‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 222 sur 256 · Par exemple, dans le V e chant de Y Iliade 9 v · texte numérisé non relu

Par exemple, dans le V e chant de Y Iliade 9 v

exprimer ces parolles grecques qui sont fort fréquentes aux bons auteurs. De laquelle commodité le langage latin estant privé, s'y trouve fort empesché, et principalement quand il luy fault exprimer àxa^a, qui respond (comme j'ay dict) justement à nostre mot désordre : car comme de Tafo, signifiant ordre, se fait aTct£ta, par le moyen d'un a privatif mis au devant; ainsi de ce mot ordre, faisons-nous desordre, usans de ceste particule des pour le mesme effect qu'eux usent de leur a.

Semblable commodité avons-nous de traduire ces mots

grecs yeipiÇstv et oiotyeip(Çeiv, OU [i.£T«^eipiÇsiv et i^XÊip^sw» item eiri/etpeïv et ly/eipelv, en exprimant l'origine ou dérivation d'iceux. Car ainsi que les deux premiers verbes (comme aussi les autres), estans venus du nom ytip (qui signifie main), se prennent pour ce que les Latins disent administrare , tractare ; ainsi ce verbe manier, estant dérivé de main, se prend pour cela mesme, quand on dit Manier des affaires. Duquel se forme aussi ce verbal maniement, quand on dit, Avoir le maniement de quelques affaires, ainsi que de xeiptÇeiv est formé -/etptaaoç; et mesmes comme de [ASTa^eipi'Çeiv vient suas- Toeyetpi<jToç , aussi de manier se dit maniable.

Quant à l^eipiÇeiv (ce que les Latins disent committere) , combien que nous ne le rendions pas en un mot, comme les precedens, si l'exprimons-nous en gardant totalement l'origine : car comme !yx ei P^ £lv est composé de la préposition ev et de yeipiÇeiv venant de yei'p, ainsi usans de nostre préposition entre avec ce mot mains , nous disons Mettre entre mains, ou Mettre entre les mains.

Ainsi est-il, quand pour Im/etpeîv tivi, ou If/eipEÏv, nous disons Mettre la main à quelque chose. Car nous mettons ceste préposition à en la place de la grecque irA ou ev.

Item , ce que nous disons maintenir, ou Tenir la main à quelque chose , s'accorde totalement avec le grec Intpiytw ytïpa : de laquelle façon de parler Homère mesmes a usé 1 .

Et pour venir du verbe au nom, comme les Grecs disent irpfysipov tftv* 9 a * DS ^ nous, Avoir en main.

Item nous disons, Un homme adroict (ayans esgard à l'habileté de la main droicte au pris de la gauche) , ne plus ne moins que les Grecs Segufc.

Il y a aussi certains mots composez, desquels si on regarde les pièces apart , on trouvera qu'ils reviennent, quant à la substance , aux françois : comme faSioupYeTv (qui signifie Estre lasche à la besongne) se pourroit resouldre en ces deux pièces fc&i*>c Ipyeïv (s'il estoit loisible d'user de Ipyslv apart et sans composition ) , lesquels deux mots signifient Faire aiseement. Or devons-nous avoir mémoire que nous disons d'un qui ne se haste point à la besongne, mais y est lasche et remis, Il fait tout à son aise. Et mesmes, nous mocquans d'un qui sera tel à la besongne, nous luy disons, Tout à vostre aise.

Ce mot j}<x$ioopY6ïv me fait souvenir de £epp.oupY<{c, qui est semblablement composé de ep^ov (car faSioupYtîv vient de epyov, qui depuis prenant la forme d'un verbe, se change en epytîv). Ce ^pfxoupyoç est quasi comme si on disoit , Ouvrant chauldement, ou , Besongnant chauldement, ou, Ghauld à l'oeuvre : et tout bien considéré, on trouvera que ce mot s'accorde avec ces façons de parler, Il y a besongne chauldement , ou , Il a faict cela à la chaulde. On dit aussi quelquesfois, Il a faict cela de chaulde choie 2 ; où choie est mot grec (comme il sera monstre ciapres) , hormis que nous y changeons i) en e.

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