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MAGNÉTISME

Phénomènes généraux. Aimantation.

Les évolutions si curieuses que l'enfant fait exécuter par un léger navire, sous Tinfluence d'un barreau jaimanté ; et la propriété directrice de Taiguille de la boussole à Taide de laquelle le navigateur trouve, à -tout instant, sa route au milieu des vastes solitudes de J'Océan, sont les résultats d'un même genre d'actions, les actions magnétiques , qui ont leur siège soit dans certains corps, soit dans le globe terrestre.

Toute substance jouissant de la propriété d'attirer le fer et quelques autres métaux, est un aimant naturel ou artificiel. Les pierres d'aimant, qui sont un oxide de fer, se rencontrent particulièrement dans les mines de fer de Norwège et de l'île d'Elbe. Les Grecs avaient trouvé ces sortes de pierres près de la ville de Magnésie ; c'est du nom de celte localité que dérive la dénomination donnée au magnétisme. Les Anciens n'ont connu que les propriétés attractives des aimants naturels à l'égard du fer.

Les aimants artificiels ont la forme de barreaux ou d'aiguilles d'acier. On appelle substances magnétiques les corps tels que le fer, la fonte, le nickel, le cobalt, qui sont attirés par les aimants.

Quand un barreau aimanté est plongé dans de la limaille de fer, elle s'attache en houppes filamenteuses vers ses extrémités, tandis qu'aucune parcelle métallique n'adhère au milieu de l'aimant. Cette expérience et d'autres plus délicates , ont montré que les forces attractives d'un barreau régulièrement aimanté croissent depuis son milieu, où elles sont nulles, jusqu'aux extrémités, près desquelles se manifeste en deux points, appelés pôles j le maximum des forces attractives. On se formerait une fausse idée, si l'on considérait chaque pôle comme étant un point unique de concentration des forces magnétiques : chacun est en réalité le lieu de la résultante des actions de toute la partie du barreau où est situé le pôle considéré. Celui-ci reçoit une dénomination qui est en rapport avec le nom du pôle terrestre vers lequel se dirige cette partie du barreau , librement suspendu. La polarité des aimants a été signalée par Gilbert, médecin d'Elisabeth d'Angleterre.

Si l'on présente successivement à chaque pôle d'un barreau aimanté , pivotant autour de son centre , les

extrémités d'un autre barreau aimanté , on remarque que les pôles de même nom se repolissent, tandis que les pôles de nom contraire s'attirent. Cette propriété remarquable distingue essentiellement les aimants des substances magnétiques, lesquelles attirent également par tous les points les deux pôles d'un aimant mobile.

Le fait cité nous oblige à considérer les deux moitiés d'un barreau aimanté comme étant les lieux où se manifestent deux genres d'actions magnétiques essentiellement distinctes. Les physiciens ont été conduits dé la sorte à admettre l'existence de deux fluides magnétiques , le fluide austral et le fluide boréal , chacun agissant par répulsion sur lui-même et par attraction sur l'autre fluide. Les deux fluides tendent incessamment à se réunir ; quand ils le sont , leurs propriétés se trouvent neutralisées, et ils constituent du fluide neutre^ qui ne jouit d'aucune propriété manifeste.

Dans un barreau d'acier non aimanté les deux fluides sont réunis, et dans un barreau aimanté ils sont séparés. Mais cette séparation n'est pas telle, que chacun de ces fluides se trouve exclusivement dans une des moitiés du barreau ; car si l'on brise cet aimant au milieu , chacune des parties devient un nouvel aimant possédant également deux pôles. Si l'on

fragmente successivement ces parties, on obtient constamment des aimants bi-polaires. Concluons de ce fait que les deux fluides sont manifestes dans les plus petites parties d'un aimant, et que leur séparation a lieu seulement dans ses éléments constitutifs. La théorie explique très bien comment les actions de l'un des fluides sont prédominantes dans une des moitiés d'un aimant.

