‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 198 sur 243 · n d^autres termes , qui se sous^eniendent · texte numérisé non relu

n d^autres termes , qui se sous^eniendent

Mais ce n'est pas faict : car il me fault respondre à ceux qui vouldront dire qu'ils confessent bien que ces quatre parolles, Ceux de la campagne, respondent justement à ces quatre grecques ot Ix tou tceS^ou ; mais quMIs nient que ce soit mot pour mot : c'est-à-dire que ce soit les mesmes quatre parties d'oraison qui sont au grec : d'autant que je fay mon compte que ceux soit article, comme est le o! , et comme est aussi la qui respond au Tou : en quoy je me mescompte. A cela je respon , qu'il ne s'ensuit pas que si ordinairement ce ceux sert de pronom , il ne puisse aussi quelquesfois servir d'article ; et qu'on ne doibt trouver non plus estrange en nostre langage qu'un pronom tienne le lieu d'un article, qu'on trouve estrange au grec que l'article face office de pronom. Je di d'avantage , que si on prend bien garde à rusag« de ceste particule , on trouvera que quand nous la voulons faire servir de pronom , nous adjoustons au bout un petit mot d'une syllabe, asçavoir ci, disans, Ceux-ci. Comme si je demande , Lesquels voulez-vous? on ne respondra pas simplement, Ceux, mais, Ceux-ci. Semblablement on dira , Demandez- vous ceux-ci? Parlez à ceux-ci. Autant en est-il de Cestuy-ci, Ceste-ci, et Ce-ci. Et mesmes tout ainsi qu'on adjouste ci après ceux y quand il sert de pronom, aussi le populaire (lequel je n'avoue pas toutesfois) adjouste souvent ceste particule les audevant de ceux, tenant le lieu d'article ; et use de les ceux au lieu de ceux. Comme , Les ceux de la maison , ou , Tous les ceux de la maison l'ont veu. Et combien que (comme j'ay dict) je n'avoue pas tels parleurs, si est-ce toutesfois que j'allègue ceste façon de parler comme faisant pour moy *.

t. C.-à-d. fayorisant mon opinion. Nous avons déjà, dans

Je passeray plus oultre , c'est qu'il y a apparence q[ae quand nous disons, Ceux de la maison ont le vouloir de vous aider 9 ce ceux corresponde à Tarticle prépositif des Grecs; et quand on dit, Ceux de la maison qui ont le vouloir, n'ont pas le pouvoir, ce cetu: avecgtftse rapporte à l'article postpositif.

Or, quand bien à faulte de raisons peremptoires je ne pourrois prouver mon dire, tout au pis aller je per drois seulement cest incident, et ne laisserois de gai* gner ma cause quant au principal , veu que j'ay su£Ssamment prouvé et vérifié la conformité que je pretendois estre entre ces deux langages en ceste façon de parler, ot Ix TYjç ohioLç ou ol àito TTÎ^ oixtaç, et autres semblables, quelque partie d'oraison que soit ce mot cetêx,

J'ay encores un petit mot à dire, c'est qu'on ne se doibt esbahir si quand pour ot iiA tyjc olxiaç , on dit Ceux de la maison, on voit quatre mots correspondans d'ordre aux grecs ; et quand pour ot à-no t&)v oixûSv , on dit Ceux des maisons , on n'en voit que trois au lieu des quatre. Car quand nous disons Ceux des maisons, l'article est enclos dedans ce des ; et vault autant Geui des maisons, comme Ceux de les maisons.

Obs. 5. Comme les Grecs, mettans leur article devant les infinitifs des verbes , s'en servent au lieu de noms, aussi faisons-nous : car ainsi qu'ils disent to icparreiv et To Xe'Yeiv, au lieu de ^ irpaSiç et 6 Àoyoç, ainsi dirons-nous, Le faire et Le dire , pour Le faict et Le dict ; et plusieurs autres semblables.

Obs. 6. Comme aussi ils mettent leurs articles au devant de leurs adverbes , disans to IvSov, to IÇo) , ainsi usons-nous des nostres quand nous disons , Le dedans,

notre édition delà Precellence du langage françois, p. 323, relevé ce tour piquant, dont ne s^est point privé Molière.

;. Item, eomme ifo disait c<^ 4^0) i\ ^. > 1 . .

J'ay tanlofit parlé de rapplicalion iU> ai ii< i<

utiosï grecque ^ en i^uaiW hii Uouvo^dj \r^n

cesax qui tradinBoytgil en iatjn , ou «i^ « <>u

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derechef, et Puis après, et Céans dedans, ou Leansdedans^ Item, Ainsi comme, et Quasi presque^ et autres. Obs. 3. Or, les Grecs non seulement mettent souvent deux adverbes , dont Tun est superflu , mais aussi aucunesfois Tad verbe duquel ils usent, encores qu'il soit seul , est mis superfluement , comme on voit souvent de (xovov. Xenophon, au VIII® livre de la Pœdie ^ en la

