DEUXIEME PARTIE
me comporter bienséamment et... scieiniiu at. Dans ces cas je quittais brusquement sous un prétexte bon ou mauvais avec une rapidité qui étonnait alors et dont on me sut gré ensuite. Un jour que ce m était arrivé» au lieu du baiser sur le front habituel depuis quelques soirées, mes lèvres allèrent, ô sans trop de plus de préméditation que cela, sur ses lèvres qui, dans leur candeur suprême, me rendirent joyeusement mon baiser comme furtif.
Une foiS| c'était Je pense bien, deuxsoirs après ce soir*là, elle parla langes, layettes, berceaux
nom de baptême selon le sexe... J'étais ravi mais un peu étonné. De quoi diable allait-elle s'aviser là? Et des hum ! hum ! mentaux commençaient à me travailler méchamment, quand, «Ile, me dit, en forme de conclusion formelle : ^ Car nous aurons un enfant ». — A quoi je répondis en toute naïveté presque déjà conjugale : <c J^espère bien qu*oui et même plusieurs ». Elle alors, empruntant sans, certes, s*en douter, le si drôle vers de la célèbre apostrophe de cet amusant Piron : « II n*y a pas de peut-être, dit* «lie imperturbable, nous en aurons un pour
sûr. » El comme je demeurai stupide devant cet abracadabrantesquerie, elle finit par : « J*ai demandé hier à maman comment on avait des enfants et elle m*a répondu que c'était quand oa baisait un homme sur la bouche. Tu vois bîea que... »
Et moi, dès lors, devant cette innocenc-e queje savais incontestable et dont la fraîcheur m'est restée toujours dans l'ànie conune celle d'un boa fruit au veni resté longtemps dans la bouche, — de saisir la balle au bond et de m*écrier : « C*est. vrai... Elle a bien dit, ta mère. (Que ce tutoiement m'était donc à la fois doux à l'infini... et cruellement incomplet !) Raison de plus pour mieux nous aimer si c'est possible. » Et désormais, convaincus tous deux qu'il n*y avait plusde danger et que le cher mal était fait, qu'il n'y avait plus à y revenir, nous nous embrassâmes à tour de bras et nous baisâmes à pleines, lèvres. Après quoi, Joseph de- moi-même, Hippolyte par ma propre initiative et, pour tout dire, trop tenté cette fois, je m*enfuis comme un assassin qui laisse tomber son couteau, corn* me un voleur que son vol effraie et qui s'en va^
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les mains vides, — mon cœur à l*aise tout de
même !
Le temps s'écoulait et nous pouvions déjà présumer que le Jour qui n'en finissait pas d'arriver en finirait tout de même, en août.
Néanmoins au dehors commençaient à circuier de fâcheux bruits. La paix de TEurope semblait Compromise. Des bctises impériales et de royales fourberies paraissaient devoir, comme de coutume, être réparées par du sang. On convoquait le ban et l'arrière ban des jeunes hommes, et la garde mobile à peine réunie, à moitié habillée et non encore armée, faisait au camp de Châlons l'exercice avec des bâtons.
Or je faisais partie... sur le papier, de la der- ' nière classe à prendre pour cette nouvelle milice. On n'avait pas encore touché à ladite • mienne dasse, mais i\ était question au Corps Législatif de s*en occuper. La peste du Corps Législatif et de la Garde Mobile et de la guerre et du roi de Prusse et de r£mpereur et du prince de Hohenzollern, qui s^en venaient tous à i'encontre et m'avaient tout l'air de menacer, cette fois, d'une manière légale, stricte, bien
OQNTESSIOKS
plus terrible, sî possible, que tout le reste, déjà
oublié, mon bonheur si proche.
Et mon amour s en exaspérait davantage :
qu'altais*je faire peut-être de mal et de vilain ?
Heureusement une diversion survint sous la forme d*un petit voyage de pur agrément.
