‹ Confidences d'un prestidigitateurChapitre 10 sur 36 · THE GREAT WIZARD OF THE NORTH · texte numérisé non relu

THE GREAT WIZARD OF THE NORTH

Malheureusement pour le Wizard, ses séances étaient attaquées d’une maladie mortelle : un séjour trop prolongé dans Londres avait fini par amener la satiété. Puis son répertoire était vieux de date, et ne pouvait lutter avec les tours nouveaux que j'allais présenter. Que pouvait-il opposer à la seconde vue, à la suspension, à la bouteille inépuisable, au carton fantastique, à l’escamotage de mon fils, etc., etc. Force lui fut donc de fermer son théâtre et de partir pour la province où, grâce à ses puissants moyens de publicité, il sut comme toujours faire d'excellentes affaires.

J'ai rencontré dans ma vie bien des puffistes, mais je puis dire que jamais je n’en ai vu qui atteignissent à la hauteur où Anderson s’est élevé. L'exemple que je viens de citer peut déjà donner une idée de sa manière , je vais en ajouter quelques autres qui achèveront de peindre l’homme.

Lorsque ses représentations doivent avoir lieu dans une ville et qu’elles ont été annoncées à grand renfort de publicité, Anderson parvient encore à faire

lire ses annonces par les personnes mêmes qui ne regardent ni les journaux ni les affiches.

A cet effet, il fait remettre à tous les marchands de beurre de la ville des moules en bois sur lesquels sont gravés son nom, son litre et l'heure de sa séance, et les prie d’imprimer son cachet sur leurs marchandises, en remplacement de la vache qui y est ordinairement représentée. Comme il n’est pas une seule famille en Angleterre qui ne mange du beurre à son déjeuner, si. ce n'est même à tous ses repas, il en résulte que chacun a, dès le matin, sans aucun frais pour l’escamoteur, un programme qui l’engage to pay a visit (à rendre visite) à l'illustre sorcier du nord.

Ou bien encore, Anderson envoie dans les rues, avant le jour, une douzaine d'hommes, porteurs de ces énormes plaques à jour, à l’aide desquelles, avec un pinceau et du noir, on a pendant longtemps couvert d'annonces les murs de Paris. Ces gens impriment sur les dalles des trottoirs, qui, on le sait, sont en Angleterre de la plus grande propreté, l'annonce des séances du sorcier. Bon gré mal gré, chaque marchand, en ouvrant sa boutique, chaque habitant, en se rendant à ses affaires, ne peut faire autrement que de lire le nom d’Anderson et le programme de son spectacle. Il est vrai que quelques heures après, ces annonces sont effacées par

les pas des passants, mais des milliers de personnes les ont lues. Le Wizard n’en demande pas davanlage.

Ses affiches n’accusent pas moins d'originalité. On m'en montra une, un jour, d’un format gigantesque, qui avait été faite à l’occasion de son retour à Londres après une longue absence. C'était une imitation en charge du fameux tableau le retour de l’île d'Elbe de Napoléon.

Sur le premier plan, on voit Anderson affectant la pose du grand homme. Au-dessus de sa tête, flotte un immense étendard portant ces mots: la merveille du monde ; derrière lui, et un peu perdu dans la pénombre, se tiennent respectueusement l'Empereur de Russie et plusieurs autres Monarques. Ainsi que dans le tableau original, des admirateurs fanatiques du sorcier embrassent ses genoux, tandis qu'une foule immense le salue de ses acclamations. On aperçoit dans le lointain la statue équestre du général Wellington qui, le chapeau bas, s'incline devant lui, le grand Wizard. Enfin il n’est pas jusqu’à la tour de Saint-Paul qui ne se penche aussi très humblement.

Au bas est cette inscription : Rerour pu NAPOLÉON DE LA NÉCROMANCIE.

Prise au sérieux, cette image eût été une réclame de très mauvais goût; comme charge, elle est exces-

sivement comique. Du reste, elle obtint le double résultat de faire rire le public de Londres et de rapporter grand nombre de shillings à l’habile pufiste.

Lorsque Anderson est sur le point de quitter une ville, où il a épuisé toutes les ressources de la publicité et qu'il n’a plus rien à espérer, il «ait le moyen de faire encore une énorme recette.

