PREMIÈRE CONFÉRENCE
Mes frères, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. (Deuxième épître aux Corinthiens.)
Nous trouvons, dans l'Écriture, des règles qui nous apprennent et comment la parole de Dieu doit être annoncée et comment elle doit être entendue. Si, dans la seconde épître aux. Corinthiens, l'Apôtre exhorte les chrétiens à ne pas recevoir en vain la grâce, et s'il leur enseigne les sentiments dont ils doivent être animés envers les ministres de l'Évangile, la plus grande partie de la même épître est consacrée à nous apprendre à nous-mêmes comment nous devons enseigner les vérités révélées et honorer le ministère sacré dont nous sommes revêtus.
Il nous est recommandé, en premier lieu, de nous montrer tels que doivent être les ministres de Dieu, par la parole de vérité, par la force de Dieu, en les armes de justice, pour combattre à droite, et à gauche; c'est-à-dire qu'en nous pénétrant de la conviction profonde de la vérité des doctrines qu'il nous importe d'annoncer, nous devons être toujours prêts à lutter contre toutes les objections; nous devons déployer toute la force et toute l'énergie qui appartiennent à la parole de Dieu, pour inculquer à nos auditeurs ces hautes vérités confiées à notre sollicitude. Mais à cette recommandation de prêcher avec puissance, vientaussitôt se joindre celle de prêcher avec douceur, avec une patience pleine de mansuétude et selon le Saint-Esprit; c'est-à-dire qu'il nous faut éviter dans nos discours ce qui pourrait blesser la charité, de toutes les vertus la plus chère au Fils de Dieu. Quelles que soient donc la fermeté et l'énergie de nos convictions en annonçant nos doctrines, cette fermeté et cette énergie doivent être tempérées par les égards qui sont nécessaires pour ne pas heurter
les sentiments de nos auditeurs. Il est enfin une troisième condition prescrite par l'Apôtre, et qui semble l'avoir été dans la prévision des circonstances au milieu desquelles nous vivons, c'est de nous attendre à trouver, à côté de ceux qui nous écouteront dans un esprit de sincérité, de bienveillance et de justice, des hommes prévenus qui prendront en mauvaise part nos paroles, par cela seul qu'elles sortent de notre bouche. Quelque consciencieux que nous soyons en enseignant les doctrines de la vérité desquelles nous sommes sincèrement convaincus, nous devons nous attendre à être traités par quelques-uns comme des artisans de tromperies qui cherchent à abuser les consciences. J'ai accepté ces conséquences dans toute leur étendue, et j'ai cherché à me placer dans toutes les conditions indiquées par l'Apôtre, avant de commencer le cours de ces conférences auxquelles cette première lecture servira d'introduction.
Mon dessein est de circonscrire, quant à présent, le sujet que je dois traiter, dans certaines limites. Je veux examiner, dans une suite de lectures, les principes fondamentaux du catholicisme et du protestantisme; en d'autres termes, les points essentiels de séparation qui existent entre notre Eglise et ceux de nos frères, que nous verrions avec tant de joie revenir à l'unité religieuse. Dans ce but, j'exposerai, avec la plus grande simplicité possible, quelles sont les bases sur lesquelles nous appuyons le principe de notre foi, principe qui est à son tour le fondement de toutes les doctrines que nous professons, c'est-à-dire que j'examinerai si nous sommes dans le vrai quand nous admettons, comme base de toutes nos croyances, une autorité, autorité vivante établie par le Christ dans son Église avec la promesse de la faire prévaloir contre l'erreur ; dogme essentiellement opposé à celui d'après lequel on n'admet comme autorité suprême et infaillible que celle de l'Écriture sainte.
Si, vous adressant à quelques-uns de ceux de nos frères qui se sont séparés de nous, vous les interrogiez dans le but d'apprendre d'eux pourquoi ils ne sont pas catholiques, sans aucun doute vous auriez des réponses qui varieraient avec le caractère particulier de l'esprit de ceux que vous interrogeriez. Mais, sans aucun doute aussi, la substance de ces réponses se réduirait à ceci : à savoir (|ue l'Église catholique est infestée d'erreurs innombrables; qu'elle a greffé sur les révélations du Christ des doctrines qui lui étaient inconnues, et qui, par conséquent, ne sont que des inventions humaines; qu'elle a adopté des principes de morale et des pratiques qui s'éloignent di-
reclement de celles que les apôtres ont établies ; de telle manière que, s'il est incontestable qu'elle a été autrefois unie à la véritable Église du Christ, il n'est pas moins incontestable qu'elle s'en est séparée, en laissant peu à peu germer dans son sein des erreurs aussi graves et en les sanctionnant à l'aide d'une autorité usurpée à laquelle elle a faussement attribué un caractère divin.
Mais, si vos questions devenaient plus pressantes, vous finiriez par découvrir que tous ces chefs d'accusation se réduisent à un seul. On vous dira que le grand et inexcusable crime de l'Eglise catholique «st d'avoir répudié cette maxime : que l'Ecriture sainte est l'unique règle de la foi et la seule autorité. Les crimes dont elle a été si souvent accusée, ajoutera-t-on, sont le résultat du faux principe de l'autorité humaine substituée à l'autorité divine. Ainsi toutes les autres accusations viennent se perdre et se confondre dans celle-ci.
