‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 243 sur 243 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Je ne doubte pas que de jour en jour on ne se puisse adviser d'autres mots ayans leur etymologie du gree^ ; et mesmes , quand je suis venu à la fin de ce recueil , je me suis souvenu d'aucuns omis tant au commencement qu'au milieu : et entr'autres de nostre madia et nostre nida^ c'est-à-dire (lettre pour lettre) fxà ^ta et vi?| 8ta. Lesquels mots toutesfois sont plus en usage entre le menu peuple ( principalement entre les femmes et jeunes enfans] qu'entre autres. Vray est qu'en quelques lieux, et mesmes à Paris , on use plustost de nanda , ou ananda, ou mauanda, ou parmananda\ Or, comme ceste façon de serment est prise des Grecs , ainsi le vieil françois empruntoit son Se m'aistDieux (pour Si m'aid' Dieu) de sic me adjuvet Deus : comme aussi Tltalien dit (et

1 . Il est\)ien évident que , sans se laisser aller à des conjectures hasardées, on pourrait beaucoup augmenter cette liste de mots français venus du grec : toy. , par exemple, la liste étymologique jointe aux éditions classiques des Racines grecques de Lancelot.

2. Espèces de serment ou plutôt formules de négation ou d^afHrmation (non certes , oui certes) , qui appartenaient à cette langue factice que Henri Ëstienne a plus haut appelée notre jargon. C'est ce qu'il explique, d'ailleurs, par la phrase suivante.

3. C'étaient là (comme les précédents), ainsi que nous l'apprend Robert Ëstienne, d'anciens jurements encore usités, vers le milieu du xvf siècle, aux environs de Paris.

nommeemeat le VeDîtien) cosï Dio nCajuti, Et de ce Se m*aist Dieux ^ est venu Midieax^ Je me suis> di-je, souvenu de quelques mots omis> et pareillement de quelques façons de parler ; mais je ne m'estois pasobligé de feire un recueil sans aucune omission : comme aussi ceste entreprise n'eust esté sage. Toutesfois je ne veulx pas nier que si j'eusse poursuivi ce traicté de la mesme sorte que je Tavois commencé , je ne Teusse peu faire beaucoup plus ample ; mais oultre ce que le remuement d'affaires , survenu depuis en ma maison , m'a faict oublier une partie de ce que je voulois a^jouster à mon livre , aussi une nouvelle entreprise (mise en exécution] de continuer l'impression des poètes grecs (et premièrement tout à une fois , de THomere avec sa bande^ du SophoQje , et des Epigrammes) a tellement distraict mon esprit y que quant au default qui se pourroit trouver ici^ au lieu de s'en esbahir, il me semble qu'il devra estre supporté et pris en patience , par ceux nomméement ausquels Dieu fera la grâce de pouvoir jouir, d'ici à quelque temps , du labeur que j'auray sué alentour des poètes susdicts : car ce leur sera comme une recompense de ce default ^

1 . Pour mon Dieu : forme tombée en désuétude dès le xvi« siècle. On se rappelle que la lettre s (et quelquefois a; à sa place) était, dans notre ancienne langue, caractéristique du nominatif singulier masculin.

2. H. Estienne désigne par là l'important recueil qu'il fit paraître, en 1566, sous ce titre : «Poetœ grseci principes heroici carminis , et alii nonnuili. » Quant au Sophocle et aux Epigrammes grecques , dont ii est question ensuite , le premier fut donné ea 1508 , les autres en 1570.

3. La première édition est terminée par ce passage , supprimé dans la seconde : » J'ay aussi un mot à dire toucliant l'orthc^raphc de ce livre : c'est que je ne Tapprouve pas du tout comme elle est ; ains que ma délibération estoitde faire tailler quelques poinçons c\-

près poor les lettres superflues quanta la prononciation et toutesfuis cliaracteristiques. Mais ayant eu le temps trop court pour ce faire, j^ay remis telle entreprise jusques à Pautre livre françois promi^; cidessus; lequel surpassera ma promesse (aux despens de plusieurs bons auteurs grecs) , s'il plaist à Dieu me prester la vie elbores quelques mois : auquel soit honneur et gloire éternellement. » — Nous avons dû , averti par cette observation , nous conformer à Torthographe de la deuxième édition. Cette remarque de H. Esticnne est d'ailleurs un nouveau témoignage de l'incertitude qui régnait alors , comme on l'a déjà fait observer , au sujet des règles de l'orthographe. On aurait peine à compter tous ceux qui , au XVI" siècle, ont écrit sur cette question : elle a préoccupé les esprits les plus sérieux et les plus élevés. On sait que Ramus , historien et philosophe , a traité aussi de l'orthographe.

Quant à Vautre livre françois que mentionne ici H. Estienne , c'est sans doute celui dont il est parlé plus haut à la fin des pages 38 et 39.

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