XLVI
dent, par une dérf^tion à la règle, de lui expliquer, cette fois, la Médée en français.
En peu de temps, à force d'être Médée, Jason, le coryphée , Egée et Gréon tour à tour , Henri pouvait réciter par cœur la tragédie entière. On rapporte qu'obsédé même la nuit du charme de ces vers, on l'entendit plus d'une fois les déclamer dans son sommeil*. Avec cette volonté énergique ou plutôt cette fougue passionnée, il triompha de la difficulté des éléments, devma, plus qu'il n'apprit, les règles de la grammaire , et rassembla si vite dans sa mémoire une multitude incroyable de tours et de mots , qu'on eût dit des souvenirs troublés et confus se réveillant en foule dans son esprit. Il fut bientôt assez avancé pour avoir besoin d'autres leçons que celles de son premier professeur.
Dès l'âge de onze ans il était digne d'être l'élève des plus habiles hellénistes , sans posséder encore la langue latine, dont il n'avait que cette teinture due à son éducation domestique. Mais on sait que Quintilien était d'avis qu'on fit passer l'étude du grec avant celle du latin' : sentiment que partageait Babelais*, très-versé dans ces deux idiomes, et qui fut aussi celui de Robert et de Henri Ëstienne*. Les nouveaux maîtres de celui-ci furent successivement Pierre Danès, Tusan ou Toussain et Adrien Turnèbe, qui honorèrent tous les trois par leur enseignement le collège de France*. Danès, que
1. Voy. la préface des Poelœ grœci principes, Genève, 1566, in-f"; en outre ceUes des Parodiœ morales , 1575, in-S", et du Thésaurus grœcœ linguœ,