Precelknce du langage françois , Delalain , in
sembler à propos de ramener nos yeux sur le xvi e siècle. A d'autres égards, combien de salutaires exemples et de vertus rappellent nos regards vers cette saine époque de l'antiquité française ! Les hommes de cet âge ont en eux quelque chose de plus viril et de plus grand que nos générations modernes. On se fortifie et on s'élève dans leur commerce : aux leçons de goût qu'ils présentent se joignent souvent des leçons de conduite; et quelquesunes sont de celles dont notre temps a le plus besoin.
A l'envisager attentivement, on sera frappé en effet des analogies de situation qu'il offre avec le xvi e siècle et des motifs sérieux que nous avons d'étudier cette période. Livrée elle aussi au goût des réformes et aux troubles qui eu sont la conséquence, elle a fait sortir de grandes choses du sein d'un monde social ébranlé jusque dans ses profondeurs. Les désordres et les déchirements ont enfanté la gloire et la prospérité du pays. C'est qu'au milieu de ses divisions et de ses guerres, il avait conservé sa sève native et toute son activité productrice. De là ces fortes races qui tendront dans la suite à s'abâtardir. Le vernis de civilisation dont la société se couvrira de plus en plus minera en quelque sorte ses ressorts intérieurs. Plus d'élégance et de poli à la surface, mais, au fond, moins de chaleur vitale; des caractères moins bien trempés ; partant, moins de ces types expressifs que la Renaissance nous fait voir en
si grand nombre.
Parmi les savants et les littérateurs qui l'ont illustrée , peu de figures sont plus intéressantes que celle de Henri Estienne. L'un des principaux représentants du vieil esprit national et de cette érudition grecque et latine qui a eu tant de part à nos progrès intellectuels, il méritait bien en outre par sa physionomie personnelle d'être l'objet d'un examen approfondi.
On avait sans doute fréquemment parlé de Henri Estienne; mais, à notre sens, et le résultat de ce travail sera, je l'espère, de le prouver, on n'était pas entré assez avant dans l'intelligence de son caractère ; on n'avait pas considéré d'assez près l'étonnante variété de ses productions. Dans les appréciations antérieuresde l'écrivain et de l'homme , toutes consciencieuses et remarquables qu'elles étaient, il y avait, nous l'avons pensé du moins, quelques injustices à réparer et des vides à remplir. Notre but a été de ne laisser dans l'obscurité aucun trait de cette physionomie singulière, et nous avons cru pouvoir y réussir en profitant des travaux de tous ceux qui s'étaient appliqués à la reproduire avant nous.
Surtout, dans cette publication, nous nous sommes attaché à présenter une analyse développée et une appréciation définitive des livres français, latins, grecs, de Henri Estienne , de ces livres si multipliés qu'il répandait avec une facilité insouciante et dont plusieurs ont presque entièrement disparu. L'œuvre disséminée du littérateur sera ainsi rassemblée et reconstruite sous nos regards :