‹ Confidences d'un prestidigitateurChapitre 24 sur 36 · LE FOULARD AUX SURPRISES · texte numérisé non relu

LE FOULARD AUX SURPRISES

Un principe fondamental de la prestidigitation, c'est de produire de grands effets avec de petites causes ; autrement dit, il faut produire, avec {de petits objets, des objets d’un gros volume. ;

Qu'y at-il d'étonnant en effet de faire sortir d’une boîte à double fond ce qui peut y être contenu ? La difficulté consiste uniquement dans l’ingéniosité de l'appareil, et tout le mérite revient à l'ébeniste ou au ferblantier qui a fabriquéla boîte.

Mais le foulard aux surprises est un tour qui ne pouvait laisser croire à aucune combinaison mécanique, parce que l'instrument qui devait produire des objets si volumineux pouvait être réduit à de bien petites proportions.

Ce foulard était confié par un spectateur. Aussitôt que je l'avais entre les mains, je le pressais, l'étirais et le retournais en tous sens pour prouver qu'il ne contenait rien, puis, le prenant par le milieu, je le secouais et j'en faisais sortir un plu-

met. En retournant le foulard du côté opposé, j'en retirais un second, un troisième, un quatrième plumet et jusqu'à un panache de tambour-major. Enfin une véritable pluie de plumets venait couvrir la scène.

Ces subtilités étaient le préambule d'un tour beaucoup plus surprenant encore, et qu'on pourrait appeler à plusieurs titres le bouquet de l'expérience.

Je m'approchais des spectateurs, et après avoir une dernière fois bien secoué et retourné le foulard de tous côtés, j'en faisais sortir une énorme corbeille de fleurs que je distribuais aux dames. |

Ce tour faisait partie des expériences annoncées sur ma première affiche.

LA SUSPENSION ÉTHÉRÉENRE.

Dans l'année 1847, on se le rappelle, il n’était question que de l’éther et de ses merveilleuses applications. J'eus alors l'idée d'utiliser à mon profit l'engouement du public pour en faire un à-propos qui eut un succès prodigieux.

— Messieurs, disais-je avec le sérieux d’un professeur de la Sorbonne, je viens de découvrir dans l’éther une nouvelle propriété vraiment merveilleuse.

Lorsque cette liqueur est à son plus haut degré de concentration, si on la fait respirer à un être vivant, le corps du patient devient en peu d’instants aussi léger qu'un ballon.

Cette exposition terminée, je procédais à l’expérience. Je plaçais trois tabourets sur un banc de bois. Mon fils montait sur celui du milieu, et je lui faisais étendre les bras, que je soutenais en l'air au moyen de deux cannes qui reposaient chacune sur un tabouret.

Je mettais alors simplement sous le nez de l'enfant un flacon

vide que je débouchais avec soin, mais dans la coulisse on jetait de l’éther sur une pelle de fer très chaude, afin que la vapeur s’en répandit dans la salle. Mon fils s'endormait aussitôt, et ses pieds devenus plus légers, commençaient à quitter le tabouret.

Jugeant alors l'opération réussie, je retirais le tabouret de manière que l'enfant ne se trouvait plus soutenu que par les deux cannes. |

Cet étrange équilibre excitait déjà dans le public une grande surprise. Elle augmentait encore lorsqu'on me voyait retirer l'une des deux cannes et le tabouret qui la soutenait ; et enfin elle arrivait à son comble, lorsqu'après avoir élevé avec le petit doigt mon fils jusqu'à la position horizontale, je le laissais ainsi endormi dans l'espace, et que pour narguer les lois de la gravitation, j'ôtais éncore les pieds du banc qui se trouvait sous cet édifice impossible, tel que le représente la gravure cicontre.

La première représentation eut lieu le 10 octobre 1847.

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