‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 185 sur 256 · C'est-à-dire le palais de justice, le barreau · texte numérisé non relu

C'est-à-dire le palais de justice, le barreau

çoise eu une patience lombarde *, les contraignans de se contenter d'une collation bften maigre, au lieu du gros banquet auquel ils s'apprestoyent : ainsi moy , vous ayant de long temps donné espérance d'un grand Thesaur de la langue grecque, et non seulement à vous et à plusieurs autres de ma nation, mais aussi à beaucoup d'estrangers, en la fin je vueille faire prendre en patience à tous ensemble ce petit livret, soubs couleur de quelsques manières de parler grecques qui y sont expliquées. Pour donc vous oster ce souspeçon ou plustost pour le prévenir , je vous advise , monsieur , que tant s'en fault que ce petit ouvrage vous doive diminuer l'espérance de l'autre grand, qu'au contraire il vous la doibt augmenter , attendu qu'il m'en a faict croistre le courage. Et pour encores mieulx vous en asseurer, je vous veux déclarer le secret de cest affaire : c'est qu'il est bien vray que, d'une part , la pesanteur de cest ouvrage me fait craindre et cercher des délais , sçachant qu'elle me fera ployer les reins; mais, d'autre part, la pesanteur de la perte qu'il me fauldra porter, à faulte de poursuivre l'entreprise de cest ouvrage (à cause d'une grosse somme d'argent engagée aux préparatifs d'iceluy ) , me donne une seconde crainte , laquelle estant plus grande chasse la première, et m'aguillonne à hazarder et avanturer la foiblesse de mes reins : ce que l'expérience monstrera (avec l'aide de Dieu) plustost qu'on ne pense. Toutesfois ce ne sera point que premièrement

1. C'est-à-dire, transforment leur patience , qui ne s'interdisait pas quelques marques d'humeur , en triste et silencieuse résignation , ou simplement , mettent leur patience à la plus douloureuse épreuve. On appelait proverbialement une patience de Lombard celle qui faisait supporter sans plainte des maux sans remède. Sur cette sagesse de Lombardie , fort célèbre autrefois , voy. un dicton dans la Bibliographie parémiologique de M. Duplessis, p. 150.

je n'aye mis aux champs encores un autre ouvrage, quasi comme avantcoureur , intitulé Appendix ad Cornmentarios linguœ grœcœ* : car combien qu'il semble que l'œuvre de feu M. Budé ne doive donner moins de crainte à ceux qui le vouldront achever, que donnoit à tous les peintres le tableau qu'Apelles mourant avoit laissé imparfaict, et se puisse (à mon jugement) dire d'iceluy Budé, au regard de ses Commentaires, ce qu'a dict Ciceron des Commentaires de César, c'est que omnes sanos a scribendo deterruit* ; j'ay espérance néantmoins de faire cognoistre que telle entreprise ne me part aucunement d'oultrecuidance ou présomption , mais plustost que l'ardent désir d'avancer l'honneur des lettres grecques m'a faict exposer le mien à tous dangers.

Monsieur , je vous envoyé les epitaphes de feu mon père , tant grecs que latins , que j'ay imprimez en telle magnificence qu'on le peult appeler un mausolée typographique : espérant d'y adjouster en brief des autres de plusieurs amis. Or , ne seroit-ce sans vous prier d'estre de la partie, comme l'un des favoris et mignons des muses, si je ne sçavois le peu de loisir que vous laissent vos occupations : lesquelles cognoissant estre grandes et importantes , et n'ayant rien de tel pour vous entretenir, me recommande tant et si humblement à vostre bonne grâce que faire le puis , suppliant Nostre Seigneur, de la meilleure affection que j'aye, de vous donner en parfaicte santé et prospérité , longue , bonne et heureuse vie.

Vostre treshumble et tresaffectionné serviteur à jamais ,

Henri Estienne.

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