On admet aussi qu'un barreau ou tout corps susceptible d'être aimanté d'une manière permanente , est doué, dans ses éléments, d'une propriété, appelée force coërcitmj qui est plus ou moins manifeste selon la nature de la substance ; cette force tend à résister à la séparation des deux fluides quand on veut les désunir en aimantant la substance , tandis qu'elle maintient les fluides séparés dans les éléments après l'aimantation. La force coërcitive est très développée dans l'acier trempé ; aussi s'aimante-t-il difiScilement en un point par le seul contact d'un aimant , et faut-il frictionner celui-ei le long du barreau pour y développer les propriétés magnétiques. Mais quand il les a acquises , le barreau ne peut les perdre , à cause de la résistance opposée par la force coërcitive , aussi longtemps qu'il n'est point soumis à des actions étrangères tendant

à modifier son état magnétique. Citons , parmi celles-ci, la température rouge , à laquelle un aimant perd toutes ses propriétés magnétiques , comme Newton Ta remarqué le premier.

Les substances simplement magnétiques ne sont généralement douées d^aucune force coërcitive ; le fer rfoMO?, c'est-à-dire celui qui ne présente aucun caractère de trempe , est dans ce cas. Ces substances acquièrent et perdent successivement les propriétés magnétiques avec une extrême facilité. Ainsi , quand un morceau de fer doux est mis en contact avec un aimant, les deux fluides sont séparés dans le fer par Tinfluence seule du premier ; le fer doux devient momentanément un aimant complet, ayant ses deux pôles et sa ligne neutre. Mais dès que. le contact cesse et qu'on éloigne Taimant , le fer doux perd tous ces caractères magnétiques. L'aimantation du fer par influence a lieu sans contact immédiat entre lui et Taimant, puisque dans son voisinage le fer peut s'aimanter temporairement. La facilité du fer doux à acquérir , puis à perdre rapidement les propriétés niagnétiques, sous Tinfluence de courants électriques, est le principe des électro-aimants, organes fondamentaux du télégraphe électrique.

Les intensités des attractions et des répulsions ma-

gnétiques qui s'exercent entre les pôles des aimants mis en présence, varient en raison inverse du carré des dislances de ces centres d'action ^ Quant à la force absolue d'un aimant, on ne la détermine que par approximation en cherchant le poids maximum qu'un aimant est capable de supporter , parce que ce poids dépend de plusieurs circonstances dans la manière d'opérer.

On aimante un barreau d'acier en le frictionnant, toujours dans le même sens , avec le pôle d'un aimant. La dernière extrémité que touche l'aimant prend un pôle contraire à celui avec lequel on le frictionne. Ce procédé constitue la méthode de la simple touche. L'aimantation est beaucoup plus prompte et plus énergique

* Dans un travail qui est inséré parmi les Mémoires de l'Académie royale de Belgique , T. (XXXIV) , M. Plateau , en partant des lois expérimentales des attractions magnétiques , a démontré qu*il est absolument impossible de soutenir en Tair une aiguille aimantée , à Tétat d*équilibre stable dans tous les sens , au moyen de barreaux aimantés , quels que soient le nombre de ces barreaux , leur disposition et les intensités de leur magnétisme. «La suspension d'un corps pesant sans aucun point d'appui» même sur Tair, serait, dit ce savant, une sorte de prodige , et il ne nous est pas donné d'en opérer...» Cette conclusion, que confirment, d'ailleurs, les expériences préliminaires de M. Plateau sur ce curieux problème de magnétisme, détruirait, si cela était nécessaire pour les personnes éclairées, toute possibilité de l'état de suspension en l'air, où se trouverait, d'après une erreur jadis populaire , le tombeau de Mahomet , à Médine , sous l'influence de puissants aimants.

par la méthode de la double touche. Elle consiste à se servir de deux aimants, dont on place les pôles de nom contraire an milieu du barreau à aimanter, puis à les faire glisser simultanément vers un des bouts du barreau, en les tenant verticalement, ou mieux inclinés. On recommence ensuite les mêmes frictions , en reportant chaque aimant vers le milieu du barreau.

Contrairement à une opinion peut-être assez répandue, l'aimant ne perd rien de sa force par ces frictions. Concluons-en que , le fluide magnétique ne passe pas de l'aimant dans le barreau, et que l'aimantation à pour but de séparer, dans chaque élément constitutif de celui-ci , les deux fluides magnétiques qui , réunis, ^formaient le fluide neutre.

Ajoutons ici que les décharges des batteries électriques, les courants voltaïques circulant autour d'un barreau d'acier l'aimantent énergiquement ; les décharges de la foudre sur le fer ou l'acier déterminent parfois aussi leur aimantation; enfin, l'influence magnétique de la Terre suflQt pour aimanter le fer doux dans certaines conditions.