Il est donc évident que la question qui nous sépare des protestants est double; elle renferme une question de droit et une question de fait.. S'agit-il de décider si les faits particuliers qu'on articule doivent être considérés comme une corruption des doctrines de la primitive Eglise, et une invention humaine contraire à la parole écrite de Jésus-Christ, si quelques-uns des dogmes de l'Eglise catholique, tels que la confession, la transsubstantiation et le purgatoire, doivent être rejetés à titre de déviation des dogmes établis par le Sauveur; ce sont là autant de questions spéciales, qui doivent faire l'objet d'une étude particulière. Mais, si l'on examine quelle est la base sur laquelle tous ces dogmes reposent et si l'on découvre que les catholiques les maintiennent en vertu du même principe, l'autorité infaillible dont ils croient l'Église investie, il est évident que toutes ces questions de fait, indépendantes les unes des autres et se mouvant dans leurs sphères particulières, viennent se confondre et se résumer dans la même question de droit, à savoir celle-ci : l'autorité qui a sanctionné tous ces dogmes est-elle compétente, et avons-nous raison de croire à son institution divine et à son infaillibilité?
Cette considération est capitale, car, si nous parvenons à établir ce droit de l'Église, la vérité de toutes les doctrines particulières qu'on attaque se trouve par là même démontrée; si, en d'autres termes, nous parvenons à établir qu'outre la parole écrite il existe et il a toujours existé, dans l'Église, une autorité infaillible qui, inspirée d'eu haut, ne saurait jamais se tromper quand elle enseigne qu'un point de doctrine ou de morale a été révélé par Dieu, cette seule dé-
monslration suffit pour rendre inattaquables tous les points sur lesquels on nous a accusés d'être tombés dans Terreur, et qui ont dès lors leur fondement dans une autorité qui dérive du ciel; et, quoique pour rendre plus complète la conviction de ceux dont l'esprit est ouvert au doute, pour résoudre d'une manière plus directe les difficultés qui les embarrassent, nous puissions être amenés à traiter les différents points que jai indiqués, il n'en est pas moins vrai que toutes ces démonstrations particulières sont virtuellement contenues dans la démonstration de ce point capital de l'autorité de l'Église. Toutes les questions de fait entrent dans celte question de droit, et, si l'on peut prouver que l'Église a été investie, par Dieu, d'une autorité infaillible pour décider souverainement dans toutes les matières de foi, la vérité du catholicisme est par là même démontrée d'une manière plus claire que le jour.
Maintenant je dois vous faire observer que cette méthode d'argumentation est complètement opposée à celle que suivent nos adversaires. Ils ne tiennent aucun compte de l'enchainement logique des questions, et il n'est pas rare d'entendre les théologiens protestants traiter ce point capital et dont tout le reste dépend et procède, comme s'il s'agissait d'un point de doctrine que rien ne distingue des autres points secondaires controversés entre l'Église et la réforme. Au lieu de s'attacher d'abord à résoudre ce problème qui domine tous les autres, quelle est la règle de la foi, ils considèrent notre doctrine h cet égard comme une des nombreuses erreurs qu'ils reprochent à l'Église romaine.
Il V a évidemment dans cette manière de procéder un vice de logique. La question de savoir si c'est ou non un abus d'admettre la tradition, si c'est ou non un abus de prétendre que la Bible ne saurait par elle-même devenir une règle de foi pour chaque individu en particulier ; celte question équivaut ou, mieux encore, est identique à celle-ci : Dieu a-t-il voulu que les Écritures fussent la seule règle de la foi. Les protestants l'affirment, les catholiques le nient. Or, lorsqu'on prétend prouver que le catholicisme n'est pas dans les voies de la vérité, lorsqu'on prétend le prouver en l'accusant d'avoir fait des additions à la parole de Dieu, ou de s'être opposé à ce que cette parole fût mise dans les mains du peuple avec le livre qui la contient, c'est comme si l'on affirmait en propres termes que l'Écriture est la seule règle de foi et la seule autorité. Si ce principe est faux, si la tradition estunerègledefoicommel'Écriture, l'accusation portée contre l'Eglise
catholique tombe d'elle-même. C'est donc là le nœud de toute la controverse qui divise les deux religions. Or, les protestants commencent par déclarer démontré et acquis à leur cause le point qui est précisément en litige, et toute leur argumentation repose sur cette pétition de principes.
Voilà le terrain sur lequel se placent ceux qui se sont séparés de l'Église, quand on leur demande pourquoi ils ne sont pas catholiques ; mais il faudra qu'ils trouvent une autre réponse à cette autre question : Pourquoi étes-vous protestants? Une religion, en effet, ne saurait être purement négative. On ne saurait admettre une doctrine comme vraie, par cette seule raison qu'une autre doctrine proposée par certains hommes est fausse. Chaque religion doit porter en ellemême les principes de sa démonstration, indépendamment de l'existence de toute autre secte. Ainsi nous devrions pouvoir prouver la divinité de Jésus-Christ alors même que les hérésies des ariens et des sociniens ne se fussent point élevées dans l'Église, et maintenant encore, si l'on nous demandait une démonstration de ce dogme fondamental, nous serions mal venus à nous borner à dire, pour toute réponse, que la fausseté de l'arianismc et du socinianismc a été démontrée. Le dogme fondamental d'une religion, son économie, ses principes doivent donc vivre par leur propre vie et de leur propre essence, s'appujer sur des raisons positives et qui subsistent indépendamment du rejet de toute autre doctrine. La négation participe du néant, l'affirmation seule a la substance de l'être. Si, peu content de demander à ceux qui se sont séparés de lÉglise, pourquoi ils ne sont pas catholiques, on leur demande pourquoi ils sont protestants, ils doivent donner des raisons positives, solides, qui expliquent comment ils sont membres de cette communion.
Il résulte de là que l'espèce de lieu commun sur lequel les protestants établissent vulgairement leur croyance leur est enlevé, car les théologiens du prêche émettent à tort cette idée trop facilement adoptée par leurs auditeurs, que, lorsqu'on a jeté de l'odieux sur les croyances catholiques, lorsqu'on les a repoussées comme absurdes et impies, le protestantisme a reçu par là même une démonstration satisfaisante et complète. Combien de livres ont été publiés contre les erreurs de l'Église romaine, ou pour la confusion du papisme ; combien rares ont été les écrivains qui ont entrepris d'établir d'une manière systématique et par une démonstration rigoilrcuse la vérité des principes du protestantisme ! Aussi la plupart des réformés considèrent
leur croyance religieuse comme uniquement basée sur un choix enfre les deux religions, et ils sont convaincus que le rejet de l'une est comme un certificat de vérité donné à l'autre.
