XLVIII
s'attachait d'ailleurs , avec une égale passion , à tout ce qui lui promettait de nouvelles idées. Il se portait aussi vers les sciences mathématiques , et il s'égarait jusque dans les détours alors très-fréquentés de Tastrologie judiciaire. Lui-même, pour nous rendre sages à ses dépens , nous a raconté avec une bonhomie spirituelle comment il se laissa duper par ces chimères, dont il s'applaudissait d'être revenu ^ Avec un de ses camarades il prit un maître d'alchimie, qui , devant les enrichiri commença par se faire payer fort cher. Grâce à l'indulgente complicité de sa mère, Henri satisfit non sans peine l'avidité du vendeur de fumée, qu'il décorait , auprès de son père , des noms de maître d'arithmétique et de géométrie ; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'en cherchant la pierre philosophale il n'avait trouvé que la perte de son temps et de son argent
Guéri de ces folies , Henri , 4gé de quatorze ans, participa pour la première fois aux travaux de son père : il lui servit d'auxiliaire dans plusieurs publications de 1546, notamment dans son édition princeps de Denys d'Halicamasse, dontilcollationna les manuscrits^. Mais, dès Tannée suivante , il commençait la longue série de ses voyages : celui qu'il entreprenait en ce moment avait un double but; c'était d'acquérir à l'étranger, dans la société des hommes , souvent plus instructive que celle des livres, un complément d'éducation pratique, et d'arracher aux retraites qui les cachaient encore quelques débris de l'antiquité.
La science n'était pas alors une conquête aussi facile qu'aujourd'hui ; il fallait la poursuivre avec beaucoup de fatigues et non sans danger; il fallait chercher de tous
1 . Noctes parisinœ (à la suite de rAulu-Gelle de 15S5) , p. 150.