de l'Église eût proclamé leur prééminence, les saints étaient confondus dans la grande famille des trépassés. Il est vrai encore que l'Église piiait alors comme elle prie encore aujourd'hui pour la consommation de leur béatitude après la résurrection. Mais il n'est pas moins vrai que les anciens liraient une ligne de démarcation entre l'état dos saints
perdu son aiguillon depuis la victoire de la croix. Mais ce n'est point à la dépouille froide et défigurée des morts que s'attache cette affection. C'est une douleur toute terrestre, une douleur où il n'y a rien de chrétien que celle qui éclate en sanglots, lorsque la tomhe vient à se fermer sur le cercueil qui contient les restes d'une personne bien chère. L'àme s'élève dans la sphère d'une affection plus spirituelle, et ce sont les liens qui l'attachaient à l'esprit qui vient de s'en-
et celui des autres morts, et que leur conduite à cet égai'd était précisément semblable à la nôtre. Saint Épiphane , cité dans le texte, faisait cette distinction en disant : « Nous faisons en même » temps mention des justes et des pécheurs, afin d'obtenir niiséri- » corde pour ces derniers. » Saint Augustin écrit dans le même sens : « Lors donc que le sacrifice de l'autel ou des aumônes sont » ofTerts pour les trépassés , à l'égard de ceux dont la vie a été » pure, dételles pratiques deviennent des actions de grâces; pour » ceux qui sont demeurés chargés de quelques fautes , des actes de » propitiation; et, quoique les méchants ne puissent pas en profiter, » du moins en revient-il quelques avantages aux vivants (Enchirid. » cap. ex). » Les trois situations différentes où peuvent se trouver les âmes de ceux qui ue^sont plus sont ici indiquées avec les effets que produit le sacrifice de'la messe dans chacun de ces trois cas. Le docteur Pusey doit connaître aussi cette parole du même Père : « Celui-là qui prie pour un martyr fait injure à ce martyr; » injuriam facil martyri , qui orat pro martyri. »
Quant aux second et troisième points, je m'en réfère aux textes cités dans le cours de cette conférence. Saint Augustin emploie le t(M-me propre : Purgrrtorias pœnas (deCivit. Dei, lib. X\I, c. 10).
voler, qu'elle ne veut point eonseniir k croire pour jamais brisés. Aussi froide et aussi sombre que la voûte du sépulcre, elle nous glace le cœur cette idée désolante que tous les rapports sympathiques des âmes se rompent avec ce corps
Les passages que nous avons reproduits sont suffisants pour prouver qu'il y a un état de souffrance temporaire pour les âmes qui n'ont pas atteint un degré assez élevé de perfection. Il est une autre réflexion non moins importante. Les Pères parlent de leurs prières comme procurant un soulagement immédiat à ceux pour lesquels ils les offrent, soulagement assez efficace et assez complet pour les transférer d'un état dans un autre. Saint Ambroise exprime ces effets de la prière, lorsqu'il dit, en parlant à Théodose : « Je ne l'abandonnerai point jusqu'il ce que , par mes prières et » mes lamentations, il soit admis sur la sainte montagne de Dieu. » Certes, il ne saurait être question ici d'un résultat éloigné, ou seulement d'un degré plus parfait de béatitude.
Pour le quatrième point, j'ai peu de chosesà ajouter àce que j'ai déjà dit. Je me bornerai à exprimer le désir qu'on vienne à savoir d'une manière un peu plus générale que l'Église d'Angleterre considère les prières pour les morts comme légales et comme pouvant, en outre, leur profiter; car une décision judiciaire a dernièrement annulé un legs institué en faveur d'une chapelle catholique , sous la condition qu'on dirait des messes pour la testatrice (i G avril 1835;. Le chancelier décida, dans l'affaire de West et deSchuttleworth, que, comme la testatrice ne pouvait tirer aucun avantage de pratiques de cette nature, on devait les regarder comme superstitieuses, et il se fonda sur cet argument pour déclarer le legs nul et sans valeur. Or, si sa seigneurie avait été avertie que l'Église d'Angleterre admettait les prières pour les morts et croyait à leur e(Ti~ cadté, sa seigneurie eut rendu, sans doute, un tout autre arrêt.
qui se dissout; qu'il n'y a plus lieu à un échange d'affections et de services mutuels entre ceux qui dorment du dernier sommeil, et ceux qui, pendant quelques moments encore, peuvent répandre des fleurs sur leurs tombeaux. Mais quelle douce consolation pour le mourant, lorsque le souve-* nir de ses imperfections lui revient à la mémoire, de pouvoir penser que, maintenant même que les courtes heures pendant lesquelles il lui a été donné de mériter devant Dieu touchent à leur terme , d'autres hommes pourront intercéder pour lui! Quelle douce joie aussi, pour ceux qui. lui survivent , de savoir qu'au lieu de larmes stériles , ils possèdent un moyen puissant de soulager efficacement leur ami , et de l'enfanter au bonheur éternel par une prière féconde ! Ce sentiment est si puissant, que, dans les premiers moments d'une grande douleur, il a fait souvent fléchir le genou à l'incrédule, et lui a arraché une prière involontaire pour le repos de celui qu'il avait aimé. 11 y a un instinct de la nature qui coïncide ici avec une vérité révélée. Mais cet instinct n'est qu'une lueur mélancolique et passagère, assez semblable à ces feux qui brillent par une nuit sombre au-dessus des tombeaux , tandis que le sentiment catholique si précis, si clair, si fondé en raison, ressemble à ces lampes
éternelles que la piété des anciens allumait, diton , devant la tombe des morts qu'ils pleuraient. Ce sentiment prolonge les affections les plus tendres à travers les obscurités du sépulcre; il nous donne l'espoir que l'assistance que nous pouvions apporter ici-bas aux souffrances de nos frères nous sera complètement rendue par eux quand ils auront atteint le séjour de leur repos; il nous apprend à nous faire des amis, qui, lorsque notre dernier jour sera venu, nous recevront dans les demeures de l'éternité.