Aux protestants qui sont rangés dans celte catégorie, je dirai : Supposez que vous viviez dans un pays où il n'y aurait pas un seul catholique, et où, par conséquent, il deviendrait inutile de vouer les doctrines de l'Église romaine à l'exécration ; allons plus loin, supposons que, dans ce pays, vous ne puissiez avoir aucune occasion d'entendre parler de ces doctrines; n'est-il pas évident que, dans ce f:as, vous ne pourriez fonder votre croyance protestante sur la négation des erreurs de l'Église romaine et sur la condamnation de ses abus? Il faudrait donc que des raisons positives vous fussent données pour vous convaincre que le protestantisme est l'état normal et la forme véritable de la religion chrétienne. Ainsi la règle de foi qu'il proclame vous aurait été présenté appuyée sur une série d'axiomes et de propositions dont l'existence, au lieu d'être relative et négative, eût été positive et directe.
Ici, pour rendre ce point plus accessible à l'intelligence de ceux qui m'écoutent, je dois signaler à leur attention une distinction importante à faire, une distinction trop souvent négligée, c'est la différence qui existe entre l'action d'adhérer à une église, d'être membre d'une communion, et celle d'avoir une conviction raisonnée de la vérité des principes qu'elle enseigne. Je ne doute point que, si ceux qui ont été élevés dans le protestantisme descendaient dans leur propre cœur, et se demandaient à eux-mêmes pourquoi ils professent cette religion, la réponse qu'ils recevraient pourrait bien les justifier à leurs propres yeux de demeurer dans leur église; mais cette réponse n'impliquerait point l'acceptation pleine et entière des principes fondamentaux de la religion réformée. Ils diraient, par exemple, et je suis sûr que la plupart regarderaient cette raison comme d'un grand poids, ils diraient qu'ils sont nés et qu'ils ont été élevés dans cette religion, que c'est le culte de leurs pères. Ce sont donc là les motifs pour lesquels ils sont protestants; mais ces mêmes motifs précisément peuvent être allégués pour justifier mille autres opinions. L'énonciation de ces motifs peut prouver que celui qui les met en avant est attaché à son pays; mais ils ne renferment en eux-mêra«'s aucune preuve essentielle, positive, directe, sur laquelle on puiss»' asseoir le protestantisme. Ce sont des motifs qui peuvent justifier dans sa propre pensée celui qui demeure dans la communion où il
est né ; mais ce ne sont en aucune manière des motifs qui puissent justifier un homme d'être entré dans cette communion.
D'autres nous diront qu'ils sont protestants parce qu'ils admettent la démonstration de la vérité du protestantisme comme un fait acquis. Ils sont habitués à entendre parler de leur religion comme d'une chose passée en évidence. Pourquoi s'imposeraieut-ils une étude et des recherches devenues inutiles? Ces recherches, des hommes pleins de savoir les ont faites avant eux et pour eux, et les principes de la réformation sont trop solidement établis, trop irrévocablement démontrés, pour qu'on puisse ressentir le besoin d'une enquête particulière et d'un examen individuel.
Si ceux qui donnent des raisons semblables à celles que je viens d'exposer, afin d'expliquer pourquoi ils sont prolestants, révèlent les influences auxquelles ils cèdent, en demeurant dans la communion où leur naissance les a placés, il n'en est pas moins vrai que ces motifs ne se rattachent en rien aux principes et aux doctrines à l'aide desquels le protestantisme essaye de justifier sa scission avec l'Eglise. En effet, le principe fondamental du protestantisme se réduit à cette phrase : la parole écrite est le seul guide véritable et l'unique règle de la foi. Mais, pour arriver à ce point, il faut se livrer probablement à de longues et à de sérieuses investigations; il importe de marcher pas à pas et de s'assurer d'abord qu'il y a eu une révélation; que cette révélation a été véritablement transmise aux hommes dans les livres qu'on vous indique; que ces livres vous sont parvenus dans un tel état d'intégrité, que les textes originaux ont été si bien conservés, que les traductions ont été faites avec une fidélité si scrupuleuse, que vous pouvez lire avec confiance ces ouvrages comme contenant les propres paroles dictées par l'esprit divin aux apôtres ou aux prophètes. Vous devez encore vous assurer que vous avez acquis ou que vous possédez les lumières nécessaires pour comprendre les Écritures. Il faudra non-seulement que vous vous convainquiez que la Bible a été donnée comme la parole de Dieu, mais vous devez, en outre, être préparés à résoudre les nombreuses difficultés qu'un grand nombre de commentateurs ont accumulées contre l'autorité de certains livres particuliers ou de certains passages : de telle manière que vous puissiez dire que non-seulement vos connaissances et vos lumières vous ont rais à même de vous convaincre qu'on trouve dans la Bii.le la parole de Dieu, mais que vous aurez la mission de vous l'expliquer à vous-mêmes et la capacité nécessaire
pour la comprendre, Combien peu d'entre vous peuvent dire qu'ils ont suivi le plan laborieux, que je viens de tracer! Et cependant, ii est de principe, dans le protestantisme, que chacun est responsable, envers Dieu, des doctrines particulières qu'il professe, que chacun doit étudier la parole de Dieu et en tirer le motif de sa croyance. Tant qu'un protestant ne l'a point fait, il n'a point rempli les conditions que sa religion lui impose, et, quelques motifs qu'il invoque pour expliquer comment il est protestant, il est manifeste qu'aucun de ces motifs ne l'a conduit directement à l'adoption du principe fondamental du protestantisme.
