LXXXIX
- Proh pudor ! haud rarus numéro reperitar in illo
Nominis ignorons prima elementa sui.
^f; I nunc et veterum fœdata yolumîna multis
Mirare ac multis contemerata modis 1
Les correcteurs du temps, avec leurs singulières épurations des textes (l'un , de son autorité privée, rempla- ^ çait exanimare par le verbe examinare ; l'autre tenait à substituer au mot procos, partout où il le rencontrait , celui de porcos, plus connu de lui), ne sont pas plus épargnés. A la fin , et par contraste , des distiques grecs et latins célèbrent avec chaleur ceux qui par leur zèle et leurs connaissances ont contribué aux progrès et à l'honneur de la Typographie.
Dans Tenthousiasme de ces éloges, comme dans l'amertume des critiques qui les précèdent , se peint le culte de Henri Estienne pour son art. Aussi tous les regards se tournaient-ils vers son imprimerie^ alors sans égale pour la beauté typographique et pour la correction, la correction, a-t-il dit, qui, de même que l'âme inspire au corps de l'homme le principe du mouvement, communique la plénitude de la vie aux ouvrages, dont elle chasse l'obscurité ^ Une lettre de Henri Estienne , qui parut également en 1569^, nous fait bien connaître quelle était, aux yeux des amis de l'étude, l'importance
1 . Namque , quod liumano mens est in corporc ,. . . Hoc opère in nostro prœstat correctio :...
H»c fugat a scriptis tenebras, lucemque reducit.
Ex Art. typog. Querimonia.
2. «( Epistola de su% typographiœ statu... : » on peut la voir aussi reproduite dans Almeloveen , Maittaire, et, par fragments , <lansM. Renonard.
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de son établissement, et à quel point ses travaux préoccupaient leur attente.
C'était Tusage des hommes marquants de cete époque , où les idées et les nouvelles n'avaient pas à leur service le véhicule soudain de la presse périodique, d'y suppléer par des relations sans cesse entretenues d'un bout de l'Europe à l'autre. De là les correspondances si considérables qui nous restent du xvi« siècle. Érasme nous apprend qu'il recevait à certains jours jusqu'à vingt lettres et qu'il en avait parfois quarante à écrire ^ Henri Estienne, comme on le sait par une épitre en vers qu'il adresse à Camerarius ' , n'était pas moins accablé de lettres , à titre d'imprimeur et d'auteur ;
. . . . Litteris mox obriior Itaiis ab oris, gallicis et angUcis, Germanicisqne,qu8e, novi qoid moliar, Âggressus aut quid sim , quld aggredi parera , Futtiriis ordo quis laborum sit rogant; Et plura rébus scire de mais avent, Qnam scire, vates ipsemet ni sim, queam.
En vue de satisfaire à ces questions qui fondaient tout ensemble sur lui de tant de côtés, il prit donc le parti de rédiger une réponse collective , où il exposait avec l'état de son imprimerie ses desseins pour l'avenir. On lui demandait ce qu'il avait fait, ce qu'il faisait, ce qu'il comptait faire. Il voudrait justifier encore davantage ces témoignages d'intérêt et mieux réaliser les espérances du monde savant : tel était son désir héréditaire de rendre d'immortels services aux lettres ; mais le succès n'égalait pas entièrement son ardeur. Là-dessus il s'engageait dans des détails qui , en nous éclairant