La forme la plus convenable à donner aux aimants est celle de barreaux allongés. La réunion de plusieurs barreaux aimantés, disposés parallèlement, les pôles

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semblables étant placés du même côté, constitue un faisceau magnétique. Celui-ci reçoit souvent la forme d*un fer à cheval , et ses deux pôles sont réunis par une pièce de fer doux, appelée armure , au moyen de laquelle on suspend le faisceau. Pour éviter les effets d'une trop grande force coërcitive, et les chances de rupture de barreaux d'acier par le choc , il convient de ne les tremper que jusqu'à certaine limite.

Terminons cet exposé succinct des phénomènes fondamentaux du magnétisme , depuis longtemps connus , en disant que Faction des aimants n'est point limitée aux substances citées plus haut. D'après des expériences très délicates de Coulomb , qui remontent au commencement du siècle , les aimants puissants agissent sur tous les corps à des degrés plus ou moins marqués , et sans que cette attraction puisse être attribuée à la présence de matières ferrugineuses dans les substances soumises à l'expérience. Des recherches récentes de Faraday, célèbre physicien anglais, et de M. Ed. Becquerel , ont montré que tous les corps , même les gaz, sont doués d'une puissance magnétique. D'après M. Ed. Becquerel, un mètre cube d'oxigène condensé, gaz doué de la plus grande puissance magnétique, agirait sur une aiguille aimantée comme cinq grammes et demi de fer.

Ces actions sur les corps autres que les substances magnétiques ordinaires, ne se révèlent qu'au moyen d'appareils d'une grande puissance. Elles démontrent Tuniversalité du magnélisme , ou , en d'autres termes , que cet agent n'appartient pas en propre à un petit nombre de corps. En outre, les procédés employés pour mettre ces actions en évidence, tendent à établir, avec d'autres phénomènes importants, que les actions magnétiques dépendent de l'électricité.

Magnétisme terrestre.

Déclinaison , Inclinaison , Boussole.

Les Anciens, qui connaissaient les propriétés attractives de l'aimant à l'égard du Ter, ignoraient, parait-il, ses propriétés directrices relativement à la Terre. Quel eût été l'étonnement des philosophes grecs si on leur avait dit : • Suspendez cette petite pierre à un fil délié

> ou placez-la sur un morceau de bois flottant ; trans-

> portez-vous au sommet des plus hautes montagnes ; » descendez dans les puits les plus profonds , ou par-

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» courez la surface des terres et des mers , vous verrez » cette ligne polaire tracée sur la pierre mobile revenir » constamment vers le nord, n'importe le lieu où » vous vous trouviez. » Sans aucun doute, la plupart n'eussent point admis, sans constatation, ces propriétés si surprenantes, qui caractérisent Faction magnétique du globe sur Taimant ou Taiguille aimantée. Nous n'avons guère le droit de reprocher aux Anciens leur ignorance à cet égard. Il y a un demi-siècle à peine, la science ignorait encore des faits importants concernant le magnétisme terrestre. Le voyage aérostatique de Gay-Lussac, oii il s'éleva, en 1804, à la hauteur de 7016 mètres, fut, en partie, entrepris pour s'assurer si l'aiguille aimantée conservait , au même degré , ses propriétés directrices dans les régions supérieures de l'atmosphère. L'ensemble des phénomènes du magnétisme terrestre , dont la cause réelle est inconnue , nous permet de considérer la Terre comme un vaste aimant possédant deux pôles de nature contraire, de positions à peu près opposées à sa surface, et qui ne coïncident pas avec ses pôles de rotation. Disons ici qu'il faut reléguer parmi les contes des Mille et une nuits, la supposition de vastes montagnes d'aimant qui seraient placées au nord du globe, et dont l'influence sur l'aiguille

aimantée s'étendrait en tous les points de sa surface. Rien de semblable n'existe aux pôles magnétiques de la Terre, ni dans leur voisinage. Ces pôles, dont Texistence réelle a été constatée respectivement dans les deux hémisphères terrestres , sont les lieux par oii passe la résultante des actions magnétiques de chacun de ceux-ci.

L'action terrestre sur Taiguille aimantée est simplement directrice , c'est-à-dire que celle-ci ne tend- à avancer ni vers le nord ni vers le sud. La droite passant par les extrémités d'une aiguille régulièrement aimantée et pivotant librement, indique sur le plan horizontal la position du méridien magnétique du lieu de l'observation. L'angle compris entre cette ligne et le méridien géographique s'appelle déclinaison magnétique. Dans nos contrées, la déclinaison est maintenant occidentale, c'est-à-dire que la pointe nord de l'aiguille s'écarte à l'ouest du méridien géographique. Dans les conditions actuelles du magnétisme terrestre, la déclinaison est occidentale en Europe et en Afrique , orientale en Asie et dans les deux Amériques. Sa grandeur diffère selon les lieux , à une même époque.

