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époque, où l'Italie possédait encore presque eotièrement le monopole des œuvres littéraires et sufiBsait à défraya les besoins du monde savant Henri Estienne l^^ qui s'honorait du nom de suppôt de l'Université et qui en prenait vdontiers les armes sur le fronti^iee de ses livres* , choisit pour siège de son double établissement d'imprimerie et de librairie le quartier Saint-Jacques , centre populeui où se réunissait ta jeunesse adonnée à l'étude. Sa demeure était en face de l'école de Décret ou Droit canon , dans le clos Bruneau et la rue de Beauvaîs : il adopta pour enseigiie un olivier ombragé de larges rameaux , et pour devise ces mots qui peignaient son caractère laborieux, Pliis olei quam vinù Quelquefràs il les a remplacés par ceux-ci, Fortuna opes au f erre ^ non animum, potest, comme si, dans une sorte de pressentiment de l'avanir malheureux réservé à ses descendants , il. eût voulu les exhorter à l'opiniâtreté courageuse dont ils ont fourni l'exemple.
Quant à lui , il vécut heureux et honoré par d'illustres amitiés, celles de Budé et des du Bellay en particulier. Habile dans son art, il passe pour avoir contribué au perfectionnement des procédés matériels de la typographie ; il comptait même parmi les savants et les lettrés de son temps. On place vers 1 602 la date de son mariage ; l'année 1621 parait être celle de sa mort. Trois enfants mâles qu'il laissa , François , Robert et Charles , devaient tous, à des degrés différents , se distinguer dans la profession de leur père. Simon de Golines , son asisodé durant sa vie, devint, en épousant sa veuve, le seul possesseur de son établissement typographique. 11 le dirigea avec intelligence et succès. Entre autres améliorations qui secondèrent le progrès commun , il substitua
1. CTétait un écu chargé de trois fleurs de lis avec une main sortant d'un nuage et tenant un livre fermé.
des caractères romains et italiques à ceux dont son prédécesseur avait fait usage et qui se rapprochaient des gothiques. L'atné de ses beaux-fils» François, et ensuite Robert, premier de ce nom, lui prêtèrent un oaneours dévoué. Celui-ci, le plus renommé de sa race après notre Henri qui fut son fils , ne tarda même pas à devenir le propriétaire ou du moins le chef de cette imprimerie, à la tète de laquelle il était en 1526 ^
Lors de la mort de son père, Robert, âgé d'environ dix-huit ans, avait déjà pu, sous ses yeux, se former à l'exercice de Tart où il acquit tant de gloire. Ses premières études, activement surveillées, avaient été sérieuses et fortes: le commerce des hommes desavoir et de méritequi fréquentaient Timprimerie paternelle acheva son éducati(m. Dès 1523, la correction sévère d'un Nouveau Testament latin était le fruit de son intelligente révision. Malheureusement aussi , quelques leçons changées dans le texte avec une confiance excessive éveillaient conti'e loi, à partir de ce moment, d'cnnbrageuses susceptibilités qu'il ne devait pas calmer par la suite.
Quoi qu'il en soit , à peine maître d'une imprimerie aocréditée, Robert, se livrant à son goût du progrès, ajouta aux perfectionnements qu'elle avait auparavant reçus. Il délaissa les anciens poinçons et en fit graver d'une forme beaucoup plus élégante. L'olivier fut conservé par lui comme enseigne et comme marque typographique. Sauvai , qui écrivait plus de cent ans après , atteste que de son temps encore cet emblème qui n'a
1 . Quelques-uns disent que Robert établit à ses propres frais une imprimerie distincte de cdLe de son beau-père ; mais ce qui prouve la fausseté de ce fait, c^est que cette imprimerie est signalée comme étant rue de Beauvais, dans le local que nous savons avoir été celui de Timprimerie possédée par Henri 1" et par Simon de Colines. Ce dernier parait d'ailleurs avoir vécu jusqu^en 1546.
pas obtenu moins de célébrité qne l'ancre aldine , subsistait dans la rue de Beauvais, entouré de la yéné*ration publique^. Quant à la devise , il en choisit une nouvelle' : c'étaient ces mots de l'apôtre saint Paul* , Noli altum sapere, auxquels ceux-ci furent joints quelquefois , sed Urne. Henri , qui ne sut pas assez craindre , comme nous le verrons, dans l'intérêt de son repos et de sa fortune , retint les symboles adoptés par son père^. On peut dire que jamais homme, plus que Robert, n'a fait mentir cette parole de Cicérou : Haud quidquant ingenuum potest hahere officinal. Digne de l'époque chevaleresque de François I®*', il montra , dans le commerce , le désintéressement et la générosité du plus noble seigneur. Sous ce r^ne illustre, dont il fut l'un des ornements, sa tigure originale a trop de saillie pour ne pas être aussi étudiée avec un soin particulier. La physionomie du père, bien mise en relief, nous permettra d'ailleurs de mieux saisir celle du fils; et ces deux gloires , les plus grandes de la typographie française , ne sauraient être séparées. Rare fortune d'une maison qui n'a pas donné au pays moins de quinze ou seize hommes utiles, que d'en avoir produit deux de suite qui ont