Je dirai plus, les motifs qu'il donne sont en contradiction directe avec le principe de la réformation. Tentera-t-il d'expliquer sonattachcmentà son église en rappelant que c'est le culte où il est né et où il a été élevé, ou se contentera-t-il d'aflirmer que, d'après ce qu'il a été à même de lire et d'entendre, il est persuadé que les autres communions chrétiennes n'ont aucun fondement raisonnable? Je lui répondrai qu'il agit d'une manière directement opposée à ce que lui impose le principe fondamental dont sa religion lui ordonne d'être convaincu. Dans le protestantisme, en effet, la conviction religieuse doit être basée sur un jugement personnel, sur l'examen individuel. Il ne sufiit donc pas d'être né dans une religion, d'avoir été élevé dans une croyance par d'autres personnes, d'avoir entendu certaines doctrines développées du haut de la chaire par des hommes qui ne sont pas plus infaillibles que ceux qui les écoutent. La conclusion naturelle de tout ce qui précède, c'est que la plupart des personnes qui restent attachées à la religion réformée ne sont protestants que de nom. Quand elles motivent leurs croyances par ces considérations de l'éducation, de l'habitude, des opinions établies dans la société où elles sont nées, on peut leur dire qu'elles ne demeurent protestantes que parce qu'elles n'ont pas commencé à l'être; car, être protestant, c'est fonder sa conviction sur la connaissance complète des matières et sur l'examen et le jugement individuels.
Considérons maintenant les principes sur lesquels les catholiques, appuient leurs croyances. IVous le verrons tout d'abord , les motils qui attachent à cette communion ceux qui y sont nés, et qui ont décidé à y entrer ceux qui sont nés hors du sein de l'Eglise , son infiniment plus nombreux et plus variés que ceux qui ont été allégués tout à l'heure par les prolestants pour justifier leur adhésoin au symbole réformé; ainsi interrogez les catholiques sur les motifs de leur foi ,
et la variété des réponses sera infinie. Mais c'est ici qu'il faut faire remarquer une différence notable entre les deux religions.
Que les raisons qui aient conduit les hommes à embrasser la véritable religion du Christ soient multiples et variées, c'est une vérité hors de doute. Il serait facile de le démontrer, soit en rappelant la conduite de ceux que Dieu nous a proposés pour exemples, soit en nous appuyant sur le témoignage de tous les siècles et même sur des faits contemporains. Dans la prédication des apôtres, en effet, le christianisme n'était point établi sur tel ou tel point en particulier; ceux qui avaient été envoyés pour annoncer la parole de Dieu prenaient leurs preuves dans l'ordre de raisonnements qui leur semblait propre à produire la plus vive impression sur l'esprit de leurs auditeurs. Et c'est un caractère de la beauté et de la perfection de la vérité que de sortir ainsi victorieusement de toutes les épreuves. Un métal de composition qui a résisté à l'action d'un ou de deux agents chimiques est dissous par l'énergie d'un troisième; tandis qu'un métal pur de tout alliage défie toutes les épreuves. On peut comparer la vérité à un diamant sans déAuit, dont toutes les facettes étincellent du même éclat, et, qui, sans le secours de l'art, brille, de quelque côté qu'on le tourne, d'une beauté uniforme et toujours égale ; tandis que c'est, au contraire, un des caractères de l'erreur de ressembler à ces pierres fausses qui ne jettent une lueur que lorsqu'elles sont tournées d'un certain côté : apparence de beauté qui disparaît, pour no laisser voir que des imperfections, dès qu'on vient à présenter une autre facette à la lumière. C'est évidemment dans cet esprit que les apôtres agirent, et qu'ils annoncèrent l'Évangile aux nations. Le christianisme fut regardé par eux comme une loi qui satisfaisait en même temps les besoins généraux du genre humain et les besoins particuliers de chaque individu auquel elle était annoncée. Ils pensèrent que, par quelque côté que le coin divin entrât dans les âmes : soit que ce fût par l'autorité frappante d'une révélation prophétique, ou par la profondeur de la philosophie; soit qu'on se rendît à cet instinct de la nature humaine qui aspire à la perfection comme à son pôle , instinct si bien compris par l'Evangile, ou qu'on reconnût sa vérité céleste en admirant celte science profonde delà misère et de l'ignorance de l'homme; soit qu'on se décidât en raison de la majesté de ce système si admirablement coordonné dans toutes ses parties, ou en raison de l'évidence victorieuse de qu(;lque proposition particulière , toujours était-il que toutes ces routes pouvaient conduire les
hommes à la démonstration de la vérité de la religion nouvelle. Ainsi, lorsque les apôtres annonçaient l'Evangile au peuple hébreu, leur tâche semblait toute tracée. Comme ce peuple possédait le livre de l'ancienne loi, qui contenait toutes les figures, toutes les prophéties, tous les symboles , il ne s'agissait que de leur en montrer la réalisation et l'accomplissement dans l'établissement de la loi nouvelle. Lorsque Philippe rencontre sur une route l'eunuque de la reine d'Ethiopie lisant un passage du prophète Isaïe , il prend texte de ce seul passage pour le convaincre de la vérité du christianisme dont il lui montre le sens accompli par la venue de Jésus-Christ , et c'est ainsi qu'il l'amène à demander le baptême. Mais, lorsque saint Paul alla prêcher l'Évangile aux gentils, lorsqu'il parut devant ces Athéniens si lettrés, il n'en appela point aux Ecritures , auxquelles ils ne croyaient point et que même ils ne connaissaient pas ; il employa un tout autre moyen de persuasion. Il s'adressait à des hommes nourris dans les études philosophiques : il leur prêcha une morale plus sublime que celle qu'ils avaient jusqu'alors entendue; il leur présenta la haute et noble doctrine de la résurrection; il leur démontra la puérilité et Tabsurdité de l'idolâtrie; il leur cita les paroles de leurs propres poètes pour leur prouver combien une religion plus pure et plus élevée, une religion sainte comme celle qu'il leur annonçait, était nécessaire à l'intelligence humaine ; il leur démontra qu'euxmêmes ils avaient senti l'insuflissance de leur culte, qu'eux-mêmes ils aspiraient à une religion meilleure, puisqu'ils avaient élevé un autel au Dieu inconnu. Après avoir ainsi disposé l'esprit de ses auditeurs, il leur démontra la vérité du christianisme, et déposa sa sublime doctrine dans des esprits et des cœurs ouverts pour les recevoir.