C'est Christophe Colomb qui a découvert la déclinaison de l'aiguille et la variation qu'elle subit quand on change de place sur le globe ; il en fit la remarque pendant

-Tison voyage de la découverte de TAinérique, en 1492.

Deux régions contiguës, où la déclinaison est occrdenlale dans l^une et orientale dans l'autre , sont évidemment séparées par nne suite de points où la déclinaison est nulle : celte suite constitue une ligne sans déclinaison. Deux systèmes de lignes semblables convergent aux pôles magnétiques. Il importe de remarquer que les variations de grandeur de la déclinaison d'un* point à Tautre de la surface du globe, ont lieu par gradation, ce qui prouve qu'en suivant diverses directions, Taiguille obéit à une cause générale , et non à une action simplement locale.

Dans un même lieu , la déclinaison n'est pas constante : elle y subit des variations très-marquées, dont les plus importantes sont les variations séculaires. Ces changements de la déclinaison n'ont été régulièrement observés que depuis trois siècles à peu près. En 1580, à Paris et à Londres , la déclinaison était orientale ; elle s'élevait à près de 11 */2 degrés dans la première ville, et à 11 V* dans la seconde. Cette déclinaison orientale était alors dans une période de décroissance , puisque l'aiguille aimantée ne cessa de se rapprocher du méridien géographique , avec lequel elle coïncida, en 1660, à Londres, et en 1663, à Paris.

A partir de ces époques, la déclinaison devint occidentale dans les deux villes, et elle augmenta continuellement de façon à atteindre un maximum de 22 Va degrés environ à Paris, en 1814, et un extrême de 24 */2 degrés à Londres , en 1819. Depuis lors, la déclinaison occidentale n'a cessé de diminuer dans les deux localités, de quantités variant annuellement, mais constamment très-petites.

Voici quelles ont été les variations décennales de la déclinaison, à TObservaloire royal de Bruxelles, depuis les premières observations faites par M. A. Quelelet, lors de la fondation de cet établissement scientifique :

Il est infiniment probable que ce mouvement rétrograde de Taiguille aimantée la ramènera de nouveau en coïncidence avec le méridien géographique , et qu'elle le dépassera , pour atteindre , dans sa nouvelle excursion à 'l'est , un maximum de déclinaison orientale . Ces oscillations lentes, mais alternativement des deux côtés du méridien géographique , ne s'accomplissant

qu'après plusieurs siècles, ont ainsi reçu la qualification de variations séculaires.

Ces changements qui sont mis en évidence à Taide de grands barreaux magnétiques très-sensibles, ne s'effectuent pas d'une façon régulière et continue : les déplacements des barreaux sont très-différents en grandeur, non seulement d'une année à l'autre , mais aux divers mois de l'année. Dans nos contrées, la déclinaison occidentale diminue depuis Mars et Avril jusqu'en Juillet, et elle augmente sensiblement pendant les autres mois. Ces déplacements , assez incertains d'ailleurs, n'atteignent qu'une fraction de degré. La déclinaison varie aussi pendant la journée ; l'extrémité nord de l'aiguille avance chaque jour vers l'ouest , depuis le matin jusque vers une heure après midi. A partir de ce moment, l'aiguille revient sur ses pas , en se rapprochant du méridien jusque vers la soirée. Pendant la nuit elle est à peu près stationnaire. Ces variations diurnes ont une amplitude d'un quart de degré à peu près , pendant les mois chauds compris entre Avril et Septembre. Les variations sont moindres pendant les autres mois. L'écartement de la pointe nord de l'aiguille vers l'ouest, ou la variation diurne, augmente donc pendant les mois où le Soleil est le plus élevé sur l'horizon.

La position du barreau aimanté est troublée par Tapparition des aurores boréales , les éruptions volcaniques et les tremblements de terre. Quand semblable phénomène se produit, et que son influence s'étend jusqu'au siège des observations, la marche du barreau est troublée , ses excursions étant visiblement irrégulières et plus amples que d'habitude. 11 y a très-peu d'années , des perturbations de ce genre remarquées à l'Observatoire de Bruxelles, coïncidèrent avec un tremblement de terre qui ravagea la Calabre.

