‹ Conformité du langage français avec le grecChapitre 235 sur 256 · En d'autres termes, nous abandonnons, nous délaissons · texte numérisé non relu

En d'autres termes, nous abandonnons, nous délaissons

estatuts pour statuts, un espeetacle pour un spectacle, et plusieurs semblables; omettans au contraire e où il le fault.

Les noms aussi des arts liberaulx et sciences ou disciplines nous sont demourez : comme grammaire, poésie, rhétorique , physique , dialectique , logique; avec leurs adjectifs, grammairien, poète, rhetoricien, physicien, dialecticien, logicien (je di logique et logicien, à la façon que le temps passé es collèges on les distinguoit de dialectique et dialecticien). Et les noms des disciplines ou sciences mathématiques (que nous appelons simplement aussi mathématiques, qui est un mot grec), arithmétique, géométrie, musique 1 , astrologie 3 .

Et mesmes nous ne disons pas seulement rhetoricien et rhetoriquement , mais avons voulu avoir un verbe dérivé de la, et dire rhetoriquer ou plustost rhetorizer, aussi bien que les Grecs £i)Top((eiv : comme oultre philosophe, philosophie, philosophique, philosophiquement , nous usons aussi du verbe philosopher, qui respond à <piXoaopeîv. Semblablement , de poète, nous déduisons poétiser , lequel mot les Grecs n'ont point

D'avantage nous usons de plusieurs mots qui dépendent de la cognoissance des sciences , comme prognostiquer , prognostication , et physionomie (pour physiognomonie), prophète, prophétie, et mélodie, mélodieux, harmonie , harmonieux. Item , hétéroclite , catégoriquement. Item, sophiste, sophistique, sophistiquement, sophis-

1. Les anciens soumettaient la musique à certaines lois de calcul fort obscures , d'après lesquelles ils lui donnaient place parmi les sciences exactes : c'est ce que Ton peut voir dans les savants Mémoires de Burette sur la musique ancienne , que renferme le recueil de l'Académie des inscriptions.

2. Ce terme, au xvi e siècle, se confondait souvent, pour le sens, avec celui d'astronomie.

tiquer, sophistiqué; méthode, méthodiquement; hérétique , hérésie* Item, phantausme , phantasie , phantastîque, phantastiquement, phantastiquer ; practique, théorique, éclipse.

Ouitre-plus , nous sont demourez plusieurs noms de bestes, et spécialement d'oiseaux, comme loriot, anstruche, phaisan, coucou, pellican.

J'ay aussi pris garde à plusieurs mots concernans nostre religion tant en gênerai qu'en particulier : comme paradis, ange , archange , patriarche , apostre , evesque, archevesque, prestre, diacre, archidiacre, chanoine , martyr, synode, baptizer et bastesme, cemetiere, pentecoste. diable, idole et idolâtre, hypocrite et hypocrisie, hérétique et hérésie. Quant à moine, je ne le dedui pas de fxova/oç , mais de (aovoç , qui est plus près (et dont vient aussi |/ov<r/oç) ; et toutesfois on dit, habit monachal, fxova^ixov, et monachalement, fxovaxtxwç. Nous prenons aussi du grec, théologie; et toutesfois disons théologien pour theologue, et vin théologal plustostque vin theologique 1 .

Nous avons aussi retenu assez grand nombre des noms propres d'hommes et femmes , et de villes.

D'hommes : comme Philippe , Alexandre , Nicolas ,

1. Suivant les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, on entendait par vin théologal le vin le plus délicat, le plus estimé : acception aujourd'hui perdue , mais que la malice du xvi* siècle avait mise fort en vogue ; de la même manière , les anciens désignaient une excellente table par le nom de saliares mensœ. Érasme dit, en effet, que de son temps on appelait par plaisanterie vinum theologicum un vin de parfaite qualité. Chopiner theologalement , c'était aussi , d'après une explication de Henri Estienne , boire beaucoup de vin et du meilleur. Enfin Montaigne a parlé également « du vin théologal et sorbonique comme passé en proverbe dans les bons festins. »

( i»6) Hierome , Hippolyte , Christopble (pour Christophore). Et qui est une chose digne d'estre notée , ayans aussi emprunté des noms propres de l'hebrieu et de l'allemand, nous donnons quelquesfois à une mesme personne le nom pris d'un langage , le surnom pris d'un autre : comme quand nous disons Jehan Pierre ou Jehan Baptiste, nous prenons le nom de l'hebrieu, le surnom , du grec. Quand nous disons Henri Estienne , nous joignons un surnom pris du grec à un nom emprunté de l'allemand ; lequel dit Henrich (pour Henderich)en la mesme façon que Huldrich et Friderich: car comme Huldrich (pour Hulderich) est composé de rich(qxû signifie riche) avec hulde, faveur, ou grâce selon aucuns; et Friderich de ce mesme rich, avec {ride , signifiant paix ; ainsi est composé Henrich (pour Henderich), de rich, et de hende, qui est à dire, les mains 1 : tellement que Huldrich signifie riche de grâce, ou faveur ; Friderich , riche de paix ; Henrich , riche de mains, ou en mains : ce qui sepeult interpréter en diverses manières ; mais il n'est pas besoin de s'arrester beaucoup à telles etymologies*.

