VIIL — LE LIBRE ARBITRE
logique et à sa façon de comprendre le fonctionnement de l’activité humaine. Je me croyais et je me suis cru longtemps « un homme de volonté >. En cela comme pour d'autres impulsions travaillant en moi, je me rattachais volontiers à l’'Atavismé, cette accumulation du passé enfermée en nous, qui, avec une force variable, transperce notre écorce présente et suinte dans notre conduite. Il y eut, dans mon ascendance, un soldat que je pouvais équivaloir à un symbole, un certain Jean Picard, de son nom de guerre Chäteau-Neuf, qui s'enrôla en 1694, à quatorze ans, dans l'ârmée de Louis X1V alors cantonnée dans le Luxembourg. Il en avait demandé la permission à son père qui refusa.
Le jeune gars s’échappa et courut à Arlon s'engager dans un régiment de cavalerie. Lors de la guerre de la succession d'Espagne, il se trouvait, en 1701, à la bataille d’'Hoochstet où le maréchal français Tallart fut battu par le prince Eugène et Marlborough. Château- Neuf eut trois chevaux tués sous lui. Fait
prisonnier, il fut enfermé dix-huit mois à Nimègue, avec deux cents survivants de son régiment, dans les cachots du château au bord du Wahal., Il menSurvécut, que qumze, Après trente-sept années de service, 1l se retira à Chantemelle, son village de naissance. Sa ténacité, sa bravoure, sa loyauté l'avaient fait l'arbitre de tous les différends de son régiment. Ce type militaire, résolu, n'était-il pas un bon exemple d'initiative hardie et opiniètre pour la famille dont j'étais, un annonciateur d'énergies futures, d'autant plus que, lors des guerres du premier Empire, 1l avait trouvé un émule et un continuateur dans un de mes grands-oncles, Jacques” Pin, roiitier etGuelhete-eürène, tué à sa quarante-deuxième affaire « d'honheur»-onN nous le-racontait à la maison en faisant circuler son portrait-miniature en uniforme.
Longtemps, aussi bien que mes contemporains, Je conformai mes actes aux idées courantes sur le dogme du libre-arbitre,
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luttantavec entètement contre la conspiration des événements et des choses, pour tenter d'accomplir ce que je croyais être idéologiquement le mieux et exigeant des autres, avec intransigeance, un égal rigorisme dans la discipline du fameux « Devoir! »
Hélas ! que de défaites, de déceptions, de dérisions, d'incompréhensibilités, d'imprévus, venant soit de la Nature, soit des hornmes | Et au bout dé ces éxpériences et de leurs avortements, quels doutes sur l'efficacité de la volonté quand elle prétend être autre chose que la servante de la Destinée, et sur l'étendue de la Liberté quand elle essaie de se mettre en opposition avec la poussée mystérieuse des choses.
Ce serait insuffisamment me connaitre que de croire qu'en ce phénomène qui a, sinon totalement supprimé, du moins mis en désarroi la foi libertaire de la première Mhoitié de ma-vie, Île raisonnement ‘et: $es girations philosophiques ou métaphysiques auraient exercé une action prépondérante.
Il y a longtemps, on l'a vu par plus d'un passace "des" pages. Qui précédent/rque, € guérison où infirmité », ma confiance dans les œuvres ingénieuses et présomptueuses de la Logique formelle et de la Raison pure a disparu. Je ne nie pas l'impression puissante qu'en cette.matiére ténébreuse exércé sur notre cerveau le syllogisme classique : Qu'il ne peut sortir de nous aucun effet qui nait pour cause notre nature, dans le total de sa substance, de ses éléments et de ses rouages; que cet ensemble ne provenant pas de nous, mais de forces antérieures à nous, la liberté, diminuée encore par l'irrésistible compression de l'ambiance où chacun de nous est perdu, poussé et bousculé comme un soldat dans la mêlée des batailles, n'est qu'une 1llusion et un pseudonyme de la Fatalité. — Car si un végétal avait un cerveau et si l'émission du parfum de ses fleurs s'accompagnait d'un acte de volonté, serait-ce un motif suffisant pour dire que cette émission est libre?
Mais jadmets qu'il y a dans l'Univers