Il commande au meilleur orfèvre de la ville un vase d'argent de cinq ou six cents francs; il loue, pour un jour seulement, le plus grand théâtre ou la plus grande salle de l’endroit, et fait annoncer que, dans une séance d'adieu que se propose de donner le grand Wizard, il sera établi, pendant l’entr’acte, un concours parmi les spectateurs, pour le meilleur calembour.

Le vase d'argent sera le prix du vainqueur.

On sait que le peuple anglais se livre très volontiers à l’exercice des jeux de mots.

Un jury est choisi parmi les personnes les plus notables de la ville pour juger, de concert avec le public, la valeur de chaque calembour.

On convient que lorsque le mot sera trouvé bon, on applaudira ; qu’on ne dira rien pour le passable, et que l’on grognera pour le mauvais (En Angleterre, on ne siffle pas pour désapprouver, on grogne).

Les places sont retenues à l'avance, la salle est envahie, elle est comble ; on vient moins pour la

séance, que l’on connaît déjà, que pour se donner le plaisir de faire de l’esprit en public. Chacun lance son mot et reçoit un accueil plus ou moins favorable ; enfin le vase est décerné au plus spirituel de la société.

Tout autre qu'Anderson se contenterait d’encaisser l'énorme recette que lui rapporte cette séance, mais le grand sorcier du Nord n'a pas dit son dernier mot. Avant que le public quitte la salle, il annonce qu'un sténographe a été chargé par lui d'inscrire tous les calembours, et qu'ils paraîtront chez les principaux libraires de la ville sous forme de recueil.

Chaque spectateur qui a donné son trait d’esprit n’est pas fâché de le voir imprimé, et il achète le livre moyennant un shilling (4 fr. 25 c.). On peut se faire une idée du nombre d'exemplaires qui peuvent être vendus, par le nombre des calembours qu'ils contiennent. J'ai en ma possession un de ces recueils, imprimé à Glascow et portant la date du 45 mars 1850, dans lequel il y a 4,094 de ces facéties.

Je possède aussi quelques affiches du Grand Sorcier du Nord, et je les conserve précieusement, comme des modèles du genre. Il en est une surtout qui est le sublime de la blague, fût-elle même américaine.

Tu 12

Je-:vais la: donner ici. Pour couronner dignement cetté esquisse de l'émule de Barnüm.

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.t1Le Grand Sorcier du: Nord surnommé à, plus » Haute Merveille de l’Age, le vrai, le sel Wizard » das Wirards;: qui a été honoité des sourires appro- » hateurs des rnyautés, de l'élite de ln société et ».des:/horames satantS dè teute.déhomination ; le » Wizard qui à étüniné d'innombrables myrrades de » [spegtateurso par, son dnt-mervalleux |etola:puis- »osanceqdelsa/magiasdémeilet, Fincompreéhensible numäitre de luysoredllerre moderne, qui vouslinvite » à venir Chaque soir à son palais cabalisfique-poir » quélyoussagez témoins de ses aetemétoundissants, ». de son hableféscientifique,et deses prodiges.-Le » pie) le Nüigardi quisdéfie:-tout teompétiieur;: le > wardoquiqsomaende Lexaron et diattention, le Wiasdqhi estantaibble, cle :-Wissnd «du Nord »..cpfinidantides mystères sont impénétrables, in- » \définissnblesret, isopatestblas 2 Veuez : donctous »., à s0n pb ystique banquet del la.joie datelleetuelle,

» Les milliers de spectateurs qui ont déjà vu.ses V séandes-Héetomsinfiques,, keyidanent; et-aevien- », René nearepour'assisten-àca science délectable ». et ÿetevides peux-avulés suxules uperveilles qui » réalisents des 5impossibilités,, Tous'le proclament

» sans rival et s’écrient : Ce mystérieux magicien

» des temps modernes est bien la vraie lumière et » la merveille de l’âge.

» Signé ANDERSON. »

Le style charlatanesque de cette affiche est très plaisant, du moins je le regarde comme tel, car il n’est pas supposable qu’Anderson ait jamais eu l’intention de s'adresser sérieusement de tels compliments ; sije me trompais, ce serait alors de sa part, eu égard à son talent en escamotage, plus que de la vanité. Je le crois au fond très modeste.

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