page 142 de mon édition, Ixetvoiç ydep irptorov (iàv xk^ eôvà; ou fx^vov àpxsT fAaXaxwç uTuoaTptovvudOai , àXX' jJ^t^ xa\ im xXivbîv Toùç Tr(^Saç lirl TaTcCSwv TtOéadiv, &mA^f etc. Et bientost après il adjouste , aXXà ^V ^^ ^v t(o ^eiu.bjvi ou fxovov xeopaXYjV xal <T(ofit.a xal ir^8aç àpxet auToîç ê^xsiràaOdt , à^à xal irepi, etc. Le mesme auteur, au livre 1^^ du traicté

nommé 'A7ro{jLvr||xov£up.aTa^, Où xoCvuv [aovov ^pxeae tw Oew Tou cro)u,aTOç l7ui[ji.EXY)ô9îvai , àXXà xal Ivecpu^e , En ces trois passages Xenophon adjouste [aovov (qui signifie seulement) après apxsî (c'est-à-dire suffît) , sans qull en soit besoin : ne plus ne moins que nous adjoustons nostre adverbe seulement sans aucune nécessité , quand nous parlons ainsi, Il me sufSt d'en taster seulement, ou , Il me suffira de le veoir seulement. Il est vray que Xenophon en use avec une particule négative , comme si je disois, Il ne me suffît pas seulement de le veoir, mais je veulx parler à luy.

Exemple d'un autre mot. Nostre langue se plaist fort en telles façons de parler. Que faites-vous ainsi assis? ou , Que faites- vous ainsi couché? Item, Ou allez- vous ainsi? Où courez-vous ainsi? D'où venez-vous ainsi? Je

1. Céam, ici dedans, a subsisté jusque dans le xyii' siècle; ii est affectionné de Molière. Léans, là dedans, qui a moins duré, se retrouve encore, toutefois, dans La Fontaine.

2. Ce sont les Dits mémorables de Socrate, que Xenophon, son disciple , a recueillis et publiés.

troave que la grecque aussi prend plaisir à user sembla^ blement de son oStod ou oSt&^ç , qui signifie ainsi. Démosthene, eu l'oraison contre Midias, EUeX9b>v oixaSe (bç

Ixetvov, xal IcpeÇriç oÔTtoal xa6gÇo|X6voç , tJjv SeÇiàv Ifjiêa- Xojv, etc. Lucian, en son Asne, sTra ^povTo tyjv ypauv,

SiaTi oSto) xotôeÇri , xa\ ou irapaaxeuofÇsK; ofpiffTOv. Ausqueis

exemples nous pouvons et devons adjouster cestuy-cî , pris du IVe chapitre de l'Evangile de saint Jehan , ô o3v

*l71<roî;ç XEX07Ciaxb>ç Ixxîiç ôSoiiroptaç, IxaOél^gTO oStcoç IttI ttj

^'^Yri' Laquelle façon de parler (comine aussi un bon nombre d'autres esparses par le Nouveau Testament grec) condamne ceux qui disent qâ'il n'y fault point eercher de pureté de la langue g^^cque. De ma part j'espererois, si j'avois tant de loisir, faire veoir à Tceil non seulement la pureté gardée en plusieurs mots et locutions qu'on y estime estranges, mais la propriété aussi, et mesmes en aucuns Telegance. Et croy toutes^fois qu'il ne seroit besoin de prendre ceste peine, n'estoit que les hebraismes (desquels il est certain qu'il y a plus grand nombre) semblent comme offusquer la veue à maintes personnes; qui autrement l'ont assez bonne pour veoir telles choses.

Or, pour retourner à nostre 08x0)^ , j'ay autresfois pensé que c'estoit ce que les Latins disoyent ut fit : ce qui pourroit , ce semble, assez bien convenir au passage de sainct Jehan , et à celuy de Demosthene; mais comment l'accommoderoit-on au passage de Lucian , auquel oStwç estapplicqué à un propos qui est par interrogation, ainsi que nous applicquons ordinairement nostre ainsi ? J'ay bien souvenance aussi du sic temere d'Horace ; mais je ne fay point de doubte qu'il n'ait voulu exprimer plustost le aSTwç, que le oStwç; et qu'il n'ait adjousté temere après sic, comme par forme d'epexegese : ainsi que Virgile, quand il dit sic demum (qui respond à une autre

signification de ceo^Tco;), semble avoir adjoustécedemum par mesme façon ^ Pour lequel sic demum quelijaes autres auteurs ont dit ita demum.

Exemple d'un autre mot. Il n*y a rien plus commun en nostre langue que ces façons de parler , Venez un peu ici> Ëscoutez un peu , Dites-moy un peu. Or, je trouve (ce que je n'eusse jamais pensé) que les Grecs nous ont monstre le chemin quant à ceste locution aussi: Theocrite» au v® idyllie*,

td', Z ^Eve, [xixxov dcxoudov

TaS* IvÔiov.

