XI
mérité un rang parmi les personnages célèbres du siècle où fleurirent les Érasme, lesBudé, les Rabelais, les Montaigne , les de Thou. Doués de la même énergie de caractère, le père et le fils ont eu à lutter , l'un contre des inimitiés formidables et aveugles dans leur excès , l'autre contre les accidents de la fortune , la gène et tous les embarras d'une vie aventureuse. De là , comme on Ta remarqué , une sorte d'intérêt dramatique dans le récit de cette double carrière également agitée, et surtout un degré d'importance qui élève presque ces biographies à la hauteur de l'histoire.
Robert Ëstienne fut en France ce que le premier Aide Manuce avait été au delà des monts : encore l'emportat-il de beaucoup sur lui par les qualités du littérateur et du savant. Avec Robert commença véritablement, parmi nous , une ère nouvelle de la typographie. A ces mécaniciens patients et industrieux qui avaient perfectionné l'invention de Guttemberg, en se bornant à la partie matérielle , on vit succéder dès lors une génération d'artistes plus relevés , habiles à plus d'un titre , érudits et philologues, versés dans les langues anciennes et orientales, amis des lettres et capables d'écrire, entre lesquels on peut signaler les Gourmont, les Morel , les Vascosan, les Pâtisson : heureuse révolution dont le souvenir se lie étroitement à celui de la famille des Ëstienne.
Peu auparavant, l'Italie, découvrant l'antiquité classique au fond des retraites qui l'avaient protégée , lui avait rendu par l'impression une seconde et désormais impérissable existence. Cet exemple excita dans Robert un esprit de rivalité qui anima toute sa carrière. Il voulut que la France cessât d'être, pour les chefs-d'œuvre classiques de plus en plus recherchés, tributaire d'un pays étranger. Presque tous les auteurs latins avaient été déjà remis en lumière : il s'appliqua donc à écarter la