Lorsqu'on arrive à une autre période de l'histoire du christianisme, on trouve la même pratique établie dans l'Église. Que l'on examine successivement le premier, le second et le troisième siècle , on verra que les moyens employés par les évangélistes auprès des néophytes diffèrent essentiellement les uns des autres. Dans le premier siècle, la prédication est sanglante. Les grands convertisseurs des âmes, c'étaient ces martyrs qui, mettant en action leur symbole, leurs convictions, et souffrant toutes les tortures avec un courage au-dessus de l'humanité, répandaient partout la sainte contagion de la foi. Dans lés siècles suivants, on employa des preuves d'un autre ordre , et un nouveau système de prédication. L'étude de la philosophie qui,
dans l'Occident , avait pris une activité toute nouvelle sous le patronage des Antonins et à laquelle la grande école platonicienne avait imprimé une vive impulsion dans l'Orient, conduisit à l'examen des rapports qui pouvaient exister entre le christianisme et les systèmes produits par les écoles de l'ancienne Grèce. On décrouvrit dès les premiers pas, que, dans ces systèmes, il y avait des problèmes innomblables touchant la nature de Dieu, l'esprit humain, l'origine et la fin de l'homme, problèmes que toute la pénétration et toutes les recherches des sages n'avaient pu résoudre, et dont la solution, quoique intéressante, quoique nécessaire, était, de l'aveu de ces grands hommes, au-dessus de la puissance de notre entendement. Mais, en examinant le christianisme, on trouva qu'il mettait une réponse satisfaisante auprès de chaque question, une solution au bas de de chaque problème , qu'il contenait enfin un code complet de philosophie morale et métaphysique. Les Justin, les Clément, les Origène et tous les esprits philosophiques de ce temps, pensèrent que, par cela seul, la vérité de la religion était démontrée; car, de même que lorsqu'une clef pénètre sans difficulté dans une serrure, et, s'adaptant à toutes les complications du mécanisme intérieur, tourne à la première pression delà main sans rencontrer d'obstacles et fait mouvoir le ressort, nous ne demandons pas d'autre preuve pour croire que la <'lcf ait été faite pour la serrure qu'elle ouvre : de même, quand il s'agit de la religion, il faut admettre qu'elle a été faite pour le cœur et l'esprit de l'homme et qu'elle émane de cette intelligence suprême qui a créé ce cœur et cet esprit, dès qu'on reconnaît que , semblable à une clef divine, elle s'adapte à tous les problèmes de notre entendement, pénètre dans le mécanisme mystérieux de notre être , et faisant rouler sur leurs gonds les portes de notre intelligence, nous ouvre un accès à la plus ardue et à la plus difficile de toutes les connaissances, la connaissance de nous-mêmes.
Dans les temps modernes, on peut remarquer la même variété de motifs dans les écrits de ceux qui, pendant ces dernières années, sont revenus à l'unité catholique. Je ne parle point de ce qui s'est passé en Angleterre. Sans doute, le catholicisme a pris un vaste développement dans ce pays, depuis le commencement du siècle, et ce mouvement grandit tous les jours. Mais, à quelques brillantes exceptions près, c'est la classe la moins lettrée de la nation qui a fourni ces exemples consolants. Sur le continent, au contraire, et en Allemagne surtout, il n'y a pas d'année, depuis un certain temps, dans laquelle on
n'ait vu revenir au catholicisme quelques personnages tenant dans leur pays le premier rang par leur profond savoir et des talents hors de ligne, des hommes qui occupaient des positions élevées, et notamment des professeurs fameux des universités protestantes. La plupart d'entre eux ont cru devoir rendre publics les motifs qui les avaient ramenés au catholicisme. En lisant avec soin ces expositions de principes, j'ai remarqué que les motifs allégués par chacun d'eux variaient suivant la branche des connaissances humaines à laquelle ils avaient appliqué l'activité de leur esprit. Il en est un ' qui, ayant fait des études historiques l'occupation de toute sa vie, et qui, professant cette science dans une des plus célèbres université de l'Allemagne, explique sa conversion, en disant que l'applicatiçn des principes de la science historique aux événements dont se composent les annales européennes a suffi pour le conduire au catholicisme. Un autre tire ses motifs de croyance de l'étude de la philosophie de l'esprit humain, et de la conviction qu'il a acquise que, dans le catholicisme seul, on trouve un système qui réponde aux besoins de l'homme. Celui-ci devra les premiers pas qu'il a fails vers la vérité à l'enthousiasme dont il fut saisi en découvrant que le principe du beau, dans la nature et dans l'art, ne se trouve que dans le catholicisme \ Après cela, vous rencontrerez un homme qui a fait faire un grand pas à l'économie politique, et qui vous déclare qu'après une étude approfondie de celte science, il a été forcé d'admettre que, dans la moralité catholique, seulement, il y avait un principe sur lequel on pouvait honorablement fonder l'économie politique, le principe du sacrifice: et que cette découverte l'a conduit à adopter le symbole de notre foi '. Il en est un enfin qui, en appliquant toutes les puissauces de sa pensée à des événements que quelques personnes ont regardés comme une preuve et comme une conséquence de l'immoralité de la religion catholique, en étudiant d'une manière sérieuse et profonde les épouvantables tragédies de la révolution française, est devenu catholique, et a écrit, depuis sa conversion, des traités remarquables sur le droit public *.