La force directrice du magnétisme terrestre n'agit point suivant' une direction horizontale en tous les lieux de la Terre. Une aiguille d'acier non aimantée, soutenue par son centre de gravité, peut conserver une position horizontale avant son aimantation ; mais après cette opération , elle s'incline très sensiblement , et dans nos contrées, c'est la pointe nord de l'aiguille qui s'abaisse sous l'horizon. Ce phénomène caractérise Vindinaison magnétique. Pour bien l'observer , on fixe à une aiguille aimantée un axe de suspension horizontal passant par son centre de gravité, et qui pivote sur des supports fixés au centre d'un cercle gradué vertical , dont le plan est exactement orienté suivant le méridien magnétique. L'inclinaison est mesurée par

Tangle compris entre la ligne horizontale et Taiguille inclinée. Tel est le phénomène que R. Norman observa, pour la première fois, à Londres, en 1576. L'inclinaison varie, dans un même lieu, avec le temps. Dans nos contrées , elle est actuellement en période décroissante, car Tinclinaison qui était de 75 degrés à Paris, en 1671 , n*est plus que de 66 degrés aujourd'hui. Voici quelles ont été les variations décennales de Tinclinaison à Bruxelles :

L'inclinaison est soumise à des variations diurnes comme la déclinaison. Il est à remarquer que la direction de Taiguille d'inclinaison placée dans le plan du méridien magnétique, indique la direction vraie de l'action du globe , ou de Vawe magnétique , au lieu de l'observation.

Dans l'hémisphère boréal , c'est l'extrémité nord de l'aiguille qui s'abaisse au-dessous de l'horizon ; dans l'hémisphère austral; on observe le contraire. Entre deux positions aussi différentes, il existe des lieux

OÙ Tinclinaison est nulle , et où Taiguille se maintient horizontale. Si Ton trace sur un globe terrestre la ligne passant par tous ces lieux , on représensenlerû Véquateur magnétique , qui forn\p à peu près un grand cercle coupant Téquateur en deux points non tout à fait diamétralement opposés. Les comparaisons des observations faites à différentes époques tendent à montrer que ces points ont varié de position , et que Téquateur magnétique, qui est un peu incliné par rapport à Téquateur terrestre , est animé d*un mouvement de translation d^orient en occident.

Plus on avance vers le Nord, plus la pointe- nord de Taiguille s'abaisse au-dessous de Thorizon. Aux pôles magnétiques du globe , Taiguille d'inclinaison se place verticalement. C'est ainsi que les positions des deux pôles magnétiques terrestres ont été déterminées, Tune au nord de l'Amérique septentrionale , l'autre au nord de la Nouvelle Hollande. La position des pôles varie aussi , paraît-il , à la surface de la terre.

L'application la plus importante du magnétisme terrestre, c'est la boussole. Auparavant, les navigateurs se dirigeaient d'après l'étoile polaire , dans des courses maritimes où ils s'éloignaient généralement peu des côtes. L'époque de l'invention de la boussole

est entourée d'obscurité. D'après des documents rapportés de la Chine par Duhalde , on s'y serait servi de la boussole , pour voyager sur terre , plus de mille ans avant J.-C. Il est certain que, dans un dictionnaire chinois remontant à 121 ans avant Tère chrétienne, on trouve la définition suivante de l'aimant : nom d'une pierre avec laquelle on donne la direction à l'aiguille. A partir de 265 ans après J.-C, tous les navires des mers de Chine se dirigent avec Taimant. D'après des savants, la découverte aurait passé des Chinois aux Arabes, et de ceux-ci aux Francs , lors des premières croisades. N'oublions pas que, de leur côté, les Italiens revendiquent l'honneur de l'invention de la boussole en faveur de Flavio Gioja d'Amalfi, en 1300. Mais celte prétention paraît peu fondée , puisqu'un poète provençal du douzième siècle fait déjà mention des propriétés directrices de l'aimant , qu'il appelle la marinette.

Dans la navigation , il importe beaucoup de faire subir aux indications de l'aiguille aimantée, des corrections qui sont fondées sur la connaissance préalable de la déclinaison propre au lieu où le navigateur se trouve à la surface des mers. On a construit, à cet effet, des cartes marines où les déclinaisons sont indiquées par un système de lignes, dont la forme et la position

résuUent d'observations antérieures. La direction de Taiguille, corrigée au moyen de la carie marine, fait connaître la vraie direction du nord. Ajoutons que les indications des cartes doivent être modifiées d'après les variations continues que la déclinaison a subies en chaque lieu.

