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eelie des banquiers lui fut ouverte. Les riches , en effet, se piquaient souvent alors, aussi bien que les grands, de couvrir rinteliigence de leur patronage. L'amour de la gloire les y conviait : car leur souvenir , par ce noble emploi de leur opulence , était associé à la célébrité des hommes de pensée et d'étude. Aux exemples des Médicis remontaient les traditions de cette protection habile que les financiers s'hcmorèrent de conserver aux lettres jusqu'à la fin du xviii® siècle , et qui a péri comme toutes les autres.
Le fameux négociant d'Augsbourg, Huldrich Fugger, fut y dans cette époque , le Mécène de H. Estienne : il lui accorda des secours annuels* et des gratifications extraordinaires , qui ont valu à son nom l'avantage d'arriver jusqu'à nous. Ce financier, d'un esprit et d'un cœur élevés, joignait à l'amour de la littérature et des arts une brillante fortune qui lui permettait de les encourager par ses largesses^. Aussi Henri se qualifia-t-il d'imprimeur de Fugger, et quelquefois même des Fugger S jusqu'à la date de 1 568 , où les relations du patron et du client furent brusquement interrompues, au détriment du public S Mais, pendant le cours de dix ans, Fug-
1. Ceux-ci consistaient, à ce qu^il paraît, dans une rente de ISOthalersou écus: somme qui, pour le temps, n^étalt pas à dédaigner.
2. On peut consulter sur lui de Thou , t. IX, p. 260 , de la traduction française, Londres, in-4*.
3. Plusieurs autres membres de cette famille encouragèrent en effet les lettres. Ce fut Antoine Fugger qui engagea Jérôme Wolf à traduire les Annales de Zonare , comme Tatteste la préface de ce traducteur ; « Fateor equidem ad convertendum Zonaram , praemiis a te propositis eoque tempore mihi peropportunis, initio excitatum me potius quam meapte voluntate accessisse^ »
4. Lorsque la source de ces libéralités eut été tarie, H. Estienne écrivait avec regret à Tun de ses amis , Crato de Craftheim (toj. la
( i-xv ) ger, d'un dévouement sans bornes à Henri Estienne, non content de mettre à sa disposition les rares curiosités de sa bibliothèque , les médailles et les manuscrits de toute espèce qu'il avait amassés à grands frais, concourut à entretenir l'activité de ses presses, en lui faisant imprimer pour son compte plusieurs ouvrages importants. Le typographe, reconnaissant des faveurs de Fugger, stimulait sa bienveillance par de justes éloges et lui dédiait , avec les Novelles de Justinien , quinze livres de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, dont la plupart, comme on l'a dit, étaient encore inédits ^ Ce dernier travail parut peu avant la mort de Robert , survenue au mois de septembre, en 1559, année fatale aux souverains, qui vit périr le roi de France Henri II, Christiern III, roi de Danemarck, et le pape Paul IV. On sait avec quelle vivacité Henri , plein d'attachement et d'admiration pour son père, ressentit ce malheur, où sa piété filiale lui montrait une calamité publique : a trépas funeste, t s'écriait- il à quelque temps de là ^, en empruntant, pour exprimer sa douleur , les formes de l'éloquence antique, a de quels nobles efforts n'as-tu pas rompu le cours! que d'admirables ouvrages n'as- tu pas enviés aux hommes 1 quel coup tu as porté aux trois langues savantes et aux écrivains qui les ont illustrées ! » La t3rpographie et les lettres, partout où elles étaient en
TX* des lettres latines de H. Estienne, publiées à Brcslau par M. Passow en ]830):aUtinam vero mihi Mœcenatem aliquem, qui me ad prœclarorum openim editionem adju^aret, nancisci posses! »
1. Toutefois Amyot venait de les faire connaître dans sa traduction française de Diodore, qui a précédé le texte grec donné par H. Estienne.
2. Navi Testamenti catholica eœpositio, 1562, in-P*, Épltre préUminaire,
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honneur, lui semblaient devoir déplorer en ooœnraii cette perte Irréparable.
Devenu , par ce triste accident, possesseur de rimprimerie paternelle, Henri Estienne la réunit à celle qu'il avait fondée et rendue bientôt florissante. A ses publications latines et grecques il joignit désormais, héritier des sentiments de son père , les publications calvinistes ^ L'activité de ses travaux en redoubla; mais un labeur aussi opiniâtre ne pouvait manquer d'être préjudiciable à sa santé : de là trois atteintes successives qu'elle éprouva, morales autant que physiques, dont le souvenir se lie à quelques-uns de ses ouvrages et qu'il a pris soin de nous faire connaître.
