‹ Conferences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholiqueChapitre 10 sur 20 · DE LA SUPRÉMATIE DU PAPE · texte numérisé non relu

DE LA SUPRÉMATIE DU PAPE

Vous êtes bien h'eureux , Simon , fils de Jean , parce que ce n'est point la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père, qui est dans les cieux. Et moi aussi , je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur celte pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. El je vous donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dan& les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans les cieux. (Saint Matthieu.)

Les deux dernières conférences ont peut-être interrompu la suite de la démonstration que j'avais entreprise au sujet de l'Église de Dieu, et les détails dans lesquels j'ai été obligé d'entrer vous ont peut-être fait perdre de vue la pensée de l'ensemble. Le résultat de cette démonstration était de vous conduire à concevoir l'Eglise du Christ d'uue manière conforme aux symboles et aux institutions que nous trouvons consignés dans la parole écrite. Ces institutions, comme ces symboles, vous l'ont montrée sous la forme d'un royaume sacré, dont toutes les parties sont étroitement liées ensemble dans une parfaite unité de croyance et de pratique, résultat d'un principe de foi commun, sous une autorité constituée par Dieu. Mais nous n'avons encore rien dit sur l'application de celte définition , car, jusqu'ici, nous nous sommes jîornés à établir l'existence de

cette autorité dans l'Église du Christ, sans préciser où, comment, et par qui elle doit être exercée.

Comme l'ensemble de cet examen nous a révélé la tendance des institutions de l'Église à produire l'unité religieuse , il est naturel de supposer que l'autorité , qui en est la principale garantie , est essentiellement propre à atteindre ce but. Dans l'ancienne loi, nous avons vu l'autorité enseignante concentrée dans la personne d'Aaron et dans sa descendance. Toutes les figures prophétiques nous ont préparés à un gouvernement spirituel qui trouve dans la monarchie son symbole le plus exact ; à la vérité, Dieu en est le régulateur, et le fils de David le chef éternel; mais comme l'action divine sur l'homme est invisible par essence, et que la fin qu'il s'agit d'atteindre, telle, par exemple, que l'unité de la foi, est une fin sensible, qui dépend de circonstances extérieures , il nous est permis d'espérer qu'une autorité visible, déli3guée par Dieu, le représentera sur la terre, parce que c'est le seul moyen d'assurer l'existence et la durée de l'unité dans l'Église. Quoi de plus ? les autres institutions étant extérieures et visibles, il est peu naturel de penser que celle-là seulement dont elles tirent toute leur efficacité ne présentera pas les caractères qui lui sont indispensables pour exercer une action sur les éléments soumis à son contrôle.

C'est ce point important que nous allons examiner, et j'ai la confiance qu'il résultera de cette étude une conviction pleine et entière que le couronnement de l'édifice répond à sa base, et que les principes que nous avons vus sortir de toute son ordonnance se retrouvent encore ici avec leur force incomparable et leur majestueuse unité. Mais, avant d'entrer dans cette grande question de la suprématie du saint-siége, déblayons les préjugés dont l'esprit de parti et la haine ont encombré la matière.

Qu'est-ce que les catholiques entendent par cette supprématie du pape, dogme qu'il fallait renier naguère pour être admis à la jouissance du droit commun, dans la Grande-Bretagne? Les catholiques entendent que le pape, ou lévéque de Rome, en qualité de successeur de saint Pierre, possède autorité et juridiction , dans les choses spirituelles, sur l'Église tout entière, de sorte qu'il est son chef visible et le vicaire de Jésus-Christ sur la terre. L'idée de cette suprématie comprend deux prérogatives distinctes, mais étroitement liées : d'abord" le saint-siége est le centre de l'unité, ensuite il est la source de l'autorité.

Du premier principe il résulte que tous les fidèles doivent être en communion avec lui, par l'intermédiaire de leurs pasteurs respectifs, qui forment une chaîne non interrompue qui remonte de la dernière brebis du troupeau jusqu'à celui qui en a été établi le pasteur universel. La rupture de cette communion constitue le crime du schisme et détruit le principe fondamental de la religion du Christ.

Nous reconnaissons aussi que la source de l'autorité est dans le pape, c'est-à-dire que tous v les autres pasteurs lui sont soumis et reçoivent directement ou indirectement leur juridiction de lui et par lui : ainsi le pouvoir exécutif est placé dans ses mains, pour toutes les affaires spirituelles. C'est à lui qu'appartient la tâche de confirmer ses frères dans la foi; son ministère est de veiller au redressement des abus et au maintien de la discipline dans toute l'Eglise ; si l'erreur vient à s'élever dans une de ses parties , il doit la découvrir et la condamner, ramener le membre dissident à l'obéissance ou le retrancher de la vigne comme une branche morte; si le désordre devient général et alarmant dans les matières de doctrines ou de pratiques, il convoque en un concile général les pasteurs de l'Eglise, le préside en personne ou le fait présider par ses légats, et en sanctionne, par son approbation, les canons et les décrets.

Que les catholiques qui reconnaissent au souverain pontife ces iîaules prérogatives éprouvent pour lui une vénération profonde , il n'y a là rien de surprenant ; il serait, au contraire, étrange que le respect ne se mesurât pas sur la sainteté des fonctions et la grandeur du ministère. Lorsque Paul reprocha sévèrement à Ananie de l'avoir fait frapper injustement au visage, les assistants lui dirent ; « Osez-vous bien insulter le grand prêtre de Dieu? » Paul répondit : ((. Mes frères, je ne savais pas que ce fiit le grand prêtre, car il est » écrit : Vous ne direz pas de mal du prince de ce peuple. » 11 résulte évidemment de ces paroles, que l'on doit honneur et respect à ceux qui sont revêtus d'une dignité aussi vénérable, indépendamment des qualités et des vertus personnelles des individus. Il en résulte également qu'une dignité aussi haute doit être respectée sans qu'on admette pour cela que le dignitaire soit à l'abri de toutes les fautes et de tous les crimes. C'est une erreur bien souvent reproduite que celle qui attribue aux catholiques l'opinion que le souverain pontife est nécessairement exempt de toutes prévarications, et

que toutes ses actions sont nécessairement vertueuses. Nous ne devrions pas être obligés à repousser une allégation si contraire au bon sens. Non-seulement nous croyons que, nonobstant son élévation il est Sous l'influence de la faute originelle d'Adam, comme le plus humble de ses sujets spirituels, mais nous croyons que son élévation même l'expose à de plus grands et à de plus nombreux dangers • qu'il est sujet aux tentations qui nous éprouvent, condamné à toutes les précautions et contraint de recourir à tous les remèdes que réclame la fragilité de notre nature

La suprématie dont j'ai parlé est purement spirituelle; elle n'emporte point nécessairement avec elle la possession d'une juridiction temporelle. La souveraineté du pape sur ses États particuliers ne fait pas partie intégrante de sa dignité. Avant qu'il eût acquis ces domaines, sa suprématie n'était ni moins étendue ni moins entière ; et si les desseins impénétrables de la Providence devaient, dans le cours des âges, priver le saint-siége de sa souveraineté temporelle, comme cela se vit sous le pontificat de Pie VII, par l'usurpation d'un conquérant, sa domination sur l'Église et sur les consciences des fidèles ne serait pas pour cela entamée.

Cette suprématie spirituelle n'a aucun rapport avec la vaste influence qu'on vit les pontifes exercer autrefois sur les destinées de l'Europe. Que le chef de l'Eglise ait eu naturellement une grande puissance dans un État politique et social basé sur les principes catholiques, il n'y a là rien qui puisse nous étonner. Ce pouvoir s'est élevé et a disparu avec les institutions qui l'avaient produit et soutenu, et il ne fait, en aucune façon, partie de la doctrine professée par l'Église relativement à la suprématie du pape. A la fin de cette conférence , je compléterai ces observations en ajoutant quelques mots sur ce sujet et sur quelques autres préjugés assez généralement répandus et qui se rattachent à celui-ci. Comme la prééminence attribuée par l'Église catholique à l'évêque de Rome est basée sur ce fait qu'il est le successeur de saint Pierre, pour démontrer la réalité de cette prééminence , il faut montrer que cet apôtre était en possession d'une juridiction et d'une autorité semblable. Le sujet de cette conférence roulera donc sur deux points. Saint Pierre a-t-il été investi par notre Sauveur, non-seulement d'une suprématie honorifique, mais d'une juridiction réelle et effective sur le reste des apôtres ? S'il en est ainsi , cette prérogative était-elle purement individuelle et inhérente à sa personne, ou

bien doit-elle être transmise à ses successeurs, jusqu'à la fin des temps?

