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devant lui , pour les accabler tour à tour, les receveurs, les argentiers, les usuriers, les procureurs, les juges, les avocats, les médecins, les conseillers, les maîtres des requêtes , tous gens qui lui semblent dévorer tellement la substance publique, « que si l'on mettait sous le pressoir les robes de leurs femmes, le sang des pauvres en sortirait. » Mais les arguments qu'il doit à la société laïque ne sont rien , dit-il , auprès de ceux que lui fournissent les membres du clergé, sur lesquels il poursuit la vengeance que son père avait exercée jadis contre les théologiens de Paris. Un autre point qu'il tient à constater, c'est que, par un juste arrêt de la colère divine , les calamités se sont accrues en raison même de la perversité commune. De là une curieuse énumération des morts extraordinaires qui, dans le siècle présent , ont puni de grands coupables. Il conclut en invoquant le témoignage de la postérité et en l'invitant à juger si jamais Hérodote a raconté d'aussi étranges folies, d'aussi odieux excès, que ceux qui remplissent son propre ouvrage.
Ces débordements d'un temps dissolu, peints dans un langage également sans règle, ne pouvaient que prêter, en cet âge de discordes, des armes aux partis ennemis. On comprend donc l'avide empressement de la maiignité publique à saisir cette proie qui lui était offerte. Dans une époque où les liens du respect venaient d'être brisés , ces diatribes contre ce qu'on avait révéré jusque-là, ces attaques contre la société tout entière, à un moment où elle était si profondément troublée, flattaient mille passions mauvaises qui contribuèrent à la vogue singulière du livre de Henri Estienne*. Sans re-
1. L'année où il parut, il fut plusieurs fois réimprimé : voy. , nu F66te, sur 1rs nombreuses Mitions de ce livre, les Mémoires de
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courir, d'ailleurs, à ces tristes causes de succès, il suffisait des contes bouffons qui l'égayent, des plaisants emprunts faits aux prédicateurs du xv e siècle, aux Maillard et aux Menot 1 , de ces historiettes dans le genre de Boccace, pour charmer l'esprit gaillard et narquois de nos pères. Expression d'un siècle où le spiritualisme manquait à notre littérature et l'élévation à notre langue, V Apologie était au niveau du goût commun : une nourriture plus délicate eut été moins recherchée. Dans cette production divertissante, l'amour de la science , alors général , trouvait encore à se satisfaire; car une érudition immense et une rare sagacité s'y heurtent à chaque instant contre des assertions hasardées et des invraisemblances choquantes 2 .
En déplorant le rôle agressif de Henri Estienne dans cette circonstance et les fâcheux effets de la prévention sur ce ferme esprit, on ne refusera donc pas, comme Ménage 5 , toute valeur littéraire à ce volumineux factum. Sans doute cette fougue passionnée, qui se joue de la morale et des bienséances, exclut la justesse de la composition. L'œuvre, incohérente et indigeste, offre, dans les
littérature par Sallengre, La Haye, 1715, t. I er , p. 38. La dernière édition , comme la plus estimée, 1735, 3 yoI. in-8°, a été donnée par Le Duchat , que ses notes sur le Journal de Henri III ont fait particulièrement connaître.
1. On sait aujourd'hui que ces sermons, dont nous avons des traductions latines barbares, ont été réellement prononcés dans le français du temps : voy. M. Geruzez, « Histoire de l'éloquence politique et religieuse en France, pendant les xiv% xv* et xvi* siècles. » lS37,in-8°, t. II, p. 457.
2. De ce nombre est l'histoire de la papesse Jeanne, réfutée, entre antres, par Allatius : voy. Amœnitates litterariœ de Schelhorn,t. IX, p. 779 et suiv.; cf. ibid. 9 1. 1 er , p. 195.
3. Menagiana, Paris, 1693, in-8°, p. 422 ; cf. l'édit. de 1715, in-12, t. II, p. 214 et 215.