Quant aux noms des femmes pris du grec , ceux qui

1. Aujourd'hui, en allemand, huld, reich, friede, hônde. Quant au substantif huld, il a retenu, en effet, la double signification de grâce et faveur.

2. Tout au contraire, H. Estienne eût dû le faire plus souvent; et par là il eût, ainsi que ses contemporains et ceux qui l'ont suivi dans la carrière étymologique, évité de nombreux faux pas. Jusqu'à nos jour» en effet , dans la recherche des origines de notre langue , on avait tenu beaucoup trop peu compte de l'élément germanique : ce qui explique une foule d'erreurs. Qu'il suffise de rappeler , en passant, que MM. Diète et Ampère, dans des travaux récents , ont évalué à mille environ le nombre des mots français empruntés aux idiomes de la Germanie, sans compter les dérivés et les composés.

me viennent pour le présent en mémoire /sont pris de noms appelatifs : comme Gatharine (pour lequel plu* sieurs disent Catherine, et le vulgaire Cateline), de xaôapà; Marguarite (pour lequel on use ordinairement de Marguerite), de \t,apyapivr\i.

Quant aux noms des villes, nous avons retenu entr'autres les composez de iroXiç avec un autre mot : comme Grenoble, Gonstantinoble 1 (au lieu de Grenople et Constantinpple), et comme Naples.

Les autres mots pris du grec sont de diverses sortes , et tels qu'on ne les pourroit bonnement réduire sous un certain tiltre, et comme en lieu commun; bormis qu'il fault noter que nous avons retenu plusieurs des mots descendus de Xoyoç : comme logique, logicien; astrologue, prologue , dialogue, borloge (pour horologe), homologuer. Il est vray que ce dernier ne vient pas immédiatement de X£fo<;, mais de ôpoXoYsîv, lequel est descendu de X<fyoç : toutesfois le vulgaire prononce emologuer.

Je n'ay pas délibéré d'omettre, entr'autres choses, les mots des petits enfans : je di petits enfans ne pouvans encores former les mots , et ne faisans que bégayer. Car il fault noter qu'ils bégayent leur francois en grec, c'està-dire en mots ayans leur origine du langage grec : quand ils disent papa , maman , tetai, caca. Et mesmes, quant à deux de ces mots, ils n'ont pas seulement leur origine du grec , mais sont les mots grecs formels , ayans gardé la mesme signification avec les mesmes lettres : je di quant a papa et caca. Et (qui est plus) estoyent les mots des petits enfans de Grèce, comme aujourdhuy

1. Ainsi écrivait-on, et dès une époque fort ancienne, le nom de la capitale de l'Orient : c'est ce que Ton voit particulièrement dans le récit de la Conqueste de Const antinoble , par Villehardouin.

( iw)

de ceux de France*. Quant à maman, il est vray qu'il se trouve avoir aussi esté en usage entre eux : mais il y a un passage d'Aristophane par lequel il appert que c'estoit pour signifier autre chose 2 . Quant à tetai, il est aussi bien des autres que des petits enfants ; hormis que les autres prononcent la dernière syllabe un peu autrement , disans tetet et teter.

Quelqu'un aussi pourrait dire que j'aurois eu tort de laisser les beaux mots de jergon , dont la plus grande partie est évidemment prise du grec ; et pourtant leur feray cest honneur de leur laisser ici place 1 . Toutesfois je diray les trois desquels il me souvient : qui sont : arti 9 d'£pToc; cri , de xpéotç ; piot, deicteïv*.

U sera bon aussi (ce me semble) que par manière d'advertissement je responde à un certain Flamend*,

1. Le singulier rapprochement invoqué ici par H. Estienne rappelle an peu le raisonnement de cet érudit qui, pour prouver que la langue grecque était de toutes la plus ancienne , prétendait que le premier homme avait parlé grec , attendu qu'à la vue du soleil et des astres il s'était certainement éerié : & !

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