C'était un usage répandu chez les docteurs juifs, de donner un nouveau nom à leurs disciples dans les occasions où ceux-ci faisaient preuve d'une grande supériorité ou d'une rare vertu. Cet usage semblait remonter jusqu'à Dieu lui-même, qui avait souvent marqué de cette manière, dans la vie de ses serviteurs, un événement important qui servait d'introduction à un ordre de choses nouveau. C'est ainsi qu'il changea le nom d'Abraham et de Sara lorsqu'il fit avec le premier l'alliance dont la circoncision était le signe, lorsqu'il promit à l'autre qu'elle enfanterait dans ses vieux jours, et qu'il ajouta que d'eux naîtraient des rois et des nations. C'est ainsi que Jacob reçut de Dieu le nom d'Israël, lorsque, après sa lutte contre l'ange, il lui fut dit qu'il lui serait toujours donné de prévaloir contre les hommes. Il est remarquable que, lorsque Simon parut devant Jésus-Christ, il reçut la promesse d'une distinction pareille. c( Tu es le fils de Jonas, tu seras appelé Céphas, ce qui veut dire » Pierre. »

Ce fut dans l'occasion où il confessa la mission divine du fils de Dieu, que cette promesse reçut son accomplissement. Au commencement des paroles de notre Sauveur, il lui donne encore son premier nom. « Tu est béni, Simon, fils de Jean, parce que la chair » et le sang ne t'ont pas révélé ce que tu viens de dire , mais mon » Père qui est aux cieux. » Alors il procède à l'inauguration du nouveau nom qu'il doit porter. « Et je te dis que tu es Pierre. y> Par analogie avec les exemples plus haut cités, nous devons nous attendre à ce que ce nom ait quelque analogie avec la récompense et la gloire dont il doit être accompagné. C'est ce qui arrive en effet. Le nom de Pierre ou Céphas signifie un roc; en langue syriaque, Kipho. Donc il semblait que notre Sauveur eût dit à cet apôtre : (( Et je te dis que tu seras un roc. » Maintenant voyez la liaison de la suite avec le début : « Et sur ce roc je bâtirai mon Eglise, et les » portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Voilà donc la première prérogative accordée à saint Pierre. Il est le roc sur lequel une Eglise indestructible sera bâtie.

Le Christ poursuit en ces termes : « Et je te donnerai les clefs du » royaume du ciel; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans » le ciel; et tout ce que tu délieras sur la terre sera également délié » dans le ciel. » Ainsi la seconde prérogative consiste dans la garde

des clefs du ciel, et dans le privilège d'émettre ici-bas des décrets nécessairement ratifiés là-haut.

A. ces deux prérogatives si étendues, nous pouvons ajouter une troisième mission attribuée à saint Pierre par le Christ après sa résurrection, lorsque, lui ayant troisfois demandé :« Pierre, m'aimez- )) vous? » Le Sauveur lui dit par trois fois : « Paissez mes brebis et ); mes agneaux. ».

C'est principalement sur ces passages décisifs que l'Eglise s'est fondée pour dire que saint Pierre avait été investi d'une prééminence et d'une suprématie spirituelle. Et si, en effet, dans ces différentes missions données à saint Pierre, il est vrai qu'il ait reçu un pouvoir et une juridiction qui lui étaient propres, un pouvoir et une juridiction supérieurs à la puissance attribuée au reste des apôtres, il faudra reconnaître que la suprématie que nous lui reconnaissons lui avait été réellement attribuée par Dieu.

Or, nous disons que le Christ ne pouvait prendre saint Pierre pour base de son Église, sans lui attribuer une juridiction aussi haute. Quel est le sens qui ressort de cette expression métaphorique? L'unité d'un édifice et sa solidité ne proviennent-elles pas de ce que toutes ses parties viennent aboutir à une base commune? Ce qui a lieu dans un édifice matériel, par le poids et l'adhérence des parties, ne saurait avoir lieu, dans une création morale et intellectuelle, que par une influence compressive et par l'exercice de l'autorité. Nous appelons les lois la base de l'ordre social, parce que leur mission est de préserver les droits de chacun , de punir les coupables, d'arbitrer les différends, et d'établir, parmi tous ceux qu'elles gouvernent, une parfaite unité de conduite.

Cette définition exclut la possibilité non-seulement d'une autorité supérieure, mais d'une autorité égale. Si les lois ne sont pas toutespuissantes, s'il existe une règle d'une force comparable, qui, ayant action sur les mêmes objets, se mouvant dans la même sphère, échappe à ce contrôle , il faudra convenir que les lois ont cessé d'être la base d'un ordre de choses qu'elles ne sauraient ni garantir ni préserver. Appliquez ce raisonnement à saint Rîerre, qui a été désigné comme la base d'un édifice moral et intellectuel, car telle est la nature de l'Église , vous comprendrez alors qu'à la mission qui lui a élé donnée ont du être jointes les prérogatives nécessaires pour la remplir, et ces prérogatives sont le droit de contrôle universel et l'autorité suprême. .

On ol)jecte que la prophétie faite à Pierre se trouve nalarellement réalisée par l'honorable privilège qu'il eut de réussir le premier à convertir des gentils et des juifs, de telle manière qu'on est, en effet, autorisé à dire que l'Eglise est sortie de lui, et que, dans ce sens, il est la base de l'Eglise.

Si notre Sauveur avait dit : « Tu poseras le fondement de mon » Église,» nous comprendrions cette interprétation. Mais telle n'est point la phrase. Le Christ ne dit pas : « Tu jetteras la première i> pierre sur laquelle je bâtirai mon Eglise, » mais bien : « Tu seras » le roc sur lequel je bâtirai mon Eglise. » Le premier texte pourrait ne signifler que l'antériorité, la précédence; le second comporte la prééminence, la suprématie. Saint Pierre ne pose point la base de l'Église, il est lui-même cette base, tout est dans ce mot.

Éclaircissons la question par un rapprochement. L'Évangile fut annoncé, pour la première fois, aux. Irlandais par saint Patrick, aux Anglo-Saxons par le moine Augustin. Oserait-on maintenir que Patrick et Augustin sont le fondement de ces deux Églises, le roc sur lequel elles ont été bâties? Lorsqu'on dit que Jésus-Christ est le seul fondement sur lequel on puisse bâtir, permettra-t-on aux ariens de soutenir que la seule conséquence à tirer de ce texte, c'est que le christianisme est né de lui, et non qu'il est « la 6n comme » l'auteur de notre foi, » l'objet comme le fondateur de notre croyance? Lorsqu'on dit que notre édifice religieux est construit sur la base des apôtres, permeltra-t-on aux francs penseurs de soutenir que cela veut dire seulement que les apôtres ont été les premiers h prêcher la foi, et qu'il n'en résulte pas que leur autorité puisse être invoquée à l'appui du christianisme et de ses vérités? Prenez-y garde cependant; si vous décidez que cette phrase, dans laquelle saint Pierre est appelé le roc sur lequel l'Église sera bâtie , signitie seulement que saint Pierre a mis le premier la main à l'ouvrage, •es conséquences deviennent naturelles et justes.

Ce n'est point tout. Non-seulement notre Sauveur dit à saint Pierre qu'il est le roc sur lequel l'Église doit être construite, il îjoute qu'en conséquence du fondement sur lequel elle va s'élever, ;lle sera immuable et au-dessus de toutes les attaques. « Sur ce roc > je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point ) contre elle.» Je dis que celte sentence solennelle implique évidemnent que l'éternité de l'Église résultera de ce qu'elle a le prince des q)ôtres pour fondement, parce que la solidité des fondations d'un

édifice et la durée de cet édifice sont deux idées qui se lient si naturellement, que les lois ordinaires du langage et celles de la logique nous obligent à croire que c'est leur liaison qui les a fait placer l'une à côté de l'autre. Prenons pour exemple un texte présent à toutes les mémoires. Lorsque Notre Seigneur dit que l'homme insensé « bâtit sa maison sur le sable , et que les eaux du fleuve se » débordent, et que les vents soufflent et s'acharnent sur cette maison » et qu'elle tombe ; » quoiqu'il ne soit expressément dit que la chute de l'édifice doive être attribuée au peu de solidité de ses fondations, celle conclusion ressort si naturellement de la phrase , que nous ne faisons aucune difficulté de l'adopter. C'est ainsi que, quoique notre Sauveur ne l'ait point dit d'une manière expresse, nous devons attribuer la solidité de l'édifice providentiel de l'Eglise à l'inébranlable fixité du roc sur lequel il est assis. Pierre n'est donc pas seulement le premier ouvrier de l'Eglise , il en est le support et la base , et cette mission comporte l'autorité et la puissance.

On peut en dire autant de la seconde prérogative de Pierre, celle de tenir les clefs du ciel. On a voulu équivoquer sur le sens et prétendre qu'il fallait seulement comprendre par là que Pierre ouvrirait les portes de l'Église aux juifs et aux gentils. Il reste à demander sur quel motif on s'appuie pour autoriser une pareille interprétation. Quand a-t-on vu cette image prise dans un pareil sens, soit chez les écrivains sacrés, soit chez les écrivains profanes? L'action de remettre les clefs a toujours été regardée comme le symbole de l'investiture de la puissance, comme la transmission de l'autorité suprême. Toutes les fois que cette expression apparaît dans les Ecritures, c'est avec ce sens : « Dieu mettra sur son épaule (celle du Messie) les clefs de la » maison de David, et il les ouvrira, et aucun homme ne pourra les » fermer. » C'est-à-dire que Dieu lui donnera l'autorité suprême dans la maison de David. Dans le môme sens, il est dit que le Messie a reçu les clefs de la mort et de l'enfer, c'est-à-dire que la mort et l'enfer sont soumis à son autorité suprême.

