Octobre
ils n*ayoyent pensé, qu'ils n'eussent faict en poursmyant leurs traffiques accoustumees. Or , tout le prouffit que je preten, est que les lecteurs reçoivent quelque contentement de mon labeur.
Quant à la remonstrance du desordre et abus qui est aujourdhuy en l'usage de la langue françoise, je sçay bien que j'ay à faire à forte partie : car j'ay toujours en ceste opinion , que la cour estoit la forge des mots nouveaux , et puis le palais * de Paris leur donnoit la trempe ; et que le grand desordre qui est en nostre langage, procède , pour la pluspart, de ce que MM. les courtisans se donnent le privilège de légitimer les mots françois bastards, et naturalizer les estrangers. Mais qui pourra estre juge plus compétent de ces choses , que vous, monsieur, auquel Dieu, avec la grâce de sçavoirbien dire en plusieurs lan^ges , a donné un aussi bon et [n aussi vif esprit qu'on le pourroit souhaiter , et l'a accompagné d'un jugement de mesmes? Je m'en rapporteray donc à vous, et non seulement de cest article-^;!, mais de tout le contenu de mon livre , tant en gênerai qu'en particulier : voas promettant que, quelque jugement que vous en faciez, je'n'en appellerai jamais.
Mais je ne suis pas sans crainte , monsieur , que voyant cest ouvrage, n'entriez en quelque souspeçon que je vueille jouer, tant à vous qu'à plusieurs autres , un tel tour que jouent ordinairement les hostes d'Italie (et spécialement en certains endroicts) à la plus grande part des passans ; et que comme eux leur ayans promis de grans festins pourveu qu'il leur plaise avoir un peu de patience , en la fin , après les avoir faict long temps attendre et par conséquent leur avoir faict devenir les dents bien longues, les font entrer d'une patience fran-