ON compreudra que je m'étende peu sur ce mince épisode dont je ne parle même ici qu'à titre précisément de 'bonnei de très bonne diversion à une situation -devenant pour ainsi dire impraticable, vu Tétat même des choses, contrarie, comme à plaisir, par de cruels événements vraiment.
La marquise de M... que j^avais connue chez Nina, femme elle-même remarquable par les •dons de Tesprit et du cœur, qui avait été, très jeune, Pamîe et un peu Télève d'Alexandre Dumas le père, nous invita, fin juillet, Sivry, sa femme» sa plus jeune sœur et moi, à passer quelques jours dans son château de M..., près d'Argentan. Plaisant séjour au milieu duue campagne des plus agréables comme eaux et .
comme bois. Je ne parle pas du bon cidre capi-
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teux non plus que des vilains voisins proces-^ sifs ni que des fameuses courses du Pin, qui furent les extérieures distractions de cette trop* courte et, pour moi, néanmoins, encore trop longue villégiature, au cours de laquelle notre tout aimable amphitryonne multiplia les parties de voiture, les repas improvisés, délicieux de gaîté et substantifiquement parlant aussi, et lesanecdotes piquantes au possible qu'elle racontait sans fin d'une manière captivanteau possible.
Oui trop longue» cette pourtant charmante halte aux champs, pour mon impatience de fiancé, mes inquiétudes d'éventuel garde mobile des plus patriotes, certes, mais, par surcroît des mieux férus entre tous les amoureux du monde, et pour tout moi, quoi î Chaque jour je recevais et j'envoyais des lettres qui n'en finissaient pas. C'est surtout en ces moments, que j'intercalais dans ma prose touffue et débordante, des « bonnes chansons» qui ne devaient pas faire partie du petit volume qu'on connaît
peut-cU"c, et qui était chez réditcur, so/j/'c' sicic llaves, tout prêt à paraître le jour même ou le prince Galaor serait pour recevoir, la palme de son doux martyre.
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Voici d'ailleurs, tout à fait inédits, quelquesuns de ces minimes poèmes, un peu vifs, n'est- •ce pas, pour faire positivement partie d'un cadeau de fiançailles, mais au point, je crois, et bien dans la note congruente à de si proches justes noces. J'ai bien changé ma « manière )>
de « manières » depuis. N'importe, j'éprouve un plaisir que je ne saurais dire en retrouvant •après tant d'années, dans la poussière, tout à Pheure encore désespéremment secouée de « mes » tiroirs jamais longtemps les mômes et parmi les ruines de ma mémoire, ces quelques •épaves d*un vaste naufrage de paperasses et de souvenirs :
G 1 Innoconte que j adore De tout mon cœur, en attendant Qu'à ce bonheur timide encore, SVjoute le plaisir ardent.
Vienne l'instant, ô l'Innocente, Où sous mes mains libres enfin Tombera l'armure impuissante De la robe et du linge fin .
Et luise au jour chaud de la lampe Jotime de ce premier soîr
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Ton corps ingénu vers quoi rampe Mon désir guettant ton espoir.
Et vibre en la nuit nuptiale Sous mon bai>^or jamais transi Ta chair naguère virginale, Nuptiale enfin, Dieu merci !
Je t'apprendrai chère petite,
Ce qu'il te fallait savoir peu
Jusqu'à ce présent où palpite
Ton beau corps dans mes bras de dieu.
Ta chair, si délicate, est blanche, Telle la neige et tel le lys, Ton sein aux veines de pervenche Se dresse en deux arcs accomplis ;
Quant à la bouche, ro'Jo exquise, Elle appelle mon baiser tier j Mais sous le pli de ta chemise Rit un baiser encore plus cher. . .
Tu passeras, d'humble ccolière, J'en suis sùr et je t'en réponds.
Bien vite au rang de bachelière Dans l'art d'aimer Jes instants bons.
Tu parles d'avoir un enfant Et n'as qu'à moitié la recette.