Les navigateurs ont eu à triompher d'une autre difficulté dans l'emploi de la boussole , c*est l'influence exercée sur l'aiguille par les pièces de fer qui entrent dans la construction ou l'armement d'un navire. Celte action est quelquefois si considérable que , dans les voyages du capitaine Cook, l'aiguille fut déviée de sa direction de plus de 20 degrés par cette influence. La perte de plusieurs navires a été attribuée à des erreurs accidentelles, produites dans la déclinaison par la même cause. L'importance de cette action se conçoit aisément , en remarquant que les masses de fer placées dans le navire, agissent sur l'aiguille, non-seulement comme substances magnétiques , mais comme des aimants , parce qu'elles prennent un état magnétique variable sous l'influence du magnétisme terrestre. On sait, en effet, que le fer est susceptible de s'aimanter par l'action de la Terre, et qu'une barre de fer placée dans le méridien magnétique parallèlement

à rinclinaisoD, acquiert les propriétés polaires. Ces propriétés disparaissent quand la barre est amenée dans une direction perpendiculaire ^u méridien. Lorsque les pièces de fer d'un navire agissent sur la boussole , et que celui-ci accomplit une révolution sur lui-même en rade tranquille, on voit Taiguille dévier tantôt à Test, tantôt à Touest du méridien magnétique.

En 1820, M. Barlow imagina un procédé qui permet de corriger ces perturbutions. Celte découverte est devenue très précieuse depuis rétablissement des machines à vapeur sur les navires , et la construction des navires totalement en fer.

Une question qui sans doute a déjà excité la curiosité du lecteur, c'est la cause du magnétisme terrestre. Gilbert, que nous avons eu occasion de citer, est le premier qui ait supposé que la Terre était un aimant puissant dont Taxe coïncidait à peu près avec Taxe terrestre. Cette hypothèse, et d'autres qui supposent plusieurs aimants placés dans Tintérieur de la terre , étant développées en théorie mathématique , ne satisfont point à l'ensemble des phénomènes magnétiques du globe. D'ailleurs, ces hypothèses ne reposent sur aucun fait bien constaté et capable de leur donner de la consistance. En outre, remarquons avec M. De Humboldt,

que S! Ton se représente l'intérieur du globe terrestre comme une masse liquéfiée par une chaleur énorme , il faut renoncer au noyau magnétique dont on a voulu douer la Terre.

Le magnétisme terrestre serait-il engendré par une action particulière du Soleil et de la Lune, ou de tous les astres sur la Terre ; ou bien cxîsterait-il un centre magnétique situé dans les espaces célestes , comme Galilée en a émis Tidée? Rien ne peut être décidé aujourd'hui, dans un sens absolu, à Tégard de la part des influences solaire et lunaire sur les propriétés magnétiques du globe. Toutefois , faisons remarquer que la lenteur avec laquelle s'accomplissent les variations séculaires de la déclinaison , laisse supposer que ce changement est lié à quelque grand phénomène astronomique.

Si la déclinaison, Tinclinaison et V intensité magnétique , c'est-à-dire la force qui maintient l'aiguille dans le méridien, varient à la fois avec les heures du jour et les saisons de l'année , on est tenté de soupçonner une liaison entre* ces variations et l'action du Soleil, et d'attribuer une influence marquée à cet astre. Récemment on a signalé une relation particulière entre la période de onze années qui caractérise la distribution des taches du Soleil , et une période correspon-

dante qui affecterait Tamplitude des variations diurnes de Taiguille.

L'action du Soleil sur Taiguille aimantée a été attribuée à des courants électriques qui seraient engendrés, par suite de la chaleur solaire , dans Técorce de notre planète, ou dans les régions atmosphériques. Des observations récentes du P. Secchi, à Rome, viendraient à Tappui de la dernière supposition. D'après ce savant, certains éléments du magnétisme terrestre subiraient des variations qui sont en rapport avec la direction des vents.

Si l'ensemble des observations confirme les explications et les faits indiqués succinctement ici, nous aurons lieu d'espérer qu'un jour la science pénétrera le mystère qui enveloppe l'origine d'un des phénomènes naturels les plus remarquables.

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