Mais il fault noter que combien que cest adverbe, on nom tenant le lieu de l'adverbe, semble estre du tont superflu (car mesmes le parum des Latins ne serviroit de rien estant adjousté en tels endroicts, mais plustost seroit inepte) y si est-ce que si on le considère de près, on y trouvera quelque petit secret caché : car il emporte quelque démonstration de modestie , et semble modérer l'autorité de commander , laquelle on penseroit qne nous voulsissions prendre; ou (pour le faire plus court) il emporte quelque façon de prier meslee parmi commandement ; et qu'ainsi soit y quand nous parlons à nos serviteurs en qualité de serviteurs , nous ne leur disons pas (sinon que ce soit sans y ptsnser) Venez un peu ici, Faites un peu cela ; mais nous leur trenchons l'impératif tout oultre. Voila comment nous usons de ce mot. Il reste maintenant de scavoir si les Grecs usent ainsi do leur. Sur quoy je respon que, quant à ce passage de

1. Le sic demum de Virgile se trouve au liv. VI àeVÉnéide, V. 1 54. Quant au sic temere d'Horace, voy. le II* liv. des Odes, XI, 14.

2. Littéralement transcrit de «ISvXXiov des Grecs, petit tableau^

Tbeocrite y il n'y a nulle donbte ; mais qui ne me vouldra croire , je luy conseille de se transporter sur le lieu.

Obs. 4. Je traicteray maintenant d'aucuns adverbes françois correspondans aux grecs, aussi bien en leur signification extraordinaire comme en Tordinaire ; et oommenceray par nostre seulement : lequel, comme je Tay cidevant monstre nous estre quelquesfoîs superflu , à la mode du grec fxovov en sa signification ordinaire, je monstreray maintenant avoir aussi conformité avec luy en la signification extraordinaire. Quand nous disons, Ne craignez point, dites seulement; ou, Laissez-les dire, faites votre devoir seulement; ou, Advisez qu'il est besoin de faire , et commandez seulement : que signifie ici ce seulement ? C'est autant que si nous disions, Ne vous soulciez du reste, ou, Laissez-moy faire du demeurant, ou, Laissez-moy la charge du reste, ou^ Reposez-vous sur moy du reste. Je trouve donc que Lucian a usé ainsi de X^ye [aovov , qui signifie mot pour mot, Dites seulement.

Obs. 5. Nous nous accordons aussi fort bien avec les Grecs en l'usage extraordinaire d'aucuns adverbes appelez par les Grecs TOTcixà, par les Latins localia, asçavoir oS, ou ^ou et tcou. Desquels nous retenons l'un , asçavoir, oS : car ils disent oô ^v, ce que nous disons, Où il estoit. Puis quand ils interrogent , ils mettent une lettre devant, disans, iroîi lori, comme si nous disions, Pou est-il? au lieu de dire, Où est-il? Et pour o5, qui se dit sans interrogation , ils usent volontiers de Stcou.

Pour venir donc aux exemples de ce que j'ay proposé, il nous fault prendre garde à la signification que nous donnons à où, quand nous parlons ainsi : Vous vous estes retiré le plus loing des coups que vous avez peu , où vous deviez donner courage aux autres. Item, Quand tl a falu choquer, on a trouvé qu'on avoit des femmes,

où on pensoit avoir des Rolans^ Souvent anssinous disons. Au lieu que : lesquels trois mots ne signifient autre chose que où tout seul ; comme en l'exemple précèdent y Vous vous estes retiré le plus arrière des coups que vous avez peu, au lieu que vous deviez doimer courage aux autres; ou, au lieu que vous deviez monstrer le chemin aux autres. Nous disons aussi souvent en ceste signification y Où il ialloit, ou, Au lieu qu'il falloit: comme, Vous luy avez tenu un langage qui l'a enoores plus irrité, où il falloit Tappaiserpar doulces paroUes; ou. Au lieu qu'il falloit. Je di que c'est ce que dit le grec, mot pour mot, Jirou ISsi, ou S-koxj e^pTjv; et quelquesfois pour orner le langage, ^irou ye ISet.

Je trouve encore une autre signification de ce où , cousine germaine de celle que je vien de monstrer : laquelle toutesfois est autre que^ de , Au lieu que. Car en l'exemple suivant on ne pourroit pas user de, Au lieu que , en la place de où, ainsi qu'es preoedens; comme si je di , Où il me hait à mort pour si petite offense, que fera-il quand il verra que je pourchasseray sa ruine? Quiconque considérera bien l'usage qu'ha ee ote en ce propos, trouvera qu'il est semblable à cestuy-ci de £irou en ce passage d'Isocrate, qui est en Toraison escripteau

roy Philippe ', cfreou S' Idfawv, Xoy^ [xovov ^p7i(Tet(Jievoç, outbk «uTov riuÇriaev , irotav Ttvi j^p^ TTpoçSoxav irep\ <roo y^w(xt|v

1. Locution proverbiale, qui répond à celle de chevaliers in-^ trépides. Pour connaître la valeur et les hauts faits du paladin de ce nom, il Tant lire la Chanson de Roland , poème de Théroulde, que M. Génin vient de rééditer, de traduire et d^accompagn«r d'une savante introduction.

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