On voit , dès 1561 , cette organisation, naturellement délicate, ployer sous des efforts trop continus : à cette époque, une violente mélancolie s'empara de Henri; ses occupations familières lui semblèrent tout à coup odieuses. Son corps et son intelligence affaissés étaient incapables d'action. Cet abattement fut d'ailleurs assec prompt à se dissiper. Nous savons le remède qui le rappela à sa vie habituelle. Dans le dégoût qui l'accablait , il s*amusa à tracer des majuscules grecques qu'il dessinait avec une singulière élégance : passe-temps salutaire, qui ne fut pas inutile à d'autres égards, puisqu'il fit un peu plus tard exécuter en bois ces caractères, destinés à servir de modèles pour ornements typographiques. La crise n'excéda pas quinze jours : mais celle qui la suivit eut plus d'intensité et de durée. Des accès redoublés de fièvre tierce et quarte compliquèrent le mal que nous avons signalé. Henri Estienne s'est plaint de n'avoir pas
]. 11 s'occupa aussi dès lor», comme l'avait fait son père, à reproduire fréquemment les livres sainte, dans des langues et des formats différente.
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trouvé ee genre d'affection décrit dans les traités de médecine* Il s'était détadié, comm& étranger à lui-même , de tout ce qui avait été l'objet de son intérêt : ses yeux ne pouvaient s'arrêter sur ses papiers inachevés » sur ses impressions interrompues ; le grec , sa passion d'enfanée» lui était à charge. Au milieu de ces li^Tes qu'il repoussait avec une aversion maladive, l'un cependant obtint grâce et le rendit à l'amour de la lecture et de l'étude : ce fut, nous a-t-il dit, le cerveau le plus fantasque de la troupe, Sextus Empiricus , dont il avait eommeikcé une version latine qui lui retomba sous la main. Ces opinions , dont l'étrangeté et la folie l'avaient jadis heurté , agréèrent à ee que sa situation présente avait d'insolite et de bizarre : il y eut accord entre la singularité des unes et de l'autre. Ce fut comme un mets de haut goût qui stimule un estomac paresseux et blasé : le sceptique réveilla^et charma l'esprit mécontent, avec lequel il ne laissait pas d'avoir plus d'un rapport. Par reconnaissance pour l'auteur qui l'avait guéri, Henri en acheva la traduction qui parut en 1563 , fort longtemps avant le texte grec*.
Une nouvelle rechute dans cet état de marasme eut pour effet heureux de diriger H. Ëstienne, en guise de diversi<m , vers ses recherches de philologie française. De là le Traité de la Conformité du langage françois avec le grec, le premier en date de ceux qu'il a composés dans notre langage, et qui est du commencement de 1565.
On y trouve, à un très-haut degré, cette verve et
1. Cette tradactioQ est la première : l'ouvrage original, qui est une exposition , en trois livres, de la doctrine sceptique, et dont Taoteur vivait au u* siècle de J. C. , n'a été publié que cinquante- Deof ans après.
( vxyna ) eette pointe d'esprit qui se fait joor à travers beaucoup d'érodition et qui forme le dianne distinctif de cette partie des travaux de notre auteur. Le but de ce livre est d'établir que la langue des anciens Grecs a encore plus d'affinité que celle des Latins avec la langue française : en vue de faire prévaloir cette opinion^ le mécanisme de notre idiome est étudié avec un soin scrupuleux et habilement rois en œuvre. Cette thèse se lie d'ailleiirs à la cause plaidée de tout temps par le patriotisme de Henri Estienne : le langage grec est à ses yeux le plus parfait que les hommes aient jamais parlé ; celui qai le touche en plus de points et qui s'en rapproche davantage, le français, mérite donc suivant lui, d'après une conclusion qu'il estime rigoureuse, le premier rang parmi les modernes. C'est au service de ce débat, qu'il élève à la hauteur d'une questicm nationale, que Henri Estienne met son profond savoir et son observation ingénieuse. Sans doute ce procès, qui a fort échauffé le xvF siècle, nous intéresse assez peu depuis longtemps : mais les arguments produits pour le défendre sont encore de nature à piquer notre curiosité.
Remarquons d'abord que dans l'obscurité qui couvrait les origines étymologiques de notre langage, beaucoup de philologues , dont Bonaventure des Périers combattait judicieusement l'exagération , voulaient a tirer tout le français du grégeois* : o ce qu'on n'aurait garde à présent de soutenir. Des ouvrages, que Henri Estienne a fait oublier, avaient, peu avant lui, soutenu ce système. Au siècle suivant, il eut encore quelques défenseurs, moins exclusifs toutefois, tels que La Mothele-Vayer, qui , en exhortant à l'étude du grec ceux qui aspiraient à l'éloquence , signalait aussi de nombreux