En Orient, cette liaison du pouvoir suprême avec ses emblèmes est très- fortement marquée. Le plus exact des historiens orientalistes nous apprend que les clefs du temple de la Mecque étaient dans les mains d'une certaine tribu, et qu'à ces clefs était attaché le gouvernement du lieu. Ces deux choses étaient si étroitement liées, que, lorsqu'on parvenait à dérober les clefs à celui à qui elles avaient été commises, il perdait en même temps la domination qu'il exerçait

dans le sanctuaire. Et, clans une autre occasion, il montre que la possession de l'emblème entraînait la possession du pouvoir dont il était la représentation. Chez les nations européennes, on voit quelque; chose d'analogue. Quand on dit qu'un souverain a conGé les clefs d'une ville à un de ses oflîciers, cela signifie-t-il jamais qu'il lui ait seulement donné le pouvoir d'ouvrir ou de fermer les portes aux. étrangers et aux nouveaux venus? Un autre exemple encore : lorsqu'on présente les clefs d'une place à un conquérant, n'est-ce pas un signe que l'on reconnaît son empire, et qu'avec les clefs on lui transfère la souveraine puissance sur la vie et sur les biens des habitants? Donc, lorsque Pierre reçoit les clefs du royaume du ciel, ou de l'Église, nous pouvons le considérer comme investi de la souveraineté spirituelle.

On pourrait en dire autant du pouvoir de lier et de délier. Soit que nous entendions par ces expressions le droit d'ordonner et d'interdire, ou celui de punir et de pardonner, les deux seules interprétations plausibles; soit que nous pensions, avec plus de vraisemblance, que ces deux droits sont réunis sur la tête de saint Pierre, toujours est-il que celte phrase implique une juridiction.

Enfin cette mission que rien ne vient limiter, cette mission de paître le troupeau tout entier du Christ, entraîne une suprématie et une autorité générales sur toutes les brebis. Paître un troupeau, n'est-ce point le diriger et le conduire? Dans les anciens auteurs classiques, tels qu'Homère, dont les images ont le plus d'analogie avec celles des Écritures, les rois et les chefs sont appelés du nom de pasteurs des peuples. Dans l' Ancien-Testament, la même idée se présente à chaque pas, surtout lorsqu'il s'agit de David, dont on compare les premières occupations, celles de veiller sur les brebis de son père, à la mission qui lui fut donnée, plus tard, de régner sur le peuple de Dieu. C'est la figure favorite des prophètes, lorsqu'ils veulent décrire le règne du Messie, et celui de Dieu sur l'héritage qu'il s'est choisi, lorsqu'il se sera réconcilié avec son peuple. Notre divin Rédempteur a lui-même adopté cette image lorsque, pour exprimer son union avec ses disciples, il les appelle « Ses brebis qui » écoutent la voix de leur pasteur et le suivent. » Dans les écrits des apôtres, nous rencontrons, à chaque ligne, la même pensée. Saint Pierre appelle le Christ « Le prince des pasteurs, » et recommande au clergé de nourrir le troupeau ; saint Paul rappelle aux évêques qui sont assemblés à Éphèse, qu'ils ont été préposés à la garde de

leurs troupeaux par le Saint-Esprit, pour gouverner l'Église de Dieu.

En résumé, et pour conclure, si saint Pierre n'a reçu ni juridiction ni autorité dans les trois occasions dont il vient d'être parlé, on peut dire avec fondement que les apôtres n'ont reçu de Jésus-Christ aucune mission, aucun ministère. Trouvez quefque chose d'aussi fort dans toutes les paroles qui leur ont été adressées, que ces phrases qui composent les titres de saint Pierre : Vous êtes la base de l'Église; vous êtes investi du pouvoir de lier et de délier avec la certitude de voir ratifier vos décrets dans le ciel ; vous êtes le pasteur et le conducteur du troupeau du Christ.

Ainsi saint Pierre, pour la première fois, dans le voisinage de Ccsarée, pour la seconde fois, sur les bords de la mer de Galilée, a été investi d'une autorité et d'une juridiction qui lui ont été spécialement et personnellement conférées, pour récompenser ses professions de foi et d'amour. Son nom changé, suivant l'usage des Hébreux, dans les occasions solennelles, la manière directe dont le Christ s'est adressé à lui, ne permettent pas de douter qu'il s'agissait d'un privilège exclusif qui lui était donné et qui n'était donné qu'à lui. Il a donc été revêtu d'une autorité spéciale et d'un ordre supérieur à celle attribuée aux apôtres ses compagnons, autorité qui s'étendait à toute l'Église, par cette mission de paître tout le troupeau ; ce qui exclut l'idée d'une puissance égale, car il est le roc qui réunit toutes les parties de i'édilice dans son inébranlable unité, car il lient les clefs qui .sont les insignes de la puissance suprême. En voilà assez pour établir la suprématie de saint Pierre.

Il n'y a que deux moyens d'éluder cette conclusion. Les uns nient seulement le fait sur lequel nos preuves sont fondées, et c'est là une bien faible objection ; les autres se contentent de contester la justesse de la conclusion, et leur système mérite une réfutation plus sérieuse.

J'ai déjà fait allusion aux efforts tentés autrefois et renouvelés de nos jours pour établir que ce roc, sur lequel le Christ a promis de bâtir l'Église, n'était pas Pierre, mais le Christ lui-même. On suppose qu'après s'être adressé à ce disciple dans la première partie de la phrase : « Tu es Pierre, » c'est-à-dire un roc, Notre Seigneur, changeant tout à coup le sujet de son discours, et se désignant lui-même, aurait dit : « Et sur ce roc, je bâtirai mon Église. » Il y aurait un certain enfantillage à traiter sérieusement une objection aussi puérile. Une telle interprétation prouve seulement que la phrase gêne nos adversaires, mais elle ne saurait détruire la phrase. Pour donner

quelque force à un pareil argument, il faudrait commencer par détruire la grammaire. Qui ne voit que la conjonction qui lie les deux membres de la phrase en décide le sens d'une manière plus claire que le jour? Jusqu'où n'irait-on pas avec ce système commode de ne pas lire dans l'Ecriture ce qui y est dit, mais de changer h; sens des phrases, en supposant des gestes, des signes, une pantomime doîit il n'est point parlé dans le cours de la narration? Ceux qui connaissent quelles corruptions les interprétateurs protestants ont introduites dans les Écritures savent que, par cette étrange méthode d'imaginer et d'ajouter des regards supposés, des gestes inédits, des mots sous-entendus, pour faire dire aux paroles ce qu'elles ne disent point et pour faire parler le silence, on arrive à détruire les miracles les plus importants du Nouveau Testament. On pourrait, avec autant de raison, interrompre le sens de la phrase dans les paroles de Dieu à Abraham, et supposer qu'après lui avoir adressé ces mots : « Et » désormais tu ne seras plus appelé Abram, mais Abraham, parce » que je t'ai rendu le père de plusieurs nations, » l'ange a désigné de la main, non plus le patriarche, mais son fils Ismaël, en achevant son discours : « Et je le ferai prendre d'immenses accroissements. »

Il est une autre objection plus puissante que celle dont nous venons de faire justice; ceux qui la présentent, sans prétendre détourner les mots de leur sens naturel, leur ôtent toute leur force; ils admettent les faits qui sont d'une évidence palpable, mais ils rejettent les conséquences que nous en tirons : « Il est vrai, » disent-ils, « que » Pierre a reçu d'une manière distincte un pouvoir, une juriction, )) récompense due et accordée à ses mérites ; mais il n'est pas moins )) vrai que tout ce qui fut doiiné à Pierre fut également donné plus h tard à tous les apôtres. Dans l'Apocalypse, les douze fondations de » la Jérusalem céleste portent inscrits sur leurs bases les noms des )) douze apôtres. Saint Paul apprend aux fidèles que les apôtres sont ); les fondements sur lesquels ils sont construits. Donc ils ne sont » pas moins le fondement de l'Eglise que Pierre. Ce n'est pas tout. » Nous voyons, dans le clrapitre dix-huitième de saint 3Iatlhieu, le » Christ donner à tous les apôtres ce pouvoir de lier et de délier )) sur la terre, que dans le sixième chapitre nous l'avons vu donner )) à Pierre, et dans les deux il y joint la promesse de ratifier au ciel ce » qu'ils feront ici-bas. Ainsi les pouvoirs qui lui avaient été primi- » livemcnt conférés furent étendus à tousses compagnons, et sa

» mission personnelle vint se fondre dans la grande mission évangé- » lique des douze. »

Il faut reconnaître qu'au premier coup d'œil, cette objection a quelque chose de spécieux. Il serait cependant facile de la détuire; mais j'aime mieux en faire un argument de plus en faveur des principes que je défends. Pierre, nous dit-on, n'a pas une suprématie de juridiction, parce qu'il n'a reçu personnellement et en particulier aucun pouvoir qui n'ait été plus tard collectivement accordé aux douze. Mais, qu'on le dise, est-ce la manière dont on raisonne, quand des cas semblables se présentent dans les Ecritures? Prenons quelques exemples. Notre Sauveur inculque à tous ses disciples, à tous ses auditeurs, la nécessite de le suivre : « Celui-là qui me suit ne marche » point dans les ténèbres; » puis ailleurs : « Tous doivent prendre » leur croix et me suivre; » puis encore : « Toutes mes brebis » doivent connaître ma voix et suivre leur pasteur. » Lors donc qu'il adresse individuellement à Pierre et à André, à Matthieu et aux fils de Zébédée la même invitation, « suivez-moi, » peut-on dire que, comme il l'a souvent adressée à tout le peuple juif dans lequel ces apôtres étaient naturellement compris, ceux-ci n'ont pas été appelés d'une manière toute particulière et toute spéciale? Passpns à un autre exemple. Nous voyons, à chaque page de l'Évangile, que notre Sauveur aimait tendrement tous ses apôtres. Il ne les appelait point ses serviteurs, mais ses amis; enfin il leur donna la plus grande preuve d'amour qui puisse être donnée, en mourant pour eux. Dirat-on pour cela que, lorsque saint Jean est appelé par Notre Seigneur le disciple bien-aimé, cela ne veut pas dire qu'il soit aimé par Notre Seigneur d'une manière plus spéciale et plus particulière que les douze? Un dernier exemple encore. A tous les apôtres fut donnée la mission d'enseigner toutes les nations, de prêcher l'Évangile à toute créature depuis Jérusalem et Saniarie jusqu'aux contrées les plus éloignées de l'univers. Eh bien, lorsque l'esprit de Dieu leur inspira de séparer d'eux Paul et Barnabe pour exercer auprès des gentils le ministère évangélique, ou lorsque Paul se donne à lui-même le titre d'apôtre des gentils, nous persuadera-t-on que, comme celte mission personnelle se trouvait comprise dans la généralité de la mission apostolique conférée aux douze, saint Paul n'avait été investi d'aucune tâche spéciale et n'avait reçu aucun mandat particulier, de sorte qu'il s'attribuait tout à fait gratuitement le titre d'apôtre des gentils? Si, dans toutes cas précités, la conséquence qu'il faudrait

tirer pour donner du poids au raisonnement auquel je réponds est absurde, que penser de cette conséquence appliquée au cas en question? et comment les pouvoirs spéciaux reçus par saint Pierre ontils pu être invalidés par la mission qui lui est commune avec les apôtres?

Il me reste à prouver , comme je l'ai annoncé , que l'argument qu'on nous opposait militait en faveur de nos opinions. En voici la preuve : Qu'avez-Yous vu dans tous les exemples que j'ai cités? Que, lorsqu'une mission, une prérogative étaient données, lorsqu'un appel était adressé d'une manière personnelle à un individu, puis, d'une manière collective, à plusieurs personnes, parmi lesquelles figurait cet individu, ce seul fait constituait une supériorité relative en faveur de celui qui avait été distingué du reste. Il en est ainsi des apôtres appelés avec les Juifs et, en outre, d'une manière spéciale et nominative; ainsi de Jean honoré de l'amour que le Christ portait à tous ses apôtres, et appelé, en outre, par notre Sauveur le disciple bien- «> aimé j ainsi de saint Paul revêtu du ministère apostolique, et chargé, en outre, de l'apostolat auprès des gentils. Il en est donc ainsi de saint Pierre ; quand bien même il n'aurait reçu que ce qui avait été donné aux apôtres d'une manière collective, par cela seul que le don a été fait d'une manière toute personnelle et spéciale, il l'aurait reçu à un degré supérieur. C'est un Père de l'Église du 111° siècle, le docte Origène, qui présente cette observation. « Ce qui avait été » d'abord donné à Pierre, » dit-il, « semble avoir été ensuite ac- » cordé à tous les apôtres ; mais, comme une mission privilégiée » devait être conférée à Pierre, il y eut quelque chose de personnel » dans son investiture. Je te donnerai les clefs du royaume du ciel. Cela » était dit et fait; car, pour Dieu, dire c'est faire, avant que vinssent )) ce paroles : ce que vous délierez sur la terre. Et si nous étudions » attentivement les paroles de l'Evangile, nous nous convaincrons » que les dernières phrases s'adressent à Pierre et au reste des » apôtres, mais que la première, adressée à Pierre, emporte avec » elle une grande supériorité de juridiction et de dignité. » Je pourrais ajouter que la mission de paître le troupeau du Christ n'est nulle part donnée aux autres, et si cette mission avait dû leur être donnée, pourquoi le Christ aurait-il, par trois fois, demandé à Pierre s'il l'aimait plus que le reste des apôtres? Pourquoi exiger une supériorité de charité, afin de l'admettre seulement à l'égalité de récompense?

Il est encore un passage que je n'ai pas compris dans les citations ])récédentes, parce qu'il n'indique pas une tradition spéciale de pouvoir; cependant il établit une distinction claire et précise entre les prérogatives accordées aux autres apôtres et celles réservées à Pierre, et il nous signale le dernier comme l'objet d'une protection et d'une sollicitude toutes particulières. « Et le Seigneur dit : « Si- » mon, Simon, Satan vous a demandé tous pour vous cribler comme » on crible le froment; mais j'ai prié pour vous en particulier, afin )) que votre foi ne défaille point. Lors donc que vous serez converti, )) ayez soin d'affermir vos frères. »

Dans ce passage, le Christ semble tracer une ligne de démarcation entre les desseins de Satan contre tous les apôtres, et ses machinations contre Pierre. Notre Sauveur prie spécialement pour ce dernier, afin que sa foi ne succombe point, et que, lorsqu'il se sera lelevé de sa chute, il fortifie et il soutienne, parmi ses compagnons d'apostolat, celle grande et magnifique vertu. Ainsi il devait l'obtenir cette vertu « un plus haut degré que ses frères ; or, pourquoi l'aurait-il obtenue si aucune supériorité ne devait lui être attribuée? N'est-il pas juste et naturel de dire que ce rôle de confirmateur de la foi le plaçait dans une position de prééminence et de supériorité?

Tant de preuves l'établissent, d'une manière surabondante : Pierre a reçu une juridiction suprême, une suprématie sur l'Eglise, qui surpasse celle des autres apôtres ; il est toujours nommé le premier de tous; quand il y a une action commune à exercer, c'est toujours lui ([ui l'exerce; quand l'Eglise doit faire entendre sa voix, il est son organe.

Nous arrivons à la seconde question : Cette prééminence et cette suprématie sont-elles personnelles à Pierre, ou les a-t-il transmises à ses successeurs ?

Je pense qu'il est inutile d'établir que saint Pierre fut le premier évêque de Rome. Les monuments encore existants dans cette ville, et le témoignage des écrivains ecclésiastiques des premiers siècles, mettent ce fait hors de doute. Ne suffit-il pas de dire que les auteurs tout à la fois les plus recommandables par leur érudition, et les plus tranchés dans leur opposition contre rÉglise romaine ', ont reconnu ce fait et en ont maintenu l'authenticité? Parmi les modernes, pas un écrivain ecclésiastique de quelque valeur n'a contesté cette évidence.

' Cave, l'carsoii, Usher, Young el Blondi-I.

« A Pierre, comme le fait observer saint Irénée, succéda Linus, à » Linus Anaclet, après ce dernier vint Clément. » Depuis ce moment la suite non interrompue des papes nous conduit jusqu'aux temps où nous sommes. Ceci établi, je vais exposer sommairement les motifs qui doivent faire admettre que la primauté de Pierre s'est perpétuée dans la personne de ceux qui occupent son siège.

D'abord il a été reconnu, dès le commencement, que toute prérogative, toute juridiction apportée à un siège par son premier évêque, passe à ses successeurs. Ainsi le siège d'Alexandrie, qui fut érigé par saint Marc, qui, en qualité de disciple de Pierre, jouissait d'une juridiction patriarcale sur l'Egypte, la Lydie et la Pentapole, et cette juridiction est restée jusqu'à ce jour attachée à son siège. Jean gouverna d'abord Jérusalem et exerça son autorité sur toutes les églises de Palestine, et l'évèque de Jérusalem est demeuré le patriarche de ces Églises. Le siège d'Antioche fut le premier où résida saint Pierre, et ce siège conserve encore sa juridiction sur une grande partie de l'Orient. Ainsi, du moment qu'on prouve que saint Pierre a apporté au siège de Rome, non-seulement un droit de patriarcat sur l'Occident, mais un droit de primauté sur le monde tout entier, cette juridiction devient inhérente au siège et passe à tous ses successeurs.

Mais ce raisonnement semble faire reposer la suprématie du saintsiége sur la même autorité que celle des patriarches, c'est-à-dire sur une autorité ecclésiastique et purement disciplinaire, tandis que nous maintenons qu'elle est de droit divin. J'ai dit, en effet, qu'elle a été transmise comme une institution divine, dans l'Eglise de Dieu, dont elle est une partie intégrale et essentielle. Jésus-Christ ne change pas : ce qu'il était hier, il le sera demain. Comme il a établi son royaume au commencement, tel il durera jusqu'à la fin. Donc la forme du gouvernement qu'il a institué comme le fondement de son royaume ne saurait subir aucune altération, mais continuera à le régir jusqu'aux dernières limites des âges. Pourquoi l'autorité épiscopale n'a-t-elle pas été seulement la prérogative des apôtres et des disciples? Pourquoi leurs successeurs, dans leurs sièges respectifs, ont-ils le droit d'enseigner, de commander, de corriger, de punir, sinon parce que la nature même de l'Église demande que le temps qui altère tout ne puisse altérer sa constitution hiérarchique? 11 faut en conclure que, si Jésus-Christ a fait de Pierre le fondement de l'Église, ce n'a pu être dans l'intention qu'après la mort de Pierre on vit cette base ruinée et les pavés du sanctuaire dispersés au dehors.

Cette figure empruntée à la construction des monuments implique deux caractères, l'unité et la durée. L'unité d'un édifice réside en ceci que les mêmes fondations en soutiennent toutes les parties; et les premiers Pères ont compris que la suprématie fut conférée à Pierre précisément pour assurer cet avantage à l'Eglise. <c Un des douze fut » choisi, » dit saint Jérôme, « afin que, l'Église ayant un chef, l'oc- » casion du schisme fût écartée \ » Saint Cyprien ajoute : « Pour » manifester l'unité, il ordonna que l'unité sortirait d'un seul ^ » Saint Optât écrivait : « Vous ne pouvez nier que saint Pierre, le chef » des apôtres, ait établi un siège épiscopal à Rome; ce siège fut » unique, afin que les autres pussent maintenir l'unité par l'union où » ils seraient avec lui, de sorte que quiconque élèverait chaire contre » chaire fût un schismatique et un prévaricateur. C'est dans cette » chaire, qui est le berceau de l'Église, que saint Pierre s'est assis *. »

Si, pour préserver l'unité dans son Église, notre Sauveur a jugé la primauté nécessaire, même dans un temps où la ferveur était incomparable, où les apôtres vivaient encore dispersés sur la surface du monde et recevant des lumières particulières du Saint-Esprit, lorsque le nombre des chrétiens étaitcomparativement si petit, lorsque presque tous les membres de l'Église étaient citoyens du même État, parlaient la même langue, et n'étaient divisés ni parles barrières des nationalités, ni par les distinctions de la politique ; à combien plus forte raison n'a-t-il pas dû vouloir donner cette sauvegarde à son Église, lorsque le refroidissement des flammes divines de la charité, l'obscurcissement des lumières des pasteurs, la dispersion des fidèles, la division des États et des royaumes, ont affaibli les moyens humains de préserver l'unité et rendu les chances morales de sa durée infiniment moindres? Si donc l'unité est le caractère essentiel de la foi véritable, et si l'établissement d'une suprématie de juridiction est le seul moyen d'assurer l'unité, ce qu'il est impossible de révoquer en doute, cette suprématie devient évidemment essentielle à la véritable religion du Christ, comme l'unité qu'elle maintient, et elle doit participer à sa perpétuité.

Le second caractère indiqué par cette figure de la construction de l'Église sur un roc, c'est la durée. J'ai déjà montré que les paroles de

' Adv. Jovin. lib. I, p. Il, § 168.

* De unit. p. 194.

' De Schism. Dorial.. lib. TI. p. 2S.

noire Sauveur impliquaient clairement la durée de l'Eglise, comme une conséquence de la solidité de sa base. Mais dire qu'un édifice ne périra point à cause de la solidité de sa base, n'est-ce pas dire que cette base sera éternelle? Nous avons vu que cette base consistait dans la suprême juridiction donnée à Pierre, et la conclusion nécessaire à en tirer, c'est que la juridiction suprême de Pierre dans l'Église durera jusqu'à la fin des temps.

En troisième lieu, il a été si bien dans l'intention du Christ que l'autorité confiée à Pierre subsistât toujours dans la chrétienté, que nous voyons, dans les premiers siècles, tout le monde reconnaître qu'elle existe dans ses successeurs comme un droit inhérent à leur siège. Le pape Clément recherche et corrige les abus qui se sont glissés dans l'Eglise de Corinthe ; le pape Victor exerce le môme droit sur l'Eglise d'Éphèse; le pape Etienne n'en agit pas autrement vis-à-vis l'Afrique; saint Denis, dans le troisième siècle, cite son homonvme patriarche d'Alexandrie, pour qu'il ait à comparaître devant lui, afin de s'expliquer sur sa foi, accusée à Rome par les chrétiens de son Église, et le vénérable patriarche n'hésite pas un moment à se rendre à cet appel. Lorsque saint Athanase fut dépossédé de son siège par les ariens, le pape Jules cita toutes les parties à comparaître devant un tribunal, et rencontra dans l'un et l'autre camp la même obéissance. Non-seulement il rétablit ce grand patriarche sur son siège, mais il prit connaissance de l'affaire de Paul, patriarche de Constantinople, et le rendit de la même manière à son Église. Le grand saint Jean Chrysostôme, patriarche de la même Église, lorsqu'il fut injustement déposé, écrivit au pape Innocent pour lui annoncer qu'il porterait devant lui le procès qu'il allait intenter. Tous ces cas où les évêques de Rome exercèrent une juridiction incontestable et incontestée, nonseulement sur les prélats, mais sur les patriarches de l'Orient, sont tirés des quatre premiers siècles ; et, si leur autorité n'était aussi décisive, il nous eût été facile de multiplier les exemples et les preuves.

L'opinion des Pères sur le même sujet n'est ni moins unanime, ni moins positive. Pour ne point nous jeter dans un déluge de textes, nous choisirons et nous abrégerons les citations. Saint Irénée, l'un des plus anciens d'entre eux, a écrit ce qui suit : « Comme il serait » trop long de retracer la longue liste des successeurs des apôtres, » je me bornerai au siège de Rome, la plus grande, la plus ancienne )) et la plus illustre Église de l'univers, fondée par les glorieux » apôtres Pierre et Paul, recevant d'eux sa doctrine, qui a été annon-

)) cée à tous les hommes, et qui, par l'intermédiaire de ses évêques, )) est parvenue jusqu'à nous. A cette Ej;lise, à cause de sa suprématie, )> toutes les autres doivent avoir recours, c'est-à-dire les fidèles de » toutes les contrées. Les apôtres dont il vient d'être parlé, ayant » fondé cette Eglise, en commirent l'administration à Lin ; à Lin » succéda Anaclet ; en troisième lieu vint Clément; Clément eut pour )< successeur Évariste, et celui-ci, Alexandre' après lequel nous » voyons Sixte, qui fut suivi par Télespliore, Hygine, Pie et Anicet. )) Puis Soter ayant succédé à Anicet, Eleuthère, le douzième pontife, » à partir des apôtres, gouverne aujourd'hui cette Eglise '. »

De même, TertuUien indique une voie courte et certaine d'apaiser les différends et de terminer les controverses, en invitant les deux parties opposées à s'adresser à l'Eglise apostolique la plus proche : « S'il s'agit de l'Afrique , dit-il , Rome n'est pas loin , et peu de » temps suffit pour la consulter; » et il poursuit en ces termes: « Heureuse Église, que les grands apôtres imprégnèrent de toutes » leurs doctrines et de leur sang *. »

En poursuivant notre route dans les siècles , nous trouvons saint Cvprien employant précisément le môme langage, car voici les termes dont il se sert : «. Après ces tentatives, ayant choisi un évêque » pour eux-mêmes, ils osèrent sceller et envoyer des lettres de » schismatiques et de gens profanes à la chaire de saint Pierre et à » la principale Église où l'unité sacerdotale prend sa source, sans » réfléchir que les membres de cette Église sont ces Romains dont » la foi a été louée par saint Paul, et auprès desquels la perfidie ne w saurait avoir d'accès ^ » Ainsi ce Père ne l'appelle pas seulement la chaire de saint Pierre, la principale Eglise, mais il ajoute que c'est de son sein qu'est sortie l'unité , et qu'elle est à l'abri de toute erreur par une protection spéciale de la divine providence.

>ous trouvons un témoignage aussi remarquable et plus décisif encore peut-être, dans le concile tenu à Sardique en Thrace, à la requête de saint Alhanase, et auquel trois cents évêques assistèrent. Dans les décrets de ce concile, nous remarquons cette expression : « Il paraîtra très-convenable que, de toutes les provinces, les prêtres )' du Seigneur s'en réfèrent au chef de l'Église, c'est-à-dire à la

' Adv. Jlaer. , lib. III , cap. m.

* De Prœscripl., cap. xxxn.

^ Ep. synod. ad Juliuru Rom. con. gen.. t. ii.

» chaire de saint Pierre. » Voilà donc un concile reconnaissant qu'en dernier appel il faut en référer au chef de l'Église, et ce chef de l'Église, pour prendre ce terme dans le sens où on le prenait dans l'ancienne langue française , cette tête de la chrétienté, c'est la <;haire de Pierre, où ses successeurs résident.

Saint Basile le Grand a recours au pape Damase, dans la détresse «le son Eglise; or, pour mieuv parvenir à le loucher, il lui rappelle toutes les occasions où. par le passé, les pontifes romains intervinrent dans les affaires de son siège ; voici ses paroles : « Par les » documents conservés dans cette ville , nous savons que le bien- » heureux Denys, comme vous si recommandable par sa foi et ses w autres vertus, visita par ses lettres notre Eglise de Cœsarée; )j donna du comfort à nos aïeux, et délivra nos frères de l'esclavage. » Mais notre condition est plus déplorable encore. Si vous ne vous » hâtez pas de nous secourir, tout sera bientôt soumis au pouvoir w des hérétiques, et lorsque votre main s'étendra vers nous elle ne » trouvera plus personne à sauver '. » Dans un autre passage, il dit qu'Eustathius, évêque de Sébaste, ayant été déposé, se rendit à Rome : quel arrangement intervint entre lui et l'évéque de cette ville, saint Basile l'ignore; mais, à son retour, Eustathius montra une lettre du pape au concile de Thyane, lettre qui le lit immédiatement réinstaller sur son siège. De sorte qu'un évêque de l'Orient en appelle au pape, revient de Rome avec une lettre du souverain pontife au synode provincial; et quoiqu'il soit évident que saint Basile pense que sa déposition n'avait pas été sans être motivée par quelques circonstances, dès qu'il a montré la lettre du souverain pontife, il est rétabli dans tous ses droits.

Saint Jérôme, écrivant au même pape, va aussi loin que les plus zélés catholiques de notre temps peuvent aller : « Je ne veux suivre » que le Christ, uni à la communion de Votre Sainteté, c'est-à-dire, » à la chaire de Pierre. Je sais que sur ce roc est fondée l'Eglise. » Quiconque conduit le troupeau hors de cette maison est un homme » profane. Quiconque n'est pas dans l'arche périra dans les eaux. » Mais, comme, retiré dans les déserts de la Syrie, je ne puis rece- » voir le sacrement par vos mains, je suis vos collègues, les évêques » d'Egypte. Je ne c:onnais point Vilalis; je n'ai aucun rapport avec » Mélétius; Paulinus est un étranger pour moi (c'étaient trois

' Ep. I, XX ad Damasum, t. m.

» hommes soupçonnés d'hérésie); celui qui ne moissonne pas avec » vous perd son travail '. »

Il est un autre passage dont j'ai parlé comme étant l'expression des sentiments de saint Jean Chrysostôme; il est si positif et si explicite, que je crois devoir le citer. Ce grand homme écrit au pape Innocent, pour se plaindre d'avoir été dépossédé de son siège et traité avec la plus grande injustice : « Je m'adresse à vous pour vous prier d'or- ); donner d'abord que ce qu'on a fait si méchamment contre moi, » pendant mon absence et tandis que je ne refusais pas de soumettre » ma conduite à une enquête, soit frappé de nullité; ensuite, que » ceux qui ont ainsi procédé contre moi soient soumis à une puni- » tion ecclésiastique : admettez-moi, en outre, moi qui n'ai été con- )) vaincu d'aucune transgression, à jouir de la consolation de vos » lettres, et de la société de mes premiers amis ^ » Ces paroles ne supposent-elles pas Topinion, ou plutôt la ferme croyance que l'évêque de Rome exerce une juridiction, une prérogative qui a sa sanction pénale, sur les évêques de l'Asie? et, cet appel d'un patriarche de Constantinople au saint-siége, n'est-ce pas une preuve décisive de l'autorité suprême du saint-siége sur l'Eglise universelle? Ajoutez à cela que nous trouvons encore ces expressions plus positives, plus formelles : « Pour quelle raison le Christ a-t-il versé son sang? ccr- » tainement pour sauver ces brebis qu'il a commises à la garde de » Pierre et de ses successeurs ' ! »

J'aurais pu multiplier à l'infini ce genre de citations, mais il est un autre ordre de preuves auquel je dois arriver, je veux parler des divers passages dans lesquels les conciles généraux, c'est-à-dire les conciles de toute l'Église, ont reconnu l'autorité suprême du pape, pour les décisions qui regardent toutes les matières ecclésiastiques. D'un côté, tous les légats apostoliques qui ont présidé ces grandes réunions ont érigé cette prérogative en axiome; d'une autre part, tous les Pères et tous les évêques dont se composait chaque synode l'ont toujours admise. Par exemple, dans le concile d'Éphèse, Philippe, l'un des délégués du pape Célestin, s'adressa ainsi à cette vénérable assemblée : « Personne ne révoque en doute, et tous les siècles » ont su que le très-saint Pierre, le prince des apôtres, l'arc-boutant

Ep. XIV ad Damasura. i. iv.

Ep. ad Innoc, t. m.

De saccrdol., t. i , lib. Il, cap. i.

» de la foi et le fondement de l'Église, a reçu de Notre Seigneur les » clefs du royaume, et le pouvoir de lier et de délier. Il vil mainte- » nant dans ses successeurs, et il exerce toujours cette autorité par » leurs mains. Notre saint Père, Célestin, le successeur légitime de n saint Pierre, et qui maintenant tient sa place, nous a député en » son nom, vers ce vénérable concile, convoqué par nos très-chré- » tiens empereurs pour la conservation de la foi reçue de leurs » pères \ »

De la même manière, les Pères du concile de Calcédoine, après avoir entendu la lettre que leur écrivait le pape Léon, s'écrièrent d'une voix unanime : « C'est la foi de nos pères, Pierre a parlé par » la bouche de Léon; c'est ce que les apôtres ont enseigné ^ » Et, lorsqu'au moment de la clôture du concile, ils s'adressèrent à ce sain't pontife, leurs expressions furent si remarquables, que c'est pour nous un devoir de les reproduire : « Dans la personne de Pierre, » écrivaient-ils, « devenu notre interprète, vous perpétuez, par l'ordre de » votre maître, la chaîne de la foi qui descend jusqu'à nous. C'est » pourquoi, vous regardant comme notre guide, nous avons fait con- » naître la vérité aux fidèles, non par une interprétation particulière, » mais par notre confession unanime. Si, lorsque deux ou trois iidèles » se réunissent au nom du Christ, il est au milieu d'eux, à combien » plus forte raison ne se trouvera-t-il pas au milieu de cinq cent » vingt ministres de son Évangile? Comme la tête domine les membres, » vous présidez à notre réunion par ceux qui ont reçu de vous cettfl » mission ; nous vous prions donc d'honorer notre décision en la for- » mulant en décret; et comme nous déférons au chef de l'Église, » nous prions Votre Éminencc de rendre efficaces des mesures prises )) dans l'intérêt de vos enfants. Maintenant que Dioscore donne car- » rière à sa rage contre celui auquel le Christ a donné la garde de sa » vigne, c'est-à-dire contre Votre Sainteté apostolique '. »

Vous voyez donc qu'il ne s'agit pas ici d'une doctrine nouvelle ; toute l'antiquité croit, avec nous, que notre divin Sauveur a donné à Pierre une primauté et une suprématie sur l'Église, et que cette prérogative, traversant les âges, a été continuée au siège de Pierre représenté par les évêques de Rome. Nous trouvons des actes positifs

' Conc. gén., i. m, act m.

^ Conc. gën., t. iv.

^ Conc. g(^n , t. IV

de l'exercice de cette autorité vis-à-vis les dignitaires les plus élevés de l'Eglise d'Orient; nous voyons les Pères les plus instruits en reconnaître toute l'étendue; nous avons rappelé la déférence et la soumission des conciles généraux eux-mêmes aux décisions et aux décrets émanés de cette autorité. On ne saurait rien prouver au monde, si cet amas de preuves ne suffit point pour établir la croyance de tous les siècles à la suprématie du saint-siége.

Mais, en outre, la meilleure interprétation d'une prophétie, c'est l'histoire de son accomplissement. Certes, les prophéties qui annonçaient la dispersion des Juifs et l'abandon où Dieu devait les laisser ont été obscures jusqu'au jour où on les a vues réalisées. Les Juifs seraient-ils seulement privés de leur temple, ou bien perdraient-ils toute forme collective d'un culte national? Devaient-ils seulement renoncer à avoir un gouvernement particulier, ou bien le droit de cité leur serait-il refusé partout, et n'auraient-ils aucune communication avec le genre humain? Lisez la prophétie aux clartés du flambeau de l'histoire, tout devient clair, logique, tout porte sa conviction avec soi. Eh bien, appliquez cette règle à la promesse que reçut Pierre. Un pouvoir qui affirme descendre de cet apôtre nous apparaît, existant, d'âge en âge, au milieu de la chrétienté, inaccessible aux variations, aux vicissitudes, comme aux interruptions auxquelles toute domination temporelle est sujette. C'est la seule chaîne qui , sans solution de continuité, traverse tous les siècles, et aille renouer aux derniers anneaux de l'histoire profane les premiqrs anneaux de l'histoire sacrée. Tandis que des dynasties à courte échéance s'élèvent et tombent, l'historien, pour fixer l'époque de leur commencement, les événements qui marquèrent leur durée, et les catastrophes qui amenèrent leur chute, se règle sur la suite non interrompue des souverains pontifes. Or, on ne saurait attribuer cette perpétuité à un respect aveugle porté à la papauté. A plusieurs reprises, le patrimoine des papes a été usurpé par les étrangers, leur capitale saccagée par les envahisseurs, leur chaire mise en pièces par les barbares; pendant plusieurs générations, on les a vus exilés par la turbulence de leurs sujets; ils ont été jetés dans les chaînes, quelquefois même égorgés; que dirons-nous? ils ont éprouvé tous les malheurs, essuyé toutes les catastrophes qui mettent ordinairement un terme aux dynasties et aux gouvernements. Mais une force mystérieuse semble animer cette race de princes sacrés. D'autres évêchés ont pu disparaître de la surface du monde; là, les pontifes succèdent aux pontifes; en dépit de tous

les obstacles, l'assemblée tenue pour leur élection se réunit, tantôt dans une province éloignée de l'Italie, tantôt en France, tantôt en Allemagne; cependant il y a toujours un pape élu, dans les formes prescrites, et reconnu par toute la chrétienté; toute tentative faite pour rompre cette succession de pontifes avorte et demeure inutile.

En même temps, cet établissement exerce une vaste influence sur la civilisation et sur le bonheur des hommes. Avec les vertus de ses membres, les vertus semblent fleurir sur la terre entière; les vices et l'immoralité viennent-ils à s'asseoir sur la chaire de saint Pierre, tout le monde chrétien en ressent l'atteinte. Le flux et le reflux des choses humaines sont gouvernés par une grande loi dont le dernier mot est à Rome; mais son influence s'étend encore plus loin. Le sort de toute la religion est lié à sa destinée; car, depuis des siècles, on peut dire qu'il n'existe de religion que dans son unité et sous sa dépendance; qu'il n'y a de pasteurs que ceux qui ont reçu du Saint- Siège leur juridiction, de prédicateurs que ceux qui enseignent ses doctrines, de fidèles que ceux qui mettent l'espoir de leur salut dans la communion où ils sont avec le pontificat de Rome. Toutes les splendeurs de la religion semblent un reflet de ses lumières, les formes et les cérémonies, les canons et les lois, les symboles de foi et les termes de communion, tout est emprunté à cette Eglise mère, avec une docile obéissance.

Un système lié pendant tant de siècles avec l'existence même du christianisme et servant de règle à son existence ne saurait être une modification accidentelle; il doit, au contraire, ou faire partie intégrante du plan, ou être, depuis l'origine, dans une situation d'antagonisme complet avec la pensée qui a présidé à ce plan. De deux choses l'une : ou c'est un puissant organe du christianisme, un organe sans lequel ce dernier ne serait rien, ou c'est un vice organique par lequel il doit périr. Si vous adoptez la seconde alternative, voyez quelles difficultés vous allez rencontrer de tous côtés!

D'abord vous mettez en poudre les plus beaux ouvrages du christianisme. La soumission du cœur et de la volonté aux enseignements de la foi ; l'espérance, cette ancre que nous jetons de l'autre côté du temps; les liens religieux de l'afleclion et de la charité entre les personnes des caractères les plus différents ; l'attachement de tous les points de l'univers aux grandes maximes de la religion, tout le savoir des docteurs, toute la constance des martyrs, toute la dévotion des

pasteurs, tout ce qui fait du christianisme quelque chose de plus saint, de plus noble, de plus divin que ce que la terre et les hommes avaient enfanté, dans les temps antérieurs, il n'y a rien de tout cela qui n'ait existé en communion avec cette autorité usurpée, comme vous le supposez, qui ne se soit fait gloire de lui payer un tribut d'hommages et de déférence, et de lui rendre témoignage. Vous proclamerez donc que ce sont là autant des témoignages rendus à la plus monstrueuse des faussetés et à la plus incroyable des déceptions ; par conséquent, vous rendez toutes ces preuves stériles, vous leur ôtez toute leur valeur; le christianisme voit ainsi disparaître ses plus admirables titres, et ses lettres de noblesse, déchirées par vos mains, soni jetées au vent.

Ce n'est pas tout encore; vous ne pouvez oublier Tassistance continuelle que Dieu a donnée à l'institution de la papauté. 11 est dans la destinée des choses humaines de naître, de fleurir et d'entrer en décadence; d'être laborieusement créées, de subsister un moment et puis de disparaître sans retour. Jamais dynastie , jamais royaume n'atteignit la moitié de cette durée immense qui marque la carrière du pontificat; jamais le dessein le plus favorisé de Dieu ne traversa, d'une manière plus victorieuse, tous les obstacles et toutes les vicissitudes. Il en est de cette institution comme du juste; les tribulations lui sont envoyées pour la punir et pour la purifier, jamais pour la détruire. Cependant vous voilà obligés de supposer que cette intervention continuelle, cette intervention merveilleuse de la Providence a eu lieu en faveur d'une usurpation antichrétienne, instrument d'égarement pour les hommes, de ruine pour la cause de Dieu.

En outre, vous devez reconnaître que Dieu s'est servi de cette horrible apostasie, ainsi que vous la nommez, comme du seul moyen propre à propager la religion et à la défendre; car, durant tant de siècles, ce n'est pas seulement une hérésie qui a été combattue, anathématisée par le pontificat, toutes les erreurs, toutes les opinions que les protestants eux-mêmes flétrissent du nom de schismatiques, Ariens, Macédoniens, Eutychéens, Nestoriens, Pélagiens et mille autres encore, ont été excommuniés par les papes. Ainsi c'est cette prodigieuse erreur de la papauté qui a préservé la pureté et l'inviolabilité de la foi ; c'est au nom des papes, c'est par leur autorité que les conciles ont été rassemblés, les canons promulgués; on peut donc dire qu'ils ont maintenu et préservé la religion. Ils l'ont propagée, car toutes les parties du monde qui ont été converties au christia-

nisme, depuis le temps des apôtres, sont redevables de leur conversion au Saint-Siège. L'Ecosse, l'Irlande, l'Angleterre, la Germanie, le Danemarck, la Hongrie, la Pologne et la Livonie, furent convertis, depuis le V" jusqu'au X*' siècle, par des missionnaires envoyés de Rome. Les Indes orientales et occidentales ont la même obligation aux papes ; on peut dire qu'elles ne connaissent le christianisme que comme la foi de l'Église romaine, devant laquelle elles s'inclinent avec soumission, et je peux ajouter, sans crainte d'être contredit, que, tandis qu'il n'y a peut-être pas une seule contrée où le souverain pontife n'ait pas de sujets spirituels, aucune autre Église, ainsi que je l'ai déjà prouvé, ne peut se glorifier d'avoir possédé la puissance de convertir d'une manière un peu durable, et de l'avoir exercée avec quelque étendue. Maintenant faites-y attention ; Dieu s'étant servi de ce système antichrétien, c'est le nom que vous lui donnez, comme du seul instrument propre à propager et à maintenir la religion, on a eu le droit de voir là une preuve incontestable que c'était le roc sur lequel l'Église était fondée, et que le Saint-Siège représentait le Christ sur la terre En acceptant votre hypothèse, il faut donc admettre que Dieu s'est plu à donner tous les caractères de la vérité à une déception désastreuse et fatale à l'humanité.

Qu'on ne me dise pas que Dieu sait tirer les résultats les plus tutélaires des causes les plus pernicieuses, et qu'il emploie les moyens les plus funestes en apparence pour arriver à ses fins. Ce sont là les voies extraordinaires de sa providence, mais ce n'est point là le cours régulier de ses desseins et la marche naturelle de ses conseils. Qu'il envoie un Sennachérib ou un Nabuchodonosor pour convertir et purifier son peuple en le châtiant, je le conçois; mais je croirais blasphémer sa bonté, si je supposais que de pareils fléaux sont les instruments ordinaires de sa providence, et que c'est dans les mains de ces destructeurs qu'il remet habituellement le soin de gouverner son peuple et de protéger son héritage. Je puis comprendre un Balaam venu pour maudire, et forcé de bénir, contre son gré, le peuple de Dieu, et de prophétiser la naissance d'une étoile sortie de Jacob ; mais je ne saurais admettre, sans outrager la sainteté divine, que tous les prophètes, depuis Samuel jusqu'à Malachie, aient été autant de Balaam contraints à instruire, contre leur gré, un peuple dont ils auraient surpassé la perversité et les corruptions. Telles sont pourtant les difficultés insolubles où vous tombez, en supposant que la

suprématie du Saint-Siégé existe dans l'Eglise, en dehors et contre Tordre des desseins de Dieu.

Si vous admettez l'institution divine de la papauté, tout dans le christianisme redevient conséquent, sublime, merveilleux. Nous suivons , à travers les âges , l'accomplissement des prophéties ; nous savons comment le christianisme a résisté à l'atteinte de tant de convulsions, comment il s'est relevé, invincible et immortel, de tous les échafauds sur lesquels on l'a fait monter; comment il a été affranchi de cette loi de décadence et de néant qui pèse sur toutes les choses humaines.

Ici, il faut que vous le reconnaissiez avec moi, l'institution dont il s'agit porte la marque d'un ouvrier divin. Quand on voit une religion sur laquelle les vicissitudes de la terre n'ont pas de prise ; qui franchit les vaines barrières qui séparent les hommes et confond tous les peuples dans la grande communion de l'humanité ; qui trouve obéissance pour ses décrets, dans les pays les plus lointains, dans ceux auxquels l'Evangile seul a fait connaître le nom de Rome ; qui rapproche, par les liens de l'amour et de la charité, les nations les plus diverses, malgré le contraste des langages, des races et des gouvernements, on est obligé de s'avouer que c'était là l'idée qu'on s'était faite d'une religion fondée par celui qui embrasse d'un seul regard les deux bouts de la terre, N'êtes-vous pas frappés d'admiration à la pensée que, lorsqu'à l'approche de la grande fête du printemps, le pasteur universel étend ses mains chargées de bénédictions sur tout son troupeau, ces bénédictions, plus rapides que le soleil, traversant les mers et les océans, parviennent jusqu'aux climats sur lesquels la lumière ne se lève pas encore, et tombent, comme une rosée, sur les églises qui ne seront éclairées par ce soleil du printemps que lorsque les feuilles que vous voyez s'ouvrir sur les arbres seront tombées dans le sépulcre que leur creuse la saison d'automne?

Il est affligeant de détourner son esprit de ces consolantes pensées, pour s'occuper des objections faites par les préjugés ou par l'ignorance contre le pouvoir papal. Mais je dois remplir cette tâche. On me le rappellera, il y a des volumes entirs écrits contre les crimes et les iniquités des papes; on me dira que, pendant des siècles, on a vu paraître sur la chaire de saint Pierre une race d'hommes aux pensées mondaines, n'aspirant qu'à la puissance terrestre, cherchant à faire tomber la couronne du front des rois, toujours prêts à lutter

contre les pouvoirs temporels, et devenus les maîtres spirituels et les directeurs politiques du monde.

A cela je répondrai d'abord que, quelles que soient nos impressions au sujet de plusieurs papes, ou même d'un grand nombre de papes, personne de nous n'a le droit de s'en faire un prétexte ou un titre pour changer le sens des paroles du Christ ou pour juger l'existence d'une institution. Beaucoup de grands prêtres de l'ancienne loi, depuis Élie jusqu'à Caïphe, se montrèrent indignes de leurs hautes fonctions, sans que la sainteté du sacerdoce suprême fût pour cela ternie et que sa constitution divine éprouvât aucune atteinte. Nous savons que, même parmi les apôtres, il y en eut un capable de trahir son maître, c'est-à-dire de commettre le crime le plus exécrable qu'ait jamais éclairé le soleil; et cependant, nous ne voyons pas que la grandeur de l'apostolat en ait été amoindrie. Or, si l'on compte les papes indignes de leurs fonctions et que l'on compare leur nombre à celui des papes qui ont été l'honneur du christianisme par leurs vertus, on verra que les premiers ne sont pas, vis-à-vis les seconds, dans la même proportion que Judas vis-à-vis les apôtres. Si la trahison de Judas n'a ni altéré la dignité, ni amoindri la juridiction de l'apostolat, comment donc l'institution de la papauté serait-elle condamnée pour les crimes de quelques-uns de ses titulaires?