Je pourrais citer bien d'autres exemples, mais ceux-là suffisent.
' Le professeur Phillips, qui occupait la chaire t'i! Bi'rliii cl qui occupe maintenant celle de Munich.
' Slolberg, Schlegel, Yeilh, Moiilor, Beautain. ' Decoux, première li-çon d'économie polilique. * Adam Mulicr.
Remarquez maintenant la différence qui existe entre ces motifs exposés par les catholiques et les motifs allégués tout à l'heure par les protestants. J'ai dit que les motifs allégués par les protestants, pour expliquer leur adhésion à leur symbole, n'avaient aucun rapport avec le principe fondamental du protestantisme, et qu'ils n'impliquaient point l'adoption des doctrines qui sont les bases mômes de la religion réformée. Un homme peut être protestant par les raisons que j'ai dites et qui sont celles qu'on donne ordinairement; il peut être protestant sans s'être livré à cet examen individuel de chaque point de doctrine, à cette étude approfondie de l'Écriture qui, d'après sa religion, constitue le protestantisme même. Mais dans tous les exemples que j'ai cités, par quelque porte de l'esprit ou du cœur que la conviction soit entrée, quels qu'aient été le mobile qui ait donné l'impulsion, l'ordre de raisonnement qui ait conduit chacun de ces individus à entrer dans la communion catholique, la base de leur adhésion a été la même, la conclusion de toutes leurs prémisses a été uniforme : c'est l'adoption de la règle fondamentale du catholicisme. Aucun de ces savants, en effet, n'était catholique pour avoir reconnu que les principes de l'économie politique, ceux de l'histoire, ceux des beaux-arts, ceux de la philosophie existaient dans la religion catholique. Ces divers motifs pouvaient leur inspirer de l'admiration, de l'estime pour le catholicisme; mais quelque savants qu'ils soient, quelque distingués par leurs lumières, quelque persévérance qu'ils eussent pu mettre à exprimer ces sentiments si honorables pour notre culte, nous ne pourrions ni ne voudrions leur accorder le titre de coreligionnaires, s'ils n'avaient expressément adopté le principe du catholicisme, l'autorité de l'Église, et s'ils n'avaient point soumis à ses enseignements leur intelligence et leur cœur.
Nous avons maintenant saisi le véritable point qui différencie les deux religions dans leurs principes mêmes. D'un côté, il n'y a point de protestantisme normal, régulier, véritable, tant que le principe fondamental du prolestantisme, l'examen individuel n'a pas été, j(; ne dirai point seulement accepté, mais mis en pratique. Il est impossible, d'un autre côté, qu'un homme soit catholique s'il ne profess<* le principe vital du catholicisme; impossible qu'il le demeure sans adhérer entièrement et sans restriction à ce principe. Ainsi l'Eglise catholique est comme une immense cité à laquelle conduisent d'innombrables avenues, vers laquelle on peut se diriger de tous les
points de l'horizon, par les chemins les plus variés, par la route austère et aride du raisonnement comme par les sentiers plus fleuris du sentiment; mais, une fois qu'on est arrivé aux murailles de la ville, de quelque côté, par quelque route que soient venus les voyageurs, tous reconnaissent qu'ils n'existe qu'une porte par laquelle il faut nécessairement entrer, porte basse et étroite, qui oblige les têtes les plus superbes à se baisser et meurtrit l'orgueil de la chair qui ne passe point sans y laisser des dépouilles saignantes. On peut faire le tour de ces murailles, admirer de loin la beauté de ses édifices et l'étendue de ses remparts, mais on ne peut obtenir droit de cité qu'en entrant par cette porte unique et inévitable d'une soumission absolue, sans réserve, à l'autorité et aux enseignements de l'Eglise. Ceptes pour l'œil du philosophe, il y a quelque chose d'admirable dans le contraste qui existe entre ce système, si complet et si simple, elles imperfections du système opposé. Il y a une beauté naturelle et qui frappe tout d'abord, dans la simplicité de cette base qui donne à la fois la stabilité et l'unité aux convictions catholiques, qui marque au coin d'une inaltérable égalité les conditions auxquelles les hommes, quels qu'ils soient, versés dans les lettres ou illettrés, intelligents ou simples, entrent dans le sein d'une religion qui les oblige à se dépouiller de tous leurs préjugés, de toutes leurs idées particulières qui se trouvent en désaccord avec l'enseignement uniforme de l'Église.
Mais la beauté de ce système ne s'arrête point là ; car, après que chacun de ces hommes a adopté la religion sur ce principe un et indivisible, il peut donner carrière à ses penchants naturels et à ses goûts ; il peut consacrer les puissances de son entendement à décorer le catholicisme, à faire ressortir sa majesté en l'étudiant sous le point de vue de celle des branches des connaissances humaines à l'étude delàquelle il s'est voué , et il est sûr de trouver dans ce travail une moisson d'idées assez riche pour récompenser ses efforts. Le côté par lequel le catholicisme l'a charmé peut continuer à être un des liens qui l'attache à la profession de la religion qu'il a adoptée ; mais la base de sa croyance est une et invariable, c'est une foi humble, complète, sincère dans le principe de l'autorité de l'Église.