Mais dans ce sujet, on ne rencontre qu'égarement, et l'on heurte à chaque pas un sophisme ou une erreur, tant on a bouleversé les notions les plus simples et mis en oubli tous les principes. D'abord on confond ordinairement ensemble le caractère privé, individuel du pontife et sa conduite publique, et cependant il y a ici une distinction importante à faire, comme je l'ai dit au commencement de cette conférence. Notre Sauveur, en donnant aux papes un si grand pouvoir, leur a ouvert une source immense de bien, s'ils en sont dignes, et s'ils en sont indignes une source immense de maux, car il ne leur a point ôté leur responsabilité individuelle, il leur a laissé leur libre arbitre, dans la position la plus dangereuse où l'intelligence humaine puisse se trouver placée.

Il est donc possible, en principe, que quelques papes aient été indignes de leur saint ministère; nous dirons plus, cela est vrai, en fait : mais, dans une foule d'occasions, d'un principe vrai on a tiré de fausses conséquences ; d'un fait particulier, on a conclu au général. Pour ce qui regarde les pontifes du premier âge, il n'est personne (pii ne proclame qu'ils étaient dignes de la plac^ qu'on leur a donnée

sur le calendrier des saints et des bienheureux. Quant aux papes des époques les plus voisines de la nôtre, ce ne sont pas seulement les écrivains catholiques, ce sont les écrivains protestants qui ont reconnu, et cela non point dans des temps déjà éloignés, mais il y a peu d'années, mais hier encore, que depuis le changement de religion qui a eu lieu dans une partie de l'Europe depuis la réforme et même avant la réforme, rien de plus exemplaire, rien de plus irréprochable que la conduite de ceux qui ont occupé la chaire de saint Pierre. Les papes contre lesquels s'élèvent les objections dont il a été parlé parurent donc dans cette époque intermédiaire qu'on a appelée le moyen âge, les siècles de ténèbres. Or, les personnes qui entreprennent de juger cette période de l'histoire sont ordinairement complètement étrangères à l'esprit dont elle était animée. C'est avec les idées, c'est sous le point de vue du siècle où elle vivent, qu'elles jugent et qu'elles condamnent la conduite des papes, comme n'étant inspirée que par la soif du pouvoir temporel. Mais la lumière commence à poindre au sein du chaos et de la confusion, où des préjugés opiniâtres et des idées systématiques avaient jeté toute cette partie de l'histoire; cette lumière nous arrive du côté de l'horizon où on s'attendait le moins à la voir briller, et son origine l'empêche d'être suspecte. Depuis ces dix dernières années, on a vu paraître, sur le continent, un grand nombre d'ouvrages dans lesquels le caractère des papes du moyen âge a été non-seulement réhabilité, mais placé sous le point de vue le plus magnifique et le plus beau; et je remercie Dieu, comme je vous le disais, que l'origine de ces livres leur ôte tout caractère suspect, car les auteurs de tous les ouvrages dont je viens de parler sont des protestants. Depuis ces dernières années, nous avons vu paraître plusieurs vies, plusieurs réhabilitations du pontife qui a été regardé comme le type et la personnification de cette soif démesurée d'agrandissement et de puissance qu'on attribue aux papes du moyen âge; je parle de Grégoire VII, vulgairement connu sous le nom d'Hildebrand. Dans un ouvrage volumineux, publié il y a peu d'années par Voigt et approuvé par les meilleurs historiens de l'Allemagne moderne, nous voyons la vie de ce pontife, retracée d'après les documents contemporains, d'après ses propres correspondances, et au moyen du double témoignage de ses amis et de ses adversaires; or quel est le résultat de cette consciencieuse enquête? Je voudrais pouvoir vous citer les paroles mêmes de l'auteur; mais o/)mme cette citation m'entraînerait trop loin, en voici la substance.

Si l'historien s'affranchit des langes étroits des idées locales et des préjugés nationaux, pour juger de plus haut le caractère de ce pontife, il est obligé de convenir que c'était un homme de l'esprit le plus élevé, d'un désintéressement admirable, d'un zèle plein de pureté; un homme qu'on vit agir dans toutes les occasions, comme sa position lui ordonnait d'agir, et qui n'employa que les moyens qu'il avait le droit d'employer. Remarquez que Voigt n'est pas le seul à penser ainsi, et que cette appréciation est adoptée par d'autres écrivains qui parlent du même pape avec un enthousiasme qu'un catholique ne saurait pousser plus loin; et l'on a fait observer que l'un d'eux ne pouvait parler du même pontife sans une espèce de ravissement '.

On a vu également paraître, il y a peu d'années, un ouvrage plein d'intérêt, c'est la Yie d'Innocent III, l'un des papes les plus calomniés qui soient au monde, écrite par Harter, ministre de l'Eglise protestanle d'Allemagne. L'auteur a examiné avec une froide impartialité toutes les récriminations accumulées contre la mémoire de ce pape; il a pris, pour élément de son travail, les monuments de l'époque, et, à la fin de cette longue étude, il est arrivé à conclure non-seulement qu'il n'y avait pas dans la conduite de ce pape le sujet d'un reproche, mais qu'il méritait l'admiration de la postérité. Deux extraits de cet ouvrage, qui se rapportent à la question générale que j'examine, donneront une idée de l'esprit dans lequel il est conçu. Dans le premier, l'auteur s'exprime ainsi : « Instrument immédiat, placé dans les mains » de Dieu pour assurer le plus grand bien de la communauté, tel ap- » paraissait aux chrétiens de cet âge, aux ecclésiastiques, et encore » plus à ceux qui se rapprochaient du cœur de l'Eglise, celui qui en » était le chef. Toute puissance de ce monde travaille seulement pour » le bien de cette vie terrestre, pour un but transitoire ; l'Eglise seule )) travaille pour le salut de tous les hommes^ pour un résultat immorl) tel. Si les pouvoirs du monde viennent de Dieu, n'est-ce pas dans j» le sens, dans la mesure, et dans les limites où se trouvait le grand » pouvoir spirituel de ces âges; pouvoir dont l'origine, le dévelop- » pement, l'étendue, l'influence, indépendamment de toutes les for-

' Eichborn, Luden, Léo, Mûller, et plusieurs autres écrivains protestants. J'espère trouver plus tard l'occasion de citer leur témoignage, in exiensu.

{Note de l' auteur).

» mules dogmatiques, se dessinent d'une manière si remarquable

» dans l'histoire du monde '? »

Voici le second passage : « Fouillez du regard toutes les époques,

» et voyez comment l'institution de la papauté, qui avait précédé

» toutes les institutions de l'Europe, les a laissées derrière elle,

» comme elle a vu les autres gouvernements s'élever et périr; com-

)) ment, au milieu des variations sans fin des pouvoirs de main d'hom-

» mes, elle est invariable et conserve toujours le même esprit; pour-

» rez-vous alors vous étonner que bien des hommes regardent cette

» institution comme le roc qui s'élève inébranlable au-dessus des

» vaines tempêtes de l'océan des âges? »

Pour conclure sur ce sujet, je pense, que le travail qui se fait sur le continent se fera peu à peu chez nous, et que, lorsque nous commencerons à envisager ces temps sous leur véritable point de vue, nous découvrirons qu'il y avait des erreurs dans les jugements que nous avions formés sur des hommes que nous trouverons dignes de notre respect et de notre admiration, même indépendamment de tout sentiment religieux ; de sorte que le nombre des objections élevées contre la suprématie de la papauté, à cause de la conduite individuelle des papes, sera considérablement diminué,

Vous le voyez, quand bien même les objections dont on parle seraient toutes appuyées sur des faits réels, elles ne seraient point plausibles, parce que les vices des papes ne détruisent en rien l'institution divine delà papauté. A quoi il faut ajouter que le progrès des lumières du siècle et une impartialité, inconnue jusqu'à nos jours, tendent à dissiper une partie de ces objections, en détruisant les faits sur lesquels elles sont fondées. La démonstration de la suprématie du Saint-Siège ressort donc plus éclatante et plus plausible que jamais. Vous n'avez pas oublié sur quelles bases nous l'avons appuyée. Ce sont des textes de l'Ecriture positifs, précis et formels; des textes que nous n'avons pas eu besoin de torturer, mais que nous avons expliqués d'après leur construction naturelle, et en les rapprochant d'autres passages du livre de Dieu. Vous avez vu ensuite cette institution, si solidement établie, prouver son origine divine par ses effets, traver-

' Harler Geschichte Pabst Innocent III, und Seiner Zeitgenossen; Hambourg, 1834, vol. I, p. 56.

ser les siècles en répandant les bienfaits autour d'elle, survivre à toutes les morts, demeurer solide au milieu de toutes les ruines, et devenir, par sa durée merveilleuse, un reflet terrestre de l'éternité de son fondateur.

i\EUyiEME CONFERENCE.

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