Ceci me conduit à une autre réflexion qui n'est pas moins importante. Souvent on demande à des catholiques qui ne sont point sur leurs gardes, en vertu de quels principes ils sont devenus catholiques, et leur réponse ne paraît ni logique ni satisfaisante. Peut-être
ue l'est-elle point pour vous qui êtes encore retenu dans les liens de l'erreur ; mais remarquez qu'il y a ici une confusion de termes. En répondant à votre question, les personnes dont nous parlons ne vous disent point d'après quel principe fondamental elles admettent les doctrines de l'Église : elles vous exposent les motifs qui les ont décidées à rentrer dans le sein de l'Eglise. Ces motifs varient avec les caractères et les intelligences. Vous ne possédez point dans votre esprit la clef nécessaire pour comprendre la force des arguments qui ont déterminé les cœurs que Dieu a touchés. Mais ce n'est point en s'appuyant sur ces arguments, sur ces motifs, quels qu'ils soient, que ce nouveau catholique croit à la transsubstantiation, à la vertu de la confession auriculaire. Il ne vous a donc pas exposé le fondement de sa foi ; il vous a exposé les raisons qui l'ont conduit à un examen consciencieux des bases du catholicisme, examen d'où la conviction de sa divinité est sortie. Et voici quelque chose de vraiment remarquable au sujet des personnes qui ont embrassé la religion catholique : quelques difficultés qu'elles aient d'abord éprouvées à se décider à admettre ses dogmes, quelque lent et quelque pénible qu'ail été le travail de leur conversion, une fois que leur résolution a été prise et qu'elles ont abjuré leurs erreurs, le catholicisme exerce sur leurs idées et sur leurs sentiments un ascendant aussi irrésistible que si, nées dans son sein, elles avaient été élevées dans ses doctrines. Il en est du catholicisme à l'égard de ces personnes comme d'une de ces branches d'arbre qu'il faut enfoncer violemment dans le sol pour qu'elle y prenne racine et devienne un arbrisseau. Ce n'est que par une de ses extrémités taillée en cône acéré qu'on peut la faire pénétrer dans le sein de la terre durcie; mais elle n'y est pas plus tôt placée qu'elle étend, dans toutes les directions, des racines altérées pour boire les sucs nourriciers du sol, et la terre, qui l'a ainsi reçue, l'embrasse, l'entoure de toutes parts et s'unit à elle par mille liens, de sorte qu'après un peu de temps, pour arracher cet arbrisseau, il faudrait employer la violence et déchirer le sein de la terre qui semblait d'abord l'avoir reçu à regret.
Je vous ai donné quelques exemples d'éclatantes conversions au catholicisme; il faut opposer à ces exemples des conversions d'une autre espèce pour en faire sentir la différence, .l'ai dit qu'en parcourant les ouvrages des hommes de savoir et de talent qui, dans ces dernières années, sont rentrés dans le sein de l'Église, je n'en ai point rencontré deux qui eussent cédé à l'influence des mêmes motifs en
( 51 ) embrassant le catholicisme. J'ai dû lire aussi, j'ai lu les écrits dans lesquels le petit nombre d'individus qui ont abandonné le catholicisme pour entrer dans l'une des communions protestantes exposent les motifs de leur conduite. 11 est bien rare qu'une personne de quelque valeur et d'une science reconnue ait écrit des traités de ce genre; mais enfln, quelle que fût l'infériorité de pareils écrits, on a attaché beaucoup de prix à leur donner une grande publicité, afin d'agir sur l'opinion et surtout sur l'esprit des dernières classes de la société, en leur montrant qu'il y avait des exemples de personnes qui abandonnaient l'Église catholique pour se convertir à l'église réformée. Dans toutes ces expositions de foi protestantes, au lieu de la riche variété de motifs que je vous ai montrée tout à l'heure dans les expositions de foi catholiques de ces hommes d'intelligence, desavoir, qui revenaient à l'Église par toutes les routes des connaissances humaines, je n'ai trouvé qu'une stérile monotonie de raisonnement, ou plutôt toutes, sans exception, se rencontraient dans cet unique argument. On y voit que, d'une manière ou d'une autre, sans doute par l'entremise d'une personne pieuse ', le nouveau converti a été mis en possession de la parole de Dieu, d'une Bible, qu'il a lu et relu ce livre, qu'il n'a pu trouver ni la transsubstantiation, ni la cenfession auriculaire, qu'il y a en vain cherché la trace du purgatoire et du culte des images. Peut-être alors l'individu est-il allé chez un prêtre catholique et lui a-t-il dit qu'il ne pouvait trouver les doctrines précitées dans la Bible. Le prêtre a argumenté avec lui et s'est efforcé de le convaincre qu'il fallait fermer le livre et croire ce qui était enseigné par l'Église. Le contre ver siste a persévéré dans sa manière de voir, il a abandonné la communion de l'Église de Rome, ou, suivant la phrase stéréotypée dans ces sortes d'écrits, les erreurs de l'Église de Rome, et il est devenu protestant.
Maintenant je n'ai qu'un mol à dire, c'est que cet homme était protestant avant de le devenir. Il prend pour point de départ que tout ce qui n'est pas dans l'Écriture sainte ne peut être vrai en matière de religion, ni être imposé comme article de foi, et c'est précisément là le principe du protestantisme. Avant donc d'examiner la doctrine catholique, il avait admis la vérité du protestantisme comme
' Allusion à la Société desBiblistes, qui répand, chaque année, une quantité immense de Bibles, et qui lutte en vain contre les progrès du catholicisme par les efforts consécutifs d'un prosélytisme stérile.
démontrée; l'œuvre était accomplie avant d'être commencée. Ce n'est lK)int là un exemple de conversion, car se convertir, c'est changer. C'est un homme qui était protestant sans le savoir, et qui, en descendant dans son cœur, découvre le protestantisme que, par légèreté ou par inconséquence, il n'avait pas aperçu, ou hien encore c'est un prolestant déguisé qui ôte son masque et qui fait profession de foi publique de la religion qu'il avait adoptée en secret. Évidemment, la marche à suivre, s'il avait voulu véritablement soumettre les deux religions à une enquête consciencieuse et impartiale, ce n'était pas de commencer par déclarer que tout ce qui n'était pas dans la Bible était fiiux, mais d'examiner s'il était vrai que l'Écriture fût la seule règle de la foi, ou s'il n'y avait pas un autre moyen d'arriver à la connaissance des vérités révélées par Dieu.
De tout ce qui précède, il est facile de conclure que l'objet que j'aurai en vue pendant mes premières conférences, c'est d'examiner la valeur relative des deux règles de foi; c'est de rechercher si les catholiques n'établissent pas sur des motifs d'une puissance irréfragable la foi qu'ils ont dans le dogme fondamental de leur symbole; à savoir, que Dieu a conQé à son Église le dépôt de toutes les vérités, et qu'il lui a accordé le don d'infaillibilité dans toutes les questions religieuses.
Il ne me reste plus que quelques mots à dire sur la direction que je compte donner à ces recherches. Vous supposez sans doute, et cela avec assez de vraisemblance, que vous allez assister à des conférences de controverses; je ne cacherai point tout l'éloigncment, j'allais dire toute l'antipathie que j'ai pour cette expression, qui semble indiquer que nous nous considérons comme dans un état de guerre les uns contre les autres, et que nous adoptons cette méthode censurée par moi au début de ces considérations, méthode qui consiste à établir la vérité de nos doctrines en combattant celle de nos •adversaires. Chrétiens, il n'en sera pas ainsi; nous sommes convaincus que nous pourrions conduire jusqu'au dernier degré d'évidence la démonstration de notre croyance et des principes sur lesquels elle se fonde, sans faire la moindre allusion à l'existence de tout autre système de religion. J'établirai donc devant vous les doctrines de l'Église catholique comme je le ferais si j'avais à parler à un auditoire qui n'eût jamais entendu prononcer le nom de protestantisme. Nous ne croyons avoir à combattre ni ennemis ni adrersaires, car nous voulons considérer ceux qui sont séparés de
nous comme étant tombés dans l'erreur, il est vrai, mais dans une erreur involontaire; nous pensons que, nés dans le sein d'une communion et élevés dans la croyance des doctrines qu'elle enseigne, ils n'ont pas eu le loisir d'examiner avec assez d'attention ces doctrines reçues de confiance, ou que les premières idées inculquées à leur esprit, pendant leur premier âge, ont fait une si vive impression sur eux, qu'une impression contraire n'a pu encore prévaloir, même en présence de la vérité ; nous les regardons donc plutôt comme des frères absents que comme des hommes armés contre nous, comme les égarés de la cité de Dieu que comme les perturbateurs de son repos. Ce n'est donc point ici une polémique que nous venons ouvrir, ce n'est pas une victoire que nous cherchons. Autant que possible, je le répète, j'éviterai l'examen des opinions contraires. Le plan d'argumentation que je veux suivre établira non-seulement la vérité des idées catholiques, mais leur vérité exclusive, et cela suffit. II s'agit donc ici plutôt d'une démonstration que d'une polémique. J'ajouterai que je me servirai surtout, dans la suite de ces conférences, d'une induction sûre, ayant soin de ne jamais admettre comme axiome un principe qui pourrait donner lieu à la discussion. Je commencerai par les éléments les plus simples, et je les laisserai ensuite se développer dans toute la puissance des conséquences qu'ils renferment. Je me ferai une loi de conduire cette enquête intellectuelle comme le ferait un homme qui, sans être attaché à aucune des deux communions, posséderait seulement une certaine méthode dans l'esprit et une certaine habitude du raisonnement, et procéderait froidement, impartialement à la recherche de la vérité, Nous ouvrirons le livre qui contient la parole de Dieu; nous l'examinerons d'après les principes universellement admis; nous verrons quelles sont les seules conséquences qu'on puisse en tirer, et nous embrasserons la cause à laquelle ces conséquences sont applicables.
Telle est la méthode que nous nous proposons de suivre : en nous y conformant strictement, nous éviterons un inconvénient, disons mieux, un tort trop commun chez nos adversaires, la falsification des doctrines que l'on veut combattre, et que l'on commence par calomnier. Je n'hésite point à dire que jamais on n'a exposé les principes de la foi catholique dans une congrégation de dissidents, sans défigurer étrangement nos doctrines, sans les remplacer par des fables auxquelles nous ne croyons pas, et sans leur donner pour base des principes que nous rejetons d'une manière absolue.
Le dernier caractère que je chercherai à imprimer à ces conférences, c'est cet esprit de bienveillance et de douceur dont il est parlé dans l'épître de l'apôtre, que j'ai citée en commençant. J'éviterai, comme je l'ai promis, non-seulement toutes les personnalités offensantes, mais tous les termes qui pourraient blesser les susceptibilités de mes auditeurs; je chercherai même à ne point mêler les noms des individus à ces questions de principes, à moins que je ne sois contraint de citer leurs paroles pour justiGer les expressions dont je me sers. En un mot, je ferai tous mes efforts pour ne m'écarter en rien de la ligne de cette charité catholique qui nous impose une pieuse sollicitude mêlée à une tendre compatissance envers des frères égarés.
Chrétiens! il y a dans la passion du Christ un symbole qui doit nous servir d'exemple et de leçon. Il avait tout souffert, tout accepté ; les outrages de ses ennemis, le bâton, sceptre dérisoire qu'ils lui avaient placé dans les mains, la couronne d'épines qui ensanglantait son front, les coups de verges dont on avait déchiré son corps, la croix qu'on lui lit porter jusqu'au lieu du supplice et qu'il traîna avant d'y monter. Jusque-là il avait obéi à tous les ordres de ses bourreaux; mais, lorsqu'ils trempèrent une éponge dans le vinaigre et la lui portèrent à la bouche, alors il détourna la tête et refusa de boire. Grande leçon pour nous, chrétiens, à qui les paroles les plus vives, les provocations les plus cuisantes ne doivent jamais mettre l'amertume sur les lèvres, instruits que nous sommes par l'exemple d'un